Littérature québécoise








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V


À Saint-Hyacinthe, elle s’en fut reprendre la besogne de fausse secrétaire dès le lendemain matin.

Elle passa une soirée sans accroc à l’hôtel, prenant bien garde de se tenir dans le cocktail-lounge, à un endroit bien à la vue.

Une attaque ici ne pourrait se simuler ou se faire sans témoins.

Quand elle monta se coucher, elle le fit par le grand escalier.

Et le pistolet n’était pas loin de sa main lorsqu’elle déboucha dans le corridor.

Mais encore rien.

Elle dormit à porte verrouillée, sur laquelle elle avait appuyé des meubles.

Et sa fenêtre aussi était fermée à double tour.

Elle l’avait même barricadée d’un bahut qui ne pouvait être déplacé sans projeter par terre une potiche invisible pour quiconque serait à la fenêtre, et qui ne manquerait pas d’éveiller Diane.

C’était habile.

Mais bien en vain, car la nuit se passa tranquillement.

Au matin, rien encore.

Et pourtant Diane marchait avec des yeux tout le tour de la tête.

Au bureau, elle trouva Arsène Valin entré tôt.

– Je veux vous voir, dit-il.

Elle le suivit dans le secret de son bureau particulier.

– Puis, vous avez vu Boorsen ?

– Oui.

Il avait un air si bizarre que Diane ne put s’empêcher de s’exclamer :

– On dirait vraiment que vous êtes surpris de me voir ici ce matin !

– À vrai dire, oui... Mais, arrivons à ce que je veux vous dire...

– Pardon. Je tiens à rester sur le sujet de votre étonnement,

– Plus tard, plus tard, ce n’est pas le temps d’en parler...

– Au contraire, c’est plus le temps que jamais. Cette situation de fou, je ne puis plus l’endurer. Ou nous mettons nos cartes sur la table tout de suite ou alors je me retire de la cause !

Il y avait un tel air d’angoisse sur le visage de Valin que Diane ne put s’empêcher d’en être impressionnée.

– Non, dit-il, non, écoutez-moi. C’est vital. C’est urgent. Je vous invite à dîner chez moi ce midi. Il faut que vous veniez...

– Chez vous ?

– Oui,... Je veux que vous connaissiez ma femme, mon fils, ma fille...

– Ah ! Et pourquoi est-ce vital... ?

– Ne discutez pas, ne posez pas de question, acceptez. Et je vous en supplie, ne me refusez pas...

– Quel moyen prendra-t-on, cette fois-ci, monsieur Valin ? Du poison dans le potage ?

Le visage de l’homme se tordit dans une sorte de rictus horrible.

Diane vit que Valin était à bout de nerfs.

Il n’était pas beau ainsi.

Et il n’arrivait plus à cacher une indicible souffrance.

Le point d’interrogation était si grand, si complet, qu’elle n’eut pas à débattre en elle quoi faire.

– J’accepte, dit-elle. J’irai chez vous ce midi.

– Avec moi, dit-il. Et ainsi rien ne vous arrivera.

Tout l’avant-midi, Diane joua à la secrétaire.

Elle avait de grandes envies d’aller questionner le chimiste dont elle espérait toujours extraire quelque renseignement.

Mais une voix en elle ne cessait de répéter que l’invitation de Valin était de suprême importance.

Filant en auto avec Valin, elle respecta le silence de l’homme.

Il ne lui dit qu’une chose, alors qu’ils allaient arriver à sa maison.

– Le temps est venu, dit-il. Je crois que le cycle pourrait se compléter aujourd’hui...

Mais la phrase n’avait aucun sens véritable pour Diane et elle n’y répliqua rien.

Dix minutes plus tard, la première lueur jaillissait en elle.

Un éblouissement plus qu’une lumière.

Dans le grand salon chez Valin, il y avait là le fils de Valin, un élégant collégien an regard profond.

Une fille, accorte, au sourire franc, à l’allure un peu mutine, seize ans et déjà magnifiquement femme.

Puis, madame Valin.

Ce fut alors que Diane, serrant la main de cette femme durant la présentation, comprit soudain un peu du mystère.

Car Alida Valin, devant elle, n’était nulle autre que la femme dont la photo, si joliment encadrée, ornait le pupitre du docteur Boorsen...

*

Pour Diane, le repas fut long et pénible.

Elle aurait voulu sortir, courir vers Montréal, aller questionner Stéphane.

Ce qu’elle comprenait était tellement impossible, tellement plus horrible qu’elle n’avait imaginé que son imagination même se refusait à admettre ce qui lui semblait de plus en plus évident.

Elle ne comprenait pas le rôle de Boorsen.

S’il en avait un !

Mais il fallait qu’il en ait un.

Il était inconcevable que tout ceci...

Tout au long du repas, les yeux d’Alida Valin quittèrent à peine Diane.

Le visage impassible ne révélait rien des pensées.

Mais l’intensité du regard à elle seule en disait long.

Un regard prudent, voilant tout, mais qui restait là, posé comme une braise ardente, fouillant en Diane, tentant de lire en elle.

Et ce furent en fait les deux adolescents qui firent les frais de la conversation.

Arsène Valin mangeait silencieusement, le visage encore tourmenté, la mine d’un être qui soudain cède sous le poids du fardeau qui lui a été placé sur les épaules.

Tête basse, il mangeait.

Une fois seulement il regarda Diane et elle vit combien il souffrait.

Elle ne s’était donc pas trompée ?

Quand ensemble, il revinrent au bureau, Diane ne le questionna pas.

Maintenant elle savait pourquoi tout avait été ainsi machiné.

Et elle pouvait comprendre si bien qu’elle se rabattit sur les méthodes devenues essentielles.

Maintenant cela était l’aventure.

La bête traquée que l’on guette, que l’on suit à la piste, que l’on tire ensuite à bout portant, priant bien fort qu’elle ne bondisse pas avant le coup de feu.

Ou qu’une fois blessée, elle ne trouve pas en elle quelque sursaut fatal pour le tireur.

Le jeu se rétrécissait.

Maintenant il se jouerait à deux...

Mais les ennemis étaient de taille.

Et cela, Diane le savait.

Au bureau, elle demanda à Valin de lui accorder deux minutes privément dans son bureau.

– J’ai besoin de détails, dit-elle, maintenant que je comprends tout.

– Je vous dirai ce que je puis dire. Et rien de plus.

– Dites-moi encore une fois comment la livraison de la drogue est effectuée.

Lentement, Arsène Valin répéta ce qu’il avait raconté deux jours auparavant.

Une fois par semaine, il devait partir en auto, se rendre sur un chemin désert et y laisser tomber le colis.

Le lendemain, la somme d’argent arrivait au bureau, en billet de banque, sous enveloppe blanche de type archi-normal.

C’était fort simple.

Et il ne pouvait vraiment rien faire...

– Vous n’avez jamais essayé de faire quoi que ce soit, n’est-ce pas ? demanda Diane.

Il inclina la tête.

– Non... rien... Vous avez raison.

Et il ajouta, la voix brisée.

– Je ne pouvais pas. Je n’en avais pas le courage. J’aime mes enfants. Maintenant vous pouvez comprendre pourquoi...

– Oui.

Il étendit les mains en un geste d’impuissance.

– Voilà.

– La livraison se fera quand ? poursuivit Diane.

– Demain, demain soir vers onze heures.

– Le même chemin désert ?

– Oui.

– Me diriez-vous exactement où est ce chemin, et l’endroit exact de la livraison ?

Arsène Valin réfléchit un moment.

Puis il sembla prendre une grande décision.

– Bien... ce soir, à cinq heures, je vous conduirai à l’endroit.

– Il y a une chose importante, fit Diane. D’abord, que je quitte le bureau à cinq heures et que vous me rejoigniez en ville. Et ensuite soyez assuré de n’être point suivi.

Il y avait aussi une autre chose.

Mais celle-là, elle ne la révéla pas.

Pourquoi jouer tous ses atouts ?

Pourquoi surtout renseigner si bien les gens qu’ils puissent ensuite modifier leurs plans en conséquence ?

Elle se rendit, tel que convenu, visiter l’endroit de livraison de la drogue, en compagnie de Valin.

Puis, sûrs tous deux de n’avoir pas été suivis, ils se quittèrent.

Seulement, Diane était trop certaine que sa vie était en danger à Saint-Hyacinthe pour rester là.

Profitant d’un bout de rue désert et d’un taxi qui passait, elle le héla, et s’y installa.

Ce ne fut cependant pas vers Montréal qu’elle se fit conduire.

Mais bien plutôt vers Drummondville.

Ce soir-là, elle dormit au Manoir.

Qui aurait soupçonné sa présence là ?

Et au lieu de se rendre travailler le lendemain matin, elle passa la journée dans cette petite ville.

À ne rien faire,

À flâner.

Seulement, elle fit un téléphone à Montréal.

Un appel important.

Quand elle sortit de la cabine publique en bordure de la rue, endroit discret par excellence, elle souriait.

Durant l’après-midi, elle loua une auto.

Et le soir, à neuf heures, elle prenait à petite vitesse le chemin de Saint-Hyacinthe.

Sur le siège à ses côtés, un revolver de bon calibre.

Une petite bombe lacrymogène.

D’autres objets aussi qu’elle escomptait nécessaires à son expédition.

Dans le chemin désert visité la veille, ce soir-là à onze heures, l’auto d’Arsène Valin passa.

Sans ralentir, un paquet enveloppé de toile goudronnée fut lancé dans le fossé bordant le chemin.

Moins d’une minute plus tard, une autre voiture passa aussi, et disparut.

Celle-ci était conduite par Diane.

Non loin, profitant d’un bosquet d’arbres remarqué la veille, la voiture quittait brusquement la route, tous phares éteints, et allait se cacher dans les arbres.

Le temps passa.

Soir de pleine lune, soir doux et calme.

Puis des phares apparurent au loin.

Une autre auto venait.

À moins de deux pieds du bosquet, elle s’arrêta.

Et un juron échappa de celui qui sortait de l’auto.

Une voix, au-dedans, posait une question, car la voix du conducteur répondit :

– Pas une crevaison. Deux ! Il y a du mystère là-dedans.

Diane, tapie dans le bosquet, entendait tout et ne bougeait pas.

Le conducteur alla derrière l’auto, souleva le capot de la soute aux bagages et prit les outils nécessaires.

Il ne se hâtait pas.

La voix le pressa, au-dedans...

– Il n’y a personne, répondit le conducteur. Il ne faut pas que tu te laisses dominer ainsi par tes nerfs.

Diane entendait le cliquetis des outils.

Le conducteur s’était mis au travail.

Lentement elle se glissa d’un bosquet à l’autre, pour s’approcher.

Non loin, un chien aboya...

Le son dut énerver le passager dans l’auto, car un murmure fusa auquel le conducteur répondit en grommelant :

– Ce n’est rien, seulement un chien...

Diane s’était immobilisée.

Le chien aboya de nouveau.

De l’autre côté de la route, il y eut une brève lueur.

Si falote, si rapide, que Diane la saisit à peine.

Puis elle distingua l’ombre.

C’était le signal.

Elle y répondit selon l’entente, imitant d’un sifflement doux la voix d’une marmotte.

Puis, plus rien.

Le conducteur travaillait, murmurant de temps à autre un juron.

Diane continua son avance silencieuse et secrète.

Peut-être se trompait-elle.

L’auto en panne pouvait bien être occupée par des gens tout à fait innocents.

Quoique cela semblait bien improbable.

Savoir, se demandait Diane, savoir surtout si de l’autre côté du chemin, quelqu’un s’avançait comme elle, prenait lentement la place voulue.

Elle mit plusieurs minutes avant d’être vis-à-vis l’auto.

Le conducteur travaillait ferme.

Il achevait la première roue.

Dans l’auto, une forme sombre semblait assoupie sur le siège, affalée, indistincte.

Diane attendit encore quelques instants.

Elle voulait être bien sûre que de l’autre côté de la route l’aide viendrait au bon moment.

Maintenant elle manœuvrait pour être le plus près possible de l’asphalte.

Heureusement, il y avait une légère brise et le bruit couvrait les craquements et bruissements qu’elle pouvait provoquer, elle.

Cachée derrière un arbre, elle fut enfin à portée.

Ce fut alors qu’elle fit irruption sur la route, revolver au poing.

– Haut les mains !

Son cri fut comme une bombe.

Celui qui faisait l’échange des pneus bondit littéralement dans les airs.

Mais il avait extrait aussitôt un revolver de sa poche et tirait.

Dans la voiture, la forme assoupie aussi s’était détendue, comme mue par un ressort.

Et de la voiture aussi partaient des coups de revolver.

De l’autre côté du chemin, deux ombres surgirent, puis un peu plus loin, une autre.

En quelques secondes, malgré les coups de feu, les quatre assaillants avaient cerné la voiture et ses deux occupants.

De nouveau la voix de Diane retentit :

– Laissez tomber les armes, dit-elle. Vous êtes cernés, le jeu est fini !

Ses paroles ne furent accueillies que par des jurons.

Et la fusillade continua de plus belle.

Brusquement, Diane résolut de prendre le dessus.

À la faveur des coups échangés entre ses acolytes et les gens de l’auto, elle avait rechargé son arme.

Visant soigneusement l’ombre du conducteur, elle tira.

L’homme eut un cri, pirouetta sur lui-même, puis s’affala sur le pavé, visé juste.

Dans l’auto, un cri de femme retentit...

– Non !...

Puis la voix de Diane :

– Cessez le feu !

Elle avait vu le geste dans la voiture, mains en l’air.

Immédiatement, un grand silence se fit.

Et de la voiture émergea une ombre.

Une femme, mince et grande, qui se tint là...

– Les projecteurs, fit Diane.

L’une des ombres courut vers le bosquet, en revint quelques secondes plus tard avec un projecteur portatif.

Une grande lumière baigna la route.

La femme se cacha le visage entre les mains.

Diane hésita un moment.

Elle savait que le moment le plus difficile de cette aventure venait d’arriver.

Maintenant, elle n’avait plus aucun doute.

La tragédie allait se jouer.

Lentement, dans le silence et l’immobilité des trois hommes avec elle, Diane s’avança vers la femme que la lumière crue détaillait parfaitement.

Elle lui prit les mains, les retira du visage.

– Bonsoir madame Arsène Valin, murmura Diane.

Elle eut un soupir.,

– Je savais que ce serait vous...

Elle montra le corps du conducteur, étendu par terre...

– Et que celui-là, ce serait le docteur Boorsen...
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