Une pièce d’Eric Beauvillain








télécharger 427.46 Kb.
titreUne pièce d’Eric Beauvillain
page5/11
date de publication07.02.2018
taille427.46 Kb.
typeDocumentos
l.21-bal.com > loi > Documentos
1   2   3   4   5   6   7   8   9   10   11

Cunégonde : Mon Dieu ! Je porte malheur, je le savais !

Adénaïse : Ah ! Mais ça va bien avec ça, vous, hein ! Puisqu’on vous dit que vous ne portez pas malheur ! Et puis c’était il y a longtemps, vous n’étiez pas là. N’allez pas vous accuser des catastrophes passées, sans quoi vous n’avez pas fini…

Cunégonde : Oui, vous… Vous avez raison…

Adénaïse : C’est une très belle histoire, mon père.

Jean : Soixante-seize morts…

Adénaïse : Oui, enfin, je veux dire, bien raconté et tout, mais nous n’avons toujours pas l’explication attendue.

Cunégonde : C’est vrai : que sont devenues les quatre sœurs survivantes ?

Jean : Et l’homme de main ! Car il les avait gantées, les mains, et il s’en est sorti. Si l’on peut dire…
Père Jean regarde Figolin pour montrer ce qu’est devenu l’homme de main…
Figolin : Je me souviens ! L’éclair ! Boum ! Et puis vlouf ! Partout ! Des petits feux de Bengale… Ce que c’était joli…

Cunégonde : Ah ! C’est pour ça que…

Adénaïse : Voilà pourquoi il est intenable les quatorze juillet…

Figolin : On pourra recommencer, ma mère ?

Adénaïse : Ah ! Non, hein ! Sage, Figolin ! On ne rigole pas avec ces choses-là !

Jean : Toujours est-il que l’évêché fut fort ennuyé… Pensez : un couvent pour quatre sœurs… C’était beaucoup de frais pour peu de monde. Et puis repeupler un couvent… Les jeunes filles voulant devenir sœur n’était déjà plus légion à l’époque… C’est là qu’est arrivé Issenlieu. En bienfaiteur, il a proposé de devenir propriétaire du couvent, d’en gérer tous les frais financier en assurant que rien ne changerait, les sœurs pourraient continuer à vivre ici en toute sérénité. L’évêché sauta sur l’occasion et accepta de lui vendre pour une somme tout de même substantielle, il n’y a pas de petit profit… Les sœurs sont restées et sont mortes ici pour la plupart. Vous êtes arrivées au fur et à mesure quant à vous. Figolin, lui, semblant avoir reçu l’illumination après son coup de foudre, voulut devenir électricien…

Figolin : Oui ! Je me souviens ! Electricien ! Pif ! Paf ! Pouf ! Des feux de Bengale !

Jean : Oui, oui… Gentil, Figolin… Gentil… Bon Figolin, ça… Issenlieu trouvant la chose risquée a décidé de l’embaucher pour rester au couvent. Cela évitait de le laisser traîner dans la nature. Il est salarié à rester là, sans rien avoir à faire… Issenlieu étant mort, c’est bien son fils qui hérite de tout et peut faire ce qu’il veut du couvent, aucune clause ou contrat l’obligeant à le garder en état… Vous savez tout…

Adénaïse : Quelle histoire !

Cunégonde : C’est dramatique ! Qu’allons-nous devenir ?
5.

Brunhilde, Dalmasine et Elédéanne entrent.
Brunhilde : Seigneur Dieu ! Quelle aventure ! J’ai cru mourir ! Enfermée dans ces toilettes… Je crois que je suis claustrophobe.

Dalmasine : Merci, sœur Cunégonde, d’avoir été chercher sœur Elédéanne. Sans votre aide, je ne sais comment je m’en serais sortie…

Cunégonde : C’est naturel…

Brunhilde : N’allez pas croire que je ne voulais pas de vous, sœur Cunégonde, parce que vous… Vous… Vous… Mais je connais tellement mieux sœur Dalmasine que je préférais que ce fût elle qui reste.

Cunégonde : Je comprends…

Adénaïse : Comment avez-vous résolu le problème, sœur Elédéanne ? Pas trop de casse ?

Elédéanne : j’ai d’abord tenté de le convaincre mais il ne voulait rien entendre. J’ai alors eu l’idée qu’il fallait : je lui ai dit que si personne ne pouvait entrer ou sortir de ses magasins de luxe, ils ne feraient jamais d’affaire…

Adénaïse : Voilà qui est ingénieux ! Bravo !

Elédéanne : Seulement, il n’a jamais voulu déclouer sa planche. Il a cassé la porte au bas pour pratiquer une ouverture… Il faut ramper pour entrer ou sortir des toilettes, l’ouverture restant de fait ouverte.

Adénaïse : Ah ! Ben ça va être pratique pour aller aux toilettes, tiens…

Brunhilde : Et puis dangereux ! Je me suis cognée en sortant. Je suis sûre que j’ai une fracture du crâne.

Elédéanne : Et alors ? Pour notre couvent ? Où en est-on ?

Adénaïse : Je crains qu’Issenlieu soit dans ses droits… Il nous faudra partir…

Elédéanne : Quoi !?

Dalmasine : C’est terrible !

Brunhilde : Je m’étais habituée à ce lieu, moi, à vous ! Découvrir un autre couvent, d’autres sœurs… Rien que d’y penser, j’en ai des palpitations !

Cunégonde : Non ! Nous ne partirons pas !

Adénaïse : Comment voulez-vous faire ?

Cunégonde : Je suis bien, ici. Malgré tous ces évènements. Vous m’avez bien accueillie, vous ne croyez pas que je porte malchance comme le pensaient tous ceux où je suis allée avant, vous m’avez adoptée… Je me sens enfin en paix. Je ne veux pas quitter cet endroit. Si l’on devait partir, cela prouverait bien que je porte malheur ! Je ne veux pas ! On doit se battre pour rester !

Dalmasine : Elle a raison !

Elédéanne : Oui ; ça, c’est parlé !

Brunhilde : Bravo, sœur Cunégonde !

Adénaïse : Se battre, se battre… C’est bien joli, mais je ne me vois pas aller boxer notre nouveau propriétaire… Vous avez une idée ?

Figolin : On électrifie tout ! Pif ! Paf ! En feu de Bengale, le proprio !

Dalmasine : Figolin ?

Elédéanne : Qu’est-ce qui lui arrive à celui-là ?

Adénaïse : On vous expliquera.

Jean : Mes filles, mes filles… Je pense avoir la solution. La seule personne qui me semble pouvoir interdire la démolition est le maire de la ville. Je pense qu’il n’y a que lui qui puisse intervenir et j’ai d’ailleurs pris sur moi de le faire venir. Il ne devrait plus tarder…

Adénaïse : Merci, mon père. Heureusement que vous êtes là ! Je vais lui expliquer la situation.
Figolin semble entendre quelque chose et sort.
Adénaïse : Qu’est-ce qu’il a encore senti cet animal là ?

Cunégonde : Attendez ! On ne peut pas voir le maire comme ça…

Adénaïse : Quoi ? Vous vouliez que l’on se batte, non ?

Cunégonde : Oui, mais il vaut mieux préparer la rencontre…

Adénaïse : Vous voulez qu’on lui fasse une haie d’honneur ?

Cunégonde : Non… L’année où j’ai vendu des skis, mon patron m’avait expliqué la technique d’accroche.

Adénaïse : Qu’est-ce que c’est encore que ça ?

Cunégonde : Il flattait le client sur ce qu’il pouvait, l’allure, la sportivité visible, sur le fait que le client était indéniablement meilleur et plus malin que les autres. Une fois qu’il avait fait gonfler son ego, il lui proposait le meilleur matériel en lui assurant que c’était exactement ce qu’il lui fallait. Et neuf fois sur dix, il parvenait à vendre les skis les plus chers avec une ribambelle d’accessoires inutiles !

Adénaïse : La belle affaire… On ne vend ni ski ni accessoire, nous…

Dalmasine : Je crois que ce que sœur Cunégonde veut dire, c’est que nous devons l’amadouer.

Elédéanne : Oui : lui dire que nous l’admirons, qu’il est très bien… Le mettre de notre côté, en somme.

Cunégonde : Voilà.

Adénaïse : Mentir ? Je ne sais pas si c’est la meilleure solution…

Brunhilde : Nous allons finir en Enfer !

Jean : Aux grands mots, les grands remèdes… Les voies du Seigneur étant impénétrables, il faut la creuser… Si c’était l’ancien maire qui était venu, j’aurai pu vous dire comment l’aborder. Avec tout ce qu’il m’a raconté en confession, j’avais parfois l’impression d’être le maire en personne… D’ailleurs, je peux vous assurer que maire, c’est vraiment un sale boulot… On en arrive à un point, parfois… Bref, pour celui-là, je ne peux pas vous aider.

Adénaïse : Bon, mais alors, concrètement, qu’est-ce qu’on fait ?

Cunégonde : Nous venons le voir chacune notre tour pour le flatter et mère Adénaïse vient à la fin pour l’achever. Il faut de la tendresse et de l’admiration pour le mettre en condition.

Brunhilde : Oh ! Là, là, je n’aime pas ça…

Elédéanne : Sœur Cunégonde a raison ! Il faut donner de notre personne pour sauver le couvent ! Je me suis déjà déguisée en bouteille, je n’en suis plus à ça prêt…

Dalmasine : Quand Figolin est parti… Ce ne serait pas pour ouvrir au maire, par hasard ?

Adénaïse : Mais bien sûr ! Il a du entendre cette sonnette que personne n’entend à part lui ! Vite ! En position !
Panique. Tout le monde sort.
6.

Figolin et Lavart entrent.
Lavart : Puisque je vous dit que je ne suis pas inflammable et que je ne viens pas du Bengale !

Figolin : Mais peut-être qu’avec de la foudre, je pourrais essayer ?

Lavart : Je suis venu voir mère Adénaïse, vous êtes au courant ?

Figolin : Courant ! 220 Volts ! Mille Volts ! Plein de courant !

Lavart : J’ai du faire une erreur. Je repasserai.

Figolin : Vous savez qu’hier, j’ai trouvé une fourmi ?

Lavart : C’est formidable. Laissez-moi passer.

Figolin : Comment on fait pour savoir si c’est un garçon fourmi ou une fille fourmi ? Je n’arrive pas à voir…

Lavart : Eh ! Bien, je… Comment diable le saurais-je ?

Figolin : Oh ! Pas diable ! Pas diable !

Lavart : Oui, le… Le terme était mal choisi…
Elédéanne entre.
Elédéanne (pour elle ) : Ah ! Figolin ! Il va tout fiche par terre, celui-là ! ( à Figolin :) Ah ! Figolin ! Je… Je crois que votre fourmi s’est échappée… J’ai entendu sœur Brunhilde tenter de l’écraser… Vous devriez aller voir…

Figolin : Ma fourmi !
Figolin sort.
Lavart : Je suis venu voir mère Adénaïse. Pourriez-vous m’annoncer ? Je suis monsieur Lavart, le maire, n’est-ce pas.

Elédéanne : Bien sûr… Mais quelle prestance vous avez !

Lavart : Plaît-il ?

Elédéanne : Vous êtes là, tout droit, fier… On devine l’homme fort, l’homme de caractère, mais en même temps, sensible, doux, attentionné… Je me trompe ?

Lavart : Non… C’est vrai que… Ça me ressemble assez…

Elédéanne : Vous avez une présence si forte ! Une allure ! Une classe !

Lavart : C’est parce que je m’entretiens, n’est-ce pas…

Elédéanne (pour elle ) : Ça suffit, ça ? Oh ! Allez, je rajoute une louche. (à Lavart :) J’y pense… On envisage de changer le corps du Christ. En vain… Je veux dire, on n’y arrive pas… Pas l’hostie, hein ? La représentation sur la croix. La moderniser… Un peu comme ils font avec les Marianne… Vous avez un corps si charismatique… On en mangerait ! Je veux dire… Vous auriez toutes vos chances… Vous feriez un bon modèle, quoi… Voilà, voilà… (pour elle :) Ça devrait aller, là… (à Lavart :) Pensez-y…
Elédéanne sort.
Lavart : Je n’avais jamais entendu parler de ça… Comme ça, je ferai un bon Christ en croix ?
Lavart s’essaye à prendre la position.
7.

Cunégonde entre.
Cunégonde : Excusez-moi, je ne voulais pas vous déranger.

Lavart : Ah ! Non, non, ce n’est rien, n’allez pas croire que je me prenne pour Jésus, n’est-ce pas… J’essayais juste la position… C’est une de vos collègues… Enfin de vos amies… Disons une autre sœur, n’est-ce pas, qui me disait que je pouvais postuler pour la prochaine représentation du Christ en croix, n’est-ce pas…

Cunégonde (pour elle) : Eh ! Bien dans la flatterie, elles n’y vont pas de main morte !

Lavart : En fait, j’aurais voulu voir mère Adénaïse. Vous savez où elle se trouve ?

Cunégonde (pour elle) : Allez, ma fille, c’est pour le bien du couvent !

Lavart : Ma sœur ? Fille… Mère…

Cunégonde : Elle n’a pas tort, vous savez ? Vous êtes… (pour elle :) Allez, du courage, dis-le !

Lavart : Je suis ?

Cunégonde : Beau.

Lavart : Beau ?

Cunégonde : Je n’osais vous l’avouer, comme ça, de brûle-pourpoint, mais vous êtes si beau que je ne sais plus où j’en suis ! Vous me faites chaud partout, vous m’affolez, je ne sais plus qui je suis, où je suis, comment je m’appelle !

Lavart : Peut-être que si vous vous asseyez un instant pour reprendre vos esprits, n’est ce pas…

Cunégonde : Vous me diriez, là, tout de suite, de quitter l’habit pour vous suivre au bout du monde, je le ferais !

Lavart : Je…

Cunégonde : Non ! Taisez-vous ! Ne me le demandez pas, j’accepterais ! Quelle folie ce serait ! Comment pouvez-vous me chavirer ainsi ! Ah ! Votre beauté, votre visage, votre regard ! Je fonds, je brûle, je me liquéfie !

Lavart : Je…

Cunégonde : Ne dîtes rien ! C’est pire ! Votre voix m’enivre, m’emporte ! Oh ! Oui, vous feriez une représentation magnifique, admirable, inoubliable de Christ notre Seigneur !

Lavart : Oui, mais moi, je voulais juste voir mère Adénaïse, vous savez…

Cunégonde (pour elle) : J’en fais peut-être un peut trop, là… ( à Lavart :) Vous avez raison. Reprenons-nous. Ma vie est destinée à Dieu, rien n’est possible entre nous ! Ne dîtes surtout pas à mère Adénaïse ce que je viens de dire ! J’ai perdu l’esprit un instant…
Cunégonde va pour sortir, se retourne.
Cunégonde : Mais quand même ! Qu’est-ce que vous êtes craquant…
Cunégonde sort.
Lavart : Allons bon. Voilà que je suis craquant maintenant… J’arrive à ébranler la foi d’une nonne… Je sais que je ne suis pas mal, mais tout de même… D’un autre côté, c’est vrai que ce régime ne m’a pas mal réussi… Elle a raison, cette sœur…
8.

Dalmasine entre.
Lavart : Je suis beau.

Dalmasine ( pour elle) : Oh ! Là, là, elles ont déjà bien avancé ! Il va falloir que je sois à la hauteur…

Lavart : C’est ça. Je suis beau.

Dalmasine : Oh ! Oui…

Lavart : Pardon, je ne vous avais pas vue ! Ce n’est pas ce que vous imaginez, n’est-ce pas. Absolument pas ! C’est juste… Je réfléchissais à prendre la meilleure décision pour une proposition que l’on vient de me faire, n’est-ce pas, alors je pesais le pour, le contre, j’argumentais, contre-argumentais… N’allez surtout pas croire que je m’auto-congratule, n’est-ce pas…

Dalmasine : Ne craignez rien, je ne crois rien… Enfin, si, en notre Seigneur, mais je ne juge de rien. Et surtout pas de votre physique !

Lavart : C’est à dire que vous ne me trouvez pas beau ?

Dalmasine : Ah ! Si… Enfin, non… Enfin, je veux dire… (pour elle :) Ouh, là, là, ça se goupille mal… (à Lavart :) Je n’ai pas à vous trouver beau ou non. Ce n’est pas mon rôle…

Lavart : Vous avez raison. D’autant que j’étais venu voir mère Adénaïse, n’est-ce pas. Ce qui ne semble pas simple…

Dalmasine : Oui, bien sûr, je vais la chercher. Et pour votre décision, je vous fais confiance, vous prendrez la bonne.

Lavart : Ah ! Bon ?

Dalmasine : Ça se voit, vous avez l’air malin, intelligent. Vous êtes homme à prendre de sages décisions.
1   2   3   4   5   6   7   8   9   10   11

similaire:

Une pièce d’Eric Beauvillain iconConférence d'Eric Lafon
«Mémoire et Histoire. IL y a 80 ans. Que reste-t-il du Front populaire», proposé par le cdhmot, en partenariat avec l'Association...

Une pièce d’Eric Beauvillain iconComment isoler une piece du bruit ?

Une pièce d’Eric Beauvillain iconCorrigé du module sur la loi de Gresham
«la bonne pièce de 5 francs en argent» a rapidement disparu de la circulation, on en a fait notamment des bijoux dernier cri, dans...

Une pièce d’Eric Beauvillain iconLa pièce de réemploi, une vraie dimension dans le monde des travaux publics

Une pièce d’Eric Beauvillain iconActivité 1(chapitre 6): Détermination du pourcentage massique de...

Une pièce d’Eric Beauvillain iconCarte d'identité ou passeport. Si votre pièce d'identité est périmée,...

Une pièce d’Eric Beauvillain iconActivité expérimentale 2 du chapitre 5 (1ºS) : Quelle teneur en cuivre...
«one cent» ou» penny» est constituée par du zinc métallique plaqué de cuivre

Une pièce d’Eric Beauvillain iconLe capitaine de bord doit être majeur et est respon-sable du matériel...

Une pièce d’Eric Beauvillain iconAdresse : Nombre de pièce

Une pièce d’Eric Beauvillain iconEric Besson annonce des débats sur l'identité dans les quartiers








Tous droits réservés. Copyright © 2016
contacts
l.21-bal.com