Des ressources pour le vivre ensemble républicain ?








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RELIGIONS ET SPIRITUALITÉS

Des ressources pour le vivre ensemble républicain ?

(Document de travail)

Introduction : INTRODUCTION

L’association Démocratie et Spiritualité souhaite apporter sa contribution au débat qui anime aujourd’hui notre pays et plus largement l’Europe sur la place des religions dans les sociétés démocratiques. Cette question revêt cependant un caractère spécifique en France du fait de la charge symbolique du thème de la laïcité et de ses applications différentes selon les définitions que l’on en donne.

Aussi l’intitulé de la contribution : « Religions et spiritualités : quelles ressources pour le vivre ensemble républicain ? » pourra paraître provocateur à certains. Celui-ci est à mettre en perspective avec l’objet de notre association référé à l’intuition fondatrice telle que la présente son Président Jean-Baptiste de Foucauld :

« L’intuition fondatrice de Démocratie et Spiritualité repose sur l’idée que la démocratie, pour s’accomplir pleinement, doit s’appuyer sur des forces morales et spirituelles (au rang desquelles figurent les religions), éventuellement devenir elle-même une source d'approfondissement spirituel, et que, parallèlement, les religions et les spiritualités ont besoin d’une régulation démocratique pour parer au péril de l’intolérance ou de l’évasion hors du monde qui les menace toujours ainsi que pour contribuer utilement au vivre ensemble. Une fécondation mutuelle est donc nécessaire et possible, tout en allant pas de soi et devant être inventée en chaque circonstance » (Jean-Baptiste de Foucauld).

A quelles conditions l’interaction entre démocratie et spiritualité peut-elle enrichir la démocratie, compte tenu de la crise actuelle des valeurs, sans nuire à la laïcité entendue comme séparation dans l’espace public du politique et du religieux, c’est l’enjeu de notre réflexion.

Aujourd’hui nous sommes loin de cette fécondation mutuelle. La place des religions en France a évolué : le christianisme a perdu de son audience et la baisse de la pratique est constante. En revanche l’islam est devenu la deuxième religion en France ; certaines de ses composantes cherchent à imposer dans l’espace public des normes culturelles liées à l’islam qui heurtent notre conception de la laïcité.

Ces évolutions d’ordre religieux ne doivent pourtant pas occulter la crise morale et spirituelle sur fond de crise sociale et économique qui affecte notre pays au sein d’une Europe elle-même traversée par des mouvements contradictoires. L’ouverture des frontières au sein de l’Union européenne, les migrations, et la mondialisation des échanges contribuent à développer un multiculturalisme européen et non européen qui met à l’épreuve notre tradition républicaine.

L’accroissement des inégalités crée un fossé entre les classes sociales et en particulier avec les plus jeunes. Au sein de la population des jeunes adultes, les plus en difficulté sont issus de l’immigration post coloniale qui, ne se sentant pas reconnus, développent un sentiment de rejet à l’égard de notre société. Ils connaissent des formes de discrimination graves et les quartiers où ils habitent, en cours de ghettoïsation, deviennent souvent des espaces de relégation.

Le consensus sur un certain nombre de comportements civiques et citoyens, transmis avec les principes d’une morale républicaine et laïque héritée de notre longue histoire, est remis en cause par la dénaturation du patrimoine culturel et symbolique de la société et la perte du sens commun de nombre de ses membres. Plus profondément, il s’agit pour certains d’une crise de civilisation.

TABLE DES MATIERES


  1. NOTRE « MODELE » LAIC ET REPUBLICAIN CONFRONTE AUX MUTATIONS RELIGIEUSES ET AUX TENSIONS CULTURELLES

    1. Les mutations du paysage religieux et l’émergence de nouvelles formes de spiritualité.

Les mutations des comportements religieux.

L’émergence de nouvelles formes de spiritualité.

    1. Tensions interculturelles

Une difficile prise en compte de la différence culturelle et religieuse

La différence culturelle intégrée dans l’action publique
Un regard différent de celui des médias sur les religions et les spiritualités.


    1. Un vivre ensemble difficile. Le modèle d’intégration à la française remis en question




    1. Des perspectives



2. CE QUE VEUT DIRE LE VIVRE ENSEMBLE EN REPUBLIQUE ET LA CONSTRUCTION DU SUJET DEMOCRATIQUE.

Vivre ensemble dans un monde multiculturel, multi-religieux et fraternel.

La République et la construction du sujet démocratique.

3. QUEL COMPROMIS REPUBLICAIN AUTOUR DE LA QUESTION CULTURELLE ET RELIGIEUSE ?

3.1 L’Eglise et l’Etat sont-ils séparés ?

3.2 La culture « une et indivisible » de la République peut-elle résister au multiculturalisme ?


  1. UNE QUESTION INCONTOURNABLE : CE NOUVEAU PAYSAGE RELIGIEUX ET SPIRITUEL PEUT-IL ETRE UNE RESSOURCE POUR NOTRE VIVRE ENSEMBLE ?

4.1 Un regard sur les religions comme ressources.

Les deux facettes des religions

Il n’en reste pas moins que les religions restent des ressources

4.2 Education familiale et apprentissages moraux

    1. Les spiritualités comme ressources pour l’homme démocratique

5 SI LES RELIGIONS ET LES SPIRITUALITES SONT DES RESSOURCES, COMMENT LES METTRE EN ŒUVRE ?

5.1Problématique pour la construction d’un vivre ensemble multiculturel, religieux et spirituel

Problématique pour la construction d’un vivre ensemble intégrant les dimensions multiculturelles, religieuses et spirituelles
5.2 Les préconisations (pistes de travail à discuter)
Axe d’action 1 : Promouvoir un processus visant la définition d’un cadre global, transculturel permettant un vivre ensemble intégrant la diversité culturelle, religieuse et spirituelle.
1.A Elaboration de lois et de règles s’imposant à tous
1.B Clarification des valeurs de comportements normés fondateurs du vivre ensemble
1C Clarification des valeurs permettant à chaque personne de se structurer et de s’ouvrir

Axe d’action 2 : Actions concrètes dans les territoires permettant un vivre ensemble intégrant la diversité des cultures, des religions et des spiritualités.
2.A Elaboration locale d’accommodements raisonnables avec formalisation réglementaire
2.B Promotion de méthodes, de processus, de mode de collaboration facilitant l’action communautaire et l’élaboration du vivre ensemble effectif
2.C Promotion de méthodes et de processus favorisant prise de conscience et implication personnelle
Axe d’action 3 : Actions pour le respect entre communautés nationales, religieuses et spirituelles et mise à disposition du patrimoine religieux et spirituel

3.A Respect des communautés et mise à disposition de tous des ressources religieuses et spirituelles

3.B Travail sur l’appétence et la bienveillance culturelle, religieuse et spirituelle réciproque

3.C : Travail personnel sur l’ouverture et la bienveillance culturelle et religieuse/spirituelle et personnelle


  1. NOTRE « MODELE » LAIQUE ET REPUBLICAIN CONFRONTE AUX MUTATIONS RELIGIEUSES ET AUX TENSIONS CULTURELLES

Le vote de la loi sur la séparation des Eglises et de l’Etat, en 1905, s’est accompagné de tensions et de conflits avec l’Eglise catholique, alors dominante dans la société française, mais peu à peu des compromis ont été inventés et acceptés. L’Eglise catholique a fini par trouver sa place après les Eglises protestantes et la communauté juive, au sein de la République sur la base d’une laïcité acceptée par tous.

En 1984 le conflit à propos du projet d’un grand service public unifié et laïc de l'éducation nationale et les manifestations de 1994 contre le projet révisant la loi Falloux ont été les dernières grandes querelles sur la laïcité mettant en cause directement les relations de l’Eglise catholique et de l’Etat au sujet de l’école.

Les mouvements récents autour des questions éthiques ne sont pas de même nature que ceux liés à la laïcité au début du XXème siècle. Les religions sont entrées dans le jeu démocratique du lobbying au même titre que les autres groupes de pression. Ainsi les récentes manifestations sur le « mariage pour tous », malgré leur vigueur, n’ont pas été accompagnées d’une remise en cause de la laïcité1. Il convient cependant d’analyser le processus adopté pour faire voter ce texte. Une méthode de débat public plus participative aurait permis de faire avancer la qualité de notre vie démocratique et d’enrichir notre capacité à vivre ensemble sans anathème2.

Toutefois, aujourd’hui, la fin de l’affrontement ancien entre l’Eglise catholique et l’Etat a laissé la place à des difficultés nouvelles qui tendent à remettre en cause le compromis républicain entre l’Etat et les religions péniblement construit au cours du siècle précédent. Trois phénomènes socio-culturels importants expliquent cette situation, inédite pour notre pays : d’abord d’importantes mutations du paysage religieux et spirituel, avec notamment une affirmation croissante de l’islam dans l’espace public, ensuite l’émergence de tensions interculturelles rendant plus difficiles le vivre ensemble sur un certain nombre de territoires ; enfin la résurgence de tensions entre les religions et le pouvoir politique actuel à l’occasion des réformes sociétales en cours. Il convient donc de parler d’une nouvelle crise du modèle laïc et républicain du fait du malaise croissant sur la place à réserver aux religions dans la république, non seulement celle de l’islam qui est en phase de croissance, mais aussi celle de l’Eglise catholique qui cherche à résister.

Bien entendu les tensions interculturelles actuelles intègrent et dépassent la question religieuse. Elles constituent une problématique plus vaste qui pose la question des valeurs communes, des comportements normés, acceptés par tous, nécessaires à la paix sociale, à l’ordre public et à la bonne civilité. Il ne faudrait cependant pas séparer deux domaines, celui des religions-spiritualités et celui de la culture. Si l’on n’utilise pas le mot culture au sens « d’être cultivé », mais au sens anthropologique, il est évident que le phénomène religieux est un phénomène culturel, un des traits culturels présents ou pas dans une société. L’histoire des mentalités nous a montré combien le religieux est présent dans l’histoire de la culture française3.

    1. Les mutations du paysage religieux et l’émergence de nouvelles formes de spiritualité.

Les mutations des comportements religieux.

Le tableau du paysage religieux français est aujourd’hui profondément différent de ce qu’il était au début du XXème siècle et durant les « trente glorieuses ».

L’Eglise catholique avait conservé il y a peu encore, une place importante dans la vie nationale. Aujourd’hui son influence, en tant qu’institution productrice de normes, décline rapidement. La pratique religieuse régulière est devenue fort limitée et les personnes se déclarant catholiques ne se sentent plus obligées de se soumettre aux règles morales qu’elle préconise. Les valeurs philanthropiques du christianisme continuent cependant d’être souvent portées par de nombreuses personnes, mais en dehors de références explicites à l’Eglise. L’Ouest de la France comme d’autres régions à fortes racines catholiques reste attaché à son héritage culturel, mais la fréquentation des églises y est également en forte régression. Enfin, rappelons que le nombre de paroisses effectivement desservies ayant beaucoup diminué, les fidèles sont regroupés selon un nouveau découpage paroissial qui ne laisse souvent plus grand place à la proximité et à une réelle vie communautaire. Le clergé desservant vieillit, la relève est, indépendamment du clergé venant d’autres continents en particulier africain, problématique. La crise des librairies et des éditeurs catholiques est un indicateur parmi d’autres de la baisse d’intérêt du public pour la pensée catholique (L’accès aux études quantitatives existantes permettrait de confirmer ou de nuancer ces analyses rapides).

Ceci ne signifie pas que le message chrétien ne serve plus de référence culturelle (il faut noter la persistance de mouvements se référant au christianisme) mais les liens avec l’institution Eglise ont tendance à se distendre ou même à disparaître. Cet héritage culturel qui a pris son autonomie par rapport à l’Eglise se manifeste dans la vie sociale, notamment à travers l’engagement militant dans des projets de solidarité et dans diverses associations sans toujours de liens avec l’Eglise4. Au plan intellectuel un intérêt existe pour certaines figures marquantes de la spiritualité catholique comme Maître Eckhart ou Fénelon par exemple, mais en dehors bien souvent, de l’Eglise. A l’inverse on perçoit à travers le recrutement des nouveaux séminaristes, une montée significative de la pensée et de comportements catholiques traditionalistes.

La notion de culture et d’héritage culturel que nous utiliserons abondamment dans ce texte ne renvoie pas à la culture savante apprise à l’Ecole mais à une approche anthropologique de la culture. Nous y intégrons le capital symbolique, les mythes, les rites, les valeurs, les comportements attachés à une identité. Dans cette perspective, il n’y a pas d’homme sans culture, l’instruction ne se substitue pas à la culture identitaire.

Pour chaque personne, les mutations culturelles se caractérisent par l’abandon de certains traits culturels identitaires et l’acceptation d’autres traits culturels, mais sans pour autant qu’ils éradiquent totalement toutes leurs références culturelles premières. La compréhension de ces mutations constitue le cœur de l’interrogation sur l’articulation de nos identités, sur le multiculturalisme, et sur le respect des particularismes.

Dans le monde protestant traditionnel, nous avons assisté récemment à un regroupement des communautés luthériennes et calvinistes, ce qui n’empêche pas, semble-t-il, la chute du nombre des pratiquants. Ces protestants qui ont moins l’habitude d’exercer de pressions sur l’appareil d’Etat, se savent toujours relativement « marginaux » dans l’espace national bien qu’ils soient souvent très engagés dans des mouvements humanitaires comme la CIMADE. Aujourd’hui, ils doivent faire face à l’important développement des églises évangéliques qui ont créé leur propre Conseil national des évangéliques de France.

La communauté juive bien intégrée dans la société française est en général fort discrète à l’exception des moments de lutte contre l’antisémitisme. Elle est constituée de plusieurs courants reflétant des pratiques religieuses et des sentiments d’appartenance communautaires différents. Les évènements antisémites en France entraînent pour certains juifs la nécessité d'un attachement plus grand à l’égard d’Israël. De façon globale la communauté juive ne représente pas un contre-pouvoir pour la République mais son influence sur la classe politique et l’opinion demeure importante d’autant plus qu’elle est liée aux questions concernant l’Etat israélien, et au développement d’un antisionisme voire d’un antisémitisme de la part des jeunes générations d’origine maghrébine.
Le tableau des mutations religieuses en France est complexe. Les communautés évangéliques progressent rapidement dans des milieux sociaux désertant les églises chrétiennes traditionnelles, même si toute tentative de chiffrage est difficile à établir. Elles regroupent des français métropolitains et habitant les DOM-TOM, mais aussi des personnes d’origine africaine subsaharienne et des asiatiques en masse. Les chrétiens, en partie orthodoxes venus des pays de l’Est et du Moyen-Orient commencent aussi à représenter un nombre de fidèles non négligeable, probablement proche du million. Parmi ces migrants certains sont issus des immigrations russes, grecques, libanaises, ou syriennes implantées en France depuis longtemps. Les roumains arrivés plus récemment, bénéficient d’un métropolite qui soutient ses ressortissants, les nouveaux émigrants comme les Géorgiens, cherchent à s’organiser5. Il faut noter aussi la présence des diverses communautés de « chrétiens d’Orient » que les conflits au Moyen-Orient (Irak, Syrie, Egypte…) poussent à venir s’établir en France. Notons la présence de chrétiens indiens Syro-Malankar.

Ces nouvelles communautés chrétiennes constituent un écheveau complexe qui modifie profondément le rapport de l’Etat aux Eglises. Toute tentation de type concordataire est inenvisageable.

Les communautés religieuses d’Extrême-Orient sont aussi nombreuses et très diversifiées selon les origines nationales et les courants religieux (hindouisme, bouddhismes de plusieurs traditions, shintoïsme, taoïsme…)

Cependant la caractéristique principale de l’évolution du paysage religieux français est incontestablement la montée continue de l’islam qui préoccupe et inquiète aujourd’hui toute la classe politique et une grande partie de l’opinion. On estime la population musulmane à 10% de la population française, mais il est nécessaire de faire la distinction entre arabes et musulmans. Tous les arabes ne sont pas musulmans et tous les musulmans ne sont pas arabes. Les chrétiens libanais vivant en France sont arabes, et tous les descendants des anciens « français musulmans » ne se reconnaissent pas comme musulmans. On constate par ailleurs qu’un nombre important de musulmans sont des convertis d’origine française métropolitaine. Il serait intéressant de vérifier par une approche quantitative ce phénomène que l’on perçoit qualitativement. La politisation extrême de la question de l’Islam et le danger que cette politisation constitue, nécessite plus qu’à d’autres périodes, un réel travail de recherche.

La « communauté musulmane » française est très hétérogène en fonction de la diversité des origines nationales, mais aussi, de plus en plus, de la diversité des comportements sociaux et religieux. Les comportements modérés ou selon une autre formulation, les comportements appropriés à leur environnement voisinent avec des comportements intégristes. Ainsi les descendants souvent masculins des ressortissants des anciennes colonies françaises de seconde, ou de troisième génération, se tournent souvent vers les mouvements salafistes particulièrement lorsqu’ils vivent des situations d’insertion difficiles. L’islam dans les pays occidentaux se caractérise par une déterritorialisation de son histoire. Le lien religion / nation / coutumes religieuses et communautaires s’évanouit. De ce fait, la tradition tend à devenir l’un des repères identitaires permettant de vivre dans un pays non musulman en faisant communauté. Du choix légitime d’une inscription dans une tradition il est cependant aisé de faire le pas vers un traditionalisme qui tenterait d’imposer des comportements obligatoires.

Les gouvernements successifs ont essayé de créer des liens structurels avec la population musulmane (Conseil Français du Culte Musulman), mais sans parvenir réellement à unifier l’islam sous une seule bannière. La forte présence démographique des musulmans en France, leur éclatement en groupes multiples, leur attachement à leurs traditions culturelles et religieuses et leur non-reconnaissance d’une organisation centrale avec laquelle l’Etat pourrait coopérer, posent des problèmes nouveaux que notre tradition républicaine centralisatrice peine à gérer.

Pour achever notre présentation des mutations, notons que le nombre de personnes qui se convertissent en passant d’une communauté religieuse à une autre semble, selon les travaux de Danièle Hervieu-Léger, assez important. Ces pèlerins, ces convertis construisent de façon très personnelle leur rapport à leur nouvelle communauté. C’est souvent un choix libre, lié à une dynamique personnelle, de type développement personnel ou philosophique, le nouveau rapport au religieux est alors plus spirituel, et moins identitaire. Certaines conversions dans les quartiers sensibles peuvent être aussi liées à la nécessité d’intégrer la communauté localement dominante et de se trouver ainsi un groupe d’appartenance.

L’émergence de nouvelles formes de spiritualité.

À côté de ces évolutions du fait religieux, on assiste aussi, dans la société contemporaine, à un intérêt croissant pour « la spiritualité » qui s’accompagne de l’émergence de nouvelles formes de spiritualité non liées directement à des institutions religieuses traditionnelles, voire même totalement extérieures à la sphère religieuse.

La spiritualité apparaît de fait, au-devant de la scène, comme un nouvel élément important de notre paysage culturel.

Sous le terme de spiritualité, nous mettons ce qui se rapporte pour certains à l'opposition de la matière et de l'esprit ou encore pour d’autres à la distinction entre extériorité et intériorité. La spiritualité étant quête de sens, d'espoir ou de libération, on peut y associer toutes les démarches et les techniques qui s'y rattachent. Une première définition de la spiritualité pourrait être : « la recherche d’un dialogue avec le tout autre, avec une parole qui ne soit pas sa parole propre, exigeant un effort de décentrement, la recherche d’un chemin pour vivre les tribulations de la vie comme des épreuves qualifiantes ».

Le mot spiritualité peut faire moins peur qu’à d’autres époques, même s’il fait encore fuir certaines personnes. La période actuelle redécouvre la ou les spiritualités. Espaces difficiles et mouvants qu’il faut regarder sous l’angle de l’anthropologie et moins sous celui de la doctrine. La spiritualité est perçue comme une dimension de la condition humaine, et au sens le plus large, comme la vie de l’esprit. Michel Foucault qui utilisait abondamment dans ses derniers ouvrages le mot de spiritualité comme celui de conversion, définit la spiritualité comme : « la recherche, la pratique, l’expérience par lequel le sujet opère sur lui-même, les transformations nécessaires pour avoir accès à la vérité » qu’il présente non comme un corps de concepts, mais comme l’aboutissement d’une démarche existentielle du sujet. Le champ des spiritualités combine recherche de sens, pratique de sagesse, travail de l’homme intérieur et développement personnel ; il se distingue bien du champ thérapeutique lié à la santé mentale. C’est l’homme dans l’épreuve qui cherche souvent une sortie existentielle à une expérience douloureuse. Dans l’épreuve6 il souhaite éprouver la présence du divin ou donner un autre sens à sa vie. Il ne convient pas d’opposer religions et spiritualités.

De la sphère des Eglises, la spiritualité donne un nouvel élan et renouvelle le domaine du travail sur soi alors réservé au champ thérapeutique et aux professionnels du psy. Des auteurs comme Michel Foucault, Marcel Gauchet, André Comte-Sponville et Luc Ferry ont donné une légitimité au concept de spiritualité qualifié par Luc Ferry de laïc dans des milieux peu ouverts à ce langage. La pratique de la méditation est « tendance ». Le psychiatre Christophe André remplit les salles des Zéniths en évoquant le travail sur soi et la méditation.

Il y a un développement du travail de l’homme intérieur dans les religions, à la périphérie des religions, dans l’espace thérapeutique et l’espace philosophique non religieux.
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