Littérature québécoise








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VI


Avec Stéphane Lupien, le lendemain, Diane fut moins avenante.

– Vous m’avez mis dans de beaux draps, ragea-t-elle...

– Oui, moi ?

– Toi et Valin !

– Nous n’avions pas de choix.

– Oh ! non ?

– Réfléchis un peu, Diane !

– J’ai réfléchi.

– Non.

– Si ! s’exclama-t-elle. J’ai réfléchi avant, pendant et après.

– Ça n’y paraît pas !

– J’aurais pu me faire tuer !

Stéphane Lupien sourit.

– Toi ?

– Oui, moi, je suis vulnérable comme n’importe qui.

– Jusqu’ici, tu t’es bien tirée d’affaire.

– Peut-être, mais la nuit dernière...

– Quoi de spécial, la nuit dernière ?

– Ça tirait comme un feu d’artifice !

– Tu as l’habitude, Diane...

Elle se mit en colère.

– Quelle sorte de raisonnement est-ce donc là ?

– Un raisonnement qui en vaut un autre, Stéphane. Et si je suis ici, c’est que je veux des explications.

– Sur Valin ?

– Oui.

– Diane, tu n’as pas compris ?

– Peut-être mais je veux l’entendre confirmer venant de toi.

– Voici. Il y a trois mois, Valin est venu me voir.

– Tu étais son avocat, à ce moment-là ?

– Oui. Il m’a raconté un peu la même chose qu’il t’a racontée à toi.

– Pour la drogue ?

– Oui.

– Pourquoi dis-tu, « un peu » la même chose ?

– Parce que Valin s’est coupé dans son discours deux fois.

– Ah ! De quelle façon ?

– Ce serait trop long d’expliquer mais j’ai pu déduire.

– Déduire quoi ?

– Que Valin connaissait le nom du vrai coupable.

– Il le savait même à ce moment-là ?

– Je crois qu’il le savait dès le début.

– C’est étrange qu’il n’ait rien fait...

– Mais oui, il a fait quelque chose.

– Quoi ?

– Il a suivi mon conseil, il a demandé ton aide.

– Oui, et puis, une fois que j’ai été ici, il s’est refermé comme une huitre et si j’ai pu déduire à mon tour, ce n’est certes pas de la faute de Valin.

– Diane !

– Quoi ?

– Tu oublies quelque chose.

– Quoi ?

– Pense un peu. Qu’est-ce que tu aurais fait, à sa place ?

– Au sujet de madame Valin ?

– Oui.

– Naturellement, c’est à y réfléchir.

– Oui, et c’est ce qu’a fait Valin.

– Mais il aurait pu m’aider, me diriger un peu...

– Il l’a fait.

– Quand ça et comment ?

– C’est lui qui t’a suggéré d’aller voir le docteur Boorsen ?

– Oui.

– Et une fois que tu es revenue à Saint-Hyacinthe, il t’a amenée dîner chez lui ?

– Oui.

– Valin savait que le portrait de sa femme se trouvait sur le pupitre du docteur Boorsen.

– Oui ?

– Oui. Tout comme il savait que Boorsen était l’amant de sa femme.

– Et ainsi...

– Il s’est arrangé pour que tu découvres la chose sans avoir besoin de te le dire.

– Tu parles d’une idée !

– Il m’a longuement parlé, l’autre soir. Un téléphone qui a duré une heure... Et tu sais, il avait des remords.

– Des remords ?

– Oui, il faut que tu comprennes. Valin a vécu une vie heureuse avec sa femme. C’est seulement ces derniers temps qu’elle s’est amourachée de Boorsen...

– Combien de temps ?

– Deux ans environ.

– Et auparavant, rien ?

– Rien du tout. Alors la chose a été comme un coup de massue pour lui. Il était comme fou. Il a manqué en faire une maladie quand il a découvert le pot-aux-roses.

– Toi, tu le savais ?

– C’est lui qui me l’a appris.

– Et... Boorsen ? Il a été élu au conseil de direction de la fabrique de Valin... !

– Oui. Manœuvre de madame Valin. Alida Valin suivait les ordres de son amant.

– Les ordres ?

– Mais naturellement. C’est lui le coupable...

– Ah ! il était...

– Il était le chef. Son affaire a été pensée, réfléchie ! Il voulait justement essayer le coup et il l’a fait.

– Son amour pour Alida Valin ?

– C’était du calcul. Arsène Valin est un chic type, un homme raffiné. Mais aussi, c’est un homme qui n’aime pas les embêtements. Il n’est pas un mou mais il a comme principe que s’il ne plaisait plus à sa femme, il ne chercherait pas à se mettre dans son chemin.

– C’est un principe assez rare de nos jours.

– Oui. Et c’est ainsi que les amours de Boorsen et d’Alida ont pu fleurir...

– Alors elle obéissait à Boorsen ?

– Oui, corps et âme.

– Lui, voulait avoir des renseignements précis sur la fabrique, je suppose ?

– Oui, jusqu’à un certain point.

– Quel certain point ?

– C’est Alida Valin qui pouvait connaître si bien la routine des gens qu’elle ordonnait un attentat au besoin.

– Ah ! je vois...

– Boorsen, lui, du jour, où, comme directeur de la compagnie, il a été mis au courant des opérations, s’est appliqué à mettre son grand projet à exécution.

– Celui de fabriquer de la drogue à rendement commercial.

– Oui. Il savait que le laboratoire de recherches est rarement soumis à une investigation. C’était l’endroit idéal pour se livrer à une fabrication de cinq à six livres de cocaïne ou d’héroïne synthétique chaque semaine.

– Et c’est ce qui est arrivé.

– Oui. Il s’est acoquiné avec le chimiste. Tout a bien marché pour un temps. Puis, ils ont dû tuer le chimiste lorsque Valin s’est aperçu de quelque chose...

– Je vois.

– Ensuite, il a été relativement facile de dompter Valin.

– Voilà le point que je comprends moins bien.

– Reporte-toi au caractère de Valin. Pense que cet homme s’est soudain vu déclarer, par sa femme et par l’amant de sa femme, que s’il ne marchait pas, leurs deux enfants seraient détruits...

– Ah ! oui, et l’épisode du chien empoisonné...

– Tu parles... Il a protesté, il a dit qu’il ferait surveiller la maison. Alida l’a mis au défi. Il a engagé des gardes, et leur beau chien fut empoisonné...

– Naturellement, c’était facile. Alida pouvait circuler sans être soupçonnée...

– C’est juste.

– Mais pourquoi Valin n’appelait-il pas la police ?

– Tu ne comprends pas encore ?

– Non.

– Je te l’ai dit tout à l’heure, pourtant. Valin ne voulait pas dénoncer sa femme. Il priait Dieu qu’elle se fasse prendre. Il souhaitait se voir délivré de ce fardeau, même au prix du déshonneur.

– Appeler la police aurait été facile !

– Oui ? Je ne crois pas. Que la police dénonce Alida, que tout arrive à la femme, mais en souvenir des années heureuses d’autrefois, Arsène Valin ne voulait pas la dénoncer lui-même.

– Voilà donc le fond de l’histoire ?

– Voilà, Diane, ce qui constitue la véritable explication.

– Je vois, maintenant.

– Et moi, lié par le secret professionnel, je ne pouvais que souhaiter te voir réussir.

– Je comprends bien maintenant.

– Je savais que ta visite chez le docteur Boorsen te mettrait sur la piste, dès que tu aurais rencontré madame Valin...

– Oui, et c’est ce qui est arrivé. Je savais que le coupable était au courant des allées et venues à la fabrique. Donc ce ne pouvait être autre que quelqu’un de l’organisation. Et me rendant compte du lien entre Boorsen et Alida Valin, j’ai immédiatement déduit que ça devait être elle la coupable.

– Oui, et non. Boorsen était le chef.

– Il est mort, maintenant, c’est dommage pour Alida, elle va écoper seule de la sentence.

– Oui... Oh ! dommage, c’est façon de parler...

– Oui, naturellement. Donc, en déduisant ceci, je me suis dit que le moyen le plus radical, c’était d’être là pour la livraison... J’ai semé des clous dans le chemin désert, après le passage de l’auto de Valin. L’auto suivante devait être celle des coupables. J’escomptais une crevaison, et ils l’ont eue...

– C’était fort bien imaginé...

– Et le reste, tu le sais.

– Oui. Notre ami Boorsen est mort, Alida Valin est en prison...

– Et Arsène Valin, comment prend-il la chose ?

– Comme un homme qui vient d’être soulagé du plus terrible fardeau qu’il ait jamais porté de sa vie...

Épilogue


Il était entendu que Diane rencontrerait Pietro Saita, l’homme aux bras coupés, à Florence vers le mois de juin.

Il reviendrait d’Égypte à ce moment.

Et il apporterait avec lui la preuve que la Belle Sicilienne cette peinture au prix inestimable qui pend au palais Pitti, le musée d’art de Florence, est un faux sans presque de valeur.

Diane reçut un câblogramme envoyé du Caire par Saita.

Elle le reçut à la fin de mai, à Montréal.

« Suis devenu muet. Ai confié mon secret à Ibrahim. Il essaiera de te voir à Florence. Sois là. J’arriverai plus tard. »

C’était incompréhensible...

Mais Saita muet, les bras coupés, ne pouvait plus rien révéler de ce qu’il savait.

Or, ce qu’il savait était une chose grave.

Et Diane recevrait dix mille dollars pour le prouver...

Elle montra le câblogramme à Stéphane Lupien.

– En voilà une situation, dit songeusement Diane.

– Ton homme est devenu une tombe. Il ne peut parler, il ne peut écrire, il n’a aucun moyen de communiquer son secret...

– Sauf Ibrahim... Mais je serais bien prête à gager que le dit Ibrahim, je ne le verrai jamais vivant...

Elle soupira.

Et ça deviendra, force des choses, Le faux nu.

Cet ouvrage est le 489e publié

dans la collection Littérature québécoise

par la Bibliothèque électronique du Québec.

La Bibliothèque électronique du Québec

est la propriété exclusive de

Jean-Yves Dupuis.

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