Littérature québécoise








télécharger 114.55 Kb.
titreLittérature québécoise
page4/6
date de publication12.08.2018
taille114.55 Kb.
typeLittérature
l.21-bal.com > loi > Littérature
1   2   3   4   5   6

IV


Elle alla dormir à l’hôtel.

Mais avant de sombrer dans le sommeil, elle repassa les événements.

Surtout, elle réfléchit aux paroles de Stéphane.

« Cherchez la femme » avait-il dit ?

– Mais quelle femme ? La maîtresse de Valin, s’il en avait une ? Ou celle de ce médecin à interroger ?

Au matin, elle téléphona à Valin pour lui dire qu’elle serait à Montréal toute la journée.

Mais elle ne lui raconta pas l’aventure de la veille.

Il se montra inquiet de savoir ce qu’elle faisait à Montréal.

– Je veux voir le médecin dont vous me parliez.

– Ah ! oui ?

Il y avait du soulagement dans la voix de Valin.

– Comment se nomme-t-il au juste et quelle est l’adresse de son bureau ?

– Il se nomme Boorsen. C’est un Norvégien d’origine, mais il est d’éducation et de mentalité canadienne-française.

Puis il précisa l’adresse du bureau.

– Merci, dit Diane. Je le verrai cet après-midi.

Et elle ajouta :

– Vers trois heures.

C’était un coup d’épée dans l’eau. Il se pouvait bien que de préciser ainsi ses intentions lui vaudrait un autre attentat.

Mais à jouer ce jeu, il faut savoir risquer.

Le téléphone raccroché, elle téléphona à Stéphane.

– Je marche dans le brouillard, dit-elle.

– Nous en sommes tous là...

– Mais je viens d’amorcer ma ligne.

– Ah !

– Pour être certaine qu’elle soit amorcée le plus absolument possible, je te dis à toi aussi ce que j’ai dit à Valin.

– Et c’est quoi, au juste ?

– Que je vais rendre visite, au docteur Boorsen cet après-midi à trois heures.

– Bon !

– Et ainsi, si quelqu’un veut préparer un attentat, toutes les chances sont offertes.

– Diane, tu ne crois pas que je...

– Je ne crois rien, interrompit Diane. J’en suis au point où je ne sais plus rien, où je ne crois plus à rien, où toutes les valeurs auxquelles je croyais n’existent plus...

Stéphane eut une exclamation indignée.

– Veux-tu dire que moi je pourrais préparer un attentat ?

Diane soupira à l’autre bout du fil.

– Si ma mère vivait encore, dit-elle, je me demande si je lui ferais confiance, ces temps-ci.

Mais il y avait un ton tranchant dans sa voix quand elle ajouta :

– Je ne sais pas pourquoi vous m’avez amenée dans cette histoire. Je ne cherche pas à le savoir. Je sais seulement une chose. Le coupable va payer cher. Je me fiche qui il est. Et s’il est un de vous deux, Valin ou toi, il paiera d’autant plus cher. Vous voulez jouer au fou, ça se joue à deux.

Elle crachait les mots.

– Moi, des balles, ça ne m’amuse pas ? Et quand on m’en tire, j’en tire en retour. Le coupable ne connaîtra jamais la prison, tu as compris ça.

– Diane... !

– Jamais ! D’ailleurs, le commerce de la drogue est l’un des plus sales, des plus écœurants, des plus immondes qui soient. Tu parles à ton aise de ton éthique professionnelle et de tout le fatras. Mais si tu étais honnête, il y a longtemps que tu aurais songé, d’abord, à l’odieux de ton attitude. Et au lieu de railler avec moi, de me narguer, tu te serais arrêté à songer à quelles complicités dégoûtante tu te livres...

Elle scandait les mots de coups de talons par terre.

– Mais j’ai fini de jouer. Maintenant tenez-vous bien. Vous avez voulu que je me mêle de tout ça ? Tenez-vous bien !

Et avant que Stéphane puisse répondre, elle raccrochait.

Elle souriait.

La rage qu’elle venait de jouer avait été bien simulée.

Maintenant elle se sentait comme une chatte qui joue avec la souris.

L’on verrait bien...

Il y avait un mystère qu’elle ne pouvait pénétrer dans cette histoire.

Les réactions de Valin.

L’attitude de Stéphane.

L’attentat de la veille.

Et le désir que l’on semblait avoir de la diriger vers ce médecin.

Mystère impénétrable ? Il n’y a qu’un moyen de faire émerger les loups de leur terrier, c’est d’enfumer celui-ci.

Rien comme ça pour les voir surgir au grand jour.

Satisfaite, Diane flâna dans le centre de Montréal, erra dans les grands magasins.

Elle se sentait pleinement heureuse.

Aucun de ceux qui lui faisaient face dans cette histoire ne savait quel redoutable adversaire il avait en Diane...

Elle luncha au « 400 », vit des amis qu’elle salua, évita cependant d’étirer toute conversation, et s’en tint aux banalités d’usage.

À trois heures, elle arrivait chez le docteur Boorsen.

Elle portait un manteau ample, aux larges poches.

Dans chaque poche, elle tenait les mains.

Et pour cause, car dans chaque main elle tenait en retour un pistolet allemand Luger.

Mais elle entra sans anicroche.

Son algarade du matin avait-elle produit son effet ?

Ou alors s’était-elle trompée sur le rôle exact que jouaient Valin et Stéphane dans l’affaire ?

Une jeune et jolie garde-malade l’accueillit.

Mademoiselle Roy ?

– Oui.

– Le docteur vous attend justement.

Des patients occupaient la salle d’attente mais Diane passait avant eux.

– Oh ! dit la garde-malade, j’ai un message pour vous.

Elle offrit un papier.

– J’ai transcrit, dit-elle, ce que l’on m’a dicté au téléphone.

Le message disait : « Si tu savais, Diane, comme nous voulons que tu arrives à la vérité. »

Et c’était signé : Stéphane.

Diane lut posément le message, puis froissa le papier et le jeta dans le panier à rebuts à côté du pupitre de la garde-malade.

– Merci, dit-elle. Je puis voir le docteur ?

– Oui, entrez, il est seul.

Diane entra.

Un homme jeune encore, assez grand, au visage fermé, l’accueillit.

– Mademoiselle Roy, asseyez-vous, je vous prie.

Diane prit place dans une chaise près du pupitre.

– Vous savez pourquoi je suis ici ? demanda-t-elle.

Le médecin hocha la tête lentement.

– Oui, je le sais. Monsieur Valin m’a averti de votre visite.

De quoi se mêlait il celui là ?

Diane frémit de rage. Valin avait averti Boorsen ? Pourquoi ? Et l’on se sentait donc bien rassuré que le médecin n’hésitait pas un moment à révéler cet avertissement.

Les dents sérrées, cherchant à regagner un peu de son sang-froid, Diane demanda :

– Que savez-vous de l’affaire ?

C’était tellement futile, tellement enfantin, qu’elle se sentit gênée de poser une question stupide comme celle-là.

Boorsen allait se confesser à elle ?

Au fait, qu’était-elle venue chercher ici ?

Un éclair révélateur dans le regard d’un homme.

Il pouvait bien ne vouloir rien dire...

Elle examinait le bureau, constatait le luxe. Ce médecin était certes ou prospère ou simplement riche...

Les accessoires sur son pupitre étaient vraiment précieux.

Elle remarqua surtout un cadre exquis, en argent ciselé, sûrement une importation d’Italie, de Florence, où l’orfèvrerie a encore ses patients artisans.

D’où elle était placée, elle pouvait voir la photographie dans le cadre.

C’était celle d’une femme jeune encore, mais pas si jeune qu’elle en fut avantagée. Elle avait surtout des yeux formidables, profonds, au regard ardent. Maîtresse femme, mais probablement aussi une grande amoureuse.

Voyant que Diane fixait cette photo, Boorsen, tout en parlant, allongea la main sans en avoir l’air et déplaça un peu le cadre.

Ainsi Diane ne pouvait plus voir la photo.

Mais le geste avait été fait comme en parlant, comme pour souligner ce qui était dit.

Et ce qui était dit ne valait certes pas d’être souligné.

D’une voix monotone, le docteur Boorsen racontait comment il en était venu à être élu directeur de cette société.

C’était fort banal.

C’était l’histoire de n’importe quel homme ayant quelque capital et cherchant à en tirer profit.

Il connaissait vaguement Arsène Valin.

Il savait que l’entreprise qu’il dirigeait était solide.

Et un jour les deux hommes s’étaient rencontrés, et Boorsen avait acheté un directorat dans la compagnie.

C’était aussi simple que cela.

Quant au reste, à l’affaire en cours, à cette histoire de chantage, il avait lui aussi été menacé, et il avait accepté, de concert avec Valin, et après les conseils de Stéphane, de ne pas tenter de s’opposer jusqu’au moment où Diane Roy pourrait venir régler l’affaire...

Chose certaine, aucun d’entre eux ne voulait la police à ce stage-ci des affaires.

Diane, dépitée, ne questionna pas plus avant et prit congé.

C’est en sortant, alors qu’elle allait poser le pied sur le trottoir, qu’un jeune voyou surgit en courant à toutes jambes.

Mais Diane était sur ses gardes.

Et quand l’adolescent collisionna avec elle, ce fut d’un solide coup d’épaule qu’elle l’envoya rouler.

Ce fut lui qui tomba.

Mais il se releva aussitôt, lui jeta un blasphème au visage et reprit sa course.

Tout avait été fait si vite que Diane mit cinq bonnes minutes à se persuader qu’elle n’avait pas rêvé.

Et cinq autres minutes à se convaincre qu’il ne s’agissait pas d’un accident.

C’était le regard que lui avait lancé le gamin, une seconde avant de la heurter.

Elle savait qu’il avait agi délibérément.

Cela se lisait dans ses yeux.

Sa détermination n’en fut que plus complète.

Elle pouvait déduire, en tout cas, que l’on ne voulait point d’elle dans l’affaire.

Mais plus encore, et c’était bien le fait troublant par excellence, quelqu’un était parfaitement au courant de ses allées et venues.

Trois personnes, à la connaissance de Diane, savaient qu’elle irait chez le docteur Boorsen à trois heures : Valin, Stéphane, et le médecin lui-même.

L’un de ces trois hommes était coupable au moins de ce deuxième attentat.

Mais lequel ?

Diane était songeuse, mais farouchement déterminée, alors qu’elle reprit le chemin de Saint-Hyacinthe.

Rien n’était clair encore dans son esprit mais au moins le champ rétrécissait.

Maintenant elle savait qu’un des trois était son homme. C’était plus encore qu’elle ne savait la veille.
1   2   3   4   5   6

similaire:

Littérature québécoise iconLittérature québécoise

Littérature québécoise iconLittérature québécoise

Littérature québécoise iconLittérature québécoise

Littérature québécoise iconLittérature québécoise

Littérature québécoise iconLittérature québécoise

Littérature québécoise iconLittérature québécoise

Littérature québécoise iconLittérature québécoise

Littérature québécoise iconLittérature québécoise

Littérature québécoise iconLittérature québécoise

Littérature québécoise iconLittérature québécoise








Tous droits réservés. Copyright © 2016
contacts
l.21-bal.com