Sauver notre industrie avec les salariés en lutte Des Contis aux New Fabris, les luttes des salariés contre les plans sociaux 2008-2010








titreSauver notre industrie avec les salariés en lutte Des Contis aux New Fabris, les luttes des salariés contre les plans sociaux 2008-2010
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Sauver notre industrie avec les salariés en lutte




Des Contis aux New Fabris, les luttes des salariés contre les plans sociaux 2008-2010


Evelyne PERRIN




Septembre 2012


Remerciements



Mes remerciements à tou-te-s les salarié-e-s

Qui ont accepté de me répondre

en me témoignant leur confiance
ainsi qu’à Armelle GORGEU et à René MATHIEU,

CNRS, spécialistes de la filière automobile
SOMMAIRE

Avant-Propos

Introduction : un tsunami industriel
1. La mondialisation et son impact sur l’industrie française
11. La désindustrialisation
12.Les délocalisations
2. Les restructurations et privatisations du secteur public
3. L’introuvable politique industrielle
4. Des luttes acharnées, de rares succès :

Exaspération et isolement des luttes
5. La gestion syndicale des luttes
5. Interdire les licenciements ou sécuriser l’emploi ?
6. Reconversion et relocalisation
7. Autogestion et reprise : Une utopie ? Leçons d’expériences
8. Politique industrielle, pouvoir de la finance et Union Européenne
Conclusion
Annexe : Chroniques de lutte

AVANT-PROPOS

En ce début d'année 2012, la France est en pleine campagne présidentielle. Quelle place aura l'industrie, son avenir, dans les débats qui vont accompagner la campagne, et dans les programmes des différents partis politiques qui briguent le pouvoir ?

Que restera-t-il, dans la mémoire collective, et dans les projets que fait aujourd'hui la société sur elle-même, des grandes luttes ouvrières qui auront ponctué l'actualité des années précédentes, en particulier ces années 2008-2010 où se sont succédées, sur de longs mois au devant de la scène, les luttes acharnées, souvent désespérées, des « Contis », des Freescale, des New Fabris, des Molex, des Caterpillar, et de tous les autres..., avec leurs brèves séquestrations de patrons, leurs pneus brûlés devant les usines en voie de fermeture, leurs longues semaines de piquets, leurs trop rares manifestations nationales ?

Pourtant, l'un des candidats à l'élection présidentielle de 2012, présenté par le NPA, Philippe Poutou, n'est-il pas l'un de ces leaders syndicalistes déterminés et combatifs qui ont tenu tête aux plans sociaux et projets de fermeture dans le cas de FORD à Blanquefort, dans la banlieue de Bordeaux, parvenant jusqu'ici par son acharnement et la lutte unitaire qu'il a conduite, à sauver les emplois menacés ?

Nous avons rencontré, pendant l'hiver 2009-2010, les syndicalistes et les salariés qui ont mené ces luttes dans vingt-cinq entreprises sur le territoire national, aussi bien des entreprises privées que publiques, et ils nous ont raconté leur combat, décrit ses résultats, les leçons qu'ils en tirent.

Nous avons pu constater à quel point ces luttes acharnées, déterminantes pour le maintien de notre industrie sur notre territoire, avaient été gérées par les hiérarchies syndicales dans l'isolement et la défensive, sans une vision forte d'avenir et la constitution d'un front commun large de combat unifiant salariés, populations et élus locaux. Ce sont ainsi des territoires entiers qui sont devenus des déserts industriels, sans que les dirigeants des partis politiques n'en aient pris la mesure, sans que des politiques nationales fortes aient été mises en place pour faire front contre les délocalisations et la désindustrialisation, trop souvent considérées comme des fatalités.

Or, ces salariés ne se sont pas seulement battus seuls et le dos au mur. Ils ont aussi, ici et là, élaboré des projets de reconversion, de réappropriation de ces entreprises par leurs salariés, ouvrant des pistes pour un avenir où l'industrie demeurerait l'un des piliers de notre économie, tout en étant compatible avec les enjeux climatiques et environnementaux. Mais aucun pouvoir – sauf par exception certaines régions - n'a prêté attention à ces projets.

Pour nous, militants de la transformation sociale et écologique et de la sortie du capitalisme, il s'agit encore aujourd'hui, et avant qu'il ne soit définitivement trop tard, de tirer toutes les leçons de ces luttes ouvrières, et de bâtir une politique de réindustrialisation et de relocalisation de nos ressources économiques, compatible avec la sauvegarde de la planète, et ouvrant aux hommes qui en produisent la richesse des perspectives d'émancipation. Nous en esquisserons les traits ici, en nous inspirant de ce que nous ont transmis ces fiers ouvriers.

Un tsunami industriel
La France traverse un tsunami industriel. La destruction des emplois industriels, qui n’est pas nouvelle, continue et s’amplifie avec la crise financière de 2008 et ses conséquences sur l’économie réelle. En 2009, le Ministère du Travail a enregistré 2 242 plans sociaux, contre 1 061 en 2008.

Comme Guillaume Duval le souligne dans le dossier consacré par Alternatives économiques de janvier 2010 à la lutte contre le chômage, 269 000 emplois ont été supprimés dans l’industrie entre début 2008 et fin 2009, soit une baisse de 7,7 % sur des effectifs pourtant déjà fortement comprimés au cours des années précédentes ; ceci alors même que ce chiffre ne comprend pas les suppressions d’emploi des intérimaires travaillant dans l’industrie et décomptés dans les effectifs du secteur tertiaire, suppressions d’emploi qui ont concerné 121 000 personnes entre le troisième trimestre 2008 et le troisième trimestre 2009. Et l’INSEE estimait que 63 000 emplois industriels devaient encore disparaître au cours du premier semestre 2009.

Yves Mamou, dans la page du Monde consacrée au conflit de Total1, rappelle qu’en 2010 l’industrie emploie 500 000 personnes de moins qu’il y a dix ans, et la direction du Trésor2 estime que deux millions d’emplois industriels ont disparu en trente ans, tandis que la perte de valeur ajoutée pour l’industrie est sur cette période de 40 %.

La productivité a également chuté, se trouvant réduite de 2,6 % au premier trimestre 2009 par rapport au début 2008, ce qui signifie que les effectifs employés sont trop importants à hauteur de 4% environ, soit un million d’emplois…

Les employeurs ont ainsi eu recours massivement aux dispositifs de chômage partiel en partie aidé par l’Etat : on a compté jusqu’à 320 000 salariés en chômage partiel au second trimestre 2009, et encore 140 000 au troisième.

Dans ce tableau sinistré, l’année 2009 a été marquée par des vagues de licenciements dans les entreprises industrielles et également tertiaires, et jalonnée de luttes acharnées des salariés concernés par les plans sociaux : Molex, Freescale, Continental, Caterpillar, New Fabris, Chaffoteaux et Maury, Ford, General Motors, Goodyear,… pour ne citer qu’eux, ont défrayé la chronique en recourant à diverses actions plus ou moins spectaculaires contre les plans sociaux : pose de bonbonnes de gaz devant l’usine et menaces de la faire sauter, manifestations, jusqu’à poser nus pour un calendrier, tout a été tenté pour toucher l’opinion publique et interpeller le gouvernement.

Les succès ont été rares, et dans la plupart des cas, les plans sociaux ont été appliqués, jetant dans le chômage des salariés qui craignent de ne pas retrouver d’emploi dans des bassins d’emploi sinistrés.

Les conventions de reclassement ont été largement utilisées, qu’il s’agisse de la convention de reclassement personnalisée (CRP) ou du contrat de transition professionnelle (CTP), réservé à 25 bassins d’emploi (qui devraient passer à 40 prochainement). 126 000 personnes sont entrées en CRP en 2009 (contre 50 000 en 2008). Ces conventions permettent un quasi maintien du salaire pendant un an et reculent l’entrée en chômage. Mais au bout de cette année, les anciens salariés vont se retrouver au chômage et peineront à retrouver un emploi sur un marché du travail fortement déprimé.

Certes, l’industrie n’est pas la seule touchée, et le secteur tertiaire marchand a aussi perdu entre 2008 et 2009 281 000 emplois, mais cela n’a représenté que 1,5 % de ses effectifs.

Nous avons voulu, pour prendre la mesure de ces suppressions d’emploi et de leurs conséquences, mais aussi des luttes menées contre elles, donner la parole aux salariés concernés par ces plans sociaux. Aussi avons-nous rendu visite aux salariés des différentes entreprises les plus médiatisées. Nous avons conscience ce faisant d’avoir gommé les luttes menées dans nombre d’entreprises plus petites. C’était une des contraintes de l’enquête.

Au vu des résultats de cette enquête, on ne peut pas parler de fatalisme ou de passivité des salariés concernés. Ces derniers se sont en effet défendus bec et ongles et ont mené des luttes acharnées, déterminées, et d’une grande ténacité. Il faut leur rendre hommage. Ils ont également, dans de nombreux cas, élaboré des propositions en matière de reconversion dont les autorités auraient pu s’inspirer. Nous nous interrogerons sur l’écoute qu’ils ont rencontrée ou non de la part des pouvoirs publics, sur le soutien ou non qu’ils ont reçu de la part des centrales syndicales, sur les leçons qui ont été ou non tirées de ce désastre industriel et économique en matière de politique industrielle de la France et européenne.

I – La mondialisation et son impact sur l’industrie française : De restructurations en délocalisations, un paysage industriel menacé

L’ampleur des destructions d’emplois


L’année 2009 est une année record dans les destructions d’emplois, du fait de l’extension de la crise financière à l’ensemble de l’économie. Et si les banques se sont vues renflouées à coup d’argent public, pouvant ainsi se remettre à boursicoter de plus belle, rien de tel n’est prévu pour les milliers de salariés jetés à la rue suite aux plans sociaux.

On chiffre ainsi à 300 000 le nombre d’emplois menacés à brève échéance dans le seul secteur industriel. Au premier trimestre 2009, 48 000 emplois industriels ont été supprimés, et 52 000 au second. Les experts prévoient 72 000 faillites de PME en 2009. Avec 1000 licenciements par jour et 30 000 par mois, c’est selon les termes du NPA « une véritable saignée que subit la classe ouvrière de ce pays, comme celles de l’ensemble du monde industrialisé.

Par ailleurs, dès 2008, les salariés en intérim, en contrat à durée déterminée ou autre forme de travail précaire ont été licenciés ou remerciés en masse ; en moyenne, ce furent de 15 à 20% des effectifs qui quittèrent ainsi les entreprises, faisant bondir le taux de chômage des jeunes (les plus concernés par ces formes d’emploi) et des quartiers populaires.
L’industrie est la première touchée. Or , l’industrie et les services qui lui sont liés emploient près de 4 millions de salariés et représentent 35 % du PIB de la France et 78% de ses exportations.
On l’a dit, l’industrie française est passée de 1980 à 2007 de 24 % de la valeur ajoutée à 14 %, chutant de 5,3 millions d’emplois à 3,4, et sa part de la population active set passée de 16 % en 2000 à 13 % en 2010. On mesure ainsi le déclin industriel français depuis trente ans. Ce déclin est lié aux profondes transformations de l’économie capitaliste et à sa mondialisation au cours de ces trente dernières années.



Les transformations profondes du capitalisme


Plusieurs phénomènes de longue durée se conjuguent pour influer sur l’importance et le contenu de l’emploi industriel :
- La mondialisation

  • La financiarisation de l’économie

  • La montée du travail immatériel, le capitalisme cognitif

  • Le développement de l’entreprise globale


Comme le souligne Lionel Fontagné s’appuyant sur le rapport collectif du CAE sur les délocalisations et la désindustrialisation en France de 20043, on est aujourd’hui à l’ère de l’ « usine globale » : en devenant « globale », l’usine sort des frontières nationales pour capitaliser partout dans le monde les coûts les plus bas et les méthodes les plus modernes, mais aussi pour bénéficier de la proximité des marchés les plus en croissance, qui se trouvent aujourd’hui dans les pays économiquement émergents. L’enjeu est de profiter des salaires les plus bas, de l’absence de droits social et de norme environnementale, de la possibilité d’extorquer le plus de plus-value par une exploitation forcenée de travailleurs mis en concurrence. Ainsi une partie de la production peut-elle être maintenue dans les pays les plus développés (recherche et recours à une haute technicité notamment) et l’autre peut être produite à l’autre bout de la planète, l’assemblage du produit se faisant dans un autre pays encore, au plus près des marchés de consommation.

En effet, plusieurs facteurs bouleversent la division internationale du travail pour rendre cette usine globale possible : des coûts de transport et de communication fortement réduits ; des mobilités croissantes des travailleurs qualifiés au niveau international ; une main d’œuvre au coût très bas4 dans des pays disposant en même temps de l’accès à des technologies avancées et de systèmes éducatifs performants ; des désajustements entre taux de change ; enfin, ce que l’on oublie souvent, la saturation progressive de la demande en produits manufacturés dans les pays les plus développés

Ainsi, si les pays du Nord ont entraîné l’essentiel du commerce mondial entre 1995 et 1998, le Sud représente aujourd’hui plus de la moitié de la croissance des exportations mondiales et plus de 40 % de celle des importations. Les schémas classiques envisageant une spécialisation du Nord dans les industries récentes (télécommunications, informatique et électronique, automobile..) et du Sud dans les industries traditionnelles (textile, jouets…) sont dépassés.

Du fait de cette pression concurrentielle, seules survivent au Nord les firmes les plus productives, centrées sur les produits haut de gamme non concurrencés par les importations à bas prix, ou sur des technologies avancées et économes en main d’œuvre. L’emploi industriel recule au Nord et se concentre sur les emplois les plus qualifiés.

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