Education / formation le projet des Socialistes








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EDUCATION / FORMATION



Le projet des Socialistes


Actes du Colloque national du 13 octobre 2001

Texte d’orientation

AVANT PROPOS

EDUCATION ET FORMATION :

DES INVESTISSEMENTS PRIORITAIRES

L’éducation et la formation sont les investissements prioritaires pour préparer la France à relever tous les défis du XXIème siècle.

C’est pourquoi elles tiendront une place essentielle dans le projet des socialistes.

Dans le cadre de la préparation de ce projet, le Parti Socialiste a engagé une réflexion afin de redéfinir un projet éducatif global.

Le colloque du 13 octobre 2001 a constitué un temps fort de cette réflexion. L’ensemble des interventions faites lors de ce colloque sont publiées dans les pages qui suivent.

A l’occasion de ce colloque, le Parti Socialiste a publié un texte d’orientation sur l’éducation et la formation qui avait été validé par le Bureau National le 13 octobre 2001. Ce texte, que l’on trouvera dans cette brochure à la suite du compte-rendu du colloque, avait pour objet de servir de base à la discussion. Il est soumis à l’ensemble des partenaires concernés par l’éducation et la formation, afin d’être discuté, amendé, enrichi.

Le futur projet des socialistes, comme le futur projet éducatif global que nous préparons parallèlement, prendront pleinement en compte les remarques qui seront faites dans le cadre de la large concertation que nous avons lancée sur la base de ce texte et des débats du colloque.

Nous nous proposons de mettre en œuvre un nouveau droit à caractère universel : le droit pour chacune et chacun de bénéficier d’un temps de formation global tout au long de sa vie.

Cette démarche ambitieuse est d’abord fondée sur les principes d’égalité et de justice.

En dépit des efforts considérables accomplis depuis vingt ans par les gouvernements de gauche, et par leurs ministres de l’Education Nationale, trop de jeunes quittent encore le système scolaire avec le goût amer de l’échec.

Loin de réparer les inégalités initiales, le dispositif actuel de « formation continue » les aggrave. Ceux qui ont bénéficié de la formation initiale la plus large sont aussi ceux qui bénéficient du plus grand nombre d’heures de formation continue. Ceux qui ont échoué au départ disposent le plus souvent, dans les faits, de moins de temps de formation continue que les autres.

Ce que nous voulons, c’est favoriser la réussite du plus grand nombre au stade de la formation initiale comme au stade de la formation continue.

Et c’est donc, d’abord, mettre fin à cette distinction devenue injustifiée entre « formation initiale » et « formation continue ».

Nous préférons parler de continuité éducative et de continuité dans le processus de formation.

Nous voulons mettre les ressources de l’Education Nationale, de la formation dite « initiale », au service de la formation tout au long de la vie.

Parallèlement, nous voulons que les acquis de la formation continue puissent bénéficier à la formation initiale, notamment dans le domaine de la pédagogie.

Pour nous, il n’y a aucune contradiction entre « formation initiale » et « formation tout au long de la vie ». Il doit y avoir totale complémentarité.

La perspective de la « formation tout au long de la vie » ne doit en aucun cas nous conduire à restreindre nos ambitions en matière de formation initiale, tout au contraire.

C’est pourquoi nous faisons de nombreuses propositions pour lutter contre l’échec scolaire dès l’école élémentaire, pour développer au collège des parcours diversifiés, pour réformer profondément le lycée ainsi que les premiers cycles des universités.

Nos propositions concernent aussi la vie des établissements, leur degré d’autonomie, le partenariat entre personnels de l’éducation et parents d’élèves, la « sectorisation », la formation des enseignants, les nouvelles technologies, les programmes, etc.

Elles n’ont de sens que par rapport aux idéaux qui sont les nôtres : l’égalité des chances qui doit être effective pour tous et à tous les âges de la vie ; la possibilité donnée à chacun d’acquérir les connaissances et les compétences nécessaires au citoyen du XXIème siècle ; la laïcité, qui à l’heure où chacun mesure les désastres auxquels conduisent les fanatismes, est, plus que jamais, d’actualité.

Anne HIDALGO Secrétaire Nationale à la Formation Professionnelle


Jean-Pierre SUEUR Secrétaire National à l’Education


Éducation et formation : le projet des Socialistes

Actes du Colloque National du Parti Socialiste du Samedi 13 octobre 2001
Cités des Sciences et de l’Industrie de la Villette, Paris


Jean-Pierre Sueur, secrétaire national à l’éducation

Chers amis, chers camarades, permettez-moi, au nom d’Anne Hidalgo, secrétaire nationale à la formation professionnelle, et en mon nom propre, au nom de tous ceux et toutes celles qui ont organisé cette journée, de vous souhaiter la bienvenue pour ce colloque national organisé par le Parti socialiste, dans le cadre de la préparation du Projet des socialistes.

Nous allons rendre public ce projet à la fin du mois de janvier. Nous avons choisi de le préparer ensemble, dans le dialogue, dans le débat et la concertation. C’est la méthode qui a été choisie par Martine Aubry qui, vous le savez, est chargée de la préparation de ce projet. Nous avons décidé, à cet effet, d’organiser une série de rencontres, de colloques. Nous publions à ces occasions des textes comme celui que vous avez entre les mains, qui a été validé par le Bureau national du Parti socialiste lors de sa réunion de mardi dernier. Ce texte, je remercie d’ailleurs les membres des 20 groupes de travail qui ont participé à l’élaboration de ses 70 pages, sera soumis au débat du colloque ; il sera soumis à l’ensemble des organisations syndicales, des partenaires sociaux, à l’ensemble des mouvements éducatifs, des citoyennes et des citoyens qui veulent participer avec nous à l’élaboration de notre projet.

Ce n’est pas le premier colloque que nous avons l’occasion de tenir sur les questions de formation et d’éducation, mais il présente une particularité par rapport au colloque que nous avons tenu deux ans auparavant, ici même, à la Villette. C’est en effet un colloque qui porte à la fois sur l’éducation et sur la formation ; sur l’éducation et la formation initiale, sur la formation permanente, tout au long de la vie.

Cela va nous conduire à envisager une nouvelle conception du service public de la formation pour toute la vie, à penser l’articulation. La formation continue rétroagit sur la formation initiale, la formation initiale a beaucoup à apporter à la formation continue ; ce ne sont pas deux mondes qui cohabitent, mais c’est le même monde, et cela doit être le même processus.

Nous n’en serions pas à ce niveau de réflexion si n’avait pas été adoptée, il y a 30 ans, une loi prémonitoire. Il arrive que des lois soient en avance sur le cours de l’histoire. Et je veux saluer très chaleureusement, en votre nom à tous, j’en suis sûr, Jacques Delors, qui est avec nous. Je pense que nous pouvons l’applaudir très fort. Nous avons tous, pour beaucoup de raisons, et en particulier ceux qui travaillent sur la formation tout au long de la vie, une grande dette à l’égard du précurseur que fut et qu’est toujours Jacques Delors. Je te remercie d’avoir bien avoir voulu accepter de parler en préambule à nos travaux, après l’intervention d’Anne Hidalgo, et avant les différentes tables rondes où tu pourras, bien entendu, participer au débat.

Mes chers amis, nous allons aujourd’hui parler de toute une série de sujets. Mais je voudrais très brièvement, en introduction, indiquer les grandes orientations qui sont proposées par le Parti socialiste, au stade actuel de cette démarche.

Tout d’abord, nous voulons proposer la fondation d’un droit, le droit universel de chaque être humain à bénéficier d’un certain volume de formation tout au long de son existence. Nous pensons que ce sera une grande nouveauté. Nous voulons que ce droit soit juste car, aujourd’hui, subsistent encore, vous le savez, et malgré tous les efforts que nous avons fournis, bien des inégalités dans la formation initiale. D’énormes inégalités se manifestent également dans la formation permanente ; en effet, vous le savez bien, plus on a suivi de formation initiale, plus on a droit à la formation permanente.

La première piste dont parlera Anne Hidalgo est la suivante : comment faire pour introduire dans tout le processus, la justice, l’égalité des chances pour chaque citoyen et chaque citoyenne de ce pays ? Il y a un point que je dois préciser dès le départ, car je sais que beaucoup y sont attentifs, notamment dans le monde de l’Éducation nationale : nous allons nous dissocier du discours tenu par certaines personnes du MEDEF, qui considèrent que, comme la formation tout au long de la vie est possible, l’on pourrait se satisfaire d’une moindre exigence en matière de formation initiale. Cette conception-là n’est pas la nôtre. Nous avons une forte ambition en matière de formation initiale, et nous avons une forte ambition en matière de formation tout au long de la vie. Il ne faut surtout pas opposer ces deux ambitions qui se complètent.

La deuxième grande orientation s’appelle Pour une école de l’exigence. Et nous tenons à ce terme d’« exigence ». Ce n’est pas l’école de la facilité, pas le laxisme, pas le plus petit dénominateur, non : l’exigence. Et l’exigence pour tous. Cela veut dire que nous faisons des propositions, qui sont soumises au débat, pour lutter contre l’échec scolaire, dès l’école primaire. On entend souvent dire que, en sixième, on rencontre un certain nombre de jeunes qui ne savent pas lire, qui n’ont pas maîtrisé les apprentissages fondamentaux. Si c’est vrai, et je crois que ça l’est, il faut traiter ce problème, il faut apporter la réponse au niveau du CP, si cela se pose au CP, au CE1, au CE2, car il est inutile de laisser l’écart s’accroître. Il faut que l’on se donne les moyens d’éviter que, dès le départ, des jeunes soient « largués ».

On nous a déjà dit que cela aura un certain coût. Certes, mais quel est le prix de l’échec précoce qui se poursuit en échec continu et durable, et qui fait que des jeunes traînent ce handicap comme un boulet jusqu’à la fin du collège, voire du lycée ? Il y a là quelque chose de très important.

Pour ce qui est des questions de moyens, nous n’avons pas peur de dire que c’est un choix politique, que l’investissement éducation-formation sera le principal investissement et l’investissement le plus utile, le plus efficace, dans les dix ans à venir. Nous pensons qu’il faudra davantage investir dans la formation initiale et continue. C’est un choix de société, mais nous le faisons. De même, au collège, nous préconisons le développement du tutorat, du travail en petits groupes, le développement des études encadrées et surveillées avec un fort apport pédagogique parce que, si nous voulons que les jeunes réussissent, il faut s’en donner les moyens. Nous n’avons pas peur de dire qu’il faut une plus grande emprise du temps scolaire et périscolaire dans la vie des jeunes. Vous savez que l’école, aujourd’hui, c’est un jour sur deux dans la vie d’un jeune.

Pour ceux qui, dans leur famille, trouvent tout l’accompagnement, éducatif, culturel, etc., ce n’est pas un problème ; c’est plutôt celui de ceux qui, à 16 heures 30 ou 17 heures, se retrouvent dans la rue, puis devant la télévision. Nous n’avons rien contre la télévision, elle peut être une source de richesses formidable ; cependant, il arrive souvent que cela ne soit pas le cas. En tout cas, il est important de pouvoir appréhender la télévision avec un œil critique. Nous pensons que, si l’on a un projet exigeant, il faut du temps, du temps scolaire et du temps périscolaire, et nous n’avons pas peur de le dire.

Une autre orientation est la diversité pour l’égalité. Nous pensons que tous les jeunes peuvent réussir, et qu’ils doivent réussir. Mais ils ne peuvent pas forcément tous réussir de la même manière, au même rythme, exactement de la même façon que le petit voisin ou la petite voisine. Bien sûr, il y a le risque d’une école de la différence, où l’on sublimerait les différences, où l’on absolutiserait les différences ; ce n’est pas notre projet. Nous sommes partisans de l’école pour tous, de l’école creuset de la République. Mais, en même temps, si l’on veut que chacun réussisse, il faut prendre les moyens pour que chacun réussisse, en respectant une certaine pluralité de démarche.

Pour la réforme du collège, nous nous inscrivons clairement dans les voies ouvertes par Jack Lang et, auparavant, par Ségolène Royal. Nous pensons que le collège a trop souvent été conçu comme un petit lycée et qu’une culture générale à laquelle il manque l’ouverture aux réalités technologiques, artistiques, à l’initiation professionnelle, n’est pas une culture générale mais qu’elle est une culture abstraite. Tout le monde a besoin, dans sa scolarité, d’apprentissages de l’ordre du technologique, de l’artistique, de l’initiation professionnelle. Si l’on peut proposer, au collège, à tel ou tel jeune de consacrer davantage de temps à telle ou telle discipline dans laquelle il trouvera un épanouissement, c’est une voie qu’il faut choisir, et il faut aller dans ce sens.

Il faut également des établissements plus autonomes. Soyons très clairs à ce sujet : nous ne voulons pas des écoles concurrentielles ; nous ne voulons pas la suppression du service public de l’éducation nationale ; nous y sommes profondément attachés, de toutes nos fibres ; nous ne voulons pas la multiplication de parcours individuels, de crédits individuels, de capitalisations individuelles, ce qui s’apparente à la conception globale de la formation présentée par certaines formations politiques de la droite, explicitement ou implicitement. Nous ne voulons pas de cela.

Cependant, dès lors que les programmes sont définis au niveau national, que les objectifs sont définis au niveau national, que le statut des personnels est défini au niveau national, nous pensons qu’il faut donner plus de libertés, plus de capacités d’initiative aux établissements, de manière à ce que, dans un collège ou dans un lycée, on puisse, autour du projet d’établissement, avoir beaucoup plus de souplesse, beaucoup plus de liberté pour concevoir les approches pédagogiques, les enseignements par petits groupes, les enseignements adaptés, individualisés. Voilà, pour nous, une mutation qui est nécessaire.

Nous tenons beaucoup au service public. Et nous y tenons tellement que nous refusons un service public hyper centralisé. Nous pensons que le service public du xxie siècle, c’est celui qui parie sur les capacités d’initiative des équipes pédagogiques sur le terrain. Et quand je parle d’équipes pédagogiques, permettez-moi d’inclure dans ces équipes tous les personnels qui travaillent dans nos établissements. On parle souvent des personnels IATOS ; et, comme tout le monde ne sait pas exactement ce que signifie IATOS, pour simplifier, pour clarifier, on dit les non-enseignants.

Quelle profession, mes chers amis, accepterait de se voir définie par une négation ? Vous savez que les personnels IATOS, dans nos établissements, ont beaucoup de compétences, beaucoup de qualifications ; ils participent donc pleinement au service public de la formation, dans l’équipe de l’établissement. Nous parions sur cette conception nouvelle d’un service public moderne faisant largement appel à toutes les compétences de tous ceux qui le servent

Autre orientation : nous voulons clairement dépasser certains débats qui ont fait les choux gras de l’actualité et rempli les pages « idées » d’un certain nombre de journaux. Si j’ai bien compris, il y aurait, d’un côté, les républicains, et de l’autre, les pédagogues. Vous me permettrez de revendiquer le droit d’être un républicain pédagogue et un pédagogue républicain.

Il y aurait d’un côté les partisans de l’instruction et, de l’autre, les partisans de l’éducation. Soyons clairs : nous revendiquons une forte exigence en matière d’apprentissage du savoir et des savoirs. A cet égard, nous refusons la démagogie et la facilité ; il faut centrer les choses sur les apprentissages fondamentaux, qui sont à la base de tout. Cependant, quand on refuse la pédagogie, on pratique une autre pédagogie, souvent la pire ; je ne développe pas, vous voyez bien ce que nous voulons dire. Quant au savoir, attention de ne pas tenir des discours un peu archaïques : le savoir ne se présente pas comme un ensemble cohérent, magnifique, dans lequel s’emboîterait l’ensemble des disciplines, les unes à côtés des autres. Toute l’histoire des sciences humaines et sociales au xxe siècle plaide contre cette conception un peu naïve du savoir. Alain Touraine, que nous avons le plaisir d’accueillir, a beaucoup travaillé là-dessus. Donc, soyons ouverts à la diversité des savoirs, à la dialectique des savoirs, à l’esprit critique à l’égard des savoirs et de la conception des savoirs.

L’orientation suivante concerne l’école, les établissements d’enseignement et les territoires. Les ZEP ont été un grand progrès, et il faut remercier leur fondateur, Alain Savary. En effet, les ZEP reposent sur l’idée qu’il faut donner davantage de moyens aux établissements rencontrant le plus de difficultés. Ce projet reste le nôtre.

Néanmoins, tous les élus savent combien, aujourd’hui, on leur demande des centaines et des milliers de dérogations telles : « M. le Maire, ma fille ne peut pas aller là, vous comprenez, il y a un problème psychologique avec l’institutrice, il y a la nourrice qui habite à côté…. » On se trouve devant deux cas de figure. Soit on prend le temps de dire : « Écoutez, ce sont de faux prétextes, en fait, vous ne voulez pas aller dans cette école parce qu’elle fait partie de cette ZEP, qu’il y a une population dans cette ZEP, et que vous préférez… » Soit on dit : « Bon, on va donner la dérogation. »

Là aussi, soyons clairs : nous sommes favorables à une exigence accrue pour les ZEP, pour les zones sensibles, pour les endroits où se signalent des difficultés. Ce qui a été fait à Sciences-po est intéressant, même si l’on peut discuter des modalités. Quoi qu’il en soit, il est essentiel de tout faire pour tirer vers le haut les établissements des quartiers difficiles.

Mais notre combat est indissociable d’une nouvelle politique de la ville et d’une nouvelle politique du renouvellement urbain. Les enseignants de l’Éducation nationale ne sont pas responsables du fait que, pendant des années, on a fait en sorte que, en Seine-Saint-Denis, dans certains endroits, soient condensées toutes les difficultés de la société, causées par des politiques foncières, immobilières, quelquefois électorales. Par conséquent, nous plaidons pour une autre politique qui mette fin à ces ghettos, qui reconstruise les villes et les quartiers des villes. Dans cette politique urgente et essentielle, que Claude Bartolone met en œuvre, les établissements d’enseignement ont un rôle tout particulier à jouer au sein de la ville, au cœur de la cité.

En matière d’universités, nous souhaitons accorder une très grande priorité au premier cycle. C’est d’ailleurs ce qui a été engagé par Jack Lang, et nous devons exprimer notre total accord. Mais il faudra aller plus loin dans les dix années qui viennent.

Aujourd’hui, il existe deux circuits, si l’on regarde les choses un peu schématiquement : d’un côté, les classes préparatoires, les STS, les IUT, avec des publics contingentés, (il faut présenter sa candidature) et un bon encadrement ; et de l’autre, les premiers cycles des universités, où l’encadrement est nettement moins bon, malgré les efforts qui sont faits. Cela n’est pas logique. Pourquoi aurait-on un fort encadrement pour l’élite, pour le « haut du panier », et pourquoi, pour tous ces jeunes arrivant à l’université en sortant du bac, se trouve-t-on dans un système où l’encadrement est beaucoup moins efficient ? L’une des grandes priorités pour la réussite du plus grand nombre à l’université passe donc par l’augmentation très sensible du taux d’encadrement des premiers cycles universitaires.

Nous voulons également plus d’autonomie pour les universités dès lors qu’il y a des diplômes nationaux, des statuts nationaux des personnels, des objectifs nationaux, et un aménagement du territoire juste en matière d’universités, ce qui suppose que l’État y veille, car nous sommes contre la régionalisation des universités. La régionalisation des universités, pourquoi pas la départementalisation ? Vous auriez les riches et les pauvres, ceux qui pourraient se payer l’université Pasqua et ceux qui ne le pourraient pas.

Nous proposons, dès le début de la prochaine législature, une vaste négociation avec la Conférence des présidents d’universités, avec les personnels des universités, avec les étudiants, pour que l’on puisse décider plus de choses au niveau de chaque université.

Il faut définir au niveau national les objectifs, les diplômes, les statuts des personnels ; ; mais, une fois cela établi, les universités doivent être dotées de plus de pouvoir d’initiative, c’est notre conception du service public.

Enfin, nous sommes pour une école ouverte. Cependant, école ouverte ne veut pas dire que tout ce qu’il y a dans la société doit entrer dans l’école ; ce n’est pas parce qu’il y a de la violence dans la société qu’il faut que l’école soit ouverte à la violence. Il faut donc, et cela a été dit avec force par Claude Allègre comme par Jack Lang, faire respecter des règles sans lesquelles il n’y a pas de société et d’éducation qui fonctionnent. Cela passe aussi par la formation des enseignants, par la constitution d’équipes pédagogiques qui soient pérennes dans nos établissements, en particulier dans les quartiers en difficulté.

Cette école ouverte, nous voulons la bâtir dans ce processus formation initiale/formation continue, en lien avec l’ensemble des partenaires sociaux. C’est pourquoi je salue l’ensemble des représentants des organisations syndicales qui sont ici présents, c’est une première. D’habitude, dans les colloques sur l’éducation, on a tendance à inviter les représentants des syndicats enseignants ou les personnels de l’éducation nationale ; rassurez-vous, nous l’avons fait aussi, ils s’exprimeront cet après-midi, mais nous avons également invité les représentants des confédérations, je pense que c’est très important.

D’autre part, nous voulons établir un lien profond entre l’école et le périscolaire, le monde associatif. C’est pourquoi nous avons aussi invité la Ligue de l’enseignement à s’exprimer. Pour nous, par rapport à cette nouvelle conception de l’école de l’exigence, pour la réussite de tous, il y a là une ouverture essentielle.

Enfin, nous aurons l’occasion de travailler avec les parents d’élèves sur notre projet, car nous reprenons à notre compte l’idée de coéducation qui doit notamment nous conduire à associer davantage les parents dans le processus d’éducation. Il y a les parents qui connaissent les règles du jeu scolaire et universitaire, et ceux qui ne les connaissent pas. Et cela a beaucoup d’importance.

En conclusion, je voudrais rappeler que, depuis 20 ans, c’est toujours la gauche qui a fait avancer l’éducation nationale. J’ai cité Alain Savary et la création des ZEP ; je veux citer Lionel Jospin, lorsqu’il était ministre de l’Éducation nationale : premier plan pluriannuel de recrutement, avec des moyens conséquents, université 2000 ; Claude Allègre : université du 3e millénaire ; Jean-Pierre Chevènement : la création des bacs professionnels. Sans les bacs professionnels, il était inutile d’espérer amener 80 % d’une classe d’âge au niveau du baccalauréat, or, nous en sommes aujourd’hui à près de 70 %. Je veux enfin citer, pour la réforme des collèges, la rénovation pédagogique, et beaucoup d’autres initiatives, Ségolène Royal et Jack Lang.

Au total, chaque fois qu’elle a été au pouvoir, la gauche s’est efforcée d’accorder la priorité, avec des approches différentes, à l’éducation nationale. Cela contraste avec l’action des gouvernements Balladur et Juppé, et de M. Bayrou, qui a commencé par chercher à remettre en cause l’un des fondements du service public de l’éducation nationale : souvenez-vous de ce sursaut du 16 janvier 1994, nous ne l’avons pas oublié. Il a ensuite décrété un nouveau contrat pour l’école qui n’a jamais engagé personne, et surtout pas lui-même. Souvenez-vous aussi du passage de M. Fillon. Je vais lui faire un peu de publicité. Alors qu’on voit qu’il faut investir beaucoup plus d’argent sur le premier cycle, M. Fillon en a retiré beaucoup. Il n’est pas inutile de rappeler tout cela.

Nous avons la volonté de bâtir ensemble un projet novateur qui s’appuie sur nos valeurs, qui sont différentes des valeurs de la droite. Il faut le dire clairement.

Notre ambition, c’est celle de l’école de la République, de l’école comme creuset républicain dont l’objectif est de permettre la réussite de tous les jeunes.

Pour finir tout à fait, je veux prononcer le mot qui, pour nous, est tellement essentiel : laïcité. Pourquoi ? Parce que c’est la valeur fondamentale d’une société faite d’hommes et de femmes libres qui se respectent dans la diversité de leurs convictions. C’est la valeur de celles et de ceux qui pensent qu’un être humain comptera toujours beaucoup plus que la loi de la marchandise et la loi du profit. C’est une valeur à laquelle nous tenons beaucoup, en des temps où l’on voit très concrètement les catastrophes auxquelles peut conduire le fanatisme.

Mes chers amis, nous sommes ici pour travailler. Merci de m’avoir écouté. Je vous souhaite une très bonne journée, et je souhaite que celle-ci soit le début d’un processus qui nous permettra d’avoir le meilleur projet possible. Merci à tous. Nous allons à présent entendre Anne Hidalgo.

Anne Hidalgo, secrétaire nationale à la Formation professionnelle

Merci et bienvenue, Mesdames, Messieurs, chers camarades et chers amis. Permettez-moi d’abord de vous dire combien je suis heureuse d’ouvrir ce colloque avec Jean-Pierre sur le projet socialiste en matière d’éducation et de formation. C’est un moment très fort pour nous, un moment très fort de cette réflexion engagée par le Parti socialiste sur un thème qui, je crois, est très attendu par nos concitoyens.

C’est aussi un moment fort parce que, ceux qui travaillent depuis des mois et des années sur ces sujets savent qu’il a fait l’objet d’un intense travail de préparation au sein des groupes dont a parlé Jean-Pierre : Formation professionnelle et Éducation du Parti socialiste. Permettez-moi de remercier l’ensemble des membres de ces équipes, et plus particulièrement Jean-François Noël, délégué national à la Formation professionnelle, Olga Trostiantski* ici présente, et Jean-Marc Germain, pour le travail qu’ils ont réalisé depuis le Congrès de Grenoble afin de présenter ces textes et d’organiser cette journée.

L’approche que nous proposons est novatrice. Elle est novatrice parce que nous avons décidé d’associer et non pas d’opposer l’éducation et la formation. Cette décision relève d’un choix politique voulu par François Hollande, notre Premier secrétaire, qui l’a exprimé notamment au Congrès de Grenoble, en novembre dernier.

Je sais aussi que cette idée de continuité éducative, de lien entre éducation et formation, est une idée qui doit d’abord énormément au président Jacques Delors, et je sais qu’il y est très attaché. Nous l’écouterons vraiment avec énormément d’intérêt parce que, si nous parlons aujourd’hui de cette continuité éducative, de ce droit à l’éducation, à la formation tout au long de la vie, c’est, bien sûr, grâce à cette loi de 1971, mais c’est aussi parce qu’il a poursuivi la réflexion en ce sens, et qu’il n’a cessé de prêcher ce lien nécessaire entre l’éducation et la formation.

Les propositions que nous formulons aujourd’hui ont été travaillées avec Martine Aubry, en charge du projet des socialistes et, comme l’a rappelé Jean-Pierre, sont soumises au Bureau national de notre parti. Elles seront bien sûr complétées par tous les débats qui auront lieu aujourd’hui.

Pourquoi proposons-nous ce nouveau droit à l’éducation et à la formation ? Ces dix dernières années, on a pu constater que cette notion de formation tout au long de la vie est devenue une sorte de slogan, en France et en Europe ; on peut s’en réjouir, tout le monde a l’air de s’y référer. Donc, en apparence c’est très consensuel. Mais lorsqu’on regarde ce qu’il y a vraiment derrière les mots, on s’aperçoit que parler de formation tout au long de la vie, notamment pour les libéraux et la droite, c’est avant tout renvoyer chacun à sa propre responsabilité dans l’accès aux connaissances, dans l’accès à la qualification, dans l’accès à sa professionnalisation. Pour résumer : à chacun selon ses seuls moyens.

Le système que préconise cette famille de pensées, c’est bien sûr la capitalisation. On peut faire une analogie, et je crois qu’Alain Touraine l’avait faite en son temps, entre la construction d’un système d’éducation et de formation et la construction des systèmes de protection sociale, de retraite. On voit bien qu’il existe deux schémas de pensée que l’on retrouve complètement sur ce thème de l’éducation et de la formation : d’un côté, à droite, la capitalisation comme fondement ; de l’autre côté, à gauche, et c’est bien évidemment le parti que nous avons pris, un système fondé sur la responsabilité de chacun des acteurs mais aussi sur la solidarité, sur la justice, ainsi que sur la performance économique, qui nous tient à cœur. Cette question d’éducation est bien sûr au cœur d’enjeux citoyens, mais elle est aussi au cœur d’enjeux économiques. Donc, notre projet tourne résolument le dos à cette approche purement individuelle qui néglige les garanties collectives qui sont pourtant indispensables à la réduction des inégalités que nous constatons.

Faire de ce droit une réalité, c’est vraiment l’un des chantiers majeurs pour la France dans les dix années à venir, et nous avons essayé de lui donner corps. Tout d’abord, il s’agit de faire de ce droit une réalité ; cela correspond à une ambition sociale de première importance, Nicole Péry l’a rappelé dans son Livre blanc sur la formation professionnelle en 1998. Le premier constat, cela a été rappelé par Jean-Pierre, c’est que la formation continue est inégalitaire dans son accès et qu’elle accroît les inégalités qui ont pu se faire jour dans la formation initiale. Globalement, le temps moyen de formation d’une salariée qualifiée d’une petite entreprise est quarante fois moins élevé que celui d’un cadre salarié d’une grande entreprise.

Le deuxième constat, c’est que cette formation continue n’offre aujourd’hui que très peu de chances de retour à des formations qualifiantes lorsque l’on a quitté le système scolaire. Aussi, on peut dire aujourd’hui que moins de 5 % des Français ont actuellement l’opportunité de suivre un congé individuel de formation au cours de leur vie ; moins de 5 % d’entre eux peuvent revenir à une formation longue. On sait que le congé individuel est vraiment l’élément symbolique des formations longues dans le monde de la formation des adultes.

Or, nous savons tous combien la qualification et la formation sont une assurance contre le risque de périodes de chômage fréquentes. Dans un monde où les emplois sont devenus beaucoup plus mobiles, la formation constitue une assurance contre le risque de précarité, contre le risque d’être mal payé, parce que l’absence de qualification est la garantie d’un bas niveau de rémunération ; c’est aussi une assurance contre le risque, dont on ne parle pas souvent, d’occuper un emploi qui ne correspond absolument pas à ses aspirations. Il nous faut faire de cette formation tout au long de la vie la sécurité sociale du xxie siècle, je reprends à dessein la formule utilisée (et je crois inventée) par Alain Touraine, ici présent.

Nous savons combien il est injuste que tout se joue dans les premières années de la vie. En effet, lorsque l’on a raté le coche, lorsque l’on n’est pas né dans une famille qui est en mesure de vous aider à avancer, remonter cette pente relève de l’exploit. Et les perspectives de progression sont peu nombreuses pour ceux qui démarrent en bas de l’échelle. Donc, la formation, l’éducation doivent désormais pleinement retrouver leur rôle de promotion sociale dans notre pays. Nous considérons que ce débat sur l’égalité des chances ne peut pas se limiter à la formation initiale. La formation et l’éducation doivent être accessibles à tous, à chaque moment de la vie.

Ce droit à la formation s’inscrit également dans une dimension économique car c’est un véritable enjeu pour le plein emploi. Il est évident que c’est en élevant le niveau de qualification de la population active que l’on peut gagner des parts de marché dans les secteurs où se créent des richesses, c’est-à-dire dans les nouvelles technologies, dans les secteurs de qualité. Nous devons relever le défi de la société de la connaissance pour aller vers cette société du plein emploi à laquelle nous aspirons. Et nous n’acceptons pas, contrairement, là encore, à la famille de pensée libérale, le maintien d’un volume de main d’œuvre faiblement qualifiée qui serait nécessaire au fonctionnement de notre marché du travail, nous n’acceptons pas cette idée qu’il puisse y avoir des marchés du travail à deux ou à trois vitesses.

Or, il faut le dire, l’investissement global de la France dans son capital humain reste insuffisant. Le coût économique et social se chiffre en centaines de millions pour les emplois, et en milliards d’euros de chiffre d’affaires pour les entreprises.

Nous avons comblé une partie importante de notre retard pour la formation des jeunes, notamment grâce à l’arrivée de la gauche au pouvoir en 1981. Avec cet objectif annoncé, et que nous sommes en passe de réaliser, de 80 % d’une classe d’âge au baccalauréat, nous avons rattrapé ce retard pour les jeunes mais, pour les adultes déjà engagés dans la vie professionnelle, nous n’avons pas employé les mêmes moyens. Donc, tout en poursuivant cet effort pour les jeunes, il nous faut faire l’autre moitié du chemin pour les adultes déjà engagés dans la vie active. Et c’est urgent. Dans notre pays, un effort considérable de montée en qualification est indispensable pour combler ce retard et pour faire face au choc des départs en retraite, nous y reviendrons dans le débat tout à l’heure.

Ce droit à l’éducation et à la formation tout au long de la vie renvoie à une ambition culturelle et citoyenne de première importance. Nous voyons bien les mutations du monde du travail qui sont en train de se faire, là, sous nos yeux ; nous y participons, nous ne devons pas les subir. Elles ne s’arrêtent pas aux frontières des entreprises. Il n’y a pas que l’adaptation des compétences des personnes qui soit utile, il faut aussi préparer toute notre population à rester maître de sa vie, maître de son avenir face à ces évolutions technologiques. Cette société de l’information et de la communication qui se construit sous nos yeux, doit aussi être la société de la connaissance. Et l’accès de toutes et tous aux connaissances nécessaires pour vivre dans cette société est vraiment un enjeu culturel majeur. Il impose de retrouver cette ambition, parce que je crois que nous l’avons égarée, notamment dans ces années de crise, ces dernières années avant les évolutions récentes du chômage. Nous avons perdu cette ambition alors que c’était une idée fondamentale de la loi et de la négociation des partenaires sociaux, qui doit tant à Jacques Delors, cette idée d’éducation permanente : oui, la formation permanente tout au long de la vie doit permettre à chacun de vivre une citoyenneté active.

Alors, que proposons-nous ? Nous proposons, pour la décennie à venir, de fixer un nouvel effort de formation, de même ampleur que celui que nous avons vu accomplir dans les années 80. Cet effort devra concerner en priorité ceux qui accèdent aujourd’hui le moins à la formation. Il s’agit, bien sûr, des jeunes qui rencontrent des difficultés dans le système scolaire classique, mais il s’agit surtout de s’attaquer à la question de la qualification des adultes déjà engagés dans la vie professionnelle.

Ce droit doit être accessible à chacun et à chacune, c’est pour cela que nous parlons de droit universel. Afin de rétablir l’égalité des chances, chacun disposera d’un droit à l’éducation et à la formation à l’issue de sa scolarité obligatoire. Et ce droit, nous proposons qu’il soit inversement proportionnel à la durée de la formation initiale qui a été suivie. Ainsi, par exemple, un jeune qui quitterait le système scolaire à 16 ans aurait un droit de retour de 5 années dans la formation, tout au long de sa vie, pour obtenir une qualification, des diplômes, progresser professionnellement et socialement. Un jeune qui en sortirait à 18 ans aurait droit à 3 ans, etc.

Ce droit, j’insiste bien, ouvert aux jeunes et aux adultes qui sont déjà engagés dans la vie professionnelle, constitue le socle du nouveau système que nous proposons. Ce droit, si l’on reprend les schémas des systèmes de protection sociale, pourra très bien être complété par des systèmes complémentaires, des systèmes qui renvoient à la responsabilité des partenaires sociaux. Je reviendrai sur la négociation en cours et nos amis des organisations syndicales nous en parleront à chaud, puisqu’ils sont encore dans cette négociation. La négociation interprofessionnelle, la négociation de branche, et la négociation d’entreprise sont là bien sûr pour compléter ce dispositif, ce premier étage, ce socle minimum de droit ouvert à tous.

Il pourra également faire l’objet d’un troisième niveau : pourquoi pas imaginer, par exemple, pour des personnes souhaitant investir dans leur propre formation, un système de déduction fiscale sur l’impôt sur le revenu, à l’instar de ce qui existe en matière de crédit d’impôt pour les entreprises ? On peut très bien imaginer un système à plusieurs étages, avec un socle de droits garantis, un système de complémentaires et, pourquoi pas, aller jusqu’à un système de capitalisation. Mais parler de capitalisation sans avoir jeté les bases de ce socle et de ce système de complémentaires, ce n’est pas notre projet, nous le laissons à l’expression des familles de droite.

A côté de ce droit, de ce socle, il faudra également prendre particulièrement en compte un certain nombre d’évènements, ce que l’on pourrait appeler les accidents de la vie, des redoublements. Bien sûr, à une personne qui aurait redoublé dans sa scolarité, on ne dira pas : « C’est fini, vous avez épuisé vos droits puisque vous avez redoublé trois fois et que vous êtes sorti à 20 ans du système éducatif. » Il faudra prendre en compte ces accidents de la vie. Je pense aussi à d’autres types d’accidents, comme les licenciements pour motif économique. Le gouvernement a commencé à agir en ce sens, notamment avec la loi de modernisation sociale que porte actuellement Élisabeth Guigou au Parlement. Mais, plutôt que d’engager des dépenses nouvelles, nous pouvons envisager des redéploiements ; il y aura un effort supplémentaire à accomplir, mais il peut également y avoir une meilleure gestion de la formation telle qu’elle existe aujourd’hui.

J’insiste également pour dire que si l’on veut que ce droit existe, cela suppose que les gens qui partent en formation aient à la fois une rémunération et une prise en charge du coût de la formation, c’est très important. Ce n’est pas un droit que l’on met sur la table afin que chacun se débrouille ensuite pour pouvoir vivre d’amour et d’eau fraîche pendant la période de la formation. Non, il y aurait une rémunération et une prise en charge des coûts pédagogiques.

Ce droit que nous voulons construire a une visée à la fois collective et individuelle : il doit contenir des formations dont le contenu est professionnel ; il doit également renvoyer à des connaissances générales, et pas exclusivement professionnelles.

Enfin, pour que ce droit puisse exister, nous le savons très bien, il faut un service public. Nous retrouvons là une logique qui est celle de l’éducation nationale et du système de formation initiale : il faut un service public, car il ne s’agit pas de dire : « Vous avez un droit, débrouillez-vous sur le marché de la formation pour trouver l’organisme qui correspondra le mieux à votre attente. » Non, il faut qu’il y ait un service qui permette d’abord d’informer, d’accueillir, d’orienter les personnes, afin de les aider à construire leur projet de formation. Ce système peut très bien être organisé autour d’un certain nombre de structures existantes, qu’elles relèvent aujourd’hui du monde de l’éducation, qu’elles relèvent du service public de l’emploi, ou qu’elles relèvent de la gestion paritaire des organismes gérés par les partenaires sociaux.

D’ailleurs, de même que Martine Aubry, à l’époque ministre de l’Emploi et de la Solidarité, a su faire évoluer l’ANPE pour construire des parcours personnalisés vers l’emploi, il faut s’appuyer sur les ressources des cio, du monde de l’éducation nationale, sur l’ANPE, sur l’AFPA, sur ces organismes paritaires, je pense au FONGECIF, aux OPCA qui peuvent offrir ce service particulièrement utile. Au-delà de l’accueil, de l’information, de l’orientation, il faut aussi une offre de formation de qualité. Et aujourd’hui, on sait qu’il y a encore du chemin à faire pour que cette formation soit de qualité dans le monde des adultes. Etant donné la qualité de l’offre de formation de l’éducation initiale, qui n’est plus à prouver, on peut considérer que les établissements d’enseignement qui relèvent plutôt du monde de l’éducation initiale doivent être mis au profit d’un plus grand nombre et intervenir plus largement dans le champ de la formation des adultes.

Je sais que ce sont des objectifs qui sont déjà fixés par Jack Lang, on le voit avec l’évolution de l’université, notamment dans le champ de la validation des acquis ; on le voit également avec le travail réalisé par Jean-Luc Mélenchon, que je salue, notamment pour ouvrir et rendre mixtes un certain nombre de lycées d’enseignement professionnel en accueillant à la fois des jeunes et des publics adultes. Nous devons poursuivre dans cette voie, la qualité de l’offre de formation s’en trouvera effectivement améliorée pour les adultes.

Enfin, pour conclure, ce droit que nous proposons doit vraiment mobiliser l’ensemble de la société. Il appelle à un effort de la Nation tout entière : il doit mobiliser tous les acteurs, les représentants des corps intermédiaires, les parents, les enseignants, les conseils régionaux, les chercheurs, les associations, les collectivités territoriales et, bien sûr, l’État, ainsi que le législateur. Nous proposons que le législateur fixe les grands principes et le socle de ce droit nouveau après un grand débat national rassemblant tous ces acteurs de l’éducation. Les partenaires sociaux sont bien sûr appelés à jouer un rôle primordial, notamment dans la résorption des inégalités d’accès à la formation. Cette question ne peut rester cantonnée à la sphère publique, se préoccuper de l’égalité des chances ne peut être seulement l’objectif de l’État et des Régions ; cela doit être aussi une perspective prise en compte par les partenaires sociaux. Je sais que cet objectif est partagé par l’ensemble des organisations syndicales, qu’elles y travaillent et qu’elles l’ont retenu dans le cadre de la négociation. Nous souhaitons que ces négociations en cours, notamment sur le redéploiement du 1 % formation des entreprises, se poursuivent avec cet objectif. Ce dispositif que nous proposons est de l’intérêt de tous, et l’effort financier doit être partagé.

Enfin, ce droit que nous proposons de créer, s’inscrit pleinement dans le projet de développement que le Parti socialiste préconise pour les années à venir, projet qui fait le pari de la société de la connaissance, qui fait le pari de la solidarité et qui fait le pari du plein emploi. Je vous remercie et je passe la parole à Jacques Delors.

Jacques Delors, président de l’association « Notre Europe »

La révolution de l’éducation tout au long de la vie



Chers amis, chers camarades, j’ai conscience de m’adresser à une audience composée de femmes et d’hommes compétents en matière d’éducation et de formation, de praticiens, alors que pour ma part, ma fréquentation avec les problèmes d’éducation, depuis 1996, n’est que celle d’un citoyen qui essaie de comprendre.

1996, c’est la date à laquelle j’ai remis le rapport, publié sous l’égide de l’UNESCO, sur l’éducation tout au long de la vie. J’avais choisi pour titre : L’Education, un trésor est caché dedans » parce que j’ai toujours été frappé par la formidable potentialité qui réside dans chaque être humain. Le fait est qu’une grande partie en reste malheureusement inutilisée, perdue pour chacun mais aussi pour l’intérêt général.

On hésite toujours sur les finalités permanentes et éternelles de l’éducation, il faudrait plus d’un ouvrage pour livrer toutes les définitions qui en ont été données depuis l’Antiquité. Personnellement, j’aime bien la formule : « transmettre à chacun ce que l’humanité a appris sur elle même ». Mais je reconnais que l’éducation ne peut être pensée et mise en œuvre uniquement par ces finalités éternelles et universelles, elle doit aussi entrer en dialectique avec le monde et la société tels qu’ils évoluent.

Je voudrais pour commencer en dire quelques mots, simplement pour vous rappeler les dimensions de la réflexion sur l’éducation, afin d’évoquer ensuite l’idée du rapport de l’UNESCO qui a eu le plus de succès dans le monde, c’est-à-dire les quatre piliers de l’éducation. Je m’attarderai un peu sur ce que l’on appelle l’adolescence, mais ma définition n’a rien de scientifique, c’est-à-dire la période entre 11 et 18 ans, que je considère pour ma part comme stratégique, au cœur de la réflexion sur l’éducation. Je tenterai enfin de replacer l’éducation tout au long de la vie dans une société où la valeur du temps, où les tentatives de chacun pour maîtriser son temps sont devenues une exigence première.
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