Socialisme et syndicalisme en allemagne








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SOCIALISME ET SYNDICALISME EN ALLEMAGNE

I –1875-1918 – LA NAISSANCE ET L’AFFIRMATION DU SOCIALISME ALLEMAND

Comment les mouvements socialistes et syndicaux ont-ils réussi à s’imposer en Allemagne ?

A – La naissance d’un parti ouvrier de masse tiraillé entre réformisme et révolution…

En 1875 se tient le congrès de Gotha à l’origine de la fondation du premier parti socialiste unifié d’Europe. Le Parti socialiste des ouvriers allemands (SAP) est créé par la fusion de deux partis : l’Union générale allemande des travailleurs (ADAV) et du Parti social-démocrate des ouvriers (SDAP). C’est le premier grand parti socialiste d’Europe. Officiellement marxiste, il prône la révolution mais dans la pratique, il est intégré à la vie parlementaire comme un parti d’opposition qui demande des réformes pour transformer la société par la voie légale.

Les membres du Parti socialiste se considèrent comme une communauté qui doit partager de nombreux moments de la vie quotidienne : le parti organise des activités sportives, des représentations théâtrales et des fêtes populaires. Au quotidien, les ouvriers se retrouvent, parès leur travail dans des brasseries pour fumer, boire et commenter la presse socialiste.

B – … inquiète le pouvoir impérial…

En 1878, Bismarck qui considère le socialiste comme « ennemi du Reich » fait voter une loi qui interdit toute association ou manifestation et qui autorise seulement la participation des socialistes aux élections : on parle de la loi « antisocialiste ». Entre 1883 et 1889, Bismarck fait voter d’importantes lois sociales afin de désarmorcer les revendications politiques ouvrières. Ces lois sociales mettent en place un système d’assurance-maladie, de retraite et oblige les patrons à indemniser les accidents de travail. Mais cette stratégie échoue car malgré l’exil de ses dirigeants, le Parti socialiste progresse aux élections grâce à son enracinement dans le monde ouvrier.

En 1890, Bismarck doit se retirer de la vie politique et la loi antisocialiste est abolie. En 1891 se tient le congrès d’Erfurt qui aboutit à la naissance du Parti social-démocrate d’Allemagne (SPD) dont le programme est davantage réformiste que celui du SAP. Son essor est continu et il devient la première formation politique aux élections de 1912. En 1892, la Commission générale des syndicats allemands dirigée par Carl Legien coiffe toutes les organisations du pays. En 1913, 2,5 millions de travailleurs allemands sont syndiqués. La majorité d’entre eux appartient au SPD.

C – … et permet d’obtenir d’importantes concessions sociales

En 1902, les syndicats obtiennent d’importantes améliorations des conditions de travail dont les premières conventions collectives. Les syndicats soutiennent des mouvements de grève dont le plus important est celui des mineurs de la Ruhr en 1905. La grève est considérée comme un moyen d’obtenir des avancées sociales.

Le mouvement ouvrier allemand présente des spécificités par rapport aux autres pays industrialisés. En Allemagne, le parti oriente et finance le mouvement syndical. Les députés socialistes sont en même temps les principaux responsables syndicaux. C’est différent au Royaume-Uni, où le Parti travailliste est une courroie de transmission des syndicats. En France, le syndicalisme est majoritairement hostile à l’action parlementaire et se tient à l’écart de la SFIO.

Le mouvement ouvrier est puissant mais il est malgré tout divisé entre les partisans de l’action révolutionnaire comme Rosa Luxembourg et les réformistes défendu par Edouard Berstein sous le nom de révisionniste. En 1914, le parti est indécis face à la guerre. La menace d’une grève générale et l’appel au pacifisme cèdent le pas en quelques jours au patriotisme : le SPD participe finalement à l’Union sacrée. Une partie des socialistes hostile au conflit fonde l’USPD en 1917.

II –1918-1945 – LE SOCIALISME ET LE COMMUNISME D’UNE GUERRE A L’AUTRE

Pourquoi les forces de gauche n’ont-elles pu empêcher l’arrivée au pouvoir des nazis ?

Au lendemain de la Première guerre mondiale, la gauche allemande est divisée. Le 09 novembre 1918, la défaite pousse l’empereur Guillaume II à abdiquer. Le SPD mené par Philipp Scheidemann et Friedrich Ebert, est favorable à la constitution d’une république parlementaire avec le soutien des élites traditionnelles. L’USPD et plus particulièrement son aile gauche, les « spartakistes », veulent profiter de l’agitation révolutionnaire qui règne alors dans de nombreuses villes pour prendre le pouvoir.

La révolution est cependant matée par le SPD ce qui consacre la rupture entre la gauche socialiste et la gauche communiste. Les spartakistes fondent le Parti communiste allemand, le KPD, le 1er janvier 1919 et cherchent à déclencher une révolution sur le modèle bolchevique. Ebert, devenu chef du gouvernement, fait rétablir l’ordre dans Berlin par l’armée lors de la « semaine sanglante » (5-12 janvier 1919). Ce pacte avec les militaires lui vaut d’être considéré comme un traître par bien des travailleurs. Cet épisode divise pour longtemps socialistes réformateurs et communistes révolutionnaires.

Le contexte insurrectionnel facilite la reconnaissance des syndicats par le patronat. Hugo Stinnes, le chef du patronat signe un accord avec le syndicaliste Carl Liegen le 15 novembre 1918. En échange d’importantes concessions patronales, les syndicats s’engagent à ne pas soutenir la révolution.

Dans la nouvelle république de Weimar, le SPD devient le principal parti de gouvernement. La république de Weimar est gouvernée par le SPD, allié aux partis du centre gauche. Le SPD est calomnié par la droite nationaliste qui lui reproche d’avoir signé le traité de Versailles en juin 1919. C’est la thèse du « coup de poignard dans le dos ». A l’extrême gauche, l’USPD éclate : une partie des militants rejoint le SPD, l’autre le KPD qui s’aligne sur l’URSS. L’Allemagne vit alors une ère de démocratie et de débats, notamment sur la condition féminine.

Dans le monde syndical, deux organisations s’opposent pour encadrer le monde ouvrier. La Confédération générale syndicale allemande (ADGB), proche du SPD, est la plus importante. Elle obtient d’importantes avancées telles que l’institution de conseils d’entreprises (1920), l’augmentation du paiement des heures supplémentaires (1926) et la création de l’assurance-chômage (1927). L’Opposition syndicale révolutionnaire (RGO), liée au KPD, organise des grèves insurrectionnelles, qui sont réprimées comme dans la Ruhr en 1920.

Face au nazisme, la gauche est désunie. A partir de 1930, la crise qui ravage l’Allemagne favorise l’émergence du Parti nazi. Les communistes suivent les consignes du Komintern et refusent de s’allier au SPD. Ils considèrent que le capitalisme ne vaut pas mieux que le fascisme. En 1932, le SPD fait campagne contre le péril nazi. En vain. Le parti nazi arrive en tête des élections avec 33 % des voies contre 20,4 % au SPD et 16,8 % des voies au KPD. Entre 1928 et 1932, le SPD connaît un recul électoral en passant de 28,7 % à 20,4 %. En l’absence d’alliance des forces de gauche, Hitler remporte les élections et devient chancelier le 30 janvier 1933.

SPD et KPD sont les cibles du régime nazi. L’incendie du Parlement (Reichstag) dans la nuit du 27 au 28 février 1933 est attribué par les nazis à un « complot communiste » et il sert de prétexte pour interdire le KPD. Le 02 mai, les syndicats sont dissousss et leurs biens saisis. En juillet, tous les partis sont interdits. Les principaux dirigeants des partis de gauche et des syndicats sont envoyés dans des camps de concentration. Pour le mouvement ouvrier, commence une ére de répression et de résistance jusqu’ en 1945.

III – 1945-1989 – DEUX ALLEMAGNES, DEUX SOCIALISMES

Quelles ont été les conséquences de la division de l’Allemagne sur le mouvement ouvrier ?

Dans l’Allemagne occupée de l’après-guerre, les forces socialistes. En 1945, le SPD et le KPD renaissent dans les trois zones d’occupation occidentales. En zone soviétique, Moscou impose une fusion de ces deux partis pour donner naissance au SED. En 1949, la création de deux Etats allemands, la RFA et la RDA, confirme la division du socialisme : le communisme règne en maître à l’Est, tandis que la social-démocratie devient la principale force de gauche à l’Ouest. Le KPD est d’ailleurs interdit à l’Ouest dès 1956.

Deux conceptions du syndicalisme s’affrontent. En RFA, la DGB devient en 1949 la grande centrale avec 6 millions d’adhérents. Réformiste, proche du SPD, elle cherche à améliorer le sort de ses adhérents. En RDA, la logique syndicale est détournée de son but initial : l’unique confédération, la FDGB, vise moins à défendre les droits des travailleurs qu’à stimuler leur productivité et à éviter les revendications salariales.

En RDA, se met en place à partir de 1949 un Etat communiste sur le modèle de l’URSS dont les maîtres mots sont : planification, centralisation et collectivisation. Les dirigeants du SED, Walter Ulbricht (1950-1971) et Erich Honecker (1971-1989) lancent un mouvement d’industrialisation censé faire de la RDA la vitrine du bloc soviétique. Mais le « socialisme réel » cache un Etat autoritaire et une économie de pénurie. Le régime peine à répondre aux vœux de ses citoyens dont 3,8 millions fuient entre 1949 et 1989, malgré l’édification du mur de Berlin en 1961.

L’encadrement de la société est total. Comme dans toutes les démocraties populaires, la société est mise sous contrôle : embrigadement de la jeunesse, surveillance généralisée de la Stasi, lutte contre toute opposition. Le 17 juin 1953, le régime aidé des chars de Moscou réprime une révolte d’ouvriers qui protestaient contre leurs conditions de travail.

En 1959 s’opère un important tournant au congrès de Bad-Godesberg. Libéré de la gauche communiste, le SPD abandonne officiellement le marxisme lors du congrès de Bad-Godesberg en 1959. La social-démocratie accepte désormais la démocratie libérale et le capitalisme, ce qui facilite l’accession de ses dirigeants au pouvoir : Willy Brandt (1969-1974), puis Helmut Schmidt (1974-1982) qui dirigent la RFA comme chanceliers.

Mais cette évolution est contestée dans les années 1960 par une opposition d’extrême-gauche. L’APO qui est bien implantée dans le milieu étudiant récuse l’abandon du marxisme par le SPD. Elle prône la révolution et la libération de la femme. Certains de ses membres basculent dans le terrorisme : la Fraction armée rouge, dite « bande à Baader », multiplie les actions violentes dans les années 1970 (attentats, enlèvements des dirigeants). Elle est durement réprimée par le gouvernement et a peu d’influence sur le mouvement ouvrier.

Au sein de l’Europe s’affirme un modèle social allemand. A partir de 1952, la DGB obtient que ses représentants siègent au conseil de surveillance des entreprises. Ils privilégient la négociation, recourant en dernière extrémité à la grève. Cette cogestion permet d’obtenir une amélioration continue des conditions de travail – salaires, plein emploi, diminution du temps de travail au prix d’un abandon de l’idée de lutte syndicale. Ce « dialogue social » est pour beaucoup dans le « miracle économique » allemand.

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