Bibliographie : Bertrand badie, «Qui a peur Du xxie Siècle ? Le Nouveau Système International»








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Ecole des Hautes Etudes Internationales

2ème année – 1er semestre

2012-13

TP de relations internationales

Séance n°2

Le système international

Bibliographie :

  1. Bertrand BADIE, « Qui A Peur Du XXIe Siècle ? - Le Nouveau Système International », Paris, 2005, La Découverte

  2. Bertrand BADIE, « L'impuissance de la puissance : essai sur les nouvelles relations internationales », Paris, 2004, Fayard, 293p.

  3. Dario BATTISTELLA, « Théorie Des Relations Internationales », Paris, 2009, Les Presses De Sciences Po, 694p.

  4. Jean-Jacques ROCHE, « Le Système International Contemporain », Paris, 1994, Montchrétien, 158p.

Documents de la fiche ou documents joints :

  1. Hobbes, Léviathan, 1651, traduction de Tricaud, Sirey. Extrait de Denis Huisman et Marie-Agnès Malfray, Les pages les plus célèbres de la philosophie occidentale de Socrate à nos jours, Librairie Académique Perrin, © 2000, pages 142 à 145

  2. Bertrand BADIE, « Irak, Afghanistan : comment un défaut de multilatéralisme a fait échouer les interventions armées », Le Monde, 12 août 2010, Discussion

  3. Jean-François Rancourt, «  « Rogue States », un concept incompatible avec la politique étrangère canadienne », Point de mire, Vol. 6, no 1, 19 janvier 2005.

  4. Pierre Hassner et Justin Vaïsse, « Washington et le monde. Dilemmes d’une superpuissance », Paris, Autrement, 2003, p.60 à 64

  5. François Constantini, « Huntington (Samuel) », Les relations internationales en fiches, Paris, 2009, Ellipses, p.15-16

  6. François Constantini, « Fukuyana (Francis) », Les relations internationales en fiches, Paris, 2009, Ellipses, p.17

  7. François Constantini, « Westphalie (traité de) », Les relations internationales en fiches, Paris, 2009, Ellipses, p.20- 23

  8. Ludovic WOETS, Jean DUFFOURCQ, «Un nouvel âge historique : la fin du cycle de l'Etat-Nation, », Agir, n°39, septembre 2009, 11p., [en ligne] http://www.societe-de-strategie.asso.fr/agir.php?id=38

Document 1 Le Léviathan par Thomas Hobbes

L'homme est un loup pour l'homme

[...] Les hommes ne retirent pas d'agrément (mais au contraire un grand déplaisir) de la vie en compagnie, là où il n'existe pas de pouvoir capable de les tenir tous en respect. Car chacun attend que son compagnon l'estime aussi haut qu'il s'apprécie lui-même, et à chaque signe de dédain, ou de mésestime il s'efforce naturellement, dans toute la mesure où il l'ose (ce qui suffit largement, parmi des hommes qui n'ont pas de commun pouvoir qui les tienne en repos, pour les conduire à se détruire naturellement), d'arracher la reconnaissance d'une valeur plus haute : à ceux qui le dédaignent, en lui nuisant ; aux autres, par de tels exemples.

De la sorte, nous pouvons trouver dans la nature humaine trois causes principales de querelles :

  •  Premièrement, la rivalité

  •  Deuxièmement, la méfiance

  •  Troisièmement, la fierté (glory)

La première de ces choses fait prendre l'offensive aux hommes en vue de leur profit. La seconde, en vue de leur sécurité. La troisième, en vue de leur réputation. Dans le premier cas, ils usent de violence pour se rendre maîtres de la personne d'autres hommes, de leurs femmes, de leurs enfants, de leurs biens. Dans le second cas, pour défendre ces choses. Dans le troisième cas, pour des bagatelles, par exemple pour un mot, un sourire, une opinion qui diffère de la leur, ou quelque autre signe de mésestime, que celle-ci porte directement sur eux-mêmes, ou qu'elle rejaillisse sur eux, étant adressée à leur parenté, à leurs amis, à leur nation, à leur profession, à leur nom.

Il apparaît clairement par là qu'aussi longtemps que les hommes vivent sans un pouvoir commun qui les tienne tous en respect, ils sont dans cette condition qui se nomme guerre, et cette guerre est guerre de chacun contre chacun. Car la « guerre » ne consiste pas seulement dans la bataille et dans des combats effectifs ; mais dans un espace de temps où la volonté de s'affronter en des batailles est suffisamment avérée : on doit par conséquent tenir compte, relativement à la nature de la guerre, de la notion de durée, comme on en tient compte, relativement à la nature du temps qu'il fait. De même en effet que la nature du mauvais temps ne réside pas dans une ou deux averses, mais dans une tendance qui va dans ce sens, pendant un grand nombre de jours consécutifs, de même la nature de la guerre ne consiste pas dans un combat effectif, mais dans une disposition avérée, allant dans ce sens, aussi longtemps qu'il n'y a pas d'assurance du contraire. Tout autre temps se nomme « paix ».

C'est pourquoi toutes les conséquences d'un temps de guerre où chacun est l'ennemi de chacun se retrouvent aussi en un temps où les hommes vivent sans autre sécurité que celle dont les munissent leur propre force ou leur propre ingéniosité. Dans un tel État, il n'y a pas de place pour une activité industrieuse, parce que le fruit n'en est pas assuré : et conséquemment il ne s'y trouve ni agriculture, ni navigation, ni usage des richesses qui peuvent être importées par mer ; pas de constructions commodes ; pas d'appareil capables de mouvoir et d'enlever les choses qui pour ce faire, exigent beaucoup de force ; pas de connaissances de la face de la terre ; pas de computation du temps ; pas d'arts ; pas de lettres ; pas de société ; et ce qui est le pire de tout, la crainte et le risque continuels d'une mort violente ; la vie de l'homme est alors solitaire, besogneuse, pénible, quasi animale et brève.

Il peut sembler étrange à celui qui n'a pas bien pesé ces choses, que la nature puisse ainsi dissocier les hommes et les rendre enclins à s'attaquer et à se détruire les uns les autres : C'est pourquoi peut-être, incrédule à l'égard de cette inférence tirée des passions, cet homme désirera la voir confirmée par l'expérience. Aussi, faisant un retour sur lui-même, alors que partant en voyage, il s'arme et cherche à être bien accompagné, qu'allant se coucher, il verrouille ses portes ; que, dans sa maison même, il ferme ses coffres à clef ; et tout cela sachant qu'il existe des lois et des fonctionnaires publics armés pour venger tous les torts qui peuvent lui être faits : qu'il se demande quelle opinion il a de ses compatriotes, quand il voyage armé ; de ses concitoyens, quand il verrouille ses portes ; de ses enfants et de ses domestiques, quand il ferme ses coffres à clef. N'incrimine-t-il pas l'humanité par ses actes autant que je le fais par mes paroles? Mais ni lui ni moi n'incriminons la nature humaine en cela. Les désirs et les autres passions de l'homme ne sont pas en eux-mêmes des péchés. Pas davantage ne le sont les actions qui procèdent de ces passions, tant que les hommes ne connaissent pas de loi qui les interdisent ; et ils ne peuvent pas connaître de lois tant qu'il n'en a pas été fait ; or, aucune loi ne peut être faite tant que les hommes ne se sont pas entendus sur la personne qui doit les faire.

On pensera peut-être qu'un tel temps n'a jamais existé, ni un état de guerre tel que celui-ci. Je crois en effet qu'il n'en a jamais été ainsi, d'une manière générale, dans le monde entier. Mais il y a beaucoup d'endroits où les hommes vivent ainsi actuellement. En effet, en maints endroits de l'Amérique, les sauvages, mis à part le gouvernement de petites familles dont la concorde dépend de la concupiscence naturelle, n'ont pas de gouvernement du tout, et ils vivent à ce jour de la manière quasi animale que j'ai décrite plus haut. De toute façon, on peut discerner le genre de vie qui prévaudrait s'il n'y avait pas de pouvoir commun à craindre, par le genre de vie où tombent ordinairement, lors d'une guerre civile, les hommes qui avaient jusqu'alors vécu sous un gouvernement pacifique.

Mais même s'il n'y avait jamais eu aucun temps où les particuliers fussent en état de guerre les uns contre les autres, cependant, à tout moment, les rois et les personnes qui détiennent l'autorité souveraine sont, à cause de leur indépendance, dans une continuelle suspicion, et dans la situation et la posture des gladiateurs, leurs armes pointées, les yeux de chacun fixés sur l'autre : je veux ici parler des forts, des garnisons, des canons qu'ils ont aux frontières de leurs royaumes et des espions qu'ils entretiennent continuellement chez leurs voisins ; toutes choses qui constituent une attitude de guerre. Mais parce qu'ils protègent par là l'activité industrieuse de leurs sujets, il ne s'ensuit pas de là cette misère qui accompagne la liberté des particuliers.

Cette guerre de chacun contre chacun a une autre conséquence : à savoir, que rien ne peut être injuste. Les notions de légitime et d'illégitime, de justice et d'injustice, n'ont pas ici leur place. Là où il n'est pas de pouvoir commun, il n'est pas de loi ; là où il n'est pas de loi, il n'est pas d'injustice. La violence et la ruse sont en temps de guerre les deux vertus cardinales. Justice et injustice ne sont en rien des facultés du corps et de l'esprit. Si elles l'étaient, elles pourraient appartenir à un homme qui serait seul au monde, aussi bien que ses sensations et ses passions. Ce sont des qualités relatives à l'homme en société, et non à l'homme solitaire. »

Document 2 : Bertrand BADIE, « Irak, Afghanistan : comment un défaut de multilatéralisme a fait échouer les interventions armées », Le Monde, 12 août 2010, Discussion

Irak, Afghanistan : comment un défaut de multilatéralisme a fait échouer les interventions armées

12.08.10

Al Abass : Un monde d'interventions n'a-t-il pas toujours été une utopie démocratique ?

Bertrand Badie : Justement, toute la difficulté qui va nous poursuivre tout au long de ce chat est de définir l'intervention.
S'agit-il de construire une communauté internationale responsable, de manière collective, de l'évolution de l'ensemble de l'humanité ? S'agit-il, ponctuellement, d'entreprendre des actions de remise en ordre là où la stabilité est menacée au point de mettre en péril l'équilibre mondial ? S'agit-il de monter à l'échelle du monde des opérations de type humanitaire ? S'agit-il enfin de construire, sans nécessairement l'expliciter toujours, un monde tout entier conforme à des valeurs auxquelles on considère que tout le monde doit adhérer parce qu'elles sont véritablement universelles ? On comprend ainsi que l'intervention est un objet obscur, plural, constamment tiraillé entre le messianisme et le pragmatisme, la tentation universaliste et la volonté de puissance. En bref, l'intervention peut aussi bien s'inscrire dans une logique démocratique pensée à l'échelle internationale qu'être, au contraire, l'expression de l'unilatéralisme le plus accompli.
Bref, la projection sur la scène mondiale des attitudes oligarchiques, voire monarchiques.
C'est la raison pour laquelle il faut cesser de parler de l'intervention au singulier, et la redéfinir comme l'instrument d'une politique souvent cachée, maquillée et qui constitue pourtant la racine même de ce principe.
Dans toute l'histoire, chaque Etat, surtout lorsqu'il était puissant, a pu intervenir chez le voisin proche ou lointain. Le phénomène est banal, il n'est nullement lié à un principe que la mondialisation aurait réussi à ériger en règle du jeu international.

Bibi : La fin du monde d'interventions est-ce la fin du leadership occidental qui dictait ses normes au monde entier ? Aujourd'hui, l'Occident est en déclin au profit de puissances émergentes, mais que émergentes… D'où les difficultés…

Bertrand Badie: Vous avez mis le doigt sur une ambiguïté majeure.
Effectivement, dans son acception contemporaine, le "principe d'intervention" a rapidement été transformé en instrument de contrôle, voire d'hégémonie, des puissances occidentales sur le monde.
Le glissement était évident : avec la fin de la bipolarité et de l'URSS, seules les puissances occidentales conservaient les moyens d'une intervention effective sur la scène internationale.
Avec la rupture de 1989, cette intervention pouvait être présentée sur un mode plus consensuel qu'elle ne l'était autrefois, et s'inscrivait ainsi dans le cadre d'une mondialisation responsable et attentive à promouvoir une sécurité collective.
C'est dans cette ligne qu'a été sinon construite du moins utilisée la résolution de l'Assemblée générale des Nations unies de décembre 1988 sur le devoir d'ingérence humanitaire, et c'est aussi dans cette perspective que les Nations unies ont banalisé l'exercice d'intervention dans les années 1990.
Cette récupération malheureuse d'un principe généreux par la logique de puissance a peu à peu lié, dans les faits et dans les consciences, l'idée d'intervention à la prétention du "club occidental" de surveiller le monde, et parfois aussi d'en punir les délinquants.
Du coup, les causes les plus nobles ont été quelque peu travesties, du moins dans leur perception, par les usages qui en ont été faits et par les acteurs qui s'en chargeaient, quelle que fût la générosité de leurs initiatives.
Il y a maintenant un dangereux parallélisme qui s'est établi entre la volonté d'affaiblir l'influence occidentale et celle de dénoncer la logique d'intervention.
Confondue avec la puissance occidentale, celle-ci est de moins en moins comprise, admise, et perd du même coup une part importante de son efficacité.
Dans la mesure où, comme vous le dites, l'influence occidentale est en régression, défiée notamment par les puissances émergentes, mais aussi par les Etats contestataires, le principe d'intervention risque d'en subir les contrecoups et d'avoir un avenir plus qu'incertain.

Amande : Comment définir des valeurs universelles communes au vu des différences culturelles, de modes de vie… ?

Bertrand Badie : Cette question de l'universalité est incontestablement l'un des échecs les plus remarquables de notre entrée dans la mondialisation.
Celle-ci ne peut fonctionner que si elle est inclusive, si elle permet à chacun d'agir, de s'exprimer et de marquer sa présence de façon égale.
La part du symbole est ici évidemment fondamentale. Le moindre écart par rapport à ce besoin d'inclusion crée de la contestation, de la violence et du ressentiment qui constituent probablement les menaces les plus dangereuses pour l'ordre international contemporain.
Or nous sommes entrés dans la mondialisation sur une lancée quelque peu messianique qui continuait à donner à l'Occident les vertus d'une invention unilatérale de l'universel.
Une confusion a été rapidement établie entre ce qui est appelé à s'universaliser et ce que la culture occidentale considérait comme la fin de sa propre histoire.
Les Etats les plus puissants ont considéré que ce qui était bon à leurs yeux était désirable par tous.
L'idée pouvait être juste et généreuse, mais elle a été promue de manière suffisamment provocante et brutale pour conduire l'autre, qui se sent menacé dans sa survie, à rejeter les valeurs occidentales non parce qu'elles étaient mauvaises, mais parce qu'elles étaient issues d'une domination.
Cette vision, probablement naïve des deux côtés, a été suffisamment soutenue pour affaiblir le principe d'intervention dès lors qu'il a été confondu avec la construction de cet universalisme de type occidental.
Que l'intervention en Afghanistan se fasse sous les couleurs de l'OTAN au lieu d'exprimer un mandat mondial issu des Nations unies a été de ce point de vue une faute énorme dont nous payons aujourd'hui le prix et dont, hélas, toutes les autres interventions dans le monde risquent de payer les conséquences.

Ismail : N'y a-t-il pas une contradiction entre des flux migratoires importants venant des pays du Sud et un rejet des grandes puissances quand elles interviennent dans ces mêmes pays du Sud ?

Bertrand Badie : C'est une façon éloquente et assez convaincante de poser en effet le problème de la mondialisation.
Celle-ci, inévitablement, va dans le sens de la relativisation des frontières et de leur affaiblissement ; mais elle va encore au-delà : elle construit au quotidien l'idée d'un bien commun qui est à la racine des deux processus que vous comparez.
Le bien commun pour les populations souffrantes du Sud, ce sont les ressources globales de l'humanité, et la tendance instinctive des plus pauvres de se déplacer vers les régions les plus riches. Ce sentiment, banal, ne pourra jamais être aboli par aucune loi ni aucune contrainte : on l'a bien connu à l'époque des constructions nationales, qui avaient aussi conduit à des migrations rurales motivées par le besoin de survie.
Pour les Etats puissants et riches du Nord, le bien commun, c'est incontestablement la sécurité collective, alimentée par le sentiment croissant qu'une déstabilisation qui s'opère loin de son propre territoire risque, par le jeu même de la mondialisation, d'affecter la survie des Etats européens ou nord-américains les plus stables.
On intervient alors, certes, pour des raisons humanitaires, mais aussi pour promouvoir ce bien commun dont la privation est de plus en plus coûteuse et que l'on identifie aujourd'hui par le concept de "sécurité collective".
Dans un cas comme dans l'autre, il y a intrusion, dépassement des souverainetés pour des causes dont on ne peut contester la validité.
La seule différence, c'est que la migration est promue par des populations faibles, démunies, sans ressources, alors que l'intervention mobilise les instruments les plus classiques de la puissance, y compris de la puissance militaire.
Si les uns et les autres sont prompts à parler d'ennemi lorsqu'il s'agit de désigner l'intrus, voire de "guerre" lorsqu'il s'agit de décrire la menace que fait peser chez soi l'intrusion de l'autre, force est d'admettre que la guerre n'a pas alors le même sens et que, hélas, celle qu'on oppose aux interventions les plus généreuses peut conduire aux violences les plus irréductibles.

Absolute : Dans ces conditions, les Etats ont-ils un avenir à la hauteur de leurs ambitions ? L'Etat est-il une institution collectivement mortelle ?

Bertrand Badie : Mais justement, lorsqu'on est dans la mondialisation, il faut apprendre à dépasser l'obsession étatique.
Le multilatéralisme a été conçu pour cela : l'intervention ne rétablira la confiance en sa faveur que si elle est reprise en main par des institutions multilatérales crédibles.
Par ce qualificatif, nous entendons des institutions réellement inclusives, et non plus déléguées à des clubs d'Etats couvrant une partie de l'humanité ; nous entendons aussi des interventions clairement déconnectées des logiques de puissance, ce qui devra conduire à repenser les chaînes de commandement : comment une intervention en Afghanistan peut-elle être présentée comme émanant de l'humanité tout entière si elle est dirigée par un général appartenant à la plus grande puissance mondiale ? Par "crédibles", nous entendons aussi des interventions policées, c'est-à-dire respectant un certain nombre de principes qui avaient été en leur temps d'ailleurs édictés par des rapports tout à fait remarquables : le rapport Brahimi, puis celui publié par la commission Evans-Sahnoun sur la responsabilité de protéger.
On notait en particulier dans ces rapports que l'intervention n'était pas nécessairement militaire, mais ne devait utiliser la force qu'en dernier recours ; on vantait la diplomatie de prévention, qui est une forme pacifique d'intervention et que chacun a aujourd'hui oubliée ; on appelait à l'usage proportionné de la force ; on indiquait également que l'intervention ne devait être décidée que si elle était faisable : belle question, d'ailleurs, que l'on ne se pose jamais et qui conduirait à dire que le "regime change" tel que l'administration américaine l'avait forgé à l'époque de Bush est parfaitement utopique et contre-productif.
N'oublions pas qu'à la base de l'ordre social, il y a un contrat de tous ceux qui y participent qui rend l'intervention étrangère totalement hors de propos.

Jean Sans Terre : Ne croyez-vous pas que le retrait américain d'Irak est finalement prématuré ? Surtout en l'absence de gouvernement irakien...

Bertrand Badie : L'absence de gouvernement irakien trouve ses racines lointaines dans l'intervention américaine. Donc ne croyons pas qu'un mal prolongé sera suffisant pour en chasser les effets négatifs : l'homéopathie n'a jamais fonctionné en politique internationale.
Il faut d'ailleurs, en Irak comme en Afghanistan, chasser ce vieil argument qui fait du mal et des morts : quand une intervention est malvenue, il faut y mettre fin le plus vite possible ; plus on s'entête, plus on aggrave le désastre.
Que cinq mois après les élections nous n'ayons pas de gouvernement irakien indique l'ampleur de l'échec américain dans la gestion de ce dossier, mais montre surtout que la construction d'un système politique dans une ambiance de guerre et d'intervention extérieure est un exercice impossible.
D'un certain point de vue, l'Afghanistan inspire les mêmes réflexions : l'échec du processus électoral présidentiel et le mode de gouvernement Karzaï, qui, pour survivre, doit agir à l'encontre de ce qui lui est prôné par ses tuteurs, montrent que décidément l'intervention n'est pas productrice d'un ordre politique intérieur harmonieux.

Pierrot : Que vous inspirent les révélations de Wikileaks sur la guerre en Afghanistan ?

Bertrand Badie : Ce qui me frappe le plus, ce ne sont pas les révélations en soi, qui, en réalité, n'apportent aucune information vraiment nouvelle.
En revanche, le véritable événement se trouve dans l'accueil et l'impact que ces révélations ont pu avoir non seulement dans les opinions, mais aussi dans les médias et dans les cercles dirigeants.
Cette surmédiatisation révèle bien l'ampleur du malaise, chez les spectateurs comme chez les acteurs, et l'absence croissante de crédibilité dont cette intervention en Afghanistan est aujourd'hui porteuse.
Ce que le jeu diplomatique classique ne peut pas faire, et ce qu'une opinion publique mal organisée sur les questions internationales est incapable de réaliser, un site Internet a pu l'accomplir.
Nous sommes entrés, à la suite de ces révélations, dans une phase nouvelle du conflit qui, inévitablement, devra conduire à un retrait des troupes de la coalition.

Alea Jacta Est : Pourquoi là où la morale nous exige d'intervenir (Soudan, Somalie) nous n'agissons pas et pourquoi là où les intérêts sont discutables les puissances interviennent ?

Bertrand Badie : Vieille histoire, que nous pourrions faire remonter à l'aube même du système westphalien ! Mais pour rester dans l'immédiat contemporain, je rappellerai deux scandales : la non-intervention dans l'Afrique des Grands Lacs en 1994 et la passivité à Srebrenica l'année suivante...
Il est difficile, face à une telle sélectivité, de croire que le bien commun est à la base de l'intervention. Ces deux expériences ont montré que les logiques de puissance étaient davantage crédibles pour expliquer les choix politiques des uns et des autres.
C'est la raison pour laquelle, une nouvelle fois, l'intervention n'est crédible que si elle se combine à un fonctionnement réel du jeu multilatéral.

Ismail : Votre collègue Ghassan Salamé parlait il y a quelques années d'un "retour d'empires". Les échecs des interventions des grandes puissances dans les zones de conflit ne sont-ils pas le signe de l'échec des empires sous leur forme classique (Etats, armées, …) ? Quelle nouvelle forme pourraient prendre ces nouveaux empires ?

Bertrand Badie : Je pense que le coût des interventions entreprises ces vingt dernières années et les échecs qui les ont généralement accompagnées sonnent le glas de la pratique impériale. Celle-ci n'a que peu de chances de se maintenir si elle n'est pas alimentée par un retour sur investissements.
De même qu'au lendemain de la seconde guerre mondiale les puissances coloniales ont dû accepter la vague de décolonisation, il me paraît évident que ce demi-siècle de pratique de la mondialisation nous conduit vers une liquidation progressive du jeu néo-impérial qui avait succédé au moment colonial.
Cela pour plusieurs raisons. D'abord, la montée des puissances émergentes, leur crédibilité s'impose peu à peu comme des substituts aux empires classiques, d'autant que ces puissances émergentes tendent à utiliser des formes nouvelles d'influence et de pénétration chez les autres, moins coûteuses et plus efficaces.
Les Etats les plus faibles sont aujourd'hui davantage prompts à bénéficier des soutiens du Brésil, de l'Inde, de la Turquie, voire de la Chine, que de risquer une clientélisation par les puissances occidentales classiques qui leur a laissé de mauvais souvenirs.
Au-delà de cette constatation, on peut même penser que ces formes nouvelles d'intervention issues des puissances émergentes se calent davantage dans les logiques normales de la mondialisation, qui dévalorisent le jeu classique de puissance en faveur de processus d'interdépendance plus discrets et plus efficaces.

Novembre54 : La Chine en pratiquant un interventionnisme économique en Afrique face à l'Occident ( interventionnisme qui s'accompagne d'une implantation démographique grandissante, comme en Algérie) n'était-elle pas dans la logique de colonisation, qui rend caduque l'utopie d'un monde respectant les plus faibles ?

Bertrand Badie : Oui, précisément, la Chine conduit aujourd'hui ces pratiques d'interventions nouvelles auxquelles je faisais précédemment allusion.
Je ne suis pas sûr qu'elle ait les meilleures cartes en main, précisément parce que de toutes les puissances émergentes, la Chine est celle qui garde le mieux les vieux réflexes impériaux. De ce point de vue, les jeux brésilien, indien, voire celui de la Turquie ou de l'Afrique du Sud, sont plus probants.
Mais suivons la Chine un moment, et constatons ce qui la distingue des diplomaties occidentales : elle est moins prompte à intervenir dans les conflits, dans l'organisation du jeu politique intérieur ; beaucoup de cynisme se trouve dans cette prudence et ce retrait. Il est vrai qu'il lui serait difficile de faire la morale en matière de démocratie ou de respect des droits de l'homme.
Mais cette dépolitisation de l'intervention a incontestablement des effets de retour favorables, rendant son attitude plus souple et plus efficace.
Par ailleurs, la Chine, qui se distingue par un passé impérial qui est le plus long de l'histoire mondiale, a toujours eu pour attitude de ne pas porter la guerre au-delà de son propre espace, d'éviter les conquêtes armées. Ce qui la place, même par rapport au Japon, dans une situation plus favorable et qui la rend moins effrayante pour ses interlocuteurs.
C'est probablement une leçon à méditer.

EEEEH : Est-ce à dire que les interventions sont appelées à être menées par des acteurs non-étatiques ?

Bertrand Badie : D'un certain point de vue, c'est déjà le cas. Peut-être que les interventions les plus modestes ont été dans l'histoire récente les plus utiles.
Le rôle des ONG, et plus globalement des sociétés civiles, se traduit par un solde infiniment plus positif que les interventions d'Etats.
Peut-être y a-t-il ici sujet à méditation : le politique, comme d'ailleurs le militaire, a un passé trop chargé pour être une formule crédible et efficace d'intervention chez les autres.
Il faudra attendre longtemps pour que la lecture du politique soit chez le plus faible plus rassurante qu'elle ne l'est aujourd'hui.
Alors, face à cet immense échec que constitue l'intervention post-bipolaire, convient-il peut-être de se tourner vers les sociétés civiles pour retrouver, à défaut d'un multilatéralisme efficace, un semblant d'humanisme rendant enfin la générosité du plus fort acceptable par le plus faible. »

Document 4 Pierre Hassner et Justin Vaïsse, « Washington et le monde. Dilemmes d’une superpuissance », Paris, Autrement, 2003, p.60 à 64

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Document 7 François Constantini, « Westphalie (traité de) », Les relations internationales en fiches, Paris, 2009, Ellipses, p.20- 23

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