Littérature québécoise








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II


Dès son arrivée au bureau, ce matin-là, Arsène Valin fut occupé au téléphone et par des rendez-vous.

Diane ne put lui parler avant dix heures et trente alors qu’il eut un moment de répit.

Puis elle fut seule dans son bureau.

– J’ai réfléchi à ce que vous me disiez hier.

– Bon...

– Est-ce que je me trompe, mais il me semble que ces gens qui vous forcent au crime dans le moment connaissent fort bien vos habitudes, votre maison et tout ?

Valin parut surpris.

– Oui, c’est vrai. Vous m’y faites penser.

– Semblent-ils connaître la marche de vos affaires ?

– Très bien.

– Donc nous rétrécissons le champ d’action.

– Mais... comment ?

– Songez-y, monsieur Valin.

– Vous voulez dire que...

– Je veux dire ceci. Pour que quelqu’un connaisse vos habitudes de maison, la routine du bureau ici, certaines conditions sont essentielles...

– Telles que ?

– C’est quelqu’un que vous connaissez bien.

– Mais c’est impossible ! Nous avons affaire à un ring de la drogue !

– Et puis ?

– Ce sont des bandits !

– Évidemment.

– Or, parmi mes amis, les directeurs de la compagnie, les autres, il n’y a pas de bandit, je vous l’assure.

– Vous vous fiez tant que ça aux apparences, monsieur Valin ?

– Ce n’est pas la question... mais...

Il semblait l’image même de la respectabilité outrée.

– C’est inconcevable, voilà tout.

– Vous croyez, n’est-ce pas ? Je ne vous promets pas de surprise extraordinaire, parce que, pour l’instant, je suis loin d’être sur une piste. Mais attendez-vous à tout, ce sera plus simple...

– Je m’incline. Vous avez l’expérience de ces choses. Mais je vous avoue que je suis bouleversé. Vous croyez donc que quelqu’un parmi...

– Je ne sais pas, monsieur Valin. Je ne sais rien encore.

– Ah ! cela me soulage de vous l’entendre dire...

– Mais dites-vous que tout peut arriver !

Valin jouait avec une énorme bague qu’il avait à la main droite, un magnifique bijou, de grand prix.

Il était d’ailleurs un homme dont la mise était soignée en ses moindres détails.

Son complet avait dû coûter très cher.

Mais il était tout de même très sobre.

Chemise, cravate, soulier, tout était à l’avenant.

Il avait fort belle prestance et une très belle tête.

C’était un homme au regard doux, aux traits bien réguliers.

La possibilité que le coupable pouvait être parmi ses amis semblait le bouleverser.

La tête entre les mains, il réfléchissait.

– Savez-vous, mademoiselle, dit-il au bout d’un temps, puisque vous mentionnez ces choses... il y a...

Il hésitait, cherchait ses mots.

– Parlez sans crainte, fit Diane, même si vous n’êtes pas certain, je suis fort discrète...

– Ce médecin de Montréal, notre nouveau directeur...

– Oui...

– Il n’est avec nous que depuis... Mon Dieu, peu de temps avant la mort de mon chimiste.

– Continuez.

– Je le connaissais comme ça, comme relation d’affaires, c’est tout. Nous voulions du capital d’expansion, et l’un de nos directeurs se retirait... Ce médecin a été commode...

– Mais vous le connaissiez ?

– Oh ! depuis longtemps...

– Et il est riche ?

– Je ne sais l’état de sa fortune, mais il est sûrement fort à l’aise.

– Que savez-vous de lui, hors ce que vous venez de me dire ?

– Pas grand-chose, je vous l’avoue.

– Et il vient ici souvent ?

– Toutes les semaines, il vient au moins une fois.

– Pour une assemblée ?

– Pas nécessairement... Nous avons habituellement une assemblée tous les quinze jours...

– Je vois... Et... cette histoire, il est au courant ?

– Oh ! non. Personne n’est au courant.

– Personne ?

– Absolument personne.

– Mais... qui fabrique la drogue additionnelle, celle qui est faite en cachette ?

– Un chimiste que ces bandits m’ont envoyé...

– Ah ! Vous ne m’aviez pas dit ça...

– Oh ! c’est un homme inoffensif. Un raté. Il ne sait rien sur eux, vous perdriez votre temps à le questionner.

– Vous croyez ?

– J’en suis sûr. Il a été engagé par des tiers, il a été envoyé ici. J’avais instruction, à son arrivée, de lui proposer de fabriquer de la drogue en cachette, sous prétexte de travaux de recherche.

– Bon, bon... Et c’est ce que vous avez fait ?

– Oui.

– Alors il ne sait rien ?

– Rien du tout.

– Tout de même, je vais le questionner demain, sans laisser rien paraître.

– À votre aise, mais je vous le répète, vous perdez votre temps.

– Tant pis. Dans une chose comme celle-là, on ne doit rien laisser au hasard.

– Évidemment, vous connaissez votre métier mieux que moi.

– Disons que j’en ai une certaine habitude, en tout cas. Mais Diane sortit bien troublée du bureau.

L’écheveau, loin de se démêler, ne faisait que s’emmêler d’avantage.

Elle termina sa journée de travail, ouvrant yeux et oreilles, et jouant aussi son rôle de secrétaire à la perfection.

Le soir, elle alla faire une promenade sur la rue Girouard.

Elle était à ce belvédère qui longe la rivière, endroit calme et tranquille par excellence, quand une longue voiture noire ralentit sur la rue, à cent pieds de là.

Tout était désert.

Il était tard et Saint-Hyacinthe dormait.

Une longue flamme jaune orange jaillit de la voiture.

Un coup de pistolet claqua en même temps.

Diane, par instinct, se laissa tomber par terre.

Non sans avoir entendu une balle lui siffler à côté de l’oreille.

La voiture démarra et fila à toute vitesse.

Diane attendit quelques instants, puis elle se releva.

Ces gens jouaient dur.

Ils jouaient aussi un jeu dangereux.

La colère qui animait maintenant Diane était dangereuse.

Celui qui avait tiré le coup de pistolet avait bien mal fait de le tirer.

Il ne savait pas quel nid de guêpes il venait de réveiller.

Diane en colère, c’était un redoutable ennemi.

L’on voulait jouer du revolver ?

C’était un jeu qu’elle savait jouer elle aussi.

Et même si elle avait dit, le matin même à Arsène Valin, qu’elle ne tenait pas de piste, maintenant, elle comprenait presque le pourquoi des choses.

Elle marcha rapidement vers la rue Mondor.

Puis, voyant venir un taxi sur la rue, elle le héla.

– Conduisez-moi à Montréal, dit-elle, vite, cas d’urgence.
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