Polices d'Etat ne respectant pas l'Etat de droit








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LES MECANISMES DES CONFLITS NEOCOLONIALISTES

Thierry.brugvin@free.fr
Polices d'Etat ne respectant pas l'Etat de droit

La police nationale a pour mission de faire respecter la loi et de défendre les citoyens qui la respectent. Or, parfois cette police profite de la puissance pour agir en fonction de ses propres intérêts idéologiques ou politiques, à travers des provocations, des tortures ou des assassinats. Les 200 à 300 manifestants algériens en France tués par la police à Paris sous les ordres de Maurice Papon, durant la guerre d’Algérie, le 17 octobre 1961, en est un exemple (Einaudi, 1991)1

Dans certains Etats des PED, parfois des agents de police s’estimant insuffisamment rémunérés, arrondissent leur salaire, en demandant aux personnes arrêtés une commission (un pot de vin), pour être libérées, être relâchées plus rapidement, ou éviter une sanction plus lourde.

Régulièrement, la police française par exemple est accusée de violence, ou de bavure, contre des civils. Durant le sommet du G8, à Gênes, en 2001 la police italienne a enfermé, menacé, humilié, frappé, menacé des manifestants. Des procès ont été instruits contre ces actes de non respect de l’Etat de droit par la police (Hans Jürgen Schlamp, 02/09/02, Der Spiegel)2. Les violences policières spectaculaires de sommet du G8 à Gênes ne sont finalement qu’un développement d’un plus vaste mouvement de répression des luttes sociales (grève, syndicats, manifestations, mouvements sociaux...). Cette répression s’est accélérée en particulier après le 11 septembre 2001.
Désinformation par l'Etat et assassinats par la police

Des policiers disent que certains d’entre eux ont été tués et découpés à l'arme blanche à Ouvéa par des Kanaks (FLNKS) preneurs d'otages, afin d'obtenir l'indépendance de leur île. Le 22 avril 1988, Jacques Chirac, alors 1er ministre, tient un discours pour dénoncer ces "sauvageries". En réalité selon Drevillon, la population Kanak a été agressée, tabassée, menacée de morts par la police, afin de trouver où étaient les preneurs d'otages. La vingtaine de preneurs d'otages ont alors tous été exécutés (balles dans la tête), donc assassinés sans combat. Or, ils disaient vouloir négocier (l'indépendance de leur île), mais le gouvernement français ne le voulant pas, ces représentants préfèrent les faire tuer par la police. Le 28 avril 1988 Mitterrand est encore président de la république, et fait donc croire qu'il ne savait pas que le FLNKS voulait négocier (alors que le 20 avril c'était déjà dans les journaux) (Drevillon, 2008)3.

Usage et camouflage de la torture par la police et l'armée

L’usage de la torture figure parmi les moyens les plus puissants des dictatures, mais aussi des pays qualifiés officiellement de démocratie, tels les USA, ou la France : la torture durant la guerre d’Algérie par la France, la torture durant la guerre d’Algérie par la France, les tortures infligées aux prisonniers de Guantanamo par le gouvernement états-uniens, par les armées des dictateurs d’Amérique du Sud formées par la CIA, ou les anciens militaires français tel le Général Aussares.

Camps de détention illégaux et enlèvements de prisonniers par l’Etat

L’hebdomadaire suisse Sonntags Blick, du dimanche 8 janvier 2006, affirme détenir un fax du ministère des affaires étrangères égyptien à son ambassade de Londres prouvant qu’il existe des prisons secrètes de la CIA en Europe, où auraient été détenus et interrogés des sympathisants d'Al-Qaida. Ces faits illustrent la réalité de certaines pratiques des Etats dits démocratique. Plusieurs sources, tel le rapport parlementaire pour le conseil de l’Europe (Marty, 2007)4., affirment donc qu’il y a eu des enlèvements sans procès par les services secrets des Etats-Unis et de la France notamment et des détentions illégales dans des camps sur des bases secrètes. Par conséquent, ces prisonniers ne disposaient, au début, de quasiment aucune protection, ni d’aucun droit pour leur défense. Il s’agit donc d’un déni des droits de l’homme et de la démocratie.
"Retourner" les opposants ou les assassiner

Une pratique fréquente dans les dictatures, mais qui existe aussi dans les pays dits démocratiques consiste à "retourner" les opposants ou à les assassiner. Un certain nombre d’opposants ont été assassinés ou ont été suicidés : Ben Barka, André Kiefer en Côte d’Ivoire, le juge Borrel à Djibouti, Sylvanus Olympio en 1963, Thomas Sankara en 1988, Modibo Keita en1968, Amani Diori en 1974, le ministre Robert Boulin, Jean Claude Mery (Affaire des HLM d’Ile de France), etc.
Sankara assassiné par Campaoré, retourné par les services secrets

Thomas Sankara, que l'on qualifie parfois de Che africain, était un grand espoir pour un renouveau socialiste en Afrique. Il est officiellement décédé de mort naturelle. Or, il fut assassiné le 15 octobre 1987, de 12 balles, dont deux dans la tête par des hommes au service de Brice Compaoré, son frère adoptif (Afrique Education, juin 2007)5. Les plus importants services secrets mondiaux, les anglais, Mossad (Israël), CIA (Usa), DGSE (France), KGB (Urss) et les services de renseignements du Vatican, étaient présents sur le sol burkinabé, afin de veiller à la bonne marche de leurs intérêts. Ce fut pour des raisons relativement proches qu'au Congo Belge, Patrice Lumumba, a été assassiné, le 17 janvier 1961, afin de briser un mouvement socialiste qui risquait de se propager à toute l'Afrique (Braeckman, 2002)6.
Dulcie September assassinée à Paris

« Aujourd’hui, la France officielle n’a toujours pas fait la lumière sur ces évènements. Pour s’être mise sur le chemin de cette honteuse collaboration franco/sud-africaine au temps de l’apartheid, Dulcie l’a payé de sa vie. 20 ans après, se souvenir de son combat, c’est aussi réclamer la vérité en France sur son assassinat, c’est aussi se souvenir de ce dont sont capables, hier comme aujourd’hui, les réseaux français en Afrique » (Alain, mars 2008)7.

Les réseaux qui ont assassiné Dulcie September « s’appuyaient sur le milieu mercenaire de Bob Denard qui régnait à l’époque sur les Comores, et ne faisait jamais rien sans l’aval des services de l’État français. Le chef des « escadrons de la mort » sud-africains, Eugène De Kock, affirmera en 1998 devant la commission « Vérité et Réconciliation » en Afrique du Sud que « les deux hommes qui ont appuyé sur la détente étaient des membres de la garde présidentielle des Comores, l’un étant Jean Paul Guerrier » (Karl Laske, 19/02/2000)8. L’étendue des connexions franco/sud-africaines est attestée dans plusieurs enquêtes, tournant notamment autour d’un « homme d’affaire » français installé en Afrique du sud, Jean Yves Ollivier, au milieu d’une série de trafics d’armes entre Paris, Pretoria et les Comores, approvisionnant les guerres en Angola, puis plus tard le régime de Sassou N’Guesso au Congo, ou le régime rwandais du génocide, (Verschave, 2000 : 137 et 2003 : 199).
Conflit Chirac Giscard : assassinat de Robert Boulin

Selon Benoît Collombat, pour défendre Giscard contre les attaques de Chirac avant les élections présidentielles de 1981, le ministre de Giscard Robert Boulin menace alors de sortir certains dossiers notamment celui des avions renifleurs d’Elf. Il est alors assassiné. Officiellement il s’est suicidé entre le 29 et le 30 octobre 1979, de deux balles dans la tête par des hommes du SAC et a été retrouvé dans une mare de la forêt de Rambouillet. La version officielle en compte donc une de trop... (Collombat, 2007)9.

Jacques Paquet ancien chef de cabinet de Robert Boulin témoigne de menaces très précises venant de membres du SAC (dirigé par notamment pas Pasqua), lors du pas­sage de Boulin au ministère de l'Economie et des Finances (mars 1977-mars 1978). (Collombat, 2007 : 326). Un ancien collaborateur de la société SGE ayant rapporté son témoignage par écrit à Fabienne Boulin raconte que, quelques jours avant la mort du ministre, le RPR Jean de Lipkowski a sablé le champagne «à la disparition prochaine de Robert Boulin » (Collombat, 2007 :367-368). Ces pratiques criminelles et anti-démocratiques, ne se déroulent donc pas seulement dans les PED, telle l’Afrique, mais dans les pays industrialisés dits démocratiques, telle la France, sans parler de l’assassinat de JF Kennedy.
Soutien militaire des grandes puissances dites démocratiques aux dictatures alliées

Les républiques qui disent faire la promotion de la démocratie dans le monde, n’hésitent pas à appuyer les dictatures, lorsque leurs intérêts sont en jeu. Pendant les huit ans du règne Habré, la France n’a pas cessé d’accroître son aide financière et militaire à un régime qui préférait investir toutes les ressources du pays dans des dépenses militaires inconsidérées, à l’encontre des besoins fondamentaux de la population, comme la santé ou l’éducation. L’armée et l’administration "d’Hissène Habré engloutissaient chacune en moyenne 200 à 250 millions par an d’aide française. L’armée française a enfoui ses possibles états d’âme face aux 40 000 personnes exécutées, 50 000 personnes emprisonnées et 200 000 personnes dépossédées de leurs biens pour cause d’opposition au régime d’Hissein Habré” (Calatayud, 1992)10.
Cacher un coup d’Etat par un gouvernement étranger derrière une fausse révolte populaire nationale

En prenant l’aspect d’une rébellion classique, les mercenaires jettent le doute sur la légitimité de tel ou tel gouvernement et introduisent l’idée que le régime est précaire et n’a pas le soutien de toute la population et donc doit être condamné. Cela contraint donc le gouvernement à entrer en conflit et il devient alors l’agresseur aux yeux de la communauté internationale.

De nombreux, putschistes et mercenaires sont financés par un Etat ou une entreprise étrangère, afin de servir leurs intérêts. Ainsi si le coup d'Etat réussit, ces derniers seront proches d'un pouvoir qui servira leurs projets économiques ou politiques. Si le coup d'Etat échoue, compte tenu du fait qu'ils ne sont pas les acteurs de ce coup de force, ils ont peu de chance d'être inquiétés.

Lorsqu'un Etat A ne sert pas ou plus les intérêts des entreprises d'un Etat B, le gouvernement de ce dernier use parfois du coup d'Etat pour placer de nouveaux dirigeants au pouvoir, qui seront plus à même de servir leurs intérêts. Ce fut le cas, avec le gouvernement français qui décida de mener un coup d'Etat, via des rebelles locaux et / ou des mercenaires, notamment au Tchad, au Comores (avec Bob Denard),...

Là encore, l’Etat agresseur peut les utiliser sans être mis en cause, comme lors du coup d’Etat aux Comores en 1995 ou Bob Denard arrive avec 33 hommes pour monter à l’assaut du palais présidentiel de Saïd Djohar. L’Etat français intervient et arrête les mercenaires qui seront emprisonnés sauf Bob Denard, évacué par un appareil de l’armée française (Caminade, 2003)11.

“La tentative de coup d'Etat contre le régime tchadien de Déby, le 13 avril 2006, aurait été contrecarrée par 1.300 soldats français stationnés dans le pays, craignant que le pouvoir ne soit transféré à des rebelles secrètement soutenus par le Soudan (Mekay, 2006)12.

Le plus célèbre dirigeant des escadrons de la mort en Bolivie fut Klaus Barbie avec sa milice los novios de la muerte qui sévit pendant les années 1970. Elle fut financée par la CIA et les narcotrafiquants boliviens et prendra part au coup d’Etat qui installe le gouvernement de Luis Arce-Gomez avec une répression qui fera 25000 disparus (Levine, 1996).13

Les Etats Unis firent de même au Chili contre Salvador Allende pour y placer le Général Pinochet. Le 11 sept 1973 au Chili: un coup d'Etat militaire aura été le début de la conquête Etats-uniennes, néo-libérale, impérialiste et militaire, de l'Amérique latine, puis du monde. La CIA a ainsi été l'instigatrice, d'autres coups d'Etats (Argentine, Brésil, Uruguay..) visant à placer au pouvoir des dirigeants d’extrême droite bénéfiques aux intérêts états-uniens (Petras, 2001 : 114)14.
La guerre au service des intérêts des entreprises nationales

Officiellement, le départ pour la guerre contre une nation adverse est toujours légitimé par des mobiles vertueux, de hautes valeurs morales : la défense de la liberté, de la démocratie, de la justice. Mais derrière ces nobles motifs, les véritables motivations sont parfois moins claires.

Les guerres permettent de contrôler économiquement un pays afin de permettre aux entrepreneurs privés d’une nation de s’accaparer les richesses (pétrole, uranium, minerais...) ou humaines du pays, Le Chili aura été terrain d’expérimentation des théories libérales de Milton Friedman consistant à mettre sous tutelle les pays producteurs de matière première (énergie, métaux, nourriture...) afin de garder la maîtrise de l’économie mondiale. Cela supposait de briser les gouvernements et l’économie de ce type de pays (Petras, 2001 : 114).

La colonisation de l’Asie, de l’Amérique Latine et de l’Afrique sous le couvert d’apporter la civilisation visait d’abord cela. La traite négrière en Europe et en Amérique du Nord a servi cet objectif. La guerre des Etats-Unis contre l’Irak a permis à l’industrie pétrolière américaine de faire main basse sur les hydrocarbures du pays. Si la France s’est opposée à cette guerre, ce n’est pas seulement pour défendre l’Etat de droit, mais pour défendre les échanges privilégiés de ses industries avec l’Irak.

Ce fut le cas par exemple de la Guerre du Biafra, dans laquelle la France soutenait les rebelles afin de récupérer le pétrole pour ses transnationales (Elf) (Verschave, 1999).
La guerre accroît les dépenses de l’Etat et les profits des entreprises

La guerre permet la prédation des richesses d’une autre Etat, d’une autre région, ou d’une autre ethnie. Le génocide des juifs a permis au régime nazi de s’accaparer les richesses des familles déportées. La guerre des Etats-Unis contre l’Irak a accru les bénéfices de l’industrie privée d’armement des Etats-Unis notamment. Le financement des deux camps de la guerre civile par Elf au Congo-Brazzaville, en Angola, a accru les profits de marchands d’armes (tel Falcone) (Verschave, 2001). La vente d’arme par la France et les Etats Unis notamment aussi bien à l’Iran qu’à l’Irak, durant leur longue guerre, a permis aux vendeurs d’armes de s’enrichir. De manière générale, l’extension des conflits dans le monde profite aux vendeurs d’armes. Ainsi, la carrière politique de Jacques Chirac a été lancée par le marchand d’armes Marcel Dassault (Verschave, 2003).
Guerre extérieure vers un Etat étranger dans un but géostratégique

Les guerres ont parfois un motif économique et politique indirect. Lorsque les gains économiques ou politiques directs sont nuls, alors les opérations humanitaires par les armées sont quasiment inexistantes. De très nombreux conflits et massacres des populations sont commis dans des dizaines de pays, sans mêmes que l’opinion publique mondiale soit informée. Par exemple au Congo-Brazzaville, cette guerre a fait des centaines de milliers de morts et officiellement la France n’était pas présente et les médias n’ont quasiment pas fait part de cette guerre (Verschave, 2001).

La France conserve une base militaire au Tchad qui est, lui aussi, situé au coeur de l’Afrique et qui permet d’accéder à de nombreux pays connexes, comme le Soudan (le pétrole du Darfour), le Cameroun (bois), la Centrafrique...

En 2008, durant la tentative de coup d’Etat, elle a donc soutenu militairement le dictateur Idriss Déby, afin de conserver notamment cette situation (La croix, 2008).

S’il n’y a pas de motif économique, il est rare qu’il n’y ait pas un motif politique. Soutenir un pays, c’est aussi s’assurer un allié supplémentaire dans les organisations internationales, son vote à l’Assemblée générale de l’ONU et dans d’autres de ses agences. De plus les guerres et le développement du terrorisme permet aux puissances militaires dominantes (USA, OTAN, France...) de pénétrer des zones et de s’y installer durablement, afin d’y consolider leur influence et leur maîtrise.
Financer chacun des deux camps pour gagner à tous coups

Cela peut se faire dans le cadre d’élection politique ou bien durant une guerre en finançant les armes des deux camps, Elf finançait les deux parties en conflit dans la guerre civile angolaise qui opposait depuis 1975 le gouvernement et un mouvement rebelle, l'UNITA (Global Witness, 2003)15.

Le fait d'entretenir la guerre entre deux camps en leur vendant à chacun des armes, pour les diviser et les affaiblir, va permettre au financeur de s'enrichir et d'asseoir son pouvoir, comme l’a fait notamment la France durant la guerre Iran-Irak (Vershave, 2003).
Faire la guerre par procuration grâce à des milices privées

Lorsqu’une armée ne veut pas faire la guerre directement, elle peut s’appuyer sur différents moyens. En faisant appel à des milices privées, ou des mercenaires, l’armée officielle ne peut être tenue pour responsable des actes illégaux commis (Renou, 2005). Les armées privées (appelées "sous-traitants" par le Pentagone) représentent 10% des effectifs américains envoyés en Irak. En France, pour les projets liés à la France Afrique, on privatise temporairement des membres de l’armée ou des services secrets, afin de dégager notre pays de ses responsabilités. En louant les services d'armées privées, les états n'auront plus besoin d'entretenir en permanence une armée nationale dont l'utilisation effective n'est que ponctuelle. Avec la croissance de l’insécurité se banalise l'existence de polices et milices privées, pour les résidences ou les quartiers les plus riches. Le développement de l’économie libérale contribue à présenter l'idée d’armées privées comme un moyen de diminuer le coût des armées tout en améliorant leur efficacité. Cela permettra aussi aux grandes multinationales (Total, Shell...) de défendre directement leurs intérêts dans le monde.
Accords de défense et coopération militaire (officiels et cachés)

Il existe différents accords passés secrètement entre Etats, tels la France et des pays d’Afrique. Ces accords étant inconnus des citoyens et même des parlementaires nuisent à la démocratie, car ils ne peuvent être contrôlés et ne sont pas transparents. Entre la France et certains pays clefs, les accords de coopération ont pris la forme d’accords de défense contre toutes sortes d’agressions, avec des clauses secrètes prévoyant la protection des dirigeants ou leur exfiltration en cas de danger (Renou, 2005 : 319).
Le financement illégal des services secrets

Les services secrets français et états-uniens notamment, souhaitent souvent disposer de budget plus conséquent. Or, les gouvernements et les parlements ne sont pas toujours disposés à répondre à leur requête. De plus, certaines actions, du fait qu’elles sont classées « secret défense » (de manière légitime ou non) peuvent difficilement être rendues publiques et défendues auprès des parlementaires. Ainsi, Verschave explique qu’une partie des actions des services secrets français notamment est financée par du commerce illégal d'armes, de pétrole, de drogue. Par ailleurs, certains présidents africains ont été chaperonnés par un colonel de la DGSE, soi disant chargé de sa sécurité, et de multiples conseillers français. Par exemple, tous les conseillers du « président » ivoirien Houphouët Boigny étaient français (Verschave, 2000).
Le secret de la raison d’Etat : la boite de Pandore contre la transparence démocratique

Au delà du financement des services secrets, les Etats, sous le motif de la raison d’Etat, classent « top secret » certaines affaires. Le fait qu’il faille parfois, pour des raisons de défense nationale invoquer le « secret d’Etat », engendre un biais très préjudiciable dans la transparence de la démocratie. Si au départ, les motifs sont légitimes, ensuite, la pratique se développe et les élus, ou les administrateurs de l’Etat utilisent le motif de la raison d’Etat pour dissimuler des éléments dont leurs citoyens devraient légitimement être informés. En 1989, par exemple, sous les motifs officiels de ne pas inquiéter la population, les français n’ont pas été informés à temps des retombées du nuage radioactif de Tchernobyl. En réalité, on peut supposer que le lobby militaro-industriel du nucléaire n’avait pas intérêt à laisser se développer une psychose autour du danger des centrales nucléaires.

De plus, on observe parfois une collusion entre les services secrets et les intérêts économiques privés. Maurice Robert, était chef de la sécurité d'Elf et ancien chef des services secret français en Afrique, pivot du réseau Foccart-Chirac (Verschave, 2001, 32).

Créer de faux motifs pour discréditer et pour lancer des actions agressives ou répressives

Les stratèges de certains gouvernements vont parfois jusqu’à créer des faux attentats, ou de fausses preuves, afin de discréditer un individu, un Etat, ou groupe d’opposants au régime en place, ou pour justifier ce qu’ils qualifient de « guerre punitive », ou « préventive ».

Le cas récent le plus connu fut les fausses preuves inventées (photos truquées usines de fabrication d’armes nucléaires) du gouvernement des Etats Unis devant l’ONU, pour obtenir leur accord afin d’envahir l’Irak de Saddam Hussein. Ainsi, le pétrole irakien est passé sous le contrôle des Etats-Unis et l’Irak sous le pouvoir de l’armée. La technique du « falshflag » du faux drapeau fut aussi utilisée par Hitler, lors du faux attentat du Reichstag. La CIA a fomenté le renversement de Mossadegh en Iran, en 1953, par une succession d'attentats contre des ecclésiastiques. Le président Johnson s'est appuyé sur un faux incident dans la Baie du Tonkin contre deux destroyers US ,en 1964, pour légitimer les bombardements de Hanoi (Petras, 2001).
Le néo-malthusianisme et l’eugénisme contre l’arme démographique

Les moyens de contrôle des individus, la « discipline des corps » telle que la qualifie Foucault dans Surveiller et Punir (1975)16 prend des formes variées : l’organisations du travail dans l’entreprise, la surveillance des prisonniers, le respect de la discipline par les soldats vis-à-vis de leur hiérarchie...

 « La discipline des populations » prend la forme du planning familial, du contrôle des naissances (Kissinger), des migrations, de la santé publique...

Sir Julian S. Huxley (1887-1975), a été vice-président de l’Eugenics Society de 1937 à 1944, puis Premier Secrétaire Général de l’UNESCO, de 1946 à 1948 (Cavanaugh-O'keefe, 1995)17. Ce dernier déclara «par groupe à problème social, j’entends les gens, bien trop familiers aux travailleurs sociaux (…) bien trop fréquemment, ils doivent être assistés par des fonds publics, et deviennent un fardeau pour la communauté. Malheureusement, ces conditions d’existence ne les empêchent pas de continuer à se reproduire (…) Mais, je pense que nos meilleurs espoirs doivent reposer dans la perfection de nouvelles méthodes de contrôle des naissances, simples et acceptables» (Huxley, 1946)18.

Le rapport du National Security Council, préparé en 1974, sous la direction d'Henry Kissinger, fut déclassifié en 1980 et tenu secret jusqu'en 1989. Il visait à éviter le développement de la population des PED, considéré comme un danger pour la perpétuation de la puissance des nations blanches et riches. Kissinger y mentionnait ceci : «Les Etats-Unis sont-ils prêts à accepter un rationnement de la nourriture, pour aider les gens qui ne peuvent/veulent contrôler leur taux de reproduction de population ? » (Kissinger, 1974 : 82)19.

En Allemagne, sous le Troisième Reich, de nombreuses recherches furent menées sur des moyens de stérilisation de masse, et continuées après la guerre, dans les pays anglo-saxons, par les mouvements eugénistes.

La Suède a procédé, entre 1935 et 1976, à une campagne de stérilisation forcée de 60.000 personnes, dont 93 % de femmes. Ceci, dans le but de préserver la pureté de la race nordique ou pour des raisons sociales, rapporte Maciej Zaremba, dans le grand quotidien suédois « Dagens Nyheter » (août, 1997).


1 EINAUDI Jean Luc, La Bataille de Paris, Seuil, 1991.

2 JÜRGEN SCHLAMP Hans, 02/09/02, Der Spiegel.

3 Drevillon Elisabeth , 8 mai 2005, reportage télé "grotte d'Ouvéa :autopsie d'un massacre", France 2 et

CAILLETET Marie, Documentaire d’Elizabeth Drévillon (France, 2008) Télérama, Samedi 3 mai 2008.

4 MARTY Dick (Rapporteur), 7 juin 2007, Rapport sur les détentions secrètes et transferts illégaux de détenus impliquant des Etats membres du Conseil de l’Europe : 2e Assemblée parlementaire, Commission des questions juridiques et des droits de l'homme du Conseil de l’Europe, Bruxelles.

5 AFRIQUE EDUCATION, "La fin de Sankara", bimensuel international , juin 2007.

6 BRAECKMAN Collette, 2002, Lumumba un crime d'Etat, Eden.

7 ALAIN Mathieu, mars 2008, Il y a 20 ans Dulcie September était assassinée à Paris, Afriques en Lutte.

8 LASKE Karl, 19/02/2000, « Des mercenaires français ont-ils tué &Dulcie September ? », Libération.

9 COLLOMBAT Benoît, 2007, Un homme à abattre. Contre-enquête sur la mort de Robert Boulin Fayard, 490 p.

10 Calatayud Roger-Vincent, Rapport de la mission d’observation au Tchad, d’Agir ensemble pour les droits de l’homme et de la FNUJA, du 4 au 11/02/1992.

11 Caminade, 2003, Comores-Mayoette, une histoire néocoloniale, Marseille, Agone.

12 Mekay Emad, “Le Tchad tient la Banque mondiale à sa merci”, Washington, 8 mai 2006,  Inter Press Service News Agency.

13 LEVINE Michaël, KAVANAU Laura, 1996, Blancs comme neige, La drôle de guerre de la cocaïne, Dagorno,.

14 PETRAS James, VELMEYER Henry, 2001, La face cachée de la mondialisation, L'Impérialisme au XXIe siècle, Parangon 282 p.

15 GLOBAL WITNESS, 2003, Les Affaires sous la guerre. Armes, pétrole & argent sale en Angola, par Global Witness, Dossier noir n° 18, Agone, 240 p.


16 FOUCAULT Michel, 1975, Surveiller et punir , Naissance de la prison, Paris, Gallimard.

17 CAVANAUGH-O’KEEFE John, 1995, Introduction to Eugenics, éd.American Life League, USA.

18 HUXLEY Julian Sorell, 1946, La Révolution Actuelle, éd. Heinemann & Zsolnay Ltd, Londres.

19 KISSINGER H., December 10, 1974, The Kissinger Report, NSSM 200, National Security Study Memorandum, Implications of Worldwide Population Growth For U.S. Security and Overseas Interests, Declassified on december 31, 1980.

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