Le Grand Meaulnes d’Alain-Fournier








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Un roman célèbre… mal connu :

Le Grand Meaulnes d’Alain-Fournier



 La pagination des extraits renvoie à l’édition de référence, très utile parce qu’elle comporte notamment les brouillons du roman sous la forme de « notes préliminaires », de « plans » et d’« ébauches », mais malheureusement épuisée : Alain-Fournier, Le Grand Meaulnes, Miracles, précédé de Alain-Fournier par Jacques Rivière, texte établi et annoté par Alain Rivière et Françoise Touzan, présentation et bibliographie de Daniel Leuwers, Paris, Classiques Garnier, 1986. Toutefois les indications fournies permettront de se repérer aisément dans d’autres éditions.
Le Grand Meaulnes d’Alain-Fournier, l’un des best-sellers de notre littérature, est volontiers considéré comme un roman pour adolescents au même titre que ceux de Jules Verne ou de Saint-Exupéry, par exemple.
Mais ce n’est là qu’une apparence. Entre autres caractéristiques moins aisément perceptibles, la dégradation des éléments du roman d’aventures, le sentiment de culpabilité qui empreint le récit et l’hésitation entre deux héros possibles, l’un flamboyant, Augustin Meaulnes, l’autre introverti, François Seurel, incitent à accorder au livre une dimension existentielle qui va au-delà de ce thème bien connu qu’est la difficulté, voire l’incapacité, des jeunes à entrer dans le monde adulte. Une relecture attentive, loin d’enlever à l’œuvre son caractère séduisant, incite à y percevoir une profondeur qui en justifie davantage encore le rayonnement. C’est cet aspect méconnu que l’on se propose de mettre en lumière aujourd’hui.

  1. UN ROMAN CÉLÈBRE

Le Grand Meaulnes est un livre particulièrement prisé des Français, qui, même lorsqu’ils ne l’ont pas lu, le connaissent au moins de nom.

1.1. On peut en juger par un sondage relativement récent1
Les réponses à la question : « quel est pour vous le livre du siècle ? » ont placé en tête quatre romans : Le Petit Prince (1943) d'Antoine de Saint-Exupéry, Le Vieil Homme et la mer (1952) d'Ernest Hemingway, Le Grand Meaulnes (1913) d'Alain-Fournier et L’Étranger (1942) d'Albert Camus.
1.2. Le tirage du Livre de Poche2 vient confirmer ces résultats
Lorsque cette collection a fêté ses cinquante ans, en février 2003, elle avait diffusé 14.000 titres et près d’un milliard de volumes. Parmi les meilleures ventes, favorisées sans doute par l’institution scolaire, figuraient précisément, entre autres grands classiques de la littérature française, Le Grand Meaulnes d'Alain-Fournier et Vipère au poing (1948) d'Hervé Bazin (quatre millions d’exemplaires) ainsi que le Journal (1947) d'Anne Frank, Germinal (1885) d’Emile Zola et Thérèse Desqueyroux (1927) de François Mauriac (trois millions). Le nombre des lecteurs d’Alain-Fournier est d’autant plus grand que son roman a donné lieu à des traductions dans presque toutes les langues (la première, en suédois, remonte à 1918, soit cinq ans à peine après la publication du livre en France !).
1.3. Autre preuve de la fascination exercée par le roman : deux films lui ont été consacrés3
Isabelle Rivière, la sœur de l’écrivain, s’opposait en son temps à toute adaptation cinématographique qui ne correspondrait pas à ce qu’elle en attendait4. Elle finit par en accorder les droits au metteur en scène Jean-Gabriel Albicocco5. Le film, dont elle suivit personnellement le tournage (les jeunes comédiens l’appelaient avec affection « tante Isabelle »), sortit en 1966, avec Brigitte Fossey dans le rôle d’Yvonne de Galais, Jean Blaise, Alain Libolt et Alain Nourry, et connut un grand succès. On en trouve dans le commerce une version en DVD, accompagnée de La Fille aux yeux d’or, d’après le roman de Balzac.
Le second long métrage, qui sortira sur les écrans le 4 octobre prochain, est actuellement en cours ou en fin de tournage, les prises de vue ayant commencé en septembre dernier, d’abord en Sologne, puis en région parisienne6 ; son réalisateur est Jean-Daniel Verhaeghe ; Jean-Baptiste Meunier, le jeune acteur des Choristes, interprète François Seurel, le narrateur, et Nicolas Duvauchelle, Augustin Meaulnes, le héros éponyme7 ; font également partie de la distribution Jean-Pierre Marielle, Philippe Torreton, Emilie Dequenne, Florence Thomassin, etc.
1.4. Paradoxalement Le Grand Meaulnes n’eut pas aussitôt la consécration qu’il méritait
Achevé au début de 1913, et paru d'abord dans trois livraisons du périodique La Nouvelle Revue française (de juillet à octobre 1913), puis en volume chez l’éditeur Émile-Paul, il fut certes sélectionné pour le prix Goncourt, mais il n’obtint que 5 voix au dixième tour de scrutin (alors qu'il lui en fallait 6 pour avoir le prix), et le jury lui préféra au tour suivant Le Peuple de la mer, un roman de Marc Elder, aujourd’hui peu connu8.


  1. QUELQUES ÉCLAIRCISSEMENTS PRÉALABLES


2.1. Une vie brève 
Alain-Fournier est le demi-pseudonyme (imposé sans doute en 1907 par l’éditeur de La Grande Revue, périodique où fut publiée pour la première fois une œuvre de l’écrivain, Le Corps de la femme) d’Henri Alban Fournier.
Alain-Fournier est né le 3 octobre 1886 et mort au front, sous l’uniforme de lieutenant d’infanterie, presque en même temps que son ami Charles Péguy, au début de la Grande Guerre, le 22 septembre 1914, au sud de Verdun, dans les Hauts de Meuse. Il n'avait donc pas encore vingt-huit ans. Il avait été porté disparu avec vingt de ses compagnons d'armes. Son corps n’a été découvert que longtemps après, dans une fosse commune où les Allemands l'avaient enterré. Il a été identifié en novembre 1991 et il est maintenant inhumé dans le cimetière militaire de Saint-Rémy la Calonne (Meuse).
2.2. Une œuvre qui ne se réduit pas à un seul titre 
Contrairement à ce que ses lecteurs pensent parfois, en raison de sa mort prématurée, Alain-Fournier n’est pas seulement l’auteur du Grand Meaulnes.
Il a aussi écrit des textes en vers et en prose, réunis et publiés en 1924 sous le titre de Miracles, et ébauché une pièce de théâtre, La Maison dans la forêt, dont il ne reste que quelques répliques d’un court dialogue, et un second roman, Colombe Blanchet, dont des indications et des fragments nous font concevoir l’allure et l’économie d’ensemble9 (La Nouvelle Revue Française, 1er décembre 1922, et Colombe Blanchet Esquisse dun second roman, édition établie par Gabriella Manca, Le Cherche Midi, 1990).
On a édité, d’autre part, les lettres qu’il a envoyées à ses proches (Lettres à sa famille, 1ère édition chez Plon en 1930) et à un jeune ami, qui avait été son condisciple au lycée Lakanal, René Bichet, mort en 1911 dans des circonstances tragiques, d’une piqûre de morphine (Lettres au petit B., 1ère édition chez Émile-Paul en 1930), ainsi que sa correspondance avec son beau-frère (Correspondance Rivière-Fournier, 1ère édition en 4 volumes à la N.R.F. en 1926-1928), avec sa dernière compagne, Madame Simone (Fayard, 1992), avec ses amis André Lhote (Bordeaux, William Blake, 1986) et Charles Péguy, le grand écrivain chrétien (Correspondance Fournier-Péguy, chez Fayard en 1973).
Ses articles, chroniques et notes critiques, témoins de ses activités journalistiques ont été rassemblés en 1991 par André Guyon, aux éditions du Cherche Midi : Alain-Fournier écrivait, en effet, dans plusieurs périodiques : La Nouvelle Revue Française, La Grande Revue, LIntransigeant et Paris Journal ; il avait même été chargé dans cette dernière publication d’un courrier littéraire quotidien, ce qui constituait une innovation dans l’histoire de la presse.



2.3. Une personnalité complexe 
Il n’est pas question de revenir ici à une interprétation biographique du roman, toujours fort réductrice, surtout si l’on se souvient de la mise en garde de Jacques Rivière : « Une biographie d’Alain-Fournier, écrite du dehors, puisée ailleurs que dans ses contes et dans Le Grand Meaulnes, ne sera-t-elle pas un continuel mensonge, le récit de faits qu’il n’a pas vécus ? »
Il n’est cependant pas interdit de rappeler certains éléments propres à en éclairer l’étude.



  • L’enracinement


Alain-Fournier a déclaré un jour : « J’ai détesté Paris d’une haine de paysan ». Dans son roman, d’ailleurs, il associe les paysages urbains, de Paris ou de Bourges, à l’échec et à la solitude, que son héros cherche à retrouver Yvonne de Galais ou Valentine. Il était, en effet, très attaché à divers lieux du département du Cher, où ses parents avaient enseigné dans des écoles de campagne et où il passait régulièrement les grandes vacances, par exemple Épineuil-le-Fleuriel et La Chapelle-d’Angillon, devenue dans le roman La Ferté d’Angillon. Un exemple suffira à le montrer : une lettre à sa famille (20 mars 1905), où, exilé à Sceaux pour ses études, il évoque à la fois ses souvenirs d’école et ses souvenirs de la campagne : « Nous venions au monde là-dedans et tout notre cœur, tout notre bonheur, tout ce que nous sentons de doux et de pénible, nous avons appris à le sentir, à le connaître, dans la cour où, mélancoliques, les jeudis, nous n’entendions que les cris des coqs dans le bourg […], dans la classe où entraient avec les branches des pommiers, quand papa faisait « étude », les soirs, tout le soleil doux et tiède de cinq heures, toute la bonne odeur de la terre bêchée. »
La Sologne qu’il décrit dans son roman et qu’il qualifie de « cher pays inutile, taciturne et profond » s’étend au N.-O. du département du Cher, entre Vierzon, Salbris, Argent-sur-Sauldre et La Chapelle-d’Angillon. Le domaine des Sablonnières doit beaucoup, semble-t-il, à l’ancienne abbaye de Lorroy, dans la forêt de Saint-Palais, au nord de Bourges et à l’est de Vierzon, ainsi qu’au château de La Chapelle-d’Angillon. C’est sur les bords du Cher qu’a lieu la partie de campagne où Augustin retrouve Yvonne de Galais. Quant au nom de Meaulnes, il est emprunté, au s final près, à un village situé à 6 km d’Épineuil le-Fleuriel.
Fait curieux, avant de se tourner vers les études littéraires, Alain-Fournier avait souhaité préparer le Borda10 et il était entré en seconde au Lycée de Brest en 189811 ; c’est peut-être pour cette raison que Frantz de Galais est présenté comme « étudiant ou marin ou peut-être aspirant de marine » (1ère partie, chap. XIV, « La fête étrange (suite) », p. 216), son père comme un « vieux capitaine de vaisseau » (3e partie, chap. II, « Chez Florentin », p. 301), et que les allusions et figures de rhétorique maritimes ne sont pas rares dans un roman qui se passe pourtant dans une région on ne peut plus terrienne... On le constate dès la première page, puisque le narrateur conclut la description de la maison paternelle en ces termes : « tel est le plan sommaire de cette demeure où s’écoulèrent les jours les plus tourmentés et les plus chers de ma vie – demeure d’où partirent et où revinrent se briser, comme des vagues sur un rocher désert, nos aventures. »


  • L’amour sororal


Isabelle, sa sœur, a été pour lui, bien que sa cadette de trois ans, une confidente au cœur maternel. On retrouve dans le roman, qui lui est dédié (« À ma sœur Isabelle »), un écho de sa présence discrète. La critique considère parfois qu’elle a pu inspirer le personnage de François Seurel (dont elle avait partagé, dans sa jeunesse, les ennuis de santé). Les liens d’Alain-Fournier avec elle étaient d’autant plus étroits qu’elle avait épousé Jacques Rivière, son condisciple de khâgne12 et son ami intime depuis octobre 190313.


  • L’amitié


Elle a été l’une des grandes joies de son existence. D’abord, on vient de le voir, à partir de son adolescence, avec Jacques Rivière, dont le caractère, et parfois les goûts, étaient pourtant différents des siens. Ensuite, pendant les dernières années de sa courte vie, avec Charles Péguy (1873-1914), son aîné de treize ans, d’autant qu’Alain-Fournier, enfant pieux puis jeune homme détaché de toute pratique, s’était trouvé de nouveau attiré par la foi en lisant des œuvres de Paul Claudel (1868-1955).


  • L’amour


On connaît à l’écrivain deux liaisons marquantes. L’une, douloureuse, avec Jeanne Bruneau, une jeune modiste de la rue Chanoinesse (dans l’île de la Cité, entre le quai aux Fleurs et Notre-Dame), avec laquelle, si l’on en croit une lettre qu’il écrivit à son ami André Lhote14 en 1910, il se montra parfois cruel et qui lui a inspiré le personnage de Valentine… Blondeau. L’autre, plus heureuse puisqu’il était prévu qu’elle se conclurait par un mariage à la fin de la guerre, avec Madame Simone. Celle-ci était une comédienne (de son vrai nom Pauline Benda, 1877-1985) et elle avait épousé l’homme politique dont Alain-Fournier était devenu le secrétaire particulier : Claude Casimir-Périer, qui était le fils du Président de la République, Jean Casimir-Périer, et qui mourut au front comme son rival, quelques mois après lui.
Mais tous les critiques s’accordent pour attacher une importance capitale à son amour sublimé pour une très belle jeune fille, Yvonne de Quièvrecourt, qu’il rencontra au Cours-la-Reine, à Paris, le jour de l’Ascension 1905 et avec laquelle il eut une ardente conversation à la Pentecôte suivante. Ces rencontres restèrent sans lendemain, malgré une probable attirance réciproque, parce que Yvonne était déjà fiancée et que, lorsqu’il put la revoir huit ans plus tard, elle était mariée et mère de famille. Jacques Rivière ne les considérait pas moins comme une « aventure capitale » de la vie de son ami, qu’il évoque dans sa préface à Miracles : « Est-ce une exaspération de son attente qui la lui fit croire tout à coup comblée ? Ou bien alla-t-il instinctivement chercher un objet inaccessible qui ne pourrait le décevoir ? Ou bien la vie vint-elle réellement, comme il arrive, au devant de son imagination et lui présenta-t-elle son rêve authentiquement incarné ? » Ces allégations sont confirmées indirectement par l’intéressé lui-même : « C’était vraiment, c’est vraiment le seul être au monde qui eût pu me donner la paix et le repos » (à Jacques Rivière, 4 septembre 1913).


  • La religion


Alain-Fournier, qui s’en était éloigné, revint au catholicisme après avoir lu des œuvres de Paul Claudel, notamment Le Partage de Midi (1906), dont le thème de la femme liée au mystère du monde le bouleversa. Il connut à 23 ans une période de grande ferveur religieuse, qu’allait favoriser son amitié avec Charles Péguy, dont il dit un jour dans une lettre à Jacques Rivière (3 janvier 1913) : « Il n’y a pas eu sans doute, depuis Dostoïevski, un homme qui soit aussi clairement homme de Dieu. » On verra plus loin l’intérêt de cette référence au romancier russe, qui fait de l’inconscient de ses personnages et de leur rapport à Dieu les moteurs principaux du récit.

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