«Un papa, une maman. On ne ment pas aux enfants»








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date de publication28.12.2016
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« Un papa, une maman. On ne ment pas aux enfants »
« Un papa, une maman. On ne ment pas aux enfants » : tel est le slogan qui a ponctué la manifestation de l’association Alliance Vita qui a eu lieu le 23 octobre dernier dans 75 villes de France, pour dénoncer le projet de loi sur le mariage et l’adoption pour les couples homosexuels. Cette association, fondée en France au début des années 1990, au moment des premières lois bioéthiques, et actuellement présidée par un cancérologue, revendique deux axes d’action, « L’aide aux personnes confrontées aux épreuves de la vie » et « La sensibilisation du public et des décideurs à la protection de la vie humaine ». Le Petit Journal de Canal+ a tendu le micro à quelques manifestants :
- J’ai des amis d’amis qui sont homosexuels. Mais le bonheur que je trouve avec ma femme et avec mes enfants, j’aurais du mal à le reconstituer en étant homosexuel. (Homme, 25 ans)
- On n’accepte pas que les homosexuels puissent soit adopter des enfants, soit recourir à l’insémination artificielle.

- Pourquoi, c’est dangereux un homosexuel ?

- Je pense que ça peut être dangereux, oui. (Homme, 65 ans)
- On parle du mariage pour tous, bon ben là c’est les homosexuels, après ça va être les frères et sœurs, avec le mariage pour tous, on peut tout envisager. (Femme, 50 ans)
- Si un de vos enfants devenait homosexuel, quelle serait votre réaction ?

- Ben je souffrirais, et j’essayerais de trouver des personnes pour une guérison, parce que c’est une souffrance, aussi pour eux.

- C’est comme une maladie ?

- Oui, un petit peu, c’est contre nature. J’espérerais de tout cœur qu’il puisse guérir.

- Mais vous n’avez rien contre les homosexuels ?

- Non, puisqu’à l’âge de 10 ans, c’est un homme qui m’a appris à tricoter, ma maman m’a pas appris à tricoter, elle savait pas. Et j’ai un très bon souvenir. Mais c’était contre nature. Je m’en souviens toujours.

- Qu’est-ce que vous pensez de la société à l’heure actuelle ?

- Oh la la, c’est la décadence. Si cette loi est votée, et bien on attire une condamnation sur notre société, la colère de Dieu va s'abattre sur la France. (Femme, 45 ans)
On pourrait se contenter, comme Yann Barthès à l’issue du reportage, de s’exclamer « Bienvenue au Moyen Age » ! Ou alors se rassurer en se disant que n’ont été interrogés que quelques marginaux. Mais les discours de cet acabit ne sont pas si rares dans l’opinion publique et ils émanent parfois de sphères autorisées. Au micro de France Culture, le sénateur UMP Serge Dassault a fait le lien entre homosexualité et « décadence » de la Grèce antique avant d’ajouter que l’on allait avoir « un pays d'homos » et que « dans dix ans, il n'y aurait plus personne ». Sur RTL, Eric Zemmour y est également allé de son billet sur le sujet : le « lobby gay » combinerait le trio sémantique gagnant, égalité, compassion, victimisation ; quant au mariage homosexuel, il serait comparable à la consanguinité et à la polygamie. La démonstration vaut son pesant d’imposture intellectuelle :
L’homoparentalité est un concept qui repose sur la négation du réel. Un enfant est toujours le fruit d’une rencontre entre un homme et une femme. … Il fallait donc adapter le droit à ce déni du réel et prévoir que désormais dans le livret de famille « parent 1 » et « parent 2 » remplacent les traditionnels « père » et « mère ». Pour le PACS et même le mariage, le lobby avait réussi à endormir les consciences en jouant sur l’utilitarisme de chacun : « un droit de plus pour les homos, mais qui ne vous enlève rien, murmuraient-ils, comme le serpent dans le livre de la jungle. Cette fois, l’égoïsme utilitariste s’est retourné. Un droit en plus pour certains, qui nous fait perdre à tous le nom de père et de mère. Les premiers mots qu’apprendraient les enfants ne seraient plus « papa » et « maman » mais « parent 1 » et « parent 2 ». Depuis le temps que Freud disait que le nom du père était une arme symbolique, le lobby gay l’a prise en pleine poire. La supercherie a été éventée, la baudruche rhétorique s’est dégonflée. Si le mariage ne reposait que sur l’amour, pourquoi interdire le mariage entre un père et une fille, entre un frère et une sœur, des mariages à 3, 4 personnes qui s’aiment, pourquoi refuser la polygamie …. Les grands écrivains homosexuels s’étaient toujours moqués du mariage, et même de l’amour …. Leur ancienne lucidité ne pouvait s’achever en une mièvrerie sentimentale et petite bourgeoise. On comprenait enfin que le mariage pour tous signifiait le mariage pour personne.
Si le couplet du chroniqueur était attendu, les réactions des internautes sur la page d’RTL l’étaient moins :


  • Aujourd'hui ils ont osé, ils seront les fossoyeurs de la famille, un enterrement de première classe. … L'enfant ne pourra jamais connaître ses origines, s'il ressemblait à sa grand-mère, à son grand-père, à son père. Il n'aura jamais d'album de famille sauf celui que lui présentera parent 1 ou parent 2. Un morceau de lui toujours lui manquera. C'est mal ce qu'a autorisé le Gouvernement! 

  • La femme ne serait que productrice d'ovules ? HORRIBLE ! INCONCEVABLE ! INACCEPTABLE ! Demain, le père se mariera avec sa fille au nom de l'amour, ou avec son chien, tiens pourquoi pas !

  • Que les homosexuels revendiquent d'être acceptés comme tels, pas de problème. … Qu'ils revendiquent d'avoir le statut de père ou mère d'enfants qu'ils auraient acheté par insémination artificielle est une ignominie. Les enfants ont le droit de connaître leur filiation, ceux qui ont été abandonnés savent et souffrent cela. Donc, non catégoriquement non au mariage homosexuel !

  • Ces dames ne veulent pas être "pénétrées" par le sexe opposé, mais elles veulent leur semence pour procréer, idem pour les hommes, ils ne veulent pas de rapport sexuel avec une femme mais ils veulent un utérus pour obtenir un enfant, ils vont payer pour cette « location », donc cela est bien un commerce et l'enfant est la « marchandise », allez comprendre!


J’ai publié certains de ces commentaires sur Facebook, histoire d’ouvrir le débat. Un bref dialogue qui s’est instauré entre deux de mes amis donne une clé de lecture essentielle des discours homophobes :
- C'est intéressant de voir comme des gens probablement par ailleurs pas plus bêtes que vous et moi sont capables de tenir des propos aussi stéréotypés lorsque le sujet les touche trop dans leur identité.

- Euh, si, plus bêtes quand même. Les amis d'amis de mes cousins qui ont vu l'ours, ne m'autorisent pas à parler de l'ours avec compétence. L'union homosexuelle durable existe, c'est une réalité, comme l'éducation d'enfants par des couples homosexuels. C'est là. Mais en dehors du monde, et donc des compétences, de ces gens.
Il est délicat d’adhérer au second point de vue, qui pourrait être qualifié d’élitiste. Mais faisons fi du politiquement correct : la « bêtise » y est à juste titre définie comme un manque d’expérience, un déficit de reconnaissance de possibles existants, mais filtrés par certaines idéologies (souvent religieuses) et jugés « contre nature », considérés comme « niant le réel ». Déconstruisons quelques arguments fallacieux pour « dégonfler la baudruche rhétorique ». Commençons par le dérisoire appel au pathos de Zemmour : les premiers mots qu’apprendraient les enfants ne seraient plus « papa » et « maman » mais « parent 1 » et « parent 2 ». Qui tomberait dans le piège de cet amalgame entre étiquettes administratives et désignations affectives ? Plus sérieusement, puisque les opposants au mariage et à l’adoption pour les couples homosexuels en appellent toujours à la Nature, l’homosexualité n’est de loin pas « contre nature », preuve en sont les nombreuses recherches des éthologues qui ont démontré que plusieurs espèces animales (comme les dauphins, les bonobos ou certains lézards) s’adonnaient à des pratiques sexuelles non reproductives. Pour ce qui est des « conséquences » de l’homoparentalité, on dispose de suffisamment d’évidences scientifiques pour affirmer que les préférences sexuelles des parents n’influencent pas les comportements des enfants (nombre d’homosexuels n’ont-ils pas grandi au sein de familles hétérosexuelles ?). Le statut socio-économique des parents joue en revanche un rôle sur l’évolution des enfants qui dépendra alors de la stabilité de la structure familiale, quelle qu’en soit la composition, face à des situations d’adversité. L’un des seuls problèmes réels posés par l’homoparentalité est le regard porté à son égard par la société. Mais la discrimination scolaire, par exemple, est générée par de nombreuses autres sources (paramètres physiques, économiques, ethniques). Et là encore, ce sera la solidité de la structure familiale qui contribuera à l’équilibre de l’enfant. Enfin, la nécessité pour l’enfant de s’identifier à des figures dites « féminines » et « masculines » (qui ne se confondent pas avec les figures « maternelles » et « paternelles ») sera largement assouvie par la fréquentation d’identités multiples à l’extérieur du cadre familial.

L’homophobie est le plus souvent le fruit de la méconnaissance de choix de vie autres que « par défaut ». L’hétérosexisme est une forme de domination qu’il faut combattre en rappelant que l’espèce humaine est « naturellement culturelle » : la définition des préférences sexuelles compte ainsi au nombre des paramètres qui ouvrent les possibles des hommes et des femmes que nous sommes. Un papa, une maman ? Certes, mais pas exclusivement.



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