Une pièce d’Eric Beauvillain








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Cunégonde : C’est le mauvais œil…

Brunhilde : Vous me donnez la chair de poule, sœur Cunégonde !

Cunégonde : Imaginez ce qui se passera sur le chantier ! Car pour l’instant, le mauvais œil somnole, il n’y a pas assez de monde… Mais quand ça grouillera d’ouvriers, il les fera tomber des échafaudages, il en tuera et vous serez responsable !

Haysterningenn : Vous croyez ?

Adénaïse : C’est vrai qu’elle se débrouille bien, cette petite…

Cunégonde : Bien sûr ! Et vous serez responsable de tout ! Votre carrière sera finie, anéantie ! (fort :) Vous verrez ce qui arrivera si vous laissez faire !

Haysterningenn : Evidemment…

Cunégonde : Pourquoi monsieur Issenlieu vous a-t-il choisi malgré vos tarifs, croyez-vous ? Car personne ne veut venir…
15.

Gilbert entre, déguisé en Dieu, avec sa toge, une grosse barbe et une perruque blanche. La lumière a diminué soudainement et toutes les religieuses se sont statufiées. Haysterningenn est dos à Dieu.
Haysterningenn : Qu’est-ce que c’est ?... Qu’est-ce qui se passe ?... Vous allez bien ?
Gilbert toussote.
Haysterningenn : Ah ! Qui êtes-vous ?

Gilbert : Je suis Dieu.

Haysterningenn : Vous êtes ?

Gilbert : Dieu.

Haysterningenn : Je ne vous imaginais pas tout à fait comme ça…

Gilbert : Oui, ben, on fait ce qu’on peut, hein…

Haysterningenn : J’ai l’impression de vous avoir déjà vu…

Gilbert : Forcément, je suis Dieu. Vous avez déjà du voir Dieu, non ?

Haysterningenn : Certainement, mais…

Gilbert : Ecoutez. Je n’ai pas que ça à faire, allons au but.

Haysterningenn : Je suis mort, c’est ça ?

Gilbert : Mais non ! Seulement… Voilà, de là-haut, je vois ce que vous faites et… Ben je dois avouer que ça me plaît.

Haysterningenn : Ce que je fais… Vous plaît.

Gilbert : Oui. J’aimerais beaucoup que vous alliez ériger un monument en mon honneur…

Haysterningenn : Ce serait un honneur…

Gilbert : Pour nous deux, alors.

Haysterningenn : Mais c’est que j’ai un travail et…

Gilbert : Le temps presse ! Mes fidèles m’abandonnent ! Il faut leur redonner la foi !

Haysterningenn : Ah ! Oui… Eh ! Bien… Mais où ?

Gilbert : Au… Au… Au Pérou.

Haysterningenn : Au Pérou… C’est que ce n’est pas la porte à côté…

Gilbert : J’ai confiance en vous.

Haysterningenn : C’est gentil, je…

Gilbert : Allez dans la paix de Dieu. Je serai avec vous…
Gilbert sort, la lumière redevient normale, les religieuses reprennent vie.
Cunégonde : Vous allez bien ?

Haysterningenn : Oui, je… Vous n’avez rien vu ?

Cunégonde : Non, pourquoi ?

Haysterningenn : Excusez-moi… Je… Je dois prendre l’air…
Haysterningenn sort.
Adénaïse : Alors là, c’était bien joué !

Brunhilde : J’y ai presque cru, dîtes…

Adénaïse : Je crois qu’on l’a ébranlé, là.
Elédéanne et Gilbert entrent.
Gilbert : Ça a marché ?

Adénaïse : A la perfection. On est sur la bonne voie.

Elédéanne : Oui, ben j’ai failli me prendre un coup de jus, moi ! C’est pas Figolin qui aurait installé l’électricité, des fois ?
Père Jean entre.
Jean : Dîtes… Vous allez encore avoir besoin de moi ?

Brunhilde : Que je retourne dans ce coffre ?

Adénaïse : L’architecte me semble converti, mon père…

Jean : A la bonne heure ! Si je le vois, j’en rajouterai une couche…

Cunégonde : J’entends quelqu'un venir !

Gilbert : Je retourne me cacher !

Adénaïse : Oui ! Que tout le monde se cache !

Brunhilde : Mais les cierges ne sont pas allumés !

Adénaïse : On s’en passera ! Vite !
Gilbert, le Père Jean et Elédéanne sortent. Brunhilde rentre dans son coffre avec le fil de nylon.

16.

Issenlieu entre.
Issenlieu : Ah ! Vous tombez bien ! Il faut que vous disiez à votre sœur, votre fille, je ne sais quoi, qu’elle arrête de me courir après. Elle est pétée comme un coin, ça va bien.

Adénaïse : Que voulez-vous que j’y fasse… Il se passe de ces choses dans ce couvent…
Brunhilde tire sur le fil, le chandelier tombe.
Issenlieu : Qu’est-ce que c’est que ça ? Encore une de vos magouilles ?

Adénaïse : Oh… Ce n’est rien… Ce couvent est légèrement hanté mais vous vous y ferez…

Issenlieu : Qu’est-ce que vous êtes encore allée inventer !
Issenlieu est dos au coffre. Brunhilde l’ouvre et le laisse retomber. Issenlieu et Adénaïse sursautent.
Issenlieu : Qu’est-ce que c’est… ?

Adénaïse : Rien… Un esprit… On a beau y être habitué, ça surprend toujours…

Issenlieu : Il y a quelqu'un dans ce coffre, oui !

Adénaïse : Non, non, non ! C’est un esprit ! Tenez ! Regardez ! Il est là !
Adénaïse montre dans la direction opposée au coffre. Brunhilde en sort rapidement et discrètement et quitte la pièce pendant le dialogue suivant :
Issenlieu : Vous vous moquez de moi ? Il n’y a rien.

Adénaïse : Mais si, là… Regardez mieux…

Issenlieu : Vous êtes complètement folle !

Adénaïse : Il faut avoir l’œil, bien sûr, mais ne vous inquiétez pas, il reviendra…
Brunhilde est sortie. Issenlieu va vérifier le coffre.
Issenlieu : Rien…

Adénaïse : Puisque je vous le dis… C’est sûrement pour ça que votre père ne voulait pas que vous veniez… Pensez… Presque quatre-vingt sœurs sont mortes ici et hantent ce couvent…
Père Jean entre.
Jean : Fuis ! Fuis âme en perdition ! Quitte ce lieu ! Je mettrai mon corps sur ton chemin, mais tu ne resteras pas ici !

Issenlieu : C’est quoi ce délire ?

Jean : Oh ! Esprit tourmenté ! Notre père, sainte vierge, saint esprit, tout le monde, accompagnez-moi ! Venons en aide à ces âmes en déroute !

Adénaïse : Puisque je vous dis que c’est sérieux.

Jean : Prenons-nous tous la main, si vous le voulez bien, et ouvrez votre missel à la page 72.

Issenlieu : C’est un gag ?

Jean : Oui, non, bien sûr, vous ne l’avez pas apporté, où ai-je la tête…
Haysterningenn entre.
Haysterningenn : Mon père ! Je vous cherchais !

Jean : Ah ! Mon enfant… Vous allez bien ?

Issenlieu : Vous avez fini, là ?

Jean : Non, non ! Ouh ! Pars, quitte ses lieux !

Haysterningenn : Ça ne va pas, mon père ?

Jean : Si, si, très bien. Vous vouliez me voir ?

Issenlieu : Vous vous moquez du monde ?

Jean : Non, non, je peux faire deux choses à la fois… Vade Retro, Satanas ! Pars, vilain !

Haysterningenn : Vous faites encore un exorcisme ?

Jean : Oui, ce n’est rien, la routine… Alors comme ça, vous avez vu Dieu ?

Issenlieu : Il a vu Dieu ? Mais où on est, là ?

Jean : Occupez-vous des esprits, vous, priez ! Notre Père…

Haysterningenn : Comment savez-vous que j’ai vu Dieu ?

Jean : Eh ! Bien, je, je, je… Vous avez la tête de quelqu’un qui, qui, qui…

Adénaïse : Oui, c’est, c’est, c’est…

Issenlieu : Je sens bien l’embrouille, là… Il y a quelque chose de pas catholique là-dedans…

Jean : Mais non, c’est…

Adénaïse : Oui, voilà, c’est…
Dalmasine entre avec une bouteille pleine à la main.
Dalmasine : Ah ! T’es là ! Ch’t’ai r’trouvé ! Et regarde ce que j’ai trouvé aussi ! Une bouteille !

Issenlieu : Ah ! Non !

Adénaïse : Sœur Dalmasine ? C’est bien vous ?

Jean : Vous voyez… Elle est possédée…

Dalmasine : On va fêter ça, mon gros lapin ! On va se pinter la ruche ! Et après tu me feras l’amour toute la nuit et après, tu m’offriras le couvent, comme dans les films !

Issenlieu : Ça suffit, faites quelque chose !

Adénaïse : Sœur Dalmasine…

Dalmasine : Ah ! Vous, lâchez-moi la grappe, la mère ! On s’éclate ! Pas vrai, mon gros loup !

Issenlieu : Mais je ne suis pas votre gros loup !

Dalmasine : Viens là qu’on s’embrasse !
Lavart entre.
Lavart : Ah ! Je vous cherchais. Euh… Je tombe mal, peut-être ?

Adénaïse : Au contraire ! Vous tombez parfaitement bien ! Vous avez vu ce que cet odieux personnage fait à mes filles ! C’est à lui que vous voulez confier ce couvent ! Alors qu’il fait boire mes filles pour les violer ! Vous verrez ce qui arrivera si vous laissez faire !
La lumière baisse.
Adénaïse : Mince ! Le mot de passe !
Gilbert entre.
Lavart : Qu’est-ce que c’est que ça ?

Gilbert : Je suis Dieu ! Soyez poli un peu…

Haysterningenn : Il revient !

Issenlieu : Ah ! D’accord…

Gilbert : Mais vous êtes le maire !

Lavart : Euh… Oui…

Gilbert : Oui, alors vos parcmètres, là, rue Micheton, je suis pas trop d’accord !

Lavart : Vous les avez vus ?

Gilbert : Je vois tout. Et ça ne m’arrange pas trop, vu que pour aller chez ma sœur, il faut que je me gare dans cette rue et… Et je veux dire… Dieu veille de là-haut et…

Issenlieu : Vous pourriez arrêter votre cirque, non ?

Haysterningenn : Tout était faux !

Adénaïse : C’est bon, arrêtez, vous pouvez rallumer…
La lumière redevient normale.
Lavart : Est-ce que quelqu'un pourrait m’expliquer !

Haysterningenn : Mais c’est génial, ça ! On ferait des animations ! Celui qui voit Jésus gagne un bon de réduction !
Brunhilde, Cunégonde et Elédéanne entrent.
Lavart : Mais qu’est-ce qui se passe ici ?!

Adénaïse : C’est… Voilà : nous ne voulions pas quitter ce couvent et…

Issenlieu : Et vous avez essayé de nous impressionner ! Laissez-moi rire ! Personne ne se serait laissé prendre à ce truc !

Haysterningenn : Hein ? Euh… Non… Trop surfait… Pas assez…

Issenlieu : Rien n’a changé ! Vous partez toujours dans quatre jours ! Et ce n’est pas vos enfantillages qui m’en dissuaderont !
Figolin et Moncourt entrent.
Figolin : On part plus !

Brunhilde : Comment, on ne part plus ?

Figolin : Je me suis rappelé, pif, paf, pouf, les feux de Bengale et pis monsieur Issenlieu et pis le couvent qu’il achète et moi qu’il embauche. Alors je suis allé voir m’sieur Monfort…

Moncourt : Oui, bonjour, Samuel Monfort. Je suis avocat et je représente l’évêché pour tout ce qui est affaire de loi. Figolin, avec qui je discute parfois, sa cousine habite à côté de chez moi, est venu me reparler de cette histoire de couvent. Or, il ne vous appartient pas, jeune homme.

Issenlieu : Comment, il ne m’appartient pas ?

Moncourt : Voyez-vous, votre défunt père nous avait proposé une forte somme d’argent pour cet achat. Comme elle était conséquente, nous lui avions proposé de la partager en plusieurs annuités. Votre pauvre papa ne voulant pas s’embêter à faire des virements, il passait nous voir chaque année, à l’évêché, pour discuter, donner des nouvelles, et accessoirement nous donner un chèque. Malheureusement, une année, il n’est plus venu. Allez savoir pourquoi… Brouille… Oubli… Autre chose à faire… Toujours est-il qu’il ne nous a pas versé la dernière annuité. Bien sûr, elle ne se monte pas à des mille et des cents, mais le fait est là : il n’a pas fini de payer.

Issenlieu : Combien il vous doit ? Je paye, moi, il n’y a pas de problème…

Moncourt : Je crains que si. Comme il ne nous a pas versé la somme due selon les modalités dues, il y a rupture de contrat. De fait, nous reprenons notre bien. Il va de soi que nous vous rembourserons ce qui a été versé jusqu’au dernier centime… Mais il est hors de question pour l’évêché que vous transformiez ce couvent en centre commercial.

Haysterningenn : Quoi ? Mais ma création…

Cunégonde : Alors on va rester ici ?

Elédéanne : Alors ça pour une surprise !

Dalmasine : Il faut fêter ça ! On va boire un ’ti coup !

Adénaïse : Non, alors ça suffit comme ça, vous, hein !

Brunhilde : On aura fait tout ça pour rien ?!

Jean : Qu’importe… Vous allez pouvoir rester chez vous !

Moncourt : Oui, l’annulation prend effet immédiatement. Si vous voulez bien sortir d’ici… C’est une propriété privée…

Issenlieu : Vous me le payerez !

Gilbert : Et pour fêter ça, ce soir, repas de luxe !
Noir

Acte V – Gestion Démoniaque
1.

Adénaïse entre au téléphone.
Adénaïse : Oui… Oui, c’est bien noté. Quatre cents vierges qui distribuent des bonbons… Parfaitement, vous serez livré dans la semaine… Mais c’est moi qui vous remercie… Oui, oui, oui, ne vous inquiétez pas, on a l’adresse… Voilà, voilà… Au revoir.
Adénaïse raccroche, Cunégonde entre.
Cunégonde : Ah, ma mère. Voilà le petit texte que j’ai pondu pour le nouveau produit qu’on veut lancer. Alors comme vous me l’aviez demandé, les avantages mis en avant, différentes descriptions de ce que l’on peut en faire… Bref, un objet indispensable.

Adénaïse : Je jetterai un œil à ça, mais ça sera parfait, comme tout le reste… Vous savez raconter, vous…

Cunégonde : Merci, ma mère.

Adénaïse : Vous voyez que vous ne portez plus malheur ! Vous nous porteriez plutôt bonheur…

Cunégonde : C’est gentil, ma mère…
Brunhilde entre.
Cunégonde : Je vous laisse, il faut que j’aille refaire la mise en page de la publicité pour les serviettes linceul… Figolin a joué avec l’ordinateur, il m’a fait des misères…

Adénaïse : Allez…
Cunégonde sort.
Adénaïse : Oui, sœur Brunhilde ?

Brunhilde : J’ai refais les comptes. Outre que vraiment, cette chaise où je suis installée sont inconfortables, je pense que je vais avoir une scoliose, nous sommes largement positif et je crois que nous pouvons sans crainte investir dans des nouvelles machines.
Montcourt entre.
Adénaïse : Parfait. Voilà une nouvelle qui va vous réjouir, Moncourt…

Brunhilde : Excusez-moi, je vais voir si dans les broderies que l’on fait, il n’y aurait pas un coussin parce que vraiment…
Brunhilde sort.
Moncourt : Alors ? Tout va bien ?

Adénaïse : Pour nous, oui. L’évêché est-il satisfait ?

Moncourt : Il y a du pour, il y a du contre… Bien sûr, votre travail nous a permis de rembourser intégralement et bien plus rapidement que prévu monsieur Issenlieu et de ce côté-là, nous sommes particulièrement satisfait. Vos bénéfices, et vos dons si généreux, nous permettent de grandes réfections dans les églises et de nombreuses actions. Cependant… Il est des produits dont l’évêché se passerait volontiers… Cette vierge qui distribue des bonbons… Avec le réceptacle à la place du ventre…
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