Rendre un drame public : le rôle de l’association «Marilou» dans l’élaboration d’une politique de lutte contre l’insécurité routière








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Rendre un drame public : le rôle de l’association « Marilou » dans l’élaboration d’une politique de lutte contre l’insécurité routière.
Renaud Crespin, post-doctorant au CRAPE/Rennes

renaud.crespin@noos.fr
Introduction
Philippe Braud indique qu’une des raisons pour lesquelles la science politique se méfie du domaine de l’émotionnel réside dans le caractère imprévisible de ces phénomènes1. Taxés d’« irrationnelles » au sens commun du terme, les émotions seraient intrinsèquement anarchiques. Tout en faisant le constat du caractère pour le moins résiduel des recherches de science politique sur les émotions, Ph.Braud pointe quelques-uns des obstacles au développement de ce type d’approche. Deux d’entre eux nous paraissent ici devoir être rappelés2. Le premier a trait au triomphe du modèle légalo-rationnel de l’organisation administrative des Etats modernes qui impose aux agents desdits Etats (fonctionnaires) d’agir « sans haine et sans passion ». Le second obstacle à la prise en compte des passions et de l’émotion dans les analyses du fait politique tient au statut de la loi. Celle-ci parce suppose, parce qu’elle doit demeurer « générale et impersonnelle », que soit éliminée toute interférence d’ordre sentimental dans le processus de son élaboration, afin de garantir sereinement l’impartialité de l’ordre législatif et politique. Les travaux d’auteurs comme M. Weber ou N. Elias ont permis de mettre en évidence et de caractériser les enjeux sociaux attachés à ce type de croyance. Parce que les pratiques politiques viseraient à modérer la violence dans les relations collectives, le contrôle des émotions, entendu comme le principe dynamique du processus législatif, conduit à qualifier de passions collectives les seuls comportements perçus comme des menaces pour l’ordre social.

L’action menée ces dernières années par l’Etat pour lutter contre l’insécurité routière s’inscrit dans un tel processus. Il s’agit en effet par l’adoption d’outils normatifs (loi, règlement), informatifs (campagne de responsabilisation) et techniques (alcotest, radar etc.) de pacifier les comportements routiers afin d’assurer la sécurité de tous sur la route3. Tel est le cas par exemple de la récente loi, adoptée en février 2003, qui instaure le dépistage des drogues au volant, dont l’objectif affiché est de prévenir les effets accidentogènes de la consommation des produits psychotropes illicites4. Nous ne reviendrons pas sur l’ensemble des processus de typification du consommateur de drogues comme personne soumise à ses seules passions. Il suffira de rappeler brièvement qu’en France la consommation de stupéfiants est qualifiée de « fléau social » dont la gestion publique est assurée par des politiques pénales qui assimilent le consommateur de drogues à un « délinquant » et des politiques sanitaires qui le considèrent comme « dépendant »5. Cette contribution voudrait plutôt mettre en lumière un paradoxe dans l’adoption de la loi de février 2003, qui tout en se fondant sur cette représentation du consommateur de drogues mobilise un registre subjectif et émotionnel fort pour justifier les mesures répressives qu’elle instaure. Cette contradiction avec les principes précédemment évoqués devant guider l’action politique et le travail législatif revêt deux aspects : le premier concerne l’appellation de la loi instaurant le dépistage des drogues au volant. Lors des débats parlementaires précédant son adoption en janvier 2003, le ministre de la Justice, Dominique Perben, la dédie à une victime dont elle porte officiellement le nom : Marilou6. Le second aspect concerne l’émotion palpable dans l’hémicycle et notamment celle de Dominique Perben, qui confiera huit mois plus tard dans un entretien au Journal du Dimanche que les débats sur la violence routière avaient été les moments les plus difficiles de sa première année au ministère et déclare : « lorsque que dans les tribunes de l’Assemblée nationale, j’ai vu les parents de la petite Marilou tuée par un conducteur sous l’emprise de stupéfiants, j’ai voulu dédier la loi à Marilou. C’était pour moi un vrai moment d’émotion »7.

Afin d’éclairer une partie des mécanismes de subjectivation de cette loi, nous proposons ici de revenir sur le processus de publicisation des dangers de la drogue au volant. Un aspect essentiel de cette publicisation, même s’il n’épuise pas l’ensemble des définitions concurrentes du problème dans l’espace public8, est la réduction d’un problème technique complexe en problème moral inacceptable réclamant l’intervention du politique9.
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