Justice sociale et inégalités








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date de publication20.12.2016
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Regards croisées

Justice sociale et inégalités


    1. Comment les pouvoirs publics peuvent-ils contribuer à la justice sociale ?



  1. Qu’est-ce qu’une inégalité ?

On parle d’inégalité lorsque qu’une différence entre des individus ou groupes sociaux se traduit en avantage ou désavantage et est ainsi à l’origine d’une hiérarchie entre les individus/groupes sociaux.

Une inégalité peut parfois s’étendre à tout un groupe social ; on parlera alors d’inégalité sociale (ex : cadre/ouvrier, homme/femme,…).

Exemples d’inégalités se traduisant sur le marché de l’emploi :

  • 45% des obèses ont une situation plus précaire que celle de leurs parents

  • Les personnes de petite taille gagnent 5% de moins en moyenne que les autres

  • Les individus au « physique disgracieux » 15% de moins en moyenne

  • Les chauves 1/3 de chances en moins d’être convoqués à un entretien



On peut ainsi faire le lien entre inégalité et discrimination. Les discriminations sont fondées sur des critères illégitimes (ex. obésité, religion, couleur de peau, orientation sexuelle, genre,…).

En l’absence d’intervention extérieure, c’est la loi du plus fort qui prévaut.
Parce qu’il n’y a pas d’accord entre les individus, l’Etat se charge d’imposer une conception de l’égalité (souvent à l’image du plus grand nombre).C’est donc une et une seule conception de l’égalité qui s’impose à tous les citoyens.

(ex. un employeur à la conception homophobe ne sera pas autorisé à préférer, à compétences égales, des individus hétérosexuels à des individus homosexuels)
Avec cette conception de l’égalité, on reconnaît toutes les différences comme légitimes. En instituant la lutte contre les discriminations, on rend l’acceptation des différences obligatoire au nom de la loi.

Cependant, cela peut par moments encourager la distinction et donc être en contradiction avec l’idée d’égalité selon laquelle nous sommes tous identiques.

Par ailleurs, elle conduit à une inflation des inégalités puisque chacun va alors ressentir ses différences comme des inégalités.

Les hiérarchies sont différentes selon les pays et les époques : elles sont socialement construites.

Dans l’Ancien Régime par exemple, les inégalités étaient considérées comme légitimes parce que fondées sur le rapport à Dieu (3 ordres), tandis qu’aujourd’hui elles n’auraient aucune légitimité.

La place des individus était assignée à leur naissance. A l’inverse, dans les sociétés modernes on fait primer l’individu et ses aspirations.
Aux Etats-Unis, on retrouve une passion pour l’égalité. Celle-ci est en grande partie liée à l’origine des migrants : des protestants persécutés. On retrouve également dans les gènes états-uniens l’idée de mobilité sociale.

L’idée même d’égalité vient des Lumières (de la Révolution) C'est aussi de cette époque que vient l’individualisme qui donne le primat à l’individu (idée de libre association des individus pour former une société, de contrat social).

On retrouve dans les idées des Lumières l’idée de progrès social ; sous-entendu, certains seraient en avance sur d’autres (idée d’une hiérarchie des sociétés à l’origine de l’impérialisme, colonisation).
Dans De la démocratie en Amérique (1835), Tocqueville dégage certains constats :

  • La démocratie est le système le plus approprié à nos sociétés

  • Elle conduit à une égalisation des conditions en supprimant les positions héréditaires et en égalisant les niveaux de vie

  • Elle conduit à une égalisation des perceptions des rapports sociaux : les individus de perçoivent alors comme égaux. Les différences apparaissent de plus en plus insupportables.

On trouve toujours cette course à l’égalité dans les sociétés démocratiques.

Au fur et à mesure qu’on se rapproche de l’égalité, la moindre inégalité paraît insupportable.
La conception de l’égalité est propre à chacun. La Justice qui prévaut dans une société est celle imposée par l’Etat.
On distingue trois types d’égalité :

  • Egalité devant la loi

L’ensemble des citoyens est soumis aux mêmes règles juridiques. Article premier de la Déclaration universelle des droits de l’homme (1948) stipule que tous les êtres humains naissent libres et égaux en dignité et en droits. (≠ positions sociales assignées à la naissance)

  • Egalité des chances

Chacun doit pouvoir accéder à toutes les positions sociales indépendamment de son origine sociale. Idée que la destinée sociale doit dépendre uniquement du mérite (rend possible la mobilité sociale).

On reconnaît par là qu’il existe des inégalités, mais cherche à les corriger : pour que les inégalités soient justes à l’arrivée, il faut une égalité de départ. Il existe des lièvres et des tortues, mais la ligne de départ doit être la même pour tous.

Ex : système de ZEP, bourses

«  A tout moment, le serviteur peut prendre la place du maître »

  • Egalité réelle ou de situations

L’ensemble des citoyens doit accéder aux mêmes quantités de richesses, de pouvoir et de prestige. L’égalité des conditions est alors le but à atteindre. Nécessite une politique de redistribution très importante. (Marxistes, sociaux-démocrates)
L’égalité des niveaux de vie n’est pas possible, ni souhaitable :

  • L’égalité réelle n’existe pas : on naît tous avec des talents différents

  • L’égalité réelle est désincitative, elle décuplerait les comportements passagers clandestins.

Par ailleurs, on reconnaît qu’il peut y avoir des inégalités « justes », fondées sur le mérite.
On recherche donc deux choses : l’égalité des droits et des chances.

Dans la société française, on retrouve ces 3 conceptions de l’égalité qui coexistent, bien que parfois contradictoire.

Ex : égalité des droits, vote // des chances, ZEP // de situations, impôts progressifs
Pour aboutir à ces égalités de manière intégrale, une intervention colossale, mais surtout intrusive, de l’Etat serait nécessaire.

L’égalité est toujours en conflit avec la liberté.

Une méritocratie est un système dans lequel la réussite de chacun est liée à son mérite. Les individus les plus méritants y obtiennent le plus d’avantages. C’est un système inégalitaire, mais où les inégalités sont considérées comme juste du moment qu’elles sont l’aboutissement d’une compétition égale (mêmes chances au départ).

Ex. l’école est un système méritocratique

Une méritocratie peut donc être injuste dans la mesure où il y a des différences de départ (comme en France).

La justice sociale ne sera pas envisagée de la même façon selon que l’on est attaché au système méritocratique (égalité des droits et des chances) ou au principe d’égalité dans les faits.

Aristote distingue 3 types d’égalités :

  • Commutative, une égalité arithmétique où l’on donne à chacun la même chose

  • Distributive, les ressources sont distribuées en fonction des efforts de chacun

  • Corrective, mécanisme de redistribution entre les individus ;

sous l’Ancien Régime assurée par la charité chrétienne, aujourd’hui par l’Etat (ex RSA)
B. faut-il lutter contre les inégalités ?

  • Les arguments « Contre »

Pour les libéraux, héritiers des classiques et partisans d’une faible intervention de l’Etat dans l’économie, la lutte contre les inégalités est illégitime. Plusieurs arguments :

  • Le marché est efficace

Il coordonne les intérêts des individus pour réaliser le bien-être collectif. C’est l’idée de la « main invisible » d’Adam Smith (1723-1790). Il attribue à chacun ce qui lui est dû.

Le marché fournit des signaux qui guident les individus (les prix) et conduit à une allocation optimale des ressources. En entravant les prix du marché, on fausserait les signaux.

  • Les inégalités sont justes car dépendent du mérite individuel

Par exemple, pour les néoclassique (Walras), le salaire dépend de la productivité marginale.

Les libéraux plaident donc pour une justice distributive (à chacun selon ses moyens) et universaliste (à chacun les mêmes droits), héritage des Lumières.

Ils dénoncent la lutte contre les inégalités qui, selon eux :

  • est illégitime puisqu’elle conduirait à maintenir les individus dans des trappes à inactivité avec une multiplication des comportements de passager clandestin (Olson)



  • entrave le marché, ex Loi Duflot sur l’encadrement des loyers



  • est inefficace car en prélevant beaucoup d’impôts, elle diminuerait les perspectives de profit des entreprises, donc découragerait l’investissement et au final ralentirait la croissance. Par ailleurs, trop d’impôts décourage les travailleurs et encourage à l’évasion fiscale : donc diminue les recettes fiscales de l’Etat. Confer Courbe de Laffer.



  • porte atteinte aux libertés car pour réaliser la redistribution, doit être mise en place une bureaucratie tentaculaire qui contrôle tout et a un poids excessif dans l’économie.

Friedrich von Hayek, Nobel d’économie de 1974, se fait le grand dénonciateur de l’Etat tentaculaire dans La route de la servitude (1944) où il y réfute notamment la théorie marxiste.

Pour les libéraux, la lutte contre les inégalités est inefficace (car marché efficace et encourage à l’oisiveté), illégitime puisque attentatoire aux libertés, et clientéliste (car elle sert de moyen aux politiques de gagner en popularité en augmentant la redistribution).
Critique politique de Tocqueville :

Alexis de Tocqueville (1805-1859) souligne les dangers que fait peser la « passion pour l’égalité » sur les peuples démocratiques. L’extension de l’égalité des conditions conduit à l’émergence d’une classe moyenne qui se caractérise par le goût du bien-être matériel, donc au matérialisme et à l’individualisme. Les individus se désintéressent alors du débat public et rend l’installation au pouvoir d’un régime écrasant les minorités plus facile, et même poussé à l’extrême celle d’un despote.

  • Les arguments « Pour »

Keynes favorable à la lutte vs. Inégalités :

A l’inverse, John M. Keynes, bien que libéral, reconnaît que le marché ne conduit pas toujours à l’optimum social.

En outre, il considère qu’un système de redistribution dynamiserait la croissance en stimulant la demande. Ainsi, transférer la part des revenus non consommée des individus aux revenus élevés (aux positions de rentier) vers les individus aux faibles revenus qui ont une forte propension à consommer serait facteur de croissance.

L’analyse de Sen :

Selon Amartya Sen, Nobel de 98, même un optimum de Pareto où l’augmentation du revenus des plus riches ne détériorerait pas la situation des plus pauvres, ne constituerait pas une situation optimale. L’augmentation des écarts de richesse mettrait en péril la cohésion sociale étant donné que les individus se comparent. Cela entraînerait des coûts sociaux (ex hausse criminalité) et politiques (abstention, vote contestataire).

Marx affirme qu’il faut réaliser l’égalité pour éviter que les plus forts écrasent les plus faibles.

« La libre concurrence, c’est la liberté du renard dans la poulailler. »

  • John Rawls et Amartya Sen

John Rawls renouvelle la théorie libérale sur la justice sociale avec Théorie de la justice (1971). Plusieurs constats et affirmations :

  • La liberté est fondamentale (d’expression, de vote, d’enrichissement, etc…). Il fait le constat relativement nouveau que l’égalité des chances n’existe pas étant donné que les individus ne sont pas dotés de la même manière au départ. Il inclut aussi bien les inégalités sociales (ex k symbolique) que naturelles (QI).

  • Il faut donc qu’il y ait l’égalité des chances.

  • Les inégalités ne sont justes que si elles profitent aux plus défavorisés, nuance-t-il. L’efficacité économique n’est donc valable que si elle permet dans la même temps la justice sociale.

C’est relativement nouveau pour un libéral d’admettre que les inégalités peuvent être injustes.

L’Etat doit donc essayer de rétablir l’égalité des chances (par opposition à la vision classique de l’Etat gendarme). Cela peut passer par des mécanismes de redistribution positive ; l’idée étant que chacun doit pouvoir accéder à toutes les positions sociales, au plus grand bénéfice de la société qui serait, dans le cas contraire, privée de certains talents (-mauvaise allocation des ressources).

Cette conception de la justice est dite différentialiste.

Justice différentialiste : action qui vise à compenser les inégalités de départ.

Amartya Sen remet en question les idées de J. Rawls :
1er constat :

On ne peut pas définir un idéal absolu de justice qui conviendrait à tout le monde.

Il donne l’exemple de la flûte (doc 14 p.6) où toutes les conceptions sont légitimes mais différentes.

Cependant il est possible de définir un socle minimum d’inégalités sur lequel tout le monde est d’accord – ex : faim dans le monde, non accès à l’éducation,…

Certaines inégalités ne peuvent être compensées, le capital culturel par exemple.
2ème constat :
On n’a pas tous les mêmes capabilités (possibilité de tirer parti des ressources).

Capabilité : ensemble des moyens dont dispose un individu pour améliorer son sort

Une société est juste si elle donne à chacun et en permanence les possibilités de se réaliser.

L’objectif de la société doit être le bien-être de chacun en réalisant la conception de l’égalité de chacun --peut passer par de petits projets, ex. création de la deuxième chance. Il faut pour cela une intervention du secteur privé coordonnée avec celle du secteur public : l’Etat doit perdre le monopole de l’action sociale.

Cette philosophie est à l’œuvre depuis les années 70 (essor secteur associatif).
Sen met donc l’accent sur le développement. Il faut donner aux individus la possibilité de réaliser leur vision du bonheur.


François Dubet, sociologue français
Auteur de L’école des chances (2005), il émet d’autres critiques à la théorie de J. Rawls pour venir appuyer celles de Sen.

Sa critique au concept d’égalité des chances :

  • Il faudrait être capable de mesurer les inégalités de départ

  • Il faudrait mettre en place des moyens colossaux pour les corriger

  • L’égalité des chances implique aussi qu’on puisse mesurer objectivement le mérite. (ex. l’éducation système méritocratique ok, mais notes de bac varient beaucoup d’un prof à l’autre)


Conception marxiste :
Lénine voit la démocratie comme un outil au service de la bourgeoisie, une illusion, un régime faux et tronqué. (La surreprésentation des CSP supérieures dans les instances du pouvoir lui donnerait raison).

Le démocratie est pour le marxisme l’outil au service de la classe dominante.


C. Quels sont les moyens de l’Etat pour contribuer à la justice sociale ?

Protection sociale (et redistribution) :

Avant la révolution industrielle, la société était essentiellement agricole, artisanale et la responsabilité individuelle.

Avec l’émergence du salariat, on impute la responsabilité aux entreprises et à la société toute entière (idée de responsabilité collective). Les risques sont désormais considérés comme collectifs puisqu’ils résultent de l’activité collective et ont une probabilité très forte de se réaliser. Pour s’en prémunir est mise en place la protection sociale.
Protection sociale : ensemble des mécanismes qui permettent aux individus et à leur famille de faire face aux risques sociaux

La notion d’Etat-providence naît au XIXème siècle et mais n’apparaît que plus concrètement au XXe, au lendemain de la Seconde guerre mondiale.

Par opposition à la conception libérale de l’ « Etat gendarme » dont les fonctions se limitent au domaine régalien et à un léger encadrement des marchés, l’Etat providence intervient dans les sphères économique et sociale.

(début XXe mise en place protection sociale, 1936 grandes lois sociales, 1945 Sécu du CNR)

Distinction deux types de logiques :

  • Logique d’assurance

  • Créée sous Bismarck fin XIXe

  • Couvre les assurés de certains grands risques sociaux (ex. chômage, maladie, vieillesse…)

  • Cotisations prélevées sur les salaires

  • Bénéficie à ceux qui cotisent seulement



  • Logique d’assistance

  • Apparaît à la suite du rapport Beveridge (1943) dans un contexte d’élévation des niveaux de vie et de menace communiste

  • Offre une protection minimale aux individus dans la besoin sans contrepartie

  • Financée par les prélèvements fiscaux

  • Couvre tout le monde

  • Participe à la redistribution (avec impôt progressif)

Cela aboutit à différents types d’Etats-providence. Typologie du suédois Gosta Esping-Andersen (1999, Les trois mondes de l’Etat providence) :

  • Libéral (où la solidarité est très stigmatisante et destinée aux plus démunis seulement)

  • Social-démocrate (aux prestations sociales élevées et à la logique redistributive)

  • Conservateur ou corporatiste (qui repose essentiellement sur une logique d’assurance)

L’intervention de l’Etat en matière de santé améliore le travail sur le plan quantitatif et qualitatif (moins d’arrêts maladie, travailleurs en meilleure forme donc plus productifs,…). On constate généralement que plus l’intervention de l’Etat est forte, plus l’indice d’équité devant la mort est élevé.

« Plus on s’approche d’un système de couverture universelle où peu de frais de santé restent à la charge des patients, plus les gens mourront au même âge, quelles que soient leurs conditions économiques et sociales. » (doc 19)

Les services collectifs :

Pour réduire les inégalités, l’Etat fournit également des services collectifs, services publics réalisés dans l’intérêt général qui bénéficient à tous sans condition de financement. Ces services contribuent à la justice sociale : s’ils n’étaient pas mis financés par l’Etat, les moins aisés n’y auraient pas accès ; ils constituent une forme de redistribution et sont financés par les impôts progressifs

Ex. une année scolaire revient à environ 8-9.000€

Les deux principaux secteurs facteurs de réduction des inégalités dont en premier l’éducation et 2e la santé.

A nuancer cependant :

Certains services collectifs peuvent parfois renforcer les inégalités ; dans le cas des études supérieures notamment où les grandes écoles publiques sont en majorité peuplées d’individus issus de milieux aisés. Reproduit de facto les inégalités sociales.

L’impôt :

Pour lutter contre l’injustice sociale, l’impôt constitue pour l’Etat un outil important.

On distingue impôt :

  • Progressif, dont la proportion augmente avec le revenu (système par tranches) ex. ISF, impôt sur le revenu

  • Proportionnel, en proportion du revenu ex. TVA, CSG

  • Forfaitaire, somme fixe ex. redevance audiovisuelle

En France, la majorité des impôts est de nature proportionnelle, donc l’impôt n’est que faiblement progressif. Seuls les impôts progressif et proportionnel tiennent compte des inégalités, tandis que l’impôt proportionnel n’a pas d’impact sur celles-ci, le progressif lui les réduit.
La TVA est même un impôt inégalitaire car elle prélève une part plus important en proportion des revenus des moins riches que celle des plus riches.

On constate aujourd’hui une défiscalisation croissante des revenus très élevés, qui alors que les revenus des classes aisée et moyenne sont taxés à 50% en moyenne (tous impôts confondus), ne le sont qu’à environ 35%.

Cela s’explique en partie par les niches fiscales (i.e. dispositions offertes par la loi d’obtenir des réductions fiscales) qui réduisent la progressivité de l’impôt.

Ces dernières années,

  • La fiscalité sur les successions a diminué

  • Le taux d’imposition marginal a diminué (sauf sous Hollande)

  • Le bouclier fiscal (instauré par et supprimé sous Sarkozy) limitait le taux d’imposition à 50%


D’une part, l’impôt est faiblement progressif en France, la majorité des recettes provenant de l’impôt proportionnel, d’autre part le niveau de l’ISF a diminué. Malgré tout, il reste un outil important pour réduire les inégalités.

La lutte contre les discriminations:
L’Etat met en œuvre des politiques de lutte contre les discriminations par la voie réglementaire et la discrimination positive, traitement préférentiel accordé à des minorités défavorisées pour compenser les désavantages et rétablir l’égalité des chances.

Celle-ci remet en question l’égalité de droit par la mise en place d’une inégalité de droit visant à favoriser l’égalité de situations.

Souvent jugée contraire aux principes républicains, elle suscite un vaste débat en France.
La discrimination se mesure sur une base sociale en France (interdiction de faire des statistiques ethniques). Cela permet de mettre en œuvre une lutte contre les inégalités qui réduit notamment les inégalités ethniques sans promouvoir une vision communautariste.
(Discrimination difficile à évaluer. Testing parfois utilisé pour les mesurer.

Exemple des inégalités de genre où d’autres facteurs entrent en compte comme les secteurs d’activités auxquels sont rattachées les femmes –services-, les différences de qualification,… Payées 25% moins cher, un écart de 10% ne peut être expliqué. L’Etat agit donc par la voie réglementaire en mettant en place sanctions et loi sur la parité)
Exemples de discrimination positive :

  • Affirmative Action (EU)

  • Lois sur la parité

  • Lois en faveur des handicapés (quota de 6% pour entreprises de plus de 20 salariés)

  • Zones d’Education Prioritaire


Les principaux bénéficiaires sont souvent les pauvres.
Points positifs

  • Aux E.-U. a permis l’émergence d’une bourgeoisie noir (ex Colin Powell)

  • Ecarts de rémunération ont diminué

  • Pourcentage de femmes à l’Assemblée a augmenté

  • Les individus entrés dans des grandes écoles grâce à la discrimination positive suivent des parcours normaux

Points négatifs :

  • Système de ZEP, un échec

  • Sentiment d’injustice pour les exclus du dispositif

  • Stigmatisation des populations qui en bénéficient

  • Renforcement du communautarisme qui aboutit à une concurrence entre les communautés

  • Assistanat désincitatif (habitue populations à l’aide sociale)

  • Désafiliation, certains individus considèrent le système comme injuste et n’y participent plus –souvent les plus aisés- ex. fraude fiscale

  • Affaiblissement de la notion de mérite


Finalement, la discrimination positive masque le reste des inégalités en sélectionnant quelques individus sur des critères arbitraires au détriment de la majorité.

D. l’intervention de l’Etat en débat

L’Etat est soumis à différentes contraintes.

  • La contrainte extérieure

Les échanges extérieurs entrainent une diminution des marges de manœuvre de l’Etat. L’Etat ne peut pas augmenter indéfiniment les cotisations sociales au risque de dégrader la compétitivité-prix des entreprises.

  • La contrainte budgétaire

Il doit rechercher un équilibre entre dépenses et recettes car l’endettement a un coût (la dette constitue premier poste de dépense avant éducation). Par ailleurs, il n’est pas maître des taux d’intérêts dont le niveau reste étroitement lié à la confiance des investisseurs

L’Etat cherche à maîtriser la dette et le déficit publics, d’où les politiques de rigueur :

  • Pour maintenir la confiance des investisseurs et emprunter à un taux d’intérêts faible

  • Contrainte imposée par l’UE dans le cadre du Pacte de stabilité et de croissance (dette pas dépasser 60% du pib et 3% déficit max)

  • Eviter un accroissement incontrôlé de la dette (effet boule de neige)

On se pose aujourd’hui la question de l’augmentation des cotisations sociales car la dette de la Sécurité sociale ne cesse de dégrader le niveau de la dette publique (+17-18 millards/an).

Pierre Rosanvallon, économiste français, expose sa typologie des crises de l’Etat-providence (1981) d’à partir du milieu années 70. L’Etat-providence traverse selon lui 3 crises cumulées :


  • Crise de financement


L’ensemble des prélèvements obligatoires ne suffit plus à couvrir un besoin croissant des dépenses de l’Etat.

Causes conjoncturelles :

  • Cotisations sociales : depuis les années 70, ralentissement de la croissance avec hausse du chômage donc diminution des cotisants (diminution recettes) et augmentation des indemnisés (augmentation dépenses).

  • Prestations sociales : avec la précarité croissante, les recettes fiscales diminuent et les prestations sociales se multiplient

Causes structurelles :

  • Vieillissement de la population (hausse espérance de vie)

  • Demande de soins croissante (liée aux transformations de la société)

  • Impôts : les plus riches sont proportionnellement moins taxés que les classes moyennes (taxation des plus riches a tendance à diminuer) alors que dans l’après-guerre, taux d’imposition marginal sur le revenu avoisinait les 90%



  • Crise d’efficacité




  • La protection sociale a un coût qui augmente pour une efficacité diminuée ; en particulier en matière de réduction des inégalités, ces dernières augmentant depuis les années 80.

  • La protection sociale ne touche par efficacement les populations concernées (exemple du RSA où 1/3 ne se le voient pas versé)

  • La protection sociale s’avère néfaste à la croissance et l’emploi :

  • Les cotisations dégradent la compétitivité-prix des entreprises. Actuellement, les entreprises françaises ont le taux de marge le plus faible de la zone euro

  • Niveau élevé des prélèvements obligatoires découragerait l’investissement et encouragerait à la délocalisation et défiscalisation

  • Autres effets pervers comme la désincitation au travail avec la multiplication des comportements passagers clandestins et le maintien des individus dans des « trappes à inactivité » du fait d’un faible écart entre les revenus du travail et les revenus d’assistance et des coûts cachés de l’emploi (garde d’enfant, transports…)

  • Aboutirait en définitive à une diminution des recettes de l’Etat

(confer courbe de Laffer)



  • Crise de légitimité




  • Les coûts de l’Etat-providence sont croissants alors qu’il ne remplit plus sa mission. Tandis que les libéraux ont plutôt tendance à critiquer les coûts de ce « carcan administratif », les sociaux-démocrates critiquent davantage le manque d’efficacité

  • Critiques sur la fraude et le gaspillage dans son fonctionnement (gestion opaque de la Sécu)

Ex. critique de l’Aide Médicale d’Etat (AME)

  • Certains se désolidarisent en s’exilant, d’autres en militant pour une individualisation de l’assistance (sur le modèle américain)

  • La montée de la contestation s’opère également chez les classes moyennes qui ont l’impression d’être mises à l’écart

Synthèse.

Les sociétés démocratiques se caractérisent par la recherche de l’égalité, selon Tocqueville : l’égalité des droits qui correspond à l’égalité des citoyens devant la loi (absence de privilèges comme dans l’Ancien Régime ; chacun dispose des mêmes droits politiques et sociaux), l’égalité des chances qui doit permettre à chacun d’accéder à toutes les positions sociales existantes selon ses capacités (nécessité de politiques correctrices pour compenser les handicaps initiaux) ; l’égalité des situations qui correspond à une égalisation des conditions matérielles d’existence : on assiste à un rapprochement des niveaux et des modes de vie entre les individus, même si l’égalité absolue n’est jamais atteinte. Dans ce cas, on essaye de rapprocher la situation des individus à l’arrivée ce qui implique des politiques de redistribution.

L’idéal de justice sociale qui résulte de cette « passion pour l’égalité » dépend du système de valeurs qui organise la société. A la suite d’Aristote, on peut donc distinguer différentes approches. La justice commutative ou arithmétique : chacun reçoit la même chose ; la justice distributive ou géométrique : il est juste que chacun reçoive en proportion de ce qu’il apporte, ce qui correspond à l’idéal méritocratique qui accepte l’idée que les inégalités peuvent être justices. Enfin, la justice corrective cherche à redistribuer les revenus, les patrimoines, les positions sociales, en fonction de critères moraux, politiques ou sociaux sur ce que l’on estime être juste. Dans ce cas, on s’intéresse aux besoins des individus et non à leurs mérites.

Les libéraux prônent une vision universaliste de la justice, dans laquelle les individus disposent d’une stricte égalité des droits. Les inégalités sont justes à condition que la liberté et l’égalité des droits des individus soient respectées.

Une conception différentialiste vise à compenser les inégalités de situations initiales pour rétablir l’égalité des chances. Pour John Rawls, la liberté est un principe premier : tous les individus doivent pouvoir disposer des libertés fondamentales d’un Etat de droit dans le respect des libertés des autres. Cependant la société doit offrir à tous les mêmes moyens de réussite afin que chacun puisse exprimer ses potentialités. Les inégalités ne sont acceptables que si elles profitent aux plus défavorisés (principe de différence). Ainsi, les inégalités de revenus induites par le marché sont justes si elles favorisent la croissance et améliorent la situation de tous, y compris des plus défavorisés au départ.

La conception correctrice de la justice cherche à corriger les inégalités de départ pour tendre vers une égalité à l’arrivée. Donner à tous les mêmes chances de départ ne suffit pas. Il faut encore que les individus soient capables de les utiliser (capabilité) et qu’ils aient un droit à l’erreur (un mauvais choix peut conduire l’individu à gaspiller des ressources qui lui sont allouées par la société) ou une seconde chance (des programmes de formation pour ceux qui ont échoué à l’école, par exemple). Pour être libre, l’homme doit avoir à sa disposition à tout moment des ressources nécessaires (logement ou revenus suffisants) pour pouvoir exprimer ses talents. De plus l’égalité des revenus empêche les phénomènes de domination et d’exploitation.

Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, un Etat-Providence a été progressivement instauré. L’intervention de l’Etat permet de réduire les inégalités par la redistribution (les cotisations sociales et les impôts financent des prestations sociales). Après avoir longtemps favorisé l’assurance (chômage, santé…) le système de protection sociale recourt davantage à l’assistance (RSA, CMU…).

La fiscalité constitue également un outil redistributif. De tous les prélèvements obligatoires, l’impôt sur le revenu est celui qui corrige le mieux les inégalités économiques car il est progressif. La fourniture de services collectifs gratuits en matière de santé, d’éducation ou de logement permet également de redistribuer la richesse et de lutter contre l’inégalité des chances. L’Etat met également en œuvre des politiques de lutte contre les discriminations, qui sont un traitement inégal des individus ou des groupes sociaux sur la base de caractéristiques physiques et/ou sociales stigmatisées. Les discriminations sont pénalisées, et peuvent faire l’objet de mesures compensatrices (discrimination positive). Cependant, l’intervention de l’Etat subit une triple crise de financement d’efficacité et de légitimité. En effet, la protection sociale a un coût élevé pour la collectivité, grève les comptes publics et dégrade la compétitivité-prix des entreprises. Selon les libéraux, elle désincite au travail. De plus, des prélèvements obligatoires élevés décourageraient l’investissement. La protection sociale est perçue par certains comme un carcan administratif coûteux et peu efficace, destiné à créer des clientèles électorales.

Inégalité : différence entre des individus ou groupes sociaux traduite en avantage ou désavantage et donc à l’origine d’une hiérarchie entre les individus/groupes sociaux.

Inégalité sociale : inégalité touchant tout un groupe social (ex : cadre/ouvrier, homme/femme,…)

Discrimination : Inégalité de traitement d'un individu ou d'un groupe social fondée sur des critères illégitimes

Méritocratie : système dans lequel les plus méritants obtiennent le plus d’avantages

Justice différentialiste : action qui vise à compenser les inégalités de départ.

Capabilité : ensemble des moyens dont dispose un individu pour améliorer son sort

Protection sociale : ensemble des mécanismes qui permettent aux individus et à leur famille de faire face aux risques sociaux

Etat Providence : Etat interventionniste dans les sphères économique et sociale

Etat-gendarme : Etat dont l’intervention se limite au domaine régalien et à l’encadrement des marchés

Services collectifs : services publics réalisés dans l’intérêt général qui bénéficient à tous sans condition de financement

Impôt progressif : dont la proportion augmente avec le revenu (système par tranches)

Impôt proportionnel : en proportion du revenu

Impôt forfaitaire : somme fixe, la même pour tous

Niche fiscale : dispositions offertes par la loi d’obtenir des réductions fiscales

Discrimination positive : traitement préférentiel accordé à des minorités défavorisées pour compenser les désavantages et rétablir l’égalité des chances

Prélèvements obligatoires : ensemble des prélèvements effectués pour couvrir les dépenses de l’Etat


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