Littérature québécoise








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III


Pour confirmer un doute qui naissait en son esprit, elle avait besoin de parler un moment à Stéphane Lupien.

Elle ne craignit donc pas de le déranger, même en sonnant à sa porte à trois heures du matin.

– Il faut que je te parle.

– Diane ?

– Tu es seul ?

– Oui.

– Alors offre-moi un drink et causons un moment. C’est urgent.

– Tu as l’air en colère.

– Je le suis. Quelqu’un m’a tiré une balle de revolver ce soir, à Saint-Hyacinthe. Il ne l’emportera pas en paradis.

– Une balle de... ?

– Oui. Une auto qui a ralenti... j’étais à me promener, seule...

– Raconte-moi tout...

– As-tu un drink ? J’en ai grand besoin...

– Avec plaisir !

Stéphane s’affaira et revint avec une consommation.

– Et toi ?

– J’ai ce qu’il me faut. Tu vois ?

Ils s’installèrent chacun dans un fauteuil.

– Je t’écoute, dit Stéphane.

Brièvement, Diane raconta ce qui était arrivé à Saint-Hyacinthe. Elle commença par l’appel au secours de Valin, l’histoire assez extraordinaire de la fabrication clandestine de drogue...

Tout, enfin, ce qui s’était passé à Saint-Hyacinthe depuis quelques jours.

– Voilà.

– Et te voilà rendue secrétaire, maintenant ?

– Oui.

– Et on te tire dessus... ?

– Oui.

Stéphane avait un air étrange que Diane cherchait à analyser.

– Qu’est-ce que tu as, dit-elle, tu me regardes d’une drôle de façon ?

– Oui... je crois bien que j’ai raison de le faire.

– Pourquoi ?

– Il y a des circonstances... Je résume ce que tu m’as dit. C’est ce soir que tu as été tirée. Mais aujourd’hui, tu as manifesté l’intention de questionner le nouveau chimiste.

– Oui.

– Et le soir même, bang, à coups de revolver...

Il se mit à rire.

– Vraiment, Diane, tu as besoin d’un repos...

– Moi ?

– Oui, toi.

– Je viens d’en prendre un...

– Oui, je sais.

– Pourquoi dis-tu que j’ai besoin d’un repos ?

– Parce que les évidences ne te sautent pas aux yeux.

– Plus que tu penses, peut-être... Je suis ici, à te questionner, Stéphane. Tu es avocat. Tu as conseillé à Valin de me demander. Cela explique pourquoi je viens te voir. Tu en sais probablement plus long que quiconque sur cette affaire de drogue.

– Oui, je crois que c’est vrai.

– Alors, ne méprise pas mes facultés de déductions...

Stéphane riait encore.

– Tu as l’épiderme sensible, ma jolie...

– Non. Mais j’ai un problème devant moi. Le problème est dangereux.

– Je sais.

– Et je n’ai pas l’intention d’y laisser ma peau.

– Naturellement.

– Ce n’est pas amusant de se faire tirer des balles à minuit le soir.

– Surtout à Saint-Hyacinthe.

– Surtout là.

Stéphane Lupien allongea les pieds sur le pouf devant lui.

– Diane, qu’est-ce que tu penses de l’affaire ?

– Je pense que c’est de deux choses l’une. Ou Valin est un pauvre naïf qui se laisse terroriser par des bandits. Ou alors Valin est là-dedans jusqu’au cou...

Lupien réfléchissait.

– Ni l’une ni l’autre des alternatives n’est absolument juste.

– Comment ça ?

– Je suis l’avocat de Valin. Il ne m’appartient pas de livrer des secrets qui lui appartiennent. Mais souviens-toi de ceci. Je lui ai conseillé de te faire venir et il a accepté avec joie...

– Je le sais fort bien, Stéphane.

– Cela prouve au moins une chose...

– Cela ne prouve rien, coupa Diane. Dans ma vie, j’ai connu bien des aventures. L’on m’a demandé de résoudre bien des problèmes, de sauver bien des situations.

– Mais la logique reste toujours la logique.

– Crois-tu ?

– Mais certainement...

– J’ai vu, Stéphane, s’écrouler mes plus belles théories parce que justement elles étaient construites sur la logique.

– Tu exagères.

– Non. Au contraire. Vois-tu, la logique dans l’affaire Valin, nous dit que si Valin m’a fait demander, c’est signe qu’il n’est pas coupable.

– Il me semble que c’est assez juste.

– Mais si je tente d’établir les deux aspects possibles, j’en conclus que Valin est un peu naïf et exploité, et un peu bandit qui exploite. Donc, Stéphane, ma logique ne tiendrait plus...

– J’ai dit que...

– Tu as dit clairement, que Valin était un peu des deux. Vas-tu le nier maintenant ?

Stéphane suait grosses gouttes.

– C’est bête, le secret professionnel, dit-il. C’est idiot... Tu vois dans quelle situation je suis ! Valin m’a raconté bien des choses. Assez, en tout cas, pour deviner le secret de l’affaire.

– Et tu ne peux me le dire ?

– Vais-je trahir le secret d’un client ?

Diane fit la moue.

– Et je ne tirerai rien de toi ?

– Rien, en tout cas, de ce que m’a raconté Valin...

– Bon, comme tu voudras.

Stéphane restait muet, la fixant d’un regard angoissé.

– Je voudrais t’aider, dit-il au bout d’un temps... je ne le puis pas.

– Très bien. Alors je me tire d’affaire toute seule. J’ai quelqu’un à voir à Montréal. Un médecin qui est directeur de la compagnie...

Elle observait le visage de Stéphane.

Elle y vit l’ombre d’une réaction, comme une sorte de satisfaction à peine réprimée.

– Je perds probablement mon temps, fit Diane en soupirant.

Stéphane leva la main...

– Tu pourrais orienter ton investigation beaucoup plus mal, dit-il. En fait, je crois que tu fais bien de commencer par le commencement...

Il n’en dit pas plus long.

Diane attendit un moment, mais rien ne venait, alors elle se leva.

– Il n’y a qu’une chose à savoir, dit-elle. Une seule. Si je suis pour l’apprendre, tout le reste ira tout seul.

– Quelle chose ?

– Qui a embauché le chimiste clandestin...

Stéphane haussa les épaules.

– C’est un but... Mais il y en a d’autres, peut-être... Quoique, évidemment, sachant cela, tu pourras peut-être remonter à la source...

Diane se fâcha.

– Mais que vous arrive-t-il, à tous ? Tu ne sais donc pas que c’est grave, cette histoire ? Tu ne connais pas la nouvelle loi ? Emprisonnement à vie pour le coupable ?

– Je le sais. Je le sais autant que toi.

– Mais alors ? On dirait que tu prends l’affaire pour une vétille...

– Pas du tout.

– Si tu caches les preuves, si tu ne dénonces pas les coupables à la police, tu connais ton sort ?

– Oui.

– Tu seras rayé du barreau, condamné pour complicité...

Stéphane secouait la tête lentement.

– Non, Diane, tu t’énerves... Je ne serai pas rayé du barreau. Et je ne serai pas condamné pour complicité...

– Tu es donc bien sûr de toi-même ?

– Sûr, oui, mais pas de la façon que tu crois... Je suis sûr d’une chose et c’est de l’innocence de Valin... Je ne dis pas que tu doives le mettre de côté complètement dans ton enquête. En fait, c’est ta meilleure source de renseignements. Mais il n’est pas le vrai coupable. Le vrai coupable, je crois savoir qui c’est. Seulement, je ne puis parler à cause du secret professionnel...

– Tu caches un bandit ?

– Non... Moi aussi, j’agis par déduction... Je ne cache personne. Je tais seulement les choses que m’a dites Valin, qui n’ont rien à voir avec ton enquête, mais qui pourraient porter à déduire vers quelle direction tu dois aller...

– Et cette direction ?

– Ne perds pas ton temps avec le chimiste. Je crois que les traces ont été bien camouflées dans son cas... Non, tu allais quelque part, m’as-tu dit ?

– Oui, voir le médecin, nouveau directeur de la compagnie.

– Quand iras-tu ?

Avec un ton sarcastique dans la voix, Diane répondit :

– Si je suis encore vivante, j’irai demain.

– Tu ne pourrais mieux faire... Et... si tu veux un conseil, attache-toi surtout aux détails qui ne te semblent pas importants... À ce qui, justement, n’a rien à faire avec ce que tu veux savoir...

– Qu’est-ce que tu veux dire ?

Stéphane eut comme une sorte de cri de rage...

– Ah ! si je pouvais parler ! Si je pouvais parler !...

Il se leva.

– Sache une chose, Diane. Les Français ont inventé une technique d’enquête qui n’est pas bête du tout. En face d’un crime, ils disent toujours : cherchez la femme !...

– Et c’est ce que je devrais faire ?

– Peut-être... Peut-être, Diane... À toi de décider...
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