Nietzsche fait la promotion de la liberté absolue et pour la domination des élites








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NIETZSCHE :

PROMOTEUR DE LA LIBERTE ET DE L’ELITISME
Thierry Brugvin
Nietzsche fait la promotion de la liberté absolue et pour la domination des élites. La liberté est chère à certains libertaires, mais aussi aux libertariens (les anarcho-capitalistes). Par contre, c’est aussi un partisan de l’élitisme. Ce qui cette fois s’oppose à l’égalitarisme libertaire. Quatre années avant sa mort en 1886 et surtout trois années avant qu’il ne sombre dans la folie en 1885, Nietzsche publie « Par delà le bien et le mal ». Il y explique sa morale élitiste du surhomme. « Passion de l’égalité et recherche de sécurité vont de pair », c’est une morale des faibles selon Nietzsche1. « Vivre dans des conditions analogues contribue à ruiner l’exception au bénéfice de la règle, l’élite au profit du commun » (Nietzsche, 1983, 188, p. 101). Selon lui, le processus de civilisation commence ainsi, il se construit à travers la puissance des surhommes : « vivre c’est essentiellement dépouillé, blesser, dominer ce qui est étranger et plus faible, l’opprimer lui imposer durement sa propre forme, l’englober et au moins, au mieux l’exploiter » (Nietzsche, 1983, paragraphe 259, p.182) (p.221)2. Nietzsche s’inscrit dans « le refus de l’idéalisme et du dogmatisme universaliste, qui néglige la hiérarchie des morales et la hiérarchie des hommes » (Blondel, 2001 : 824). Nietzsche critique la démocratie représentative européenne et considère qu’elle engendrera une « école des tyrans » (Nietzsche, 1983, 242, p. 162), qui semble donc pour lui, un juste retour des choses. Un retour à la hiérarchie naturelle fondée sur la volonté de puissance du surhomme issu de la race supérieure. Selon Nietzsche, les juifs, puis les chrétiens ont inversé les valeurs qui a contribué à la « détérioration de la race européenne » (Nietzsche, 1983, 62, p. 77). « Le mélange radical des classes et ’’ par conséquent des races ’’ (Nietzsche, 1983, 242, p. 161) dans l’Europe contemporaine constitue l’un des facteurs qu’il nomme la maladie européenne de la volonté » (Blondel, 2001, 823). Nietzsche « voit dans le mélange des races l’explicitation des inhibitions et des contradictions qui obèrent certaines cultures ». Par contre, selon lui, les Russes et les juifs tirent leur force de leur pureté raciale (Blondel, 2001 : 823). Aussi un penseur avisé devra « tenir compte dans ses plans aussi bien des juifs, que des Russes » (Nietzsche, 1983, 251 : p. 170). Cependant, Nietzsche ne semble pas antisémite, ou alors manie-t-il l’ironie, lorsqu’il suggère de favoriser la venue de la ’’ caste ’’ nouvelle appelée à dominer l’Europe, la vigueur militaire des officiers de la marche et la brillante intellectualité des juifs (Nietzsche, 251, p. 171) (p. 824). « Par ailleurs, qu’elle soit juive, ou arienne, « l’espèce supérieure n’a pas pour tache, comme le rappelle opportunément O. Reboul, d’éduquer l’inférieure, de l’élever, mais bien plutôt de vaincre ses résistances et d’être en mesure de dominer » (Blondel, 2001 : 828). Ces idées ambiguës seront reprises quelques années plus tard par les nazis, contre les juifs les considérant comme une race nuisible au développement de la race arienne.

Le besoin de vivre, relève de la pulsion de vie chez Freud, qui irrigue l’ensemble des autres besoins. Cette énergie de vie, cette pulsion de vie se décline en un besoin de vivre, besoin de puissance sur soi, c'est-à-dire de maîtrise de soi. Nietzsche le qualifie de « volonté de puissance » et fait la promotion « d’une morale du surhomme», afin de faire naître « le surhomme » en chaque personne (Nietzsche, 1976).

Alfred Adler (1870-1937) est l’un des trois pères fondateurs de la psychanalyse avec Freud et Karl Abraham. Freud avait cherché à donner, à la libido et aux pulsions sexuelles, la cause dominante du fonctionnement psychique humain. Dans son ouvrage « théorie et pratique de la psychologie individuelle » (Adler, 1918), Adler va élaborer une théorie de la psychologie individuelle, fondée sur le besoin de pouvoir, visant à compenser un sentiment d'infériorité inhérent à tout être humain névrosé. Adler définit ainsi le besoin d’être fort, qui est une des formes de la « volonté de puissance » nietzschéenne : « ce n’est que l’expression d’une lutte qui est profondément enracinée dans la nature humaine et dont le but compensatoire est de sortir de l’insécurité affective »3. Néanmoins, Adler tend à exagérer un peu la dimension pathologique de ce besoin de pouvoir. Selon lui et la psychanalyse, la quasi totalité des êtres humains sont névrosés, personne n'y échappe. Une personnalité névrotique est fondée sur des peurs qu’elle cherche à compenser à ou à résoudre. Cette tendance névrotique s’avère plus ou moins développée en fonction de la structure psychique de chacun.

Cependant, pour Nietzsche, la puissance relève de l’existence d’une pulsion première, naturelle, saine, non-pathologique. Il s’agit d’une énergie d’origine biologique et psychique nécessaire au développement de l'individu. C’est à dire un besoin primaire, qui est le besoin essentiel de vivre et donc de se sentir puissant, fort.

Adler esquive la question de l’articulation entre la pulsion de vie de Freud et le besoin de force psychique, car il se limite à décrire un complexe d’infériorité visant à compenser une peur, une insécurité affective (Adler, 1933 : 4). Pour Nietzsche, ce besoin de puissance, est au contraire une pulsion à développer. « La vie est, à mes yeux, instinct de croissance, de durée, d'accumulation de force, de puissance : là où la volonté de puissance fait défaut, il y a déclin » considère Nietzsche. Elle suppose d'édifier une « morale du surhomme » fondée sur la volonté puissance et non sur l'humilité chrétienne, qui manifeste une morale des faibles4.

Spinoza distingue « la potentia », ou puissance, c’est-à-dire la maîtrise et la plénitude intérieure, qu’il différencie de « la potestas » ou pouvoir, qui est un pouvoir extérieur dont l’essence est l’exercice d’une force d’intervention sur les autres5. De Cette distinction entre puissance et pouvoir, nous semble appropriée, néanmoins nous préférons dénommer la volonté de puissance, par les termes de besoin de force, afin d’éviter la proximité sémantique avec le concept de pouvoir. Le besoin de pouvoir est la face pathologique du besoin de puissance. Ce dernier est la manifestation de la vitalité physique et psychique, de l’expression de la vie et du besoin de la personnalité (ou de « l’âme ») de maîtriser son corps, ses émotions et sa pensée, de même que le monde extérieur. Car une personne impuissante à maîtriser au moins en parti son environnement extérieur, serait incapable de satisfaire ne serait ce que ses besoins essentiels, tels que celui de se vêtir, de se construire une logement, de cultiver pour se nourrir, etc.

Heidegger estime que chez Nietzsche, « la volonté de puissance ne vise pas la puissance comme l'autre d'elle-même, comme un but situé en dehors d'elle »6. La volonté de puissance « Wille zur Macht  » est une en quelque sorte une « volonté de volonté », de puissance pour la puissance, sans forcément chercher à dominer autrui, des choses ou le monde extérieur. L’interprétation d’Heidegger semble restrictive, car Nietzsche, montre qu’il ne s’agit pas seulement de l’élan vital, de la puissance de vie, de la puissance de la technique, mais aussi des pulsions primaires, animales et destructives. Dans la généalogie de la moral, Nietzsche, précise en effet sa pensée : « on méconnaît alors l'essence de la vie, la volonté de puissance ; alors on néglige la prééminence de principe que possèdent les forces spontanées, agressives, envahissantes qui réinterprètent, réorientent et forment, dont ’’ l' adaptation ’’ ne fait que suivre les effets, alors on dénie dans l'organisme même le rôle dominateur des instances suprêmes, dans lesquelles la volonté vitale apparaît active et formatrice. »7

Cependant, Nietzsche ne précise pas quand « la volonté de puissance », devient pathologique en particulier dans le besoin exagéré de compensation extrême du sentiment d'infériorité, souvent inconscient. Dans ce cas il prend la forme de la domination jusqu’à la destruction d’autrui et des choses extérieures à soi. La face pathologique relève du complexe d’infériorité, de nature névrotique décrit par Adler. De nombreux auteurs, tel Heidegger ne semblent vouloir ne relever que la dimension constructive, la pulsion de vie, la vitalité et la liberté individuelle quasi libertaire de la volonté de puissance de Nietzsche. Mais ce faisant, ils semblent oublier que le besoin de puissance, peut devenir pathologique, car névrotique. Il conduit au besoin de pouvoir, dont la forme la plus extrême fut celle du besoin de pouvoir totalitaire des nazis. Tandis que le besoin de puissance est besoin de force, qui est un besoin essentiel primaire et sain, le besoin de pouvoir est un besoin secondaire névrotique, donc pathologique.
Selon Nietzsche, il y a d’un côté le « nihilisme négatif », qui anime la « morale des faibles », qui vivent dans des « arrières-mondes », des mondes illusoires, où ils nient la cruauté de la réalité et les rapports de force du monde réel. Puis, il y a de l’autre, le « nihilisme affirmatif » développé par les « forts ». Dans ce monde bien incarné et bien réel où l’élite doit dominer. C’est donc l’inverse d’une société sans classe, qui serait dans la vision nietzschéenne, un simple transfert de « l’arrière-monde » par les marxistes. C’est-à-dire des utopies illusoires réservées aux plus faibles : les religions, l’attente du grand soir, d’un monde où tous seraient traités à égalité, un monde communiste selon Nietzsche. Ce nihilisme affirmatif est fondé sur l’idée d’un surhomme et sur la volonté de puissance. Cette dernière serait une volonté de vivre, de satisfaire ses besoins fondamentaux d’être fort, mais aussi, volonté de dominer. La volonté serait donc plus forte que la raison pour Nietzsche et le surhomme celui, qui vit dans « la morale des forts » en incarnant sa « volonté de puissance ». Cette dernière relève en réalité du besoin émotionnel essentiel d’être fort, qui prend la forme névrotique d’un besoin de pouvoir sur autrui, mais qui repose inconsciemment sur une peur d’être faible. Or, Nietzsche préfère y voir de la volonté, car c’est plus glorieux pour son ego et ceux de ces supporters, que sont les grands aristocrates méprisant les bourgeois capitalistes limités par la routine et la norme. Pour Nietzsche, la bourgeoisie est dominée par « la morale des esclaves », comme les ouvriers qu’elle exploite. Tandis que les hautes élites aristocratiques vivent dans la grande et audacieuse liberté de la « morale des maîtres », vivant au dessus des conventions et des normes des pauvres humains ordinaires avec leur « moral d’esclave »8. Les véritables surhommes devraient plutôt être dénommé « des sages ». Car leur force ne relève pas du besoin de domination et de puissance sur les autres, mais de leur capacité à servir autrui, en s’appuyant sur une morale libre et élevée visant l’amour des autres, de même que le détachement de ses besoins névrotiques de domination, possession, reconnaissance…

La volonté de puissance, c'est-à-dire la puissance de vie est donc plus forte que la raison, plus forte que l’intellect pour Nietzsche et en ce sens il voit juste. Cependant, le surhomme est celui qui a incarné sa volonté de puissance et qui vit dans « la morale des forts », c'est-à-dire celui qui est au dessus de la « morale des faibles », du religieux soumis à sa doctrine, la morale du bourgeois qui s’étend au delà de la « décence ordinaire » de George Orwell, c’est à dire du bon sens des gens de bonne volonté. La morale du surhomme se situe donc au dessus du « français moyen », elle se construit dans des idéaux d’avant-garde de liberté sans limite. Cependant, elle devient rapidement, la morale des élites aristocratiques, des parasites d’un système économique, qui exploitent, dominent le peuple et enfreignent les lois au motif qu’ils sont au dessus des autres et au dessus des lois. La liberté individuelle, la liberté intellectuelle et spirituelle ne doit donc pas devenir « la liberté du renard dans la poulailler » raillée par Marx. Sinon elle fait le jeu des élites du néolibéralisme capitaliste et politique.

La vision de Nietzsche illustre bien celles de certaines élites, tel Rockefeller. Pour Nietzsche, la démocratie est un fléau pour l'humanité, car elle inaugure le pouvoir de la masse, du peuple ignorant (Nietzsche, 1976). Spencer, un contemporain de Darwin, considérait que la loi du plus fort était une loi naturelle, qui devait s'appliquer aux sociétés humaines. Ne favoriser que les élites est préférable pour le développement de l'humanité, car c'est le sens de l'évolution naturelle, la sélection naturelle du plus fort sur le plus faible. Par conséquent, l'aide sociale, les services sociaux, l'école publique, sont nuisibles à l'humanité, car ils viennent gaspiller des ressources nécessaires pour développer les qualités de la classe des élites9.


1 BLONDEL Jacqueline, Nietzsche, Par delà le bien et le mal, Dictionnaire des œuvres politiques, PUF, 2001, p. 822.

2 NIETZSCHE Frederik, Par-delà Bien et Mal (1886), traduit de l'allemand par H. Albert, Paris, Union générale d'éditions, coll. « 10/18 », 1983.

3 ADLER Alfred, “Religion et psychologie individuelle comparée” (1933). Préface et traduction du Dr. H. Schaffer, 1957, Paris, Éditions Payot, 1958, Bibliothèque scientifique, 174 pages, in VIGUIER Régis, Introduction à la lecture d'Alfred Adler: La psychologie individuelle, une psychanalyse humaniste, Editions L'Harmattan, 2000 - 255 pages


4 NIETZSCHE Friedrich, 1976, L'Antéchrist (fragment 6), in Fragments Posthumes, Gallimard.

5 SPINOZA Baruch, Éthique, Traduit par Robert Misrahi, Editions de l'Eclat, 2005.

6 HEIDEGGER Martin, Nietzsche II, (trad. Pierre Klossowski), Paris, Gallimard,‎ 1984-1985, p. 265.

7 NIETZSCHE Friedrich, La Généalogie de la morale, Traduction par Henri Albert, vol. 11, Mercure de France, 1900.

8 PARIS Robert, A propos de la philosophie du surhomme, de Nietzsche, 23 décembre 1900.





9 SPENCER Herbert, (1889), 1907 (Trad.), Autobiographie. Naissance de l'évolutionisme libéral, Paris, PUF.

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