Cours d’Histoire du Cinéma Français








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Université de Grenoble 3 – Stendhal – CUEF
Yves Citton
Cours d’Histoire du Cinéma Français – année 2015-2016 – Premier semestre

Cahier de fiches

sur les films projetés dans le cadre du cours

Cinéma français récent. Politiques de la sensibilité

NB : Les fiches sont données dans l’ordre chronologique des films étudiés

Table des matières


Jean-Luc Godard, Deux ou trois choses que je sais d’elle (1967) . . . . 1
Robert Bresson, L’Argent (1983) . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 8
Jean-Pierre Jeunet et Marc Caro, Delicatessen (1991) . . . . . . . . . . . 12
Luc et Jean-Pierre Dardenne, Rosetta (1999) .. . . . . . . . . . . . . . . . . 15
Michael Haneke, Code inconnu (2000) . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 19
Sylvain Chomet, Les Triplettes de Belleville (2003) . . . . . . . . . . . . . . 23
Arnaud Des Pallières, Parc (2009) . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 24
Pascale Ferran, Bird People (2014) . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 29


Université de Grenoble 3 – Stendhal – CUEF

Yves Citton

Cinéma français récent : Politiques de la sensibilité
Jean Luc Godard

Deux ou trois choses que je sais d’elle (1967)


Bande d’annonce
Apprenez deux ou trois choses que je sais d'elle.

Elle, la cruauté du néocapi-talisme.

Elle, la prostitution.

Elle, la région parisienne.

Elle, la salle de bain, que n'ont pas 70 pour cent des Français.

Elle, la terrible loi des grands ensembles.

Elle, la physique de l'amour.

Elle, la vie d'aujourd'hui.

Elle, la guerre du Vietnam.

Elle, la call girl moderne.

Elle, la mort de la beauté humaine.

Elle, la circulation des idées.

Elle, la gestapo des structures. 








Durée : 1h30 – Scénario inspiré d'après Le Signe de Guy de Maupassant et un article de Catherine Vimenet publié dans le Nouvel Observateur

Acteurs : Jean-Luc Godard : voix-off – Marina Vlady : Juliette Jeanson – Anny Duperey : Marianne – Roger Montsoret : Robert Jeanson – Raoul Lévy : John Bogus – Jean Narboni : Roger – Joseph Gehrard : Monsieur Gérard – Yves Beneyton : Le jeune homme du métro – Juliet Berto : La fille qui parle à Robert – Helena Bielicic : La fille dans la baignoire – Christophe Bourseiller : Christophe Jeanson – Marie Bourseiller : Solange Jeanson – Jean-Pierre Laverne : Ivanov – Jean-Patrick Lebel : Pécuchet – Claude Miller : Bouvard

Films principaux de Jean-Luc Godard

Première période : À bout de souffle (1960) – Une femme est une femme (1961) – Vivre sa vie (1962) – Le Petit Soldat (réalisé en 1960, sorti en 1963) – Les Carabiniers (1963) – Le Mépris (1963) – Bande à part (1964) – Alphaville (1965) – Pierrot le fou (1965) – Masculin, Féminin (1966) – Made in U.S.A. (1966) – 2 ou 3 choses que je sais d'elle (1967) – La Chinoise (1967) – Week-end (1967)

Cinéma militant et vidéo : Le Vent d'est (1969) – Numéro deux (1975) – Ici et ailleurs (1976) – Six fois deux/Sur et sous la communication (1977) – France/tour/détour/deux/enfants (1977) – Comment ça va? (1978)

Retour dans les grandes salles : Sauve qui peut (la vie) (1980) – Passion (1982) – Prénom Carmen (1983) – Je vous salue, Marie (1985)Détective (1985) King Lear (1987) Soigne ta droite (1987) Nouvelle vague (1990) – Allemagne 90 neuf zéro (1991) – Hélas pour moi (1993) – JLG/JLG - autoportrait de décembre (1995) – For Ever Mozart (1996) – Histoire(s) du cinéma (1998) – Éloge de l'amour (2001) – Notre musique (2004)
Vocabulaire

La prostitution, se prostituer : vendre des services sexuels pour de l’argent

Faire le trottoir, faire le tapin : se prostituer

Le bordel : maison de prostitution

Le proxénète, le maquereau : l’homme qui exploite et « protège » les prostituées

Le cul (mot vulgaire) : (1°) le derrière ; (2°) le sexe

Le smic : travail à un salaire minimum

Le manœuvre : travailleur non qualifié

Le cadre : administrateur à fonction hiérarchique supérieure

La banlieue : quartier en bordure des grandes villes

Le bidonville : logement non autorisé, bricolé et sans hygiène, construit en bordure des villes par des nouveaux arrivants sans logement

Les « grands ensembles » : grands ensembles d’immeubles carrés en béton construits dans les banlieues dans les années 1960

Un ensemble : 2 habits faits pour être portés ensemble (jupe + blouse)

H.L.M. : Habitation à Loyer Modéré (souvent située dans des grands ensembles de banlieue)

Sémantique : qui concerne la signification

Mon semblable, mon frère : référence au dernier vers du poème inaugural des Fleurs du mal de Baudelaire : « Hypocrite lecteur, mon semblable, mon frère »

Un Vietcong : un combattant communiste se battant contre les Américains au Vietnam du Sud
Présentation générale :

Les deux ou trois choses que nous savons d'elle sont les suivantes. Elle, tout d'abord, c'est la banlieue parisienne avec ses immeubles de béton, ses quartiers en éternelles constructions, ses terrains vagues, ses ruines, sa désolation.

Mais elle, c'est également Juliette Janson. Elle vit dans l'un de ces grands ensembles campés dans la périphérie de la cité tentaculaire qu'est Paris. Juliette est mariée à Robert. Ils ont un garçon qui s'appelle Christophe et une fille Solange. Les Janson ont un ami commun, Roger. Avec celui-ci, Robert fait de la radio amateur. Marianne est la principale amie de Juliette, elle travaille dans un salon de coiffure.

Avec la complicité de Marianne, Juliette se prostitue occasionnellement dans les hôtels, petits et grands, du quartier de l'Étoile. Mais le lieu de prostitution ne se limite pas aux seuls hôtels ; des appartements d'H.L.M. sont également transformés en de véritables maisons de passe. C'est ainsi que M. Gérard, qui sert aussi de gardien d’enfant pour Solange, troque son appartement contre toutes sortes de choses jusqu'à des tablettes de chocolat. Les principaux clients de Juliette et de Marianne sont américains. Ces activités clandestines se déroulent l'après-midi tandis que Roger est à son travail et que Christophe est à l'école.

"Deux ou trois choses que je sais d'elle est beaucoup plus ambitieux [que mes films précédents]. A la fois sur le plan documentaire, puisqu'il s'agit de l'aménagement de la région parisienne et sur le plan de la recherche pure, puisque c'est un film où je me demande continuellement moi-même ce que je suis en train de faire. Il y a bien sûr le prétexte qui est la vie, et parfois la prostitution dans les grands ensembles ; mais l'objectif réel, c'est d'observer une grande mutation comme celle que subit aujourd'hui notre civilisation parisienne, et de m'interroger sur les moyens de rendre compte de cette mutation."

Alors qu'il pensait au départ à une adaptation du Signe de Maupassant, Godard tombe, dans Le Nouvel observateur du 23 mars 1966 sur une enquête de Catherine Vimenet (les "étoiles filantes ") sur la prostitution occasionnelle née avec le développement des grands ensembles dans la région parisienne. Le sujet du film est trouvé.

Au tournage comme à son habitude, Godard renonce à tourner de son scénario tout ce qui ne serait que conjonctif, relèverait du raconter pour s'en tenir à un voir brut, aux fameux faits rosselliniens, ajustés à sec, côte à côte. Sont adjoints également une vingtaine de "choses à filmer", gags ou scènes autonomes

La scène du garage : "elle passe donc voir Robert qui achève son service à la station d'essence du parking des Champs-elysées où il est chef de station" réalise le projet expérimental de Godard : articuler deux sujets d'échelles différentes : un moment de la vie d'une femme et un moment de la vie du paysage urbain. C'est un assemblage de sensation déconnectées de toute logique de narration linéaire : feuillage des arbres, reflet du soleil sur une carrosserie rouge, coup de klaxon. Godard repense le monde en isolant et réarticulant au montage les sensations qui en composent notre perception globale.

Godard n'a cessé de déplorer que ses acteurs, pratiquement tous, ne rentrent pas dans le jeu de sa théorie des exercices, mi-pratiques mi-spirituels, qu'il leur conseille à la façon d'un maître zen au début de chaque tournage. Sur le tournage de deux ou trois choses Marina Vlady avait demandé ce qu'elle devait faire pour jouer ce rôle : " au lieu de prendre un taxi pour venir au tournage, tu n'as qu'à venir à pied. Si tu veux vraiment mieux jouer, c'est la meilleure chose à faire. " Tout ce que je voulais, ajoute-t-il c'est qu'elle pense à ce qu'elle disait. Mais penser ne veut pas forcement dire réfléchir. Je voulais qu'elle pense à ce qu'elle disait, tout bêtement. Si elle devait poser une tasse sur une table, qu'elle ait dans sa tête l'image d'une tasse et d'une table en bois. Or ce simple exercice de venir chaque jour à pied au tournage l'aurait fait agir et parler d'une certaine façon qui pour moi était la bonne. Ce que je lui demandais était beaucoup plus important qu'elle ne le croyait car pour arriver à penser, il faut faire des choses très simples qui vous mettent en bonne condition."

(Présentation adaptée de http://www.cineclubdecaen.com/realisat/ godard/deuxoutroischosesquejesaisdelle.htm
Les grands ensembles de l’urbanisme des banlieues

Deux ou trois choses que je sais d'elle est tourné durant le mois d'août 1966 dans l'ensemble des « 4000 » logements de La Courneuve dont la construction, hors équipements, s'est achevée en 1963. Pendant près d'un quart de siècle, de 1954 à 1973, les pouvoirs publics, en France, ont développé une politique d'édification des grands ensembles. En 1973, une circulaire d'Olivier Guichard mit un terme à cette politique et à nombre d'opérations de construction de grands ensembles. Mais entre 1954 et 1973, la banlieue s'est couverte de chantiers. Elle est devenue cet espace bouleversé où s'établit une immigration provinciale et étrangère. En 1962, Paul Delouvrier, alors nouvellement nommé délégué général du District de la Région parisienne, reçoit pour mission de remettre de l'ordre dans ces territoires. Ce Schéma Directeur se fonde sur des prévisions tablant sur une très forte croissance de la métropole et une région de 14 millions d'habitants à l'horizon de l'an 2000. De gigantesques mutations urbaines aussi bien qu'administratives, de grands bouleversements humains, touchent donc la périphérie parisienne dans les décennies cinquante et soixante, que les textes officiels de l'époque présentent alors comme un "monde nouveau synonyme de la modernité". L'opinion publique est, elle, partagée entre ceux qui regardent avec inquiétude, fascination ou effroi l'édification de ce "monde nouveau" et ceux pour qui ce gigantesque renouvellement de l'espace urbain va permettre la fin du cauchemar de la mal-vie dans des logements insalubres, voire dans la cabane d'un bidonville. Les "grands ensembles" sont pensés par les gouvernants comme une façon d'éradiquer les bidonvilles partout présents autour des très grandes villes.

(adapté de http://www.amnistia.net/news/articles/multdoss/courneuve/courneuve_250.htm)
Interview de Jean-Luc Godard dans l’émission de télévision Zoom (1966) 

« Si j’ai choisi de parler de la prostitution, c’est parce qu’il me semble qu’aujourd’hui que, dans la région parisienne, on vit tous plus ou moins dans un état de prostitution et que la prostitution proprement dite est l’évidence de ça : ça met en cause le corps, mais on peut se prostituer aussi bien par l’esprit. Est prostitué quelqu’un qui fait quelque chose qu’il n’a pas envie de faire. La fille dit : « j’ai besoin d’argent pour m’acheter un appartement. » Avec le prix des appartements, avec ce qu’elle gagne dans la vie, elle ne peut pas se le payer. Ce sont les trois quarts des gens. Elle a la chance d’être pas vilaine, elle peut se vendre, ce qui est assez terrifiant, puisqu’elle se donne elle-même pour de l’argent. En même temps, elle s’en fout. Elle n’est pas très différente de n’importe qui, de l’un de nous tous qui faisons quelque chose sans vraiment y croire. Si je travaillais dans une publicité, si je travaille pour Simca [une marque de voitures] et que toute la journée je dis du bien de Simca alors que ce que j’aime, c’est les Ferrari, eh bien je me prostitue envers Simca. Je trouve que la publicité, c’est de la prostitution. Le publicitaire, c’est le maquereau typique. »

« Ce qui me frappe c’est qu’on restructure la région parisienne comme un grand bordel, si on peut dire. La population fait le trottoir. Si j’ai filmé une prostituée, c’est pour mettre ceci en évidence. J’aurais pu filmer un ouvrier ou un technicien qui ne se comportent pas différemment. De plus en plus, les gens que je croise, les ouvriers, les travailleurs, les vendeurs, ce sont des gens qui n’aiment plus ce qu’ils font, et qui font ce qu’ils font exactement comme cette jeune fille fait ce qu’elle fait : ils en sont dégagés. Ce qu’ils veulent, c’est avoir une voiture pour aller au bord de la mer. »
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