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XVI


Pendant quelques jours, il y eut une sorte de trêve entre Michelle et son chauffeur.

Ils évitèrent toute parole inutile, aussi bien amicale qu’hostile.

De même, ils se gardaient bien d’évoquer la réception du prince Bodnitzki, comme si celle-ci leur eût laissé un mauvais souvenir.

Au lieu de les rapprocher, cet après-midi, passé en plein milieu russe, semblait les avoir tout à fait séparés.

Michelle s’efforçait de ne pas penser, de ne plus se souvenir, de bannir de sa mémoire tout ce qui pouvait se rapporter à John, à son pays, à ses amis.

Elle rêvait, son âme murée entre de hautes murailles pour ne pas voir en elle-même, ni autour d’elle. Il y avait, en son instinct, comme une crainte vertigineuse de souffrir, avec l’impression que si elle eût ouvert un œil sur la réalité, un gouffre sans limite l’eût attirée, où elle aurait roulé indéfiniment.

John devinait-il son état d’âme ? Il se faisait volontairement silencieux et distant.

Son visage, farouchement tendu vers quelque altière vision, il paraissait ne pas même s’apercevoir de la présence féminine à laquelle l’assujettissait son travail.

Il faisait, machinalement, tous les gestes indispensables à la conduite de l’auto. Ses mains, plus que son cerveau, paraissait guider le véhicule.

Il allait, s’arrêtait, repartait, accélérait, maniant le volant, les manettes, les pédales sans une hésitation, sans un geste superflu, statue mécanique dont la vie semblait absente.

Et cela dura plusieurs jours.

Un matin, Michelle dit à John :

– Nous filons sur Cherbourg. Examinez la carte et faites votre route. Il faut que nous soyons là-bas avant quatre heures.

Ils étaient partis...

Rien ne faisait prévoir, ce jour-là, qu’un petit drame s’élèverait entre eux, mettant leurs deux orgueils aux prises.

Michelle avait précisé.

– Nous déjeunerons à Lisieux.

Et quand John arrêta son auto, au milieu de la ville, entre deux hôtels de bonne apparence, rien ne vint avertir Michelle que, pour sa tranquillité morale, il valait mieux choisir l’un plutôt que l’autre.

Elle indiqua à John l’hostellerie moderne, tout simplement parce que l’endroit lui paraissait plus sélect.

Avant de pénétrer dans cet hôtel, elle le pria d’aller lui chercher quelques journaux.

Bientôt, il les lui apportait.

Michelle l’avait-elle vu venir ? Est-ce intentionnellement qu’elle attendait son retour pour choisir sa table au restaurant ?

Il devait se poser ces deux questions quelques minutes après.

Quand le jeune homme pénétra dans la salle, il entendit Michelle donner cet ordre :

– Vous dresserez mon couvert à cette table... là, au fond, près de la baie ouverte.

– Un seul couvert ?

– Oui, un seul.

Puis, aussitôt, elle demanda :

– Il y a une salle pour les gens de service, ici ?

– Oui, madame, une petite salle, auprès de la cuisine.

– Eh bien ! vous y servirez mon chauffeur.

– Bien, madame.

John, les journaux en main, s’était arrêté, interdit.

Ses yeux interrogateurs allèrent vers Michelle.

Était-ce bien de lui qu’elle venait de parler ? De lui qui l’avait introduite, quelques jours auparavant, dans son milieu ? De lui que M. Jourdan-Ferrières avait autorisé à prendre ses repas en ville ?

Mais sa muette interrogation resta en suspens ; la jeune fille ne paraissait même pas l’avoir aperçu. Dans une glace, elle rectifiait l’auréole brune de ses cheveux autour du petit chapeau cloche, où sa minuscule tête semblait enfouie.

Sans dire un mot, John alla à la table qu’elle avait retenue comme sienne, et y déposa ses journaux. Puis, tranquillement, sans un regard de plus vers sa jeune patronne, il quitta la salle.

Rêveuse, Michelle vint prendre place devant son couvert.

– Il fallait bien en arriver là, après les paroles audacieuses du grand-duc, murmura-t-elle. Maintenant, chacun de nous aura recouvré son équilibre...

Mais elle ne devait pas être très convaincue de l’utilité de son geste, car, soucieuse, elle s’accouda, la tête dans les mains, sur la table.

– Il n’a pas osé protester, mais sûrement il va être fâché durant quelques jours. Si j’avais su, je ne serais pas allée à cette fête, toute cette histoire est embêtante !

Un mécontentement contre elle-même l’accablait.

« Quel besoin avais-je de l’humilier encore ? Il est tellement orgueilleux, que ça ne va pas être fini, cette histoire-là !

À ce moment, un serveur lui changeait son assiette.

– Mon chauffeur prend-il son repas ?

– Je vais voir, madame.

Deux minutes après, l’homme revenait :

– Aucun chauffeur n’a demandé à être servi, madame.

– Bien.

Elle remarqua, songeuse :

– Il est allé ailleurs ; c’est préférable !... C’était à prévoir.

Un instant, elle espéra qu’il n’avait pas entendu ses ordres au garçon. Mais, se rappelant le regard qu’il avait eu vers elle, il lui fut impossible de conserver cette illusion.

– Bah ! nous verrons bien !

Pour distraire sa pensée, elle regarda dans la rue. Ses yeux rêveurs suivirent la foule des travailleurs, qui s’empressaient vers leurs logis.

Et, tout a coup, elle sursauta. À l’hôtel, en face, sur une terrasse, au premier, un groupe de trois personnes prenaient leurs repas.

Les yeux agrandis de stupeur, Michelle reconnaissait M. Burke, Molly et John.

Ils mangeaient à la même table, causant gaiement : la jeune Américaine avait l’air très excitée ; son père paraissait content ; quand au chauffeur, un léger sourire aux lèvres, il semblait suivre attentivement la conversation de M. Burke.

Michelle avait changé de couleur : son amie et John étaient réunis !

Seule à sa table, la fille de M. Jourdan-Ferrières se sentit soudain très malheureuse.

La gaieté des trois autres faisait ressortir son isolement. Molly et son père n’avaient pas eu peur de convier John à leur table ! Instinctivement, ils sentaient un homme bien élevé en ce jeune Russe, et ne se préoccupaient pas de sa situation sociale actuelle.

Si Michelle avait eu le même geste de générosité, elle eût eu John en face d’elle, en ce moment. Sa dignité en eût peut-être été atteinte, mais, en revanche, de quelle bonne et franche gaieté elle aurait joui durant ce repas ! Et même si son sexe et son jeune âge lui interdisaient un tel geste de familiarité, n’eût-elle pas pu tolérer la présence du jeune homme à une table éloignée de la sienne, mais dans cette même salle ?

Molly ne serait pas venue le chercher là !

C’est son orgueil, à elle, Michelle, qui avait contraint le jeune Russe à aller manger ailleurs ; c’est encore son orgueil qui avait aidé à rapprocher John de l’Américaine. Et de cela, la jeune fille s’en voulait plus que de tout.

Le rire de Molly traversait la rue et arrivait jusqu’à elle.

La fille de M. Jourdan-Ferrières songea que, de sa place, son amie devait l’apercevoir et ne riait peut-être aussi fort que parce qu’elle la voyait seule et désemparée.

Alors, elle prit un des journaux de John, l’ouvrit devant elle, et parut s’absorber dans sa lecture. Pourtant, à la dérobée, elle examinait l’autre restaurant.

Elle fit la remarque que John ne tourna pas une seule fois la tête de son côté. C’était tout à fait comme si elle n’avait pas existé pour lui.

Molly, en revanche, s’occupait beaucoup d’elle.

Alors, Michelle, énervée, s’empressa de terminer son repas.

– Vous me servirez le café au salon, ordonna-t-elle au serveur.

Et, hâtivement, elle quitta la salle pour cette dernière pièce, où John la retrouva, une demi-heure après, un journal étalé sur ses genoux et sa tasse encore pleine d’un café depuis longtemps refroidi.

Il observa le petit visage rigide, les traits tirés, le regard fixe.

Un vague sourire erra sur ses lèvres, mais il ne troubla pas la rêverie de la jeune fille et se retira sur le seuil de l’hôtel.

Pourtant, au bout d’un moment, il retourna au salon et, cette fois, s’avança vers elle.

– Mademoiselle, fit-il remarquer discrètement, l’heure avance. Pardonnez-moi de vous le faire observer, mais vous avez manifesté le désir d’être à Cherbourg avant quatre heures et il va nous falloir faire de la vitesse.

– Je vous attendais, dit-elle brièvement.

– Je suis déjà venu ici, mais vous étiez si absorbée que je n’ai pas osé attirer votre attention.

Elle se leva, avala d’un trait son café. Et, reposant la tasse, elle demanda, d’une voix sans intonation :

– M. Burke et sa fille sont déjà repartis ?

– Oui, mademoiselle, pour Trouville.

– Vous êtes allé les rejoindre, en face ?

– Pardon, j’étais déjà installé quand ils sont arrivés... Mlle Molly m’a aperçu et a dit à son père de m’inviter.

– Quelle chance ! Vous vous êtes amusé ?

– M. Burke a été parfait.

– Molly aussi est charmante, quand elle veut.

– Miss Molly est une jeune fille très originale... heureusement, elle est très naturelle et possède un cœur d’or.

Une flamme aiguë traversa les prunelles noires de la jeune millionnaire.

– Le cœur d’or de Molly, fit-elle à mi-voix, un pli ironique aux lèvres.

Et, tout haut :

– Je vois que vous appréciez beaucoup mon amie !

Les yeux gris du jeune homme se rivèrent un peu durs sur ceux de Michelle, qui évitait de le regarder.

– Si je la juge à mon point de vue personnel, miss Molly est une jeune fille charmante ; elle a toujours été très affable pour moi ! Jamais, malgré sa situation de fortune, elle n’a eu de morgue à mon égard.

Michelle ne broncha pas.

– Évidemment, reprit-elle, de sa même voix mesurée, chacun juge à son point de vue personnel : vis-à-vis de vous, Molly Burke est sans reproche !

Comme elle demeurait immobile, il mit doucement la main sur la sienne, qu’il emprisonna une seconde.

– Vous venez, mademoiselle Michelle ? Il ne faut plus traîner en route.

Pour prononcer son nom, sa voix avait parfois une si chaude intonation, qu’elle atteignait Michelle comme une véritable caresse.

– Je vous suis, répondit-elle, sans paraître avoir remarqué le ton ou le geste du jeune homme.

Elle se laissa installer dans la voiture, sans sortir de son apathie. Et John, qui avait dirigé vers elle l’angle de sa petite glace d’auto, la vit, le corps toujours rigide, le visage tendu et les yeux lointains, toute son attitude reflétant un obsédant souci.

Quand elle descendit, à Cherbourg, sur le quai où était amarré le grand transatlantique, les passagers, pour la plupart, avaient embarqué, et Michelle, une grosse botte de roses dans les bras, interrogea des yeux le pont du navire, inquiète de ne pas apercevoir son amie, Ellen Howes, qu’elle tenait à embrasser avant cette séparation définitive.

Soudain, une jeune fille s’élança vers elle, avec un cri de joie :

– Oh ! Michelle, c’était donc vrai, vous êtes venue !

– Je ne promets jamais rien sans tenir.

Bras dessus, bras dessous, elles se mirent à marcher de long en large, babillant avec volupté, heureuses de se retrouver encore une fois avant la longue séparation.

Et, tout à coup, la fille de M. Jourdan-Ferrières laissa percer son souci.

– Vous ne devineriez jamais avec qui mon chauffeur a déjeuné, à Lisieux ?

– À Lisieux ? répéta Ellen.

– Oui.

– Avec vous, peut-être ?

– Non.

– Avec Molly, alors ?

– Oui.

– Qu’est-ce qu’elle faisait, à Lisieux ?

– Elle allait à Trouville.

– Seule ?

– Non, avec M. Burke.

– Alors, le père et la fille ont invité John ?

– Et vous ?

– J’étais à un autre hôtel, en face.

– Seule, naturellement ?

– Toute seule.

– Et M. Burke et Molly ont préféré manger avec John que d’aller vous rejoindre ?

– Il paraît...

– Charmant !

– Molly est repartie pour Trouville, sans même songer à venir me saluer.

– Tout à fait délicieux !

Ellen Howes réfléchit quelques secondes, puis, doucement, elle serra contre elle le bras de sa compagne.

– Je n’aime pas beaucoup faire des potins, fit-elle avec embarras. Pourtant, il me semble que c’est mon devoir de vous prévenir.

– Une nouvelle malpropreté ? demanda Michelle, sans illusion.

– Vous allez en juger. Hier, pendant que nous étions chez Geneviève Delorme, Molly Burke a parlé longtemps à votre chauffeur.

– À quel moment ?

– L’après-midi. Rappelez-vous, l’une de nous a fait remarquer l’absence de Molly. Eh bien ! elle était venue, mais, apercevant John à la porte, elle a préféré rester avec lui plutôt que de nous rejoindre.

– Il ne m’en a pas parlé.

– Évidemment !

– Est-ce elle qui l’a raconté ?

– Non. C’est Marinette Grizet. Elle est restée en bas, avec elle, et elle a entendu une partie de la conversation. Je dois vous aviser, Michelle, que Molly n’a pas été très tendre à votre égard.

Une rougeur envahit le visage de la jeune millionnaire.

– Qu’est-ce qu’elle a dit contre moi ?

– Heu... des choses peu bienveillantes. Elle a rappelé, notamment, vos discussions avec elle, au sujet de John, et répété tous vos arguments... en les commentant à sa manière.

– Oh ! la chipie !

– Oui, ce n’est pas très amical !

– Et après cette mesquinerie ?

– Il paraît qu’elle a offert la forte somme à John pour qu’il vous quitte et aille avec elle. C’est alors que Marinette s’est éloignée. Elle ne voulait pas être mêlée à cette petite histoire.

– C’est Marinette qui vous a raconté cela ? insista Michelle.

– Après votre départ, elle l’a dit devant nous toutes. Et je ne crois pas qu’elle ait inventé quelque chose.

– Oh ! non. Tout est possible de Molly !... Alors, John connaît maintenant...

– Tout ce que vous avez dit sur lui, sur les chauffeurs, sur la valetaille ; tout le tremblement, quoi !

– Quelle rosserie ! Qu’est-ce qu’elle a pu comploter avec John, une fois Marinette partie ?

– Nous n’en savons rien... Je pense seulement qu’ils s’entendent très bien, puisqu’ils ont déjeuné ensemble aujourd’hui.

Michelle était devenue très pâle. D’un seul coup, elle avait envisagé toutes les conséquences du geste de Molly et elle ne doutait plus qu’il n’y eût un accord entre celle-ci, son père et John.

– Ce n’est plus qu’une affaire de quelques jours avant qu’il parte ; le temps de me prévenir, car il ne voudra pas me quitter sans m’avoir donné un délai suffisant pour lui trouver un remplaçant.

Cette seule perspective mit un sanglot dans sa gorge.

Ellen Howes la regarda longuement, puis, hochant la tête, elle dit, affectueusement :

– Je n’aurais pas dû vous en parler, ma petite Michelle. Je vous ai fait de la peine !

– Il vaut mieux que je sois prévenue, puisque, tôt ou tard, je l’aurais su.

Mais Ellen poursuivait son raisonnement intérieur.

– On se crée toujours trop d’illusions... l’homme va toujours du côté où il trouve son avantage ; que ce soit en affaires, en affection... et même en amour ! Son intérêt d’abord, et avant tout !

– Non ! protesta Michelle, généreusement, je ne crois pas que ce soit l’argent qui décide John à me quitter. Seulement, il est orgueilleux et si Molly a commenté mes réflexions...

Ellen Howes hocha la tête.

– Elles furent certainement rapportées dans l’intention de vous nuire... C’est d’autant plus mesquin que Molly sentait bien que vous ne les pensiez pas.

– Pardon, il me semble que je pensais tout ce que je disais.

– On dit ça, et puis quand on apprend que les paroles sont répétées, on a du chagrin.

– C’est vrai ! avoua la fille du millionnaire. Je n’ai jamais eu l’intention de faire de la peine à John.

Elle baissait la tête, affectée des proportions que pouvaient prendre ses réflexions.

Ellen l’embrassa affectueusement.

– Allons, mon petit Michon, ne vous faites pas de mauvais sang ! Si ce n’est qu’une question d’amour-propre, c’est l’affaire de quelques jours pour n’y plus penser... autrement, laissez aller les événements... En dehors de la question d’argent, vous ne comptez pas offrir à John tout ce que Molly est prête à lui donner ?

– Non... c’est évident !

– Elle veut l’épouser, dit-elle. Vous comprenez que ce garçon n’est pas assez fou pour repousser une pareille offre !

– Un chauffeur ! fit Michelle pensivement.

– Ça ne signifie rien, chez nous, quand l’homme a la valeur de John... Et puis, comme elle vous l’a dit, un jour, ce n’est pas vous qui êtes en cause, c’est elle !

– Oui, c’est elle !... elle et lui !

– Et comme vous ne pouvez pas offrir à John une compensation qui vaille ce mariage, Molly l’emportera toujours sur vous.

– Vous avez raison ! Cela n’empêche pas que Molly a des procédés...

– Que je blâme, mais que je comprends. Si elle est sincère en disant qu’il lui plaît, elle usera de tous les moyens pour le conquérir.

– Pas aux dépens d’une amie !

– Hum ! Cela est autre chose. Vous n’avez jamais aimé, vous, mon petit Michon, mais je crois que lorsqu’on est amoureux on piétine volontiers famille, amis et convenances.

– Alors, je ne le serai jamais !

Ellen la regarda à la dérobée.

– Je ne sais pas, Michelle, si je dois vous en féliciter ou vous souhaiter de ne jamais le regretter. Voyez-vous, il faut y avoir passé pour savoir ce que l’on fera. Avant ça, on ne peut faire que des suppositions.

– Oh ! je vous jure bien, Ellen...

– Chut !... Voici la cloche du départ. Elle tombe à pic pour vous empêcher de faire des serments que vous ne pourrez peut-être pas tenir plus tard. Ma petite Michelle, vous m’écrirez, vous me tiendrez au courant et n’oubliez pas que, moi, je suis sincèrement votre amie...

Et Ellen Howes, après plusieurs bons baisers à Michelle, rejoignit précipitamment ses parents, qui, du bateau, lui faisaient déjà des signes désespérés pour qu’elle vînt les rejoindre.
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