Une pièce d’Eric Beauvillain








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Lavart : Ah ! Bon ?

Dalmasine : Oui. Vous avez le regard des grands hommes : Napoléon, Charlemagne, Jules César…

Lavart : Ah ! Oui… Mais on ne sait pas trop comment ils regardaient, n’est-ce pas… Ils sont tous morts…

Dalmasine : Des vivants aussi ! Bien sûr ! Vous avez le regard de… De… (pour elle :) De quel bord politique est-il celui-là, que je ne fasse pas de gaffe… (haut :) De…

Lavart : De ?

Dalmasine : Vous avez le regard de messieurs Chirac et Mitterrand !

Lavart : Ah ! Bon ? Mais plus lequel ?

Dalmasine : Plus… Un œil de chaque.

Lavart : Ah ! Bon ? Un œil de chaque ?

Dalmasine : Oui. Ça vous permet d’avoir deux avis différents et de prendre la meilleure décision.

Lavart : Ah ! Bon…

Dalmasine : Oui. Car vous êtes homme à prendre les bonnes décisions.

Lavart : Vous me l’avez déjà dit, oui…

Dalmasine : Mais c’est parce que vous avez vraiment une tête à prendre des bonnes décisions. Ça se voit. Je ne juge pas, mais là, vraiment, pour les bonnes décisions, il n’y a pas meilleure tête… Je vais chercher…
Dalmasine sort.
Lavart : Elle est étrange… Je suis dans un couvent ou un asile, moi ? Parce que bien sûr, je prends de bonnes décisions, sinon je ne serais pas maire… Mais ça se voit à ce point ? Sûrement… Une belle allure, une bonne tête, qui prend de bonnes décisions… Ces sœurs ne peuvent pas se tromper… Oui, je suis bien dans un couvent. Un bon couvent.

9.

Brunhilde entre.
Lavart : Et je prends les bonnes décisions.

Brunhilde (pour elle) : Oh ! Là, là, c’est à moi, c’est à moi, j’ai le trac… J’ai les mains moites, ça y est…

Lavart : Ah ! Pardon, je n’avais pas fait attention que quelqu'un était entré… Parce que je venais voir mère Adénaïse, n’est-ce pas. Mais je crois que je verrai d’abord toutes les sœurs…

Brunhilde (pour elle) : Allez, c’est le premier pas qui coûte… (à Lavart :) Bien sûr, je vais la chercher.
Brunhilde va pour sortir.
Lavart : Je crois qu’on est déjà parti la prévenir…
Brunhilde s’est arrêtée.
Brunhilde : Ah… (pour elle :) Bon… Ben il va falloir que je m’y mette alors… ( à Lavart :) Dîtes… Vous êtes le maire ?

Lavart : Oui, c’est moi.

Brunhilde : Ah ! Je comprends mieux… Je vous entendais dire que vous preniez les bonnes décisions… Mais si vous êtes le maire, bien sûr, là, je suis d’accord…

Lavart : Vous êtes d’accord avec mes choix ?

Brunhilde (pour elle) : Je ne vais jamais m’en sortir ! ( à Lavart :) Oh ! Oui ! Avec tout ce que vous avez fait !

Lavart : Je suis flatté. Mais par exemple ?

Brunhilde (pour elle) : Et voilà ! Je suis coincée ! ( à Lavart :) Par exemple ? Par exemple, ce que vous avez créé, là…

Lavart : J’ai créé quelque chose, moi ?

Brunhilde : Oui, le… La… (pour elle :) Qu’est-ce qu’il a bien pu créer ce gugusse-là ! ( à Lavart :) La place, là… Le… Le bâtiment… (pour elle :) Il a quand même bien créé quelque chose ! ( à Lavart :) Le parc… Monument… Trottoir… (pour elle :) Je suis fichue ! Grillé ! ( à Lavart :) Le… Ah ! C’est idiot, je ne trouve plus le mot ! Vous avez bien fait quelque chose pour la ville ?

Lavart : Oui… J’ai installé des parcmètres rue Micheton…

Brunhilde : Voilà ! C’est ça ! J’ai adoré ! (pour elle :) Je m’enfonce, là, je m’enfonce ! Je ne m’en sortirai pas !

Lavart : Vous avez adoré mes parcmètres ?

Brunhilde : Oui ! Quelle… Quelle… Quelle… Qu’ils sont beaux !

Lavart : Ils sont beaux ? Mais ce sont les mêmes que dans le reste de la France…

Brunhilde : Oui, mais ils… Ils… (pour elle :) Une idée, mon Dieu ! Une idée ! C’est aussi pour vous qu’on le fait ! ( à Lavart :) Ils se fondent tellement bien dans le décor ! (pour elle :) J’aurais préféré une autre idée, Seigneur…

Lavart : Ah ! Bon ?

Brunhilde : Oui, ils… Il en fallait en ville et c’était la meilleure rue pour en mettre et … (pour elle :) Et personne ne vient… ( à Lavart :) Et… Et ils sont bien alignés et ils sont bien propres et brillants et… Et solide, et… Et excusez-moi, il faut que j’aille prendre ma température, c’est l’heure…
Brunhilde sort.
Lavart : Eh ! Bien, elle est bizarre aussi celle-ci… En tout cas, je suis content de trouver enfin quelqu'un qui aime mes parcmètres. Ils sont très bien dans ce couvent…
10.

Adénaïse entre.
Adénaïse : Ah ! Monsieur le maire ! Tout le monde me prévient de votre visite ! C’est un si grand honneur que tout le monde veut le dire… Et moi, j’arrive, j’accours, mais vous m’avez attendue ! Un homme de votre importance, de votre envergure, de votre… De votre… De votre taille… Non… Oh ! J’en perds mes mots tant je suis confuse, honteuse, désespérée de ne pas être venue plus vite alors que vous nous faites la joie, le privilège, le, le, le…

Lavart : Calmez-vous, ma sœur.

Adénaïse : Mère.

Lavart : Monsieur le maire… On dit « Monsieur le maire », pas « maire ».

Adénaïse : Non, ma mère. Je voulais dire, moi, c’est ma mère. Enfin, votre mère. Mon maire. Enfin monsieur le maire…

Lavart : Oui… N’est-ce pas…

Adénaïse : Bref. Je suis contente que vous soyez là car une menace terrible va s’abattre sur votre ville !

Lavart : Ah ! Bon ?

Adénaïse : Oui ! A côté, le déluge, Sodome et Gomorrhe, c’était des querelles de cour de récré !

Lavart : A ce point ?

Adénaïse : C’est terrible, mon père, ma mère, mon maire, rha ! C’est terrible, voulais-je dire ! Un blasphème tel qu’on n’en a plus vu depuis les croisades, les guerres de religion !

Lavart : Vous m’inquiétez…

Adénaïse : Tant mieux ! Car vous êtes le seul à pouvoir sauver la situation ! Vous serez connu comme le sauveur de notre couvent, admiré par tous les catholiques, choyé par le Vatican lui-même, vénéré de… (Pour elle :) Oh là, doucement, je m’emballe, là…

Lavart : Mais que se passe-t-il ?

Adénaïse : On veut raser notre couvent, monsieur mon maire, mon maire monsieur, mon monsieur maire, rha ! On veut nous raser gratis, vous dis-je ! On veut nous éparpiller, nous ratiboiser, nous faire retourner à la poussière !

Lavart : Mais comment ?

Adénaïse : Par un fallacieux prétexte, un homme s’est approprié notre couvent et veut le détruire !

Lavart : Mais, mais, mais que voulez-vous que j’y fasse ?

Adénaïse : Vous pouvez tout stopper ! Vous êtes le maire, non ? Grand ! Fort ! Puissant ! Vous voulez qu’on se souvienne de vous comme celui qui aura participé au parjure contre le Seigneur ? Vous voulez être refoulé du Paradis ? Maudit pour le reste de votre vie ?

Lavart : Non, bien sûr…

Adénaïse : Ou alors être dans les petits papiers de Saint Pierre, avoir une salle à votre nom ici pour l’éternité, que l’on dise une messe pour vous gratuitement ?

Lavart : Oui, bien sûr, à choisir…

Adénaïse : Je ne voudrais pas vous influencer, comprenez-moi bien…

Lavart : Je comprends bien…

Adénaïse : Mais si vous vouliez une occasion de bien faire, ne cherchez plus ! Elle est là.

Lavart : Ah ! Bon ? Déjà ?

Adénaïse : Oui ! Le vil propriétaire, l’homme infâme, l’ignoble personnage qui vous entraînera à sa suite sur la pente de la déchéance si vous ne faites rien va entrer d’un instant à l’autre.

Lavart : Ah ! Bon ? Mais c’est que je ne sais pas si je suis prêt, moi, n’est-ce pas ?! Et puis ça peut être dangereux… Il est grand ?

Adénaïse : Vous allez voir : le voilà !
11.

Gilbert entre avec un couteau.
Gilbert : Ma mère. C’est pas vrai ! Il y en a encore un !

Lavart : Ah ! Mais si, il est dangereux !

Gilbert : Et comment ça va être, celui-là ? Mon père, mon fils, frère, cousin, neveu, voisin ? Finalement, c’est pas plus simple chez les garçons…

Adénaïse : C’est votre maire, voyons !

Gilbert : Ma mère…

Adénaïse : Non, votre maire.

Gilbert : Ma mère ?

Adénaïse : MON maire ! Vous allez me rendre folle !

Gilbert : Ça existe, ça ? Ils ne savent plus quoi inventer…

Lavart : Je ne suis pas là, moi, je ne suis pas là…

Adénaïse : Rha ! On s’en fiche, ce n’est pas le moment !
Adénaïse sort Gilbert qui, bien sûr, rentre quand elle a tourné le dos.
Adénaïse : Il est très gentil en fait…

Gilbert : Non, parce que le kangourou, là, qui saute partout… Il ne veut pas que je coupe de viande sous prétexte que bientôt, je serai un restaurant bio. Vous le saviez ?

Adénaïse : Oui, non, ça ne fait rien, on arrange ça.
Adénaïse sort Gilbert…
Lavart : C’est le cuisinier ?

Adénaïse : Oui.
qui revient.
Gilbert : Moi, je veux bien, mais déjà hier vous m’aviez dit que vous arrangiez et ça empire…

Adénaïse : D’accord, d’accord… Faites-nous des légumes pour aujourd’hui, ça ira et on aura une chance que ce soit léger… Maintenant, laissez-nous, on attend quelqu'un.

Gilbert : Y’a pas de Bon Dieu pour les cuisiniers… Si je puis me permettre…
Gilbert sort.
Lavart : Heureusement que ce n’était pas celui-là ! J’en préférerais un autre… Plus petit… Moins armé…

Adénaïse : Vous prendrez ce qu’il y a, hein… D’ailleurs, je l’entends arriver, ce devrait être lui cette fois-ci. Je vous laisse faire au mieux.
Adénaïse sort.
Lavart : Dans quoi me suis-je encore engagé, moi…
12.
Haysterningenn et Issenlieu entrent.
Haysterningenn : Et un parking à sept niveaux ! De plus en plus petits avec la hauteur. On trouvera bien une signification religieuse au tout pour rester dans le ton… Important, le ton. Et bien sûr, plus on monte, plus c’est cher. On est plus proche du ciel et une belle vue, ça se paye !

Issenlieu : Excellent ! Formidable ! Enfin cet endroit sordide va devenir quelque chose de grandiose.

Lavart : Je ne suis pas sûr.

Issenlieu : Vous êtes qui, vous ?

Lavart : Mais enfin, voyons, je suis le maire !

Haysterningenn : Il me perturbe, celui-là… Je sens des ondes néfastes…

Issenlieu : Bon, mettons, le maire… Et alors ?

Lavart : Alors je m’oppose à la destruction du couvent, n’est-ce pas. Outre que ce serait un blasphème, un affront fait directement à Dieu et que je ne tiens pas à le voir grossir le rang de mes opposants, cela va dévisager le paysage de notre ville. Il faut savoir que nos concitoyens n’aiment pas trop que l’on change leur environnement, n’est-ce pas. Tenez, moi, j’ai essayé en installant des parcmètres. Ils ont beau être très jolis et parfaitement alignés – on me l’a encore confirmé récemment – eh ! Bien, cela ne leur a pas plu, n’est-ce pas ? J’ai reçu des lettres de protestation. Alors vous pensez, si c’est pour leur changer l’architecture de tout un quartier, non. Je vais me faire jeter. Je suis là pour protéger leurs intérêts et s’ils tiennent à leur calme, à leurs habitudes, à leur décor séculaire, je ne serai pas celui qui les en privera. D’autant que vos travaux, là, c’est bien joli, mais ça va durer longtemps, ça va m’entraîner des perturbations dans la circulation, des rues barrées, de la poussière, du bruit, du va-et-vient incessant. Je vais crouler sous le courrier, on va être obligé de répondre à tout le monde, ce qui va nous faire un surcroît de travail alors non, n’est-ce pas. C’est inenvisageable. Je m’oppose farouchement à la destruction de ce couvent. C’est la décision de la municipalité et elle est irrévocable, n’est-ce pas.

Issenlieu : Ça y est ? C’est fini ?

Haysterningenn : Je l’avais dit : ondes néfastes ! Je suis en train de perdre toutes mes idées ! Pfuiiiit ! Faites-le sortir d’ici !

Issenlieu : Bon, eh… D’accord, je ne nie pas tout ce que vous avez dit. Ça va prendre du temps, causer des désagréments… Mais aussi créer des emplois ! Vous imaginez tous les ouvriers que l’on va embaucher dans votre ville ? Et les commerces qu’on va ouvrir ensuite ? Non content de créer des emplois stables et durables, vous imaginez la taxe professionnelle que vous allez percevoir ?

Lavart : La… La taxe professionnelle ?

Issenlieu : Des milliers d’euros chaque année ! Sans rien avoir à faire !

Lavart : Evidemment, vu sous cet angle…

Haysterningenn : Ça y est ! Les bonnes ondes reviennent ! Oh ! J’ai une idée qui arrive, elle est là, elle vient, je la cerne… Oui ! Un casino ! On va ajouter un coin casino ! Alors là, un casino, c’est pactole ! C’est Eldorado ! De l’argent qui coule à flot ! Richesse ! Dorures ! Oh ! Que ça va être beau !

Lavart : Un casino… Sur un ancien couvent ?

Issenlieu : Il vous le dit, c’est pactole ! Pensez à tous les travaux que vous allez pouvoir effectuer avec cet argent ! Refaire les routes, rénover, innover… Là, c’est sûr, vos contribuables vous mangent dans la main ! Vous êtes réélu d’office pour cinq mandats !

Lavart : Bien sûr, je n’avais pas envisagé la chose comme ça, n’est-ce pas… Forcément, ça change tout… Oui, si ce sont mes concitoyens qui peuvent récolter les bienfaits de ces travaux, je suis plutôt pour… D’autant que… Honnêtement… Qu’est-ce qu’il a rapporté aux habitants de la ville, ce couvent ?

Issenlieu : Rien !

Haysterningenn : Et puis il est inesthétique, anti-moderne ! On est dans le nouveau millénaire, tout de même !

Lavart : C’est vrai. Je suis tout à fait d’accord et je vous donne mon aval. Ce couvent sera rasé. C’est la décision de la municipalité et elle est irrévocable.

Issenlieu : Bravo !

Haysterningenn : Ça y est ! Les idées affluent !

Lavart : Vous… Vous préviendrez la mère supérieure. Je ne voudrais pas… Qu’elle ne pense pas que… Enfin, on m’attend, n’est-ce pas. Vous lui direz.

Issenlieu : Je m’en fais une joie.

Lavart : Messieurs…
Lavart sort.
13.
Issenlieu : Ah ! Elles ont cru m’avoir ! Mais elles ne savent pas à qui elles ont à faire !

Haysterningenn : S’opposer à la Création ! Pour des religieuses…
Adénaïse entre.
Adénaïse : Aha ! Vous faites moins les malins, maintenant, hein ?

Issenlieu : Nous ?

Haysterningenn : Je n’ai jamais fait le malin de ma vie, moi, madame, ma sœur, ma mère…

Adénaïse : Vous avez trouvé à qui parler !

Issenlieu : Au maire, oui…

Haysterningenn : Je suis un artiste sculptural, moi, ma mère, madame, ma sœur…

Adénaïse : Vous avez vu de quel bois je me chauffe…

Issenlieu : J’ai vu.

Haysterningenn : Comment on doit vous appeler, d’abord ?

Issenlieu : Sauf que l’on n’est plus au temps du chauffage au bois. J’ai le chauffage central, moi !
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