Nouveaux indépendants étaient toujours des blancs








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LA DECOLONISATION ET SES CONSEQUENCES
MONTHERLANT, le Maître de Santiago « les colonies sont faites pour être perdues. Elles naissent avec la croix de la mort au front ».
Le processus de décolonisation débute réellement en 1945. Des phénomènes précurseurs avaient existé, notamment à Saint Domingue (île actuelle d’Haïti avec Toussaint Louverture). Mais à cette seule exception, jusqu’alors les nouveaux indépendants étaient toujours des blancs, des descendants des colons hispaniques (Brésil, Argentine, Caraïbes) ou anglais (Etats-Unis).

La décolonisation puise sa source dans le système colonial, dont les bases posaient une contradiction insoluble : d’un côté le désir de civiliser, de l’autre la privation des droits liés à cette civilité. L’affaiblissement des métropoles après la guerre, l’émergence de puissances hostiles à la colonisation, la création de l’ONU sont autant d’éléments favorables à l’expression des revendications d’émancipation. D’une certaine manière, ce mouvement procède de l’Europe à bien des égards.
Si, dans un grand nombre de cas, les indépendances découlent d’un processus de négociation, elles peuvent également se dérouler dans la violence et le déchirement. Mais, quelles que soient ces modalités, la décolonisation est un mouvement irrésistible. En moins d’un quart de siècle, les métropoles européennes perdent l’essentiel de leurs colonies. L’Asie accède à l’indépendance de 1945 à 1955, et l’Afrique de 1955 à 1975.

Les pays nouvellement émancipés ont recouvré leur souveraineté politique, mais ils se heurtent à de nombreuses difficultés. Le Tiers Monde, entité qui a cherché à s’affirmer dans un monde bipolaire, est traversé par de multiples contradictions, notamment entre des courants traditionalistes et d’autres plus modernisateurs. Il entend changer les règles de la guerre froide et du commerce mondial. La crise des années 1970 est venue briser les solidarités.
Le chapitre est donc complexe car il brasse un grand nombre de questions : la décolonisation découle de la seconde guerre mondiale et de la guerre froide dont elle devient un enjeu, et elle jette la base d’une nouvelle hiérarchie économique mondiale avec le regroupement au sein d’un ensemble hétérogène de pays en mal développement.
Problématique : quels furent les rythmes, les causes et les formes de la décolonisation ? Quelles difficultés ont rencontré les indépendantistes et les nouveaux Etats du « tiers monde » pour s’affirmer ? Les liens tissés entre colonies et métropoles ont-ils réellement disparu ?
I-DANS QUEL CONTEXTE LES PEUPLES COLONISES ONT-ILS PU REVENDIQUER LEUR EMANCIPATION ?
1-Quelle fut l’impact des deux guerres mondiales sur les peuples colonisés ?
La participation à la grande « guerre civile européenne » a bouleversé la perception que les colonisés avaient de leurs colonisateurs: ils sont au cœur du processus de guerre totale car ils sont mobilisés directement pour les combats. Les tirailleurs sénégalais découvrent dès 1915 la neige et le froid ardennais. Les tirailleurs marocains et algériens, en renforçant les forces alliées (comprenant notamment bon nombre de Polonais), aident à prendre le Mont Cassin et ouvrent ainsi la voie à la reconquête de Rome et de l’Italie. Pendant la 2°GM, 2M d’Indiens combattent au service de sa Majesté, 520 000 hommes sont mobilisés en Afrique française.

R.Rémond voit apparaître dans le sillage de ce conflit « une expression élémentaire d’un patriotisme encore peu élaboré » des peuples indigènes, à travers une réflexion sur l’identité qui s’est nourrie du contact avec les Européens. Il existe donc une filiation entre la colonisation et la décolonisation car :

1/au contact des colonisateurs les colonisés se voient différents et prennent conscience de leur identité singulière. Souvent cela va s’accompagner d’une remise en valeur du passé, des rites et de la religion. Ce mouvement est donc plutôt tourné vers le passé et prend appui sur les grandes rébellions coloniales ( guerre d’Aceh à Sumatra, guerre du Rif au Maroc, Indochine, Cipayes en Inde…)

2/ils empruntent à l’Europe une idéologie, une philosophie qui va nourrir et inspirer leurs mouvements indépendantistes.

Pour lui, ce processus d’émancipation des nationalités, né depuis 1848 en Europe, est enclenché par la 1°GM dans les colonies. Il achève le processus commencé en Europe avec la dislocation des monarchies puis des empires.
La Seconde Guerre mondiale parachève cette construction identitaire. Le général De Gaulle, dans son appel du 18 juin affirme que la guerre n’est pas terminée ni perdue grâce à l’appui des alliés de la France et surtout grâce à ses colonies… A Brazzaville en février 1944, il s’est prononcé dans un célèbre discours pour l’émancipation des peuples colonisés, pour leur autodétermination.

S
Document 1 :
es propos semblent vérifiés par les faits puisque le débarquement de Provence, reposant en grande partie sur les « indigènes », est le point de départ de la reconquête et de la Libération de Paris. Ben Bella (partir du texte de R.Merle ci-dessous), soldat français durant cette période, constate que malgré cet impôt du sang payé par les colonisés, et bien que les balles ne fassent pas de différences, les inégalités entre métropolitains et coloniaux demeurent plus présentes que jamais : des primes à la popote, du courrier à l’avancement, tous les actes du quotidien reposent sur la discrimination institutionnalisée par les différents codes de l’indigénat.



Attention néanmoins au discours actuel sur la mortalité des contingents indigènes : en proportion les soldats des colonies enrôlés dans l’armée française n’ont pas été plus sacrifiés que les autres : mais, également touchés, ils revendiquent légitimement une égalité de droits.


Document 2.


Par ailleurs, la guerre a ridiculisé le colonisateur : en Asie du sud-est, les Japonais ont humilié les colonisateurs blancs en vainquant les Russes en 1905, puis en contenant longtemps les alliés pendant la 2°GM. Ils ont détruit les institutions coloniales, supprimé les langues européennes et l’armature administrative, judiciaire et scolaire hollandaise. Ils remettent le pouvoir à Bao Daï au Vietnam après l’avoir repris aux Français.
2-En quoi la guerre froide permet-elle aussi de repenser le rôle et le statut des colonies ?
1945 est une année 0, occasion de redistribuer toutes les cartes du jeu diplomatique mondial … Les anciennes puissances européennes, affaiblies et décrédibilisées par la 1ère guerre mondiale, sortent exsangues de la 2nde. La montée en puissance des totalitarismes, les horreurs de la guerre ont remis en cause l’idée d’une « civilisation des mœurs » (N.ELIAS) et surtout d’une supériorité du Blanc sur le Noir.

Le monde n’est plus centré sur cette Europe vaniteuse et nourrie de l’humanisme des Lumières. Le nouveau monde se trouve sans centre de gravité, mais écartelé entre deux nouveaux grands, les Etats-Unis et l’URSS, pour lesquels l’Europe devient un enjeu de pouvoir plus qu’un partenaire.

Or les deux superpuissances, opposées en tous points, ont au moins un terrain d’entente : elles se présentent comme deux leaders de l’anti-colonialisme, de l’anti-impérialisme. Les Etats-Unis ont pour eux leur passé colonial, puisqu’ils se sont façonnés par la guerre livrée à l’Angleterre pour gagner leur indépendance. En outre, la Charte de l’Atlantique qu’ils co-signent avec le Royaume-Uni entérine le « droit des peuples à disposer d’eux-mêmes » et « condamne le racisme ». Néanmoins, là où le Royaume-Uni n’y voit qu’une application pour les peuples soumis au joug nazi, Roosevelt pense déjà une décolonisation globale. Les Soviétiques ont pour eux l’idéologie marxiste qui prône alors un internationalisme fondé sur l’égalité des peuples et leur droit à disposer d’eux-mêmes. L’heure est inévitablement à la décolonisation.

Dans la pratique, les deux puissances sont cohérentes par rapport à leur schéma de pensée théorique : l’URSS soutient les mouvements d’émancipation radicaux qui préconisent une rupture violente avec l’ordre ancien. Les Etats-Unis, qui redoutent de voir les pays nouvellement émancipés tomber dans le camp communiste, tentent de promouvoir une décolonisation négociée. Dès 1934 ils proposent l’indépendance aux Philippines qu’ils ont reconquis sur les Espagnols en 1898. Chacun essaie de se poser en conciliateur dans les différends coloniaux. Mais l’URSS jouit d’un prestige supérieur.
3-Comment dans ce contexte s’affirment des nationalismes de mieux en mieux structurés ?

Document 3 : A.DEMANGEON, L’Empire britannique, A.Colin, 1931. "Le continent africain n'échappe pas à la même évolution; les idées d'autonomie pénètrent dans la société nègre. Dans un congrès national qui se réunit à Accra, au début de 1920, on put entendre les revendications des indigènes de l'Afrique occidentale: ils ont trouvé des porte-parole parmi une classe très curieuse de nègres appelés The Educated Natives . Ces indigènes de Gold Coast, de Lagos, de Sierra-Leone, de Bathurst, assimilés presque complètement par la civilisation anglaise, ont la même langue, la même religion, les mêmes lois, les mêmes moeurs que les Anglais; habitant les villes, ils s'emploient comme fonctionnaires et comme agents commerciaux; on les voit aussi s'avancer vers l'intérieur, le long des voies ferrées, avec la civilisation et les intérêts britanniques qu'ils véhiculent et qu'ils servent comme interprètes et comme secrétaires. Mais, ils n'ont pas perdu le sentiment de race et ils soutiennent la cause de leurs frères; ils réclament depuis longtemps des libertés politiques; ils en propagent la notion dans toute l'Afrique occidentale. En 1920, ils réussissaient à réunir des délégués de tous les pays en un congrès qui demanda l'établissement du self-government dans l'Afrique occidentale et protesta contre l'inégalité des races (...)."

Document 4 : A.Césaire, Discours sur le colonialisme, 1950. p. 11-12 : "Il faudrait d'abord étudier comment la colonisation travaille à déciviliser le colonisateur, à l'abrutir au sens propre du mot, à le dégrader, à le réveiller aux instincts enfouis, à la convoitise, à la violence, à la haine raciale, au relativisme moral, et montrer que, chaque fois qu'il y a eu au Viêt-nam une tête coupée et un oeil crevé et qu'en France on accepte, une fillette violée et qu'en France on accepte, un Malgache supplicié et qu'en France on accepte, il y a un acquis de la civilisation qui pèse de son poids mort, une régression universelle qui s'opère, une gangrène qui s'installe, un foyer d'infection qui s'étend et qu'au bout de tous ces traités violés, de tous ces mensonges propagés, de toutes ces expéditions punitives tolérées, de tous ces prisonniers ficelés et "interrogés", de tous ces patriotes torturés, au bout de cet orgueil racial encouragé, de cette lactance étalée, il y a le poison instillé dans les veines de l'Europe, et le progrès lent, mais sûr, de l'ensauvagement du continent.(…)Il vaudrait la peine d'étudier, cliniquement, dans le détail, les démarches d'Hitler et de l'hitlérisme et de révéler au très distingué, très humaniste, très chrétien bourgeois du XXème siècle qu'il porte en lui un Hitler qui s'ignore, qu'Hitler l'habite, qu'Hitler est son démon (…).
Pour terminer ce tour d’horizon des nouvelles relations internationales, il ne faut pas oublier la naissance et l’affirmation de l’ONU : créée à San Francisco en juin 1945, elle diffuse les principes qui prônent l’égalité entre les peuples. Cette position encourage naturellement les aspirations formulées par les mouvements d’émancipation. Par la suite, l’ONU se fera le relais des pays du tiers monde et tentera de les sortir de l’isolement diplomatique.
Document 5 : Acte de fondation de l’ONU (1945)

Les buts des Nations Unies sont les suivants :

1)Maintenir la paix et la sécurité internationale et, à cette fin, prendre des mesures collectives efficaces en vue de prévenir et d’écarter les menaces sur la paix (…)

2)Développer entre les nations des relations amicales fondées sur le respect du principe de l’égalité des peuples et de leur droit à disposer d’eux mêmes (…).

3)Réaliser la coopération internationale en résolvant les problèmes internationaux d’ordre économique, social, intellectuel ou humanitaire.

4)Etre un centre où s’harmonisent les efforts des Nations unies vers ces fins communes »

Article 1 de l’acte de fondation de l’ONU adopté le 26 juin 1945.
Document 6 : E.J.HOBSBAWM, l’Âge des extrêmes, histoire du court XXè siècle, pp 268-270

« Inversement les idéologies, les programmes, les méthodes et les formes mêmes d’organisation politique qui inspirèrent l’émancipation des pays dépendants ou attardés étaient tous occidentaux : libéraux, socialistes, communistes et/ou nationalistes, laïcs et méfiants à l’égard du cléricalisme. De même avaient-ils recours aux moyens élaborés pour les besoins de la vie publique dans les sociétés bourgeoises : presse, réunions publiques, partis, campagnes de masse, même quand le discours adopté se fondait, et devait se fondre, dans le vocabulaire religieux des masses. Autrement dit, l’histoire des auteurs des transformations du tiers monde au cours de ce siècle est celle d’élites minoritaires, parfois même minuscules car (…) seule une couche infime possédait les connaissances et la formation requises, ou même les bases les plus élémentaires (…). Ce qui ne signifie en aucune façon que les élites occidentalisantes acceptaient toutes les valeurs des Etats et des cultures qu’ils prenaient pour modèles. Personnellement, leur point de vue pouvait aller d’une assimilation à 100% à une méfiance profonde à l’égard de l’Occident, associée à la conviction qu’il fallait adapter ses innovations pour conserver ou restaurer les valeurs spécifiques de la civilisation indigène. (…) Les perspectives des élites du tiers monde et celles de la masse de leurs populations divergeaient très fortement, sauf dans la mesure où le racisme blanc (nord-atlantique) créaient un lien de rancœur que pouvaient partager maharajahs et balayeurs. »

Les élites indigènes, formées dans les universités occidentales et notamment françaises, ont conscience des évolutions récentes de ce monde, et pensent pouvoir peser dans ces nouvelles relations internationales. Elles ont selon R.Rémond « pris conscience de leur identité ». Les apôtres de la décolonisation sont passés par ces temples humanistes que sont les grandes écoles occidentales : Senghor et Césaire, les chantres de la négritude, se sont côtoyés sur les bancs de l’Ecole Normale Supérieure de la rue d’Ulm et sont parmi les premiers à réussir l’agrégation de grammaire. Gandhi a fait des études de droit à Oxford, tout comme Nehru. Il faut noter que comme dans chaque volonté de réformer, les réformateurs sont souvent issus de la culture qu’ils pourfendent…

Ces mouvements d’indépendance sont souvent anciens : le Parti du Congrès en Inde a été formé en 1885. En Indochine, la contestation contre l’ordre colonial se développe dès 1920. Au Maghreb et au Proche Orient, les mouvements nationalistes se nourrissent du panarabisme, qui apparaît comme une volonté de retour aux valeurs traditionnelles tout en incarnant un désir de modernité et de progrès social. On retrouve des courants similaires en Afrique, où l’on parle de « négritude » et « d’africanité ». A.Césaire, dans son Discours contre le colonialisme, critique fortement « l’oeuvre colonisatrice » et fait de la colonisation un crime contre l’humanité reposant sur la même logique raciale que le nazisme
En revanche, ils adoptent des stratégies différentes car leurs inspirations sont diverses : le Parti du Congrès est le fait d’une élite cultivée, pétrie de valeurs anglo-saxonnes, qui formule des revendications directement inspirées de la métropole. L’autre grande source d’influence reste le communisme international, essentiellement à l’oeuvre en Indochine. L’émancipation des peuples dominés est un impératif aussi exigeant que la lutte des classes pour eux. Les socialistes enfin, ont des préoccupations plus sociales, populaires, militantes, beaucoup venant du syndicalisme.

Certains mouvements tentent de faire une synthèse entre les différentes sources d’inspiration, alliant nationalisme, patriotisme et communisme. On retrouve ainsi des références au socialisme dans de nombreux mouvements d’Afrique noire ou du Maghreb. Les stratégies qui en découlent sont multiples : certains prônent la négociation et le maintien de relations privilégiées avec l’ancienne métropole une fois l’indépendance acquise, comme l’Inde. D’autres au contraire aspirent à la rupture. Dans ce cas, les stratégies violentes ne sont pas exclues. Dans tous les cas les meneurs de ces mouvements vont évoluer : les premiers contingents sont majoritairement issus des élites locales, bourgeoises, occidentalisées par leur formation. Les générations suivantes puisent davantage dans les éléments populaires.

Croquis simple sur les mouvements indépendantistes ( Inde, AFN)
Les mouvements indépendantistes doivent rallier à leurs perspectives modernisatrices les forces les plus conservatrices de leur société. Conscients de la difficulté de la tâche certains fondent leur idéologie sur le rejet de ce traditionalisme, notamment Bourguiba opposant au Vieux Destour le Neo Destour, Sun Yat Tsen en Chine en fondant le Guomindang, ou Gandhi en Inde avec le parti du Congrès.

Quelle que soit leur stratégie, force est de constater que ces mouvements accèdent à une audience nouvelle : en Inde, le Parti du Congrès lance dès 1942 le mouvement Quit India. L’année suivante, Ferhat ABBAS, à la tête du MLN (mouvement de libération nationale) publie le Manifeste du peuple algérien. Au Maroc, l’Istiqlal ( indépendance) est constitué par des nationalistes et tacitement encouragé par Roosevelt. En Tunisie, Habib Bourguiba revendique en 1943 « l’autonomie intérieure de la nation tunisienne » par le mouvement du Neo-Destour tout en restant fidèle à la France libre. Des émeutes éclatent en Algérie, dans la région de Sétif ( à Sétif et Guelma), le 8 mai, jour même de la capitulation allemande. 88 Européens et plusieurs milliers d’indigènes en sont victimes. Elles sont violemment réprimées. Dans le même temps, Hô Chi Minh proclame l’indépendance du Vietnam et Soekarno celle de l’Indonésie deux jours après la capitulation du Japon ( septembre 1945).
Deux attitudes en réponse : l’acceptation et le refus. La Grande Bretagne accepte assez facilement la rupture du lien de sujétion politique, dans la mesure où ses intérêts économiques sont préservés. Dans un grand nombre de cas, l’indépendance est octroyée sans heurts et la plupart des colonies émancipées continuent d’entretenir des liens privilégiés avec la Grande Bretagne dans le cas du Commonwealth. Dans d’autres cas les métropoles ont adopté des attitudes de fermeture et refusé de reconnaître les aspirations des peuples dominés. Ce n’est pas une spécialité française ! C’est par la force que les Pays Bas ou la Belgique ont tenté de sauvegarder leurs intérêts en Indonésie et au Congo. L’attitude choisie dépend des enjeux stratégiques et économiques. C’est une attitude de fermeté qui est choisie par la France en Indochine où se pose la question de l’endiguement du communisme, et en Algérie où l’existence d’une forte communauté européenne ( les pieds-noirs) rend l’affrontement inévitable. Néanmoins, au-delà de l’attitude des pouvoirs publics, une vague anticolonialiste se développe dans les métropoles : elle est entretenue par les intellectuels, les Eglises ou les groupes catholiques, notamment les partis communistes. Ces mouvements dénoncent les abus des colonisateurs, au nom des droits de l’homme. De plus, certains milieux d’affaires prennent position en faveur de l’émancipation, qui permettrait une efficacité économique accrue.
II-COMMENT S’EST DEROULE L’ACCES A L’INDEPENDANCE ?
L’accès à l’indépendance sera globalement réalisé en une vingtaine d’années. Les peuples d’Asie accèdent les premiers à l’indépendance. En 1945, seule la Thaïlande est indépendante mais en une décennie presque toutes les colonies d’Asie orientale deviennent souveraines. Ce mouvement s’est nourri des fortes traditions culturelles et de « l’asiatisme », prise de conscience de la solidarité de peuples autrefois dispersés, unis dans une même opposition à la domination de la civilisation européenne. A l’Asie on ajoutera le cas du Moyen Orient, qui s’émancipe aussi à la même période.

Cette décolonisation réussie va catalyser les revendications des peuples dominés d’Afrique ; ce mouvement se nourrit de deux influences. La première est la volonté de rénovation de l’Islam. La seconde vient du mythe de l’unité arabe. Le cas est un peu différent en Afrique noire où l’africanisme s’appuie sur le souvenir des cultures précoloniales, sans pour autant déboucher sur des nationalismes au sens européen du fait des nombreuses divisions ethniques.
Document 7 : Discours d’Harrold Mac Millan, Premier Ministre du Royaume-Uni devant le Parlement sud africain, le 3 février 1960. In Public record office, Cabinet Papers.

Au 20ème siècle et particulièrement depuis la fin de la guerre, l’évolution qui a donné naissance aux Etats-nations en Europe s’est répétée dans le monde entier. Nous avons vu l’éveil de la conscience nationale dans des peuples qui avaient vécu jusque là dans la dépendance d’autres puissances. Il y a quinze ans, le mouvement se propagea à travers l’Asie. De nombreux pays, de races et de civilisations différentes, exprimèrent leur désir d’une existence nationale indépendante. Aujourd’hui, la même chose se produit en Afrique. Il prend des formes différentes selon les endroits, mais il se manifeste partout. Le vent du changement souffle à travers ce continent et, que nous le voulions ou non, ce développement de la conscience nationale est un fait politique. Nous devons l’accepter ainsi et notre politique nationale doit en tenir compte.

(…)Le monde est aujourd’hui divisé en trois groupes. Le premier constitue ce que nous appelons les puissances occidentales. Vous, en Afrique du sud et nous en Grande Bretagne, nous appartenons à ce groupe, de même que nos amis et alliés du Commonwealth. Aux Etats-Unis et en Europe, nous l’appelons le monde libre. Deuxièmement il y a les communistes, la Russie et ses satellites en Europe, et la Chine (…). Troisièmement, il y a ces parties de la planète dont les populations ne sont engagées, ni du côté communiste, ni du côté occidental.

Dans ce contexte nous devons d’abord penser à l’Asie, puis à l’Afrique. Je suis persuadé que la Grande question de cette seconde moitié du 20° siècle sera de savoir de quel côté, Est ou Ouest, se tourneront les peuples non engagés d’Asie et d’Afrique. Seront-ils dans le camp communiste ? Ou bien les expériences considérables de self-government qui ont été réalisées en Afrique et en Asie, particulièrement dans le Commonwealth, s’avèreront-elles si réussieset par leur exemple si irrésistibles, que la balance penchera du côté de la liberté, de l’ordre, et de la justice.
1-Qui prend la parole ici et dans quel but ?

1er Ministre GB ? 1ère puissance coloniale du 20° siècle, énonçant en politique extérieure la ligne de son gouvernement devant le parlement sud-africain. L’Afrique du sud est alors un dominion britannique. Il s’interroge sur le devenir politique des nations nouvellement indépendantes.

2-Comment décrit-il les formes d’émancipation de l’Asie et de l’Afrique ?

-contexte : impact de la 2°GM

-processus de décolonisation qui s’accélère, les colonies d’Asie d’abord, d’Afrique ensuite : « le vent du changement souffle »

-ex GB : l’Inde indépendante en 1947-48 qui se scinde immédiatement pour former l’Union indienne et le Pakistan. Beaucoup de pb en Malaisie en revanche.

-ex PB : Indonésie obtient l’indépendance en 1949 par la force (Soekarno)

-ex FR : Indochine indépendante au prix d’une guerre de 8 ans… (1946-54). Problématique en Afrique avec la guerre d’Algérie (54-62), négociée au Maroc et en Tunisie (1956).

3-Quelle est l’attitude des puissances coloniales ?

-contexte = GF, GB et France critiquées par les grandes puissances notamment après la crise de Suez.

-GB met en place des assemblées locales de gestion du territoire qui favorise le passage de l’émancipation à l’indépendance : le futur Ghana ( Gold Coast) est proposé comme modèle d’émancipation réussi en 1957. Les anciennes possessions britanniques conservent des relations privilégiées avec la GB dans le cadre du Commonwealth.

-de même la France propose une politique conciliante en Afrique noire avec la loi cadre Defferre de 1956 et la création de la communauté française par de Gaulle en 1960.

4-Quel nouveau contexte international se dessine et comment va-t-il évoluer ?

-contexte : rappel de la bipolarisation du monde depuis le début de la GF en 1947 : il fait allusion à la naissance d’un 3° monde entre le capitalisme et le socialisme.

-ce 1/3 Monde s’affirme au moment de la conférence de Bandoeng en 1955 et aboutit à la conférence de Belgrade en 1961 sur le non-alignement. Mais certains pays vont choisir rapidement de se faire aider par l’une des deux superpuissances. Le Pakistan est allié aux Etats-Unis, le Vietnam du nord est soutenu par l’URSS.
1-Pourquoi l’Asie est-elle le premier continent à « s’être réveillée » (R.Rémond)?
La précocité de la décolonisation asiatique pourrait laisser penser à la facilité de l’accès de ces colonies à l’indépendance ; il n’en est rien.
Les causes :

1/ culturelles : ils n’ont pas de complexe d’infériorité par rapport aux Occidentaux, car leur histoire comme leur culture est très ancienne (Chine inventeur de la poudre, du canon, du papier), une histoire très large et diverse dont ils n’ont pas perdu le souvenir.

2/politiques : on a en Asie de grands ensembles politique organisés, contrairement aux multiples ethnies africaines.

3/géopolitiques : l’Asie a été en relation avec l’Europe plus précocement.
Ce réveil a été étendu dans le temps : au Japon cela commence dès l’ère Meiji en 1868 et s’achève avec la victoire de 1905 sur les Russes ; en Chine il faut attendre le XXè siècle et la guerre des Boxers, en Inde il faut attendre 1947, près d’un siècle après la guerre des Cipayes.
L’indépendance « planifiée » de l’Inde britannique :

Partir de la carte 1 page 162 du Bréal.

Le Royaume-Uni se montre assez tôt ouvert à l’idée d’une indépendance pour les différentes parties de son empire, mais les conflits intercommunautaires entravent le processus. En 1906 le Congrès indien revendique le self rule qui n’intervient en réalité que grâce à la constitution de 1935. Néanmoins une classe politique prête à prendre la relève, totalement indigène mais occidentalisée dans ses pratiques, a été formée.En Inde, l’indépendance acceptée par la métropole aboutit à une guerre civile. Suite aux fortes revendications nationalistes et aux exigences de Gandhi ( Quit India, désobéissance civile), et dans le prolongement des réformes pragmatiques d’avant guerre, le gouvernement travailliste d’Attlee se résout à organiser l’indépendance.

Du côté indien deux conceptions s’opposent : le
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