§ 6 Le chapelain-trappiste Sa correspondance








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§ 7 - L’ancien novice de Sept-Fons - Un digne supérieur

An départ de M. Langlois, M. Jean Denis Daulé, curé des Écureuils, était venu habiter sa chambre et prendre ses fonctions. Le nouveau chapelain était natif de Paris et comptait parmi ces glorieux défenseurs de la foi qui avaient émigré en 1793.

Dans sa jeunesse, M. Daulé avait voulu essayer de la vie des solitaires de Sept-Fons10. Dans un moment de ferveur, à la fin de sa ‘Philosophie’, se croyant de grandes dispositions pour la retraite, il avait quitté parents et amis pour se faire Trappiste. Mais Dieu qui l’appelait ailleurs, permit que le fond inépuisable de gaieté qui dominait dans son caractère, fut un obstacle invincible à son admission parmi ces austères religieux. A chaque nouvelle aventure qu’amenait son inexpérience, le pauvre débutant se pâmait de rire. Un jour entre autres où on l’avait envoyé au bois avec ses frères pour y couper la provision nécessaire à l’entretien du monastère, comme ils s’en revenaient tout chargés de fagots, le jeune parisien voulant prendre trop lestement le pas en descendant un coteau, roula jusqu’au bas avec sa charge, riant aux éclats, au grand scandale des graves spectateurs. C’en fut assez, le jour même, le père Abbé lui conseilla de reprendre la route de Paris, jugeant toutefois que si le trop aimable novice n’avait pas la gravité requise dans un religieux de la Trappe, il avait cette pureté de moeurs, cette tendre piété, qui font les bons prêtres et honorent l’Église. Le jeune Daulé reprit sa théologie et fut ordonné peu avant la Révolution. Il fut employé en Canada, d’abord comme missionnaire, puis comme curé, jusqu’à son installation au Monastère.

Cependant, M. Langlois adressait à son successeur, aussi bien qu’à ses anciennes filles, des lettres brûlantes d’ardeur pour la pénitence et le sacrifice, et peu s’en fallut qu’il n’entraînât le bon Père Daulé. Ce coeur si facile à émouvoir, quand il s’agissait de fidélité à l’inspiration divine, fut surtout ébranlé par la lettre suivante, qui semblait lui aplanir les principaux obstacles. Elle était en date du 15 déc. 1807.

Mon cher Chapelain,

J’ai enfin obtenu ce que je désirais depuis si longtemps... J’ai prononcé mes voeux le 21 nov. dernier ; il n’y a plus à reculer, il faut aimer jusqu’au dernier soupir la sainte pauvreté de J.C., les humiliations et le silence... Heureuse nécessité ! Quel bonheur d’être du petit nombre de ceux que Dieu appelle à la vie pénitente ! Vous avez essayé de ce genre de vie et vous paraissez désirer le tenter encore... Mais trois choses vous effrayent : le jeûne, le chant et surtout le silence ! A cela je répondrai qu’il y a à la Trappe, comme dans la maison du Père céleste, plusieurs demeures. Nous avons chez nous ce que nous appelons le Tters-ordre, nous y avons déjà un prêtre. Là, vous ne serez point obligé au jeûne : vous pourrez manger trois fois par jour et même en gras. Vous ne serez point obligé au chant de l’office, ni même au silence rigoureux... Pour pouvoir y être reçu, il faut être en état d’instruire la jeunesse dans les belles-lettres, savoir l’anglais, ou être disposé à l’apprendre. D’après cela, vous réfléchirez et vous prierez le Père des lumières. S’il vous appelle ici, il saura bien vous y conduire... Priez pour qu’aucun de ceux que Dieu appelle à suivre notre genre de vie n’ait le malheur de résister à sa volonté sainte. Malheur à celui qui se laisserait effrayer par quelque considération que ce soit ! Dieu n’est-il pas tout-puissant ?... Qui était parmi vous plus lâche, plus faible, plus immortifié que moi ? Mais, malgré ma lâcheté, ma faiblesse et toutes mes imperfections, me voilà Trappiste. Je suis la communauté et je suis heureux...

Remerciez pour moi ce Dieu de bonté et priez-le que je réponde à ses miséricordes inexprimables... Tout à vous dans les coeurs de Jésus et de Marie.

Cette lettre jeta l’ancien novice de Sept-Fons dans de grandes perplexités : qui sait si Dieu ne l’appelait pas à renouveler le sacrifice qu’il lui avait offert, vingt ans auparavant ?...

Les Ursulines, qui étaient à leur quatrième changement de directeur depuis huit ans, s’alarmèrent et réclamèrent vivement auprès de Mgr Plessis, croyant que c’était bien assez d’avoir sacrifié un chapelain à la Trappe. Nous ne savons de quel poids furent leurs représentations. Toujours est-il que le bon Père Daulé, en tout soumis à la voix de ses supérieurs, continua de se contenter de la Trappe d’un chapelain de Monastère. Il fut pendant 26 ans directeur de la communauté et des élèves. « C’était un homme d’une piété éminente, prêchant avec une onction qui portait les coeurs à Dieu ».

M. Daulé était un bon théologien que Mgr Plessis aimait à consulter. La douceur faisait le fond de son caractère. D’une ingénuité antique, il aimait tout le monde en Dieu et pour Dieu.

C’est au printemps de 1832, que M. Daulé, « devenu presque aveugle et obligé de se faire remplacer pour administrer l’extrême-onction à nos malades » obtint enfin de faire agréer sa démission. « Il quitta notre maison le 14 mai, à son grand regret et au nôtre ; vingt-six ans de résidence ici avaient formé entre le saint prêtre et cette communauté, des liens de charité qui firent couler bien des larmes. Nos pensionnaires se sont montrées très sensibles à son départ. Il a beaucoup travaillé la nuit aux dépens de sa vue, pour rédiger un nouveau recueil de cantiques, avec note, pour le diocèse, ouvrage bien adapté aux besoins et dont plusieurs morceaux sont de sa composition. »

M. Daulé se retira d’abord au presbytère de St-Roch de Québec où il continua de se rendre utile au saint ministère, surtout par la prédication et la confession. Il fut aussi quelque temps à Trois-Rivières, puis sur l’invitation du curé de Lorette, M. J. Laberge, il se rendit auprès de lui, en attendant qu’il pût occuper une maison que son ancien et dévoué serviteur (Frs. Gilbert) faisait bâtir tout exprès pour y loger et soigner son vient « Père ».

M. Dardé n’oublia jamais ses anciennes filles et souvent il venait leur chanter au parloir de ces beaux cantiques auxquels sa tendre piété prêtait des charmes si touchants. Ces chants rappelaient aux Ursulines les douces jouissances qu’elles avaient éprouvées lorsque, par de belles soirées d’été, revenant du choeur où elles avaient psalmodié les louanges divines, alors que le silence le plus solennel règnait par tout le Monastère, elles entendaient de leurs cellules la voix vibrante de leur vénérable père se mêler aux riches accords de son violon, portant jusqu’au ciel les élans de ces pieux cantiques que lui-même avait composés.

Mais à propos de ce violon qui a tant de fois réjoui le Monastère, il nous vient à l’esprit les fortes remontrances que lui valut l’innocent instrument de la part de son saint compatriote, M. de Galonne [aumônier des Ursulines des Trois-Rivières]. « Mon ami, lui écrivait-il un jour, il faut que j’ajoute une chose : je ne suis pas ennemi du délassement, lui écrivait-il, ils sont nécessaires, mais je n’aime pas votre violon… Vous me parlerez du roi David et de sainte Cécile. Un roi ! Une femme ! À la bonne heure ! Mais vous, prédicateur et directeur, remplissant toutes les autres fonctions du ministère, comment, au milieu de tant de devoirs et de bonnes œuvres, trouvez-vous le temps pour jouer du violon ? Croyez-moi mon ami, vous n’en saurez jamais assez pour faire votre partie dans les concerts des anges. N’est-ce pas assez pour vous d’être admis à y chanter de beaux cantiques ? »


1 Extrait de Les Ursulines de Québec, tome IV, p. 438-454, Presse de C. Darveau, Québec, 1866.

Document gracieusement communiqué en 2003, par Soeur Marguerite Chénard, supérieure des Ursulines de Québec. Qu’elle en soit remerciée.

L’archiviste de l’archidiocèse de Québec, P. Louis Lindsay écrivait dans un article paru dans La Nouvelle France, en 1911 : « Les anciennes élèves du "Vieux Monastère" qui ont reçu en prix l'ouvrage intitulé : Les Ursulines de Québec, doivent se rappeler l'histoire du Chapelain trappiste. Plusieurs lettres par lui adressées aux religieuses y sont reproduites et elles sont d'une lecture fort édifiante. » C’est ce chapitre que nous reproduisons ici. (Note 2003)

2 Louis Antoine Langlois, né le 25 décembre 1767 à Québec, ordonné prêtre le 14 août 1791. Il fut curé de l’Île-aux-Coudres, sur le fleuve Saint-Laurent, de 1793 à l’automne 1804. Il passa alors chez les Ursulines de Québec d’où il partit le 12 juin 1806. Il arriva à Baltimore le 3 juillet et y rencontra dom Urbain Guillet, supérieur des Trappistes aux États-Unis. Il fit profession le 21 novembre 1807 et mourut à Cahokia-Bay (Illinois), le 3 décembre 1810. (Note 2003)

3 Paroisse à 20 lieues en aval de Québec, en face de Baie Saint-Paul.

4 A son départ de l’Île-aux-Coudres, M. Langlois avant emmené avec lui un jeune homme, nommé François Leclerc voué à Dieu dès son enfance et qui le suivit plutôt en qualité de donné que de domestique. Il retourna à l’Île-aux-Coudres, y mena une vie très austère et fit l’édification des paroissiens. Il devint aveugle et vécu plus de 87 ans.

5 Né le 13 février1764, Dom Urbain Guillet avait alors 42 ans. (Note 2003)

6 L’adversité des Ursulines de Trois-Rivières est l’incendie de leur Monastère en octobre 1806. (Note 2003)

7 Écrite le 15 déc. 1807, cette lettre ne fut reçue qu’à l’Ascension de l’année suivante : les communications semblent avoir été difficiles.

8 Ce projet n’eut pas de suite. Les pérégrinations des Trappistes nous donnent une idée des misères qu’essuyèrent les Ordres religieux, lors de la Révolution française. Chassés de France, les Trappistes errèrent d’abord à travers l’Europe de 1791 à 1800, tentant successivement de s’établir en Suisse, en Bavière, en Autriche. Pierre 1er de Russie leur offrit un asile en considération de la petite-fille de Louis XV, la princesse Louise-Adélaïde de Condé, qui s’était faite trappistine. Force leur fut bientôt de laisser la Russie et de se retirer en Prusse (en 1800). Enfin, une colonie partie sous le R. P. Urbain Guillet arrivait à Baltimore en 1803, séjournait quelque temps en Pennsylvanie, puis s’arrêtait au Kentucky en 1805. Elle se transporta dans les environs de Saint-Louis, au confluent du Mississipi et du Missouri, en 1809, construisit un monastère à Cahokia-Bay mais en partit en 1813. A cette époque, dom Augustin (Louis Henri de Lestrange qui, à sa nomination comme coadjuteur à l’Archevêque de Vienne en 1780, s’était fait Trappiste dans le monastère près de Mortagne, fondé par les moines de Cîteaux en 1140, et réformé par l’abbé de Rancé en 1664) ; dom Augustin avait obtenu de rentrer en France. L’Empereur ayant attaqué l’Église, les Trappistes retirèrent leur serment de fidélité et tous leurs monastères en France furent fermés en 1811. Trois ans plus tard, dom Augustin arrivait à New-York et rappelait auprès de lui le P. Urbain et le P. Vincent de Paul Merle. Ce dernier, supérieur de la maison de Bordeaux, était passé à Baltimore en 1810. A la Restauration, dom Augustin pensa à rendre à la France l’Ordre de St Bernard. Le P. Vincent, resté à New-York avec quelques religieux pour terminer des affaires fut accidentellement laissé sur le rivage au départ de la dernière colonie. Les Annales disent que dans l’été de 1821, le P. Vincent tentait un établissement de son Ordre en Canada. « Ce bon religieux a l’air très mortifié ; il est fort maigre, mais en même temps il est très gai et agréable en conversation. Il nous a plusieurs fois dit la sainte messe et nous a édifiées d’un beau sermon sur l’amour de Dieu. Ses démarches pour l’établissement d’une maison près de Halifax n’ont pas réussi, cependant il ne se décourage pas. Il a amené trois pauvres Acadiennes très vertueuses, décidées à se consacrer à Dieu pour enseigner le catéchisme en cet endroit. Elles sont chez nos Soeurs de la Congrégation à Montréal pour apprendre à lire, ces dames s’étant généreusement offertes à cette excellente rouvre. » En 1841, notre communauté donnait £12 au R.P. François, religieux trappiste de Tracadie. En 1862, une petite colonie de ces célèbres pénitents, les uns de Tracadie, les autres d’une communauté en Belgique, est venue sanctifier la solitude du canton (township) Langevin, situé à environ vingt lieues au sud-est de Québec. Grâces à l’encouragement des autorités ecclésiastiques, le Rév. P. André, aidé du concours généreux de M. Edmond Langevin, secrétaire du diocèse, et de MM. les curés L. T. Bernard et L. Rousseau, a pu en mai 1862, acquérir 800 acres de terre en bois debout. Aujourd’hui, il y 150 acres de cette terre en culture et au jour de Pâques (1866) on a bénit une église de 80 x 27 pieds, avec un cloître tout autour. Le personnel du Monastère dont le R.P. François est le prieur, se compose de 2 prêtres, 6 frères de choeur, 2 novices et 2 postulants canadiens et de 8 frères lais. Un grand nombre de familles se portent maintenant sur ce nouveau débouché offert à la colonisation.

9 Dans les environs de Saint-Louis, à Florissant, au sud, puis Cahokia-Bay, à l’ouest. (Note 2003)

10 Abbaye cistercienne de Sept-Fons (Allier, France), réformée par dom Eustache de Beaufort en même temps que celle de la Trappe par l’abbé de Rancé, en 1664. Ces deux communautés furent très ferventes jusqu’à la Révolution et furent les plus nombreuses de France. Dom Jalloutz abbé de 1758 à 1788 fit accepter par sa communauté de Sept-Fons une nouvelle réforme plus rigoureuse. (Note 2003)
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