Centre rhone –alpes d’ingenerie sociale solidaire & territoriale








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  ».

Ce volontarisme séduit à double titre : il signe l’idée de changement et donne à voir une France qui renoue enfin avec le mouvement, en même temps qu’il rassure sur le fait « que des choses seront faites », ou au moins « tentées », « entreprises », ce qui permet de prolonger l’attentisme, notamment parmi ses soutiens (« ce n’est que le début, laissons-leur encore quelques mois pour juger » ).

Mais si le mouvement rassure, ou séduit – en tout cas il crée une dynamique en soi –, le but et l’horizon que cela dessine n’est pas oublié par les Français : « on peut au moins reconnaître qu’il fait en sorte que les choses bougent, bien ou mal mais il veut du changement ». Le changement oui, mais en fait : en bien ou mal ? Et c’est par ce biais que reviennent les jugements sur le fond.

Les critiques commencent ainsi à fuser sur un certain nombre de mesures qui alimentent les mécontentements : l’ISF, un possible report de la suppression de la taxe d’habitation pour 80 % des foyers, aucun signe de la défiscalisation des heures supplémentaires… mais surtout l’augmentation de la CSG, qui mobilise fortement les retraités. C’est incontestablement la thématique fiscale qui domine les autres sujets dans les conversations des Français, et bien souvent sous un angle critique.

Une critique qui se concentre d’ailleurs souvent sur « l’intention » perçue ou supposée. Car, bien peu ayant retenu une ou plusieurs mesures positives fortes, on manque d’éléments d’accroche : « on ne sait pas vraiment à quel jeu il joue » est une phrase que l’on entend ici et là. Cette incertitude sur les intentions finales nourrit le soupçon qu’une fois de plus « les classes moyennes et populaires » pourraient être les grandes oubliées de l’action du gouvernement : « il va enlever les impôts pour les riches, monter la CSG pour les retraités. C’est un candidat qui favorise les riches ». 

Ce soupçon d’une politique qui « oublierait » une partie des Français est accru par la forte présence d’Emmanuel Macron à l’international, comme si, en côtoyant les grands de ce monde, on craignait que le président ne s’éloigne de nous – « une bonne présence par rapport aux grands dirigeants mondiaux, mais un rapport lointain et très distant avec les Français… ».

À part la fiscalité, peu d’autres angles émergent, sinon la polémique sur les vaccins, qui mobilise fortement un certain nombre de Français (« il souhaite augmenter le nombre de vaccins obligatoires, mais dans quel but ? Engraisser les lobbies pharmaceutiques ! »). Même là, on retrouve des soupçons d’être « sous l’influence des lobbies et puissances financières » plutôt qu’au service des Français (« sinon pourquoi rendre onze vaccins obligatoires malgré les risques ? », nous demande-t-on), bref une sorte d’exercice du pouvoir dévoyé que l’on redoute car elle signerait l’échec d’une tentative de faire de la politique autrement.

C’est bien sûr ce lien direct avec les Français, cette capacité à les comprendre et à agir pour eux seuls, cette forme de compréhension et de proximité que les Français recherchent. Et à l’inverse, c’est ce qui les trouble lorsqu’elle paraît absente, quel que soit le sujet. Par exemple, les annonces concernant les voitures électriques : « je pense qu’ils vivent dans leur bulle, notamment sur les voitures totalement électriques, ils pensent que c’est avec une prime que les personnes à faible revenu vont pouvoir s’en acheter une ? Il faut qu’ils descendent de leur nuage, on m’explique comment moi avec 1100 euros par mois pour trois personnes avec un crédit de 600 euros, je fais pour me payer une voiture électrique ? À part si monsieur Macron me l’offre je ne pourrai jamais me la payer ! ».

Il est aussi intéressant de noter ce qui n’est pas évoqué.

La loi travail, ainsi, n’est presque pas évoquée – sans doute en raison de l’absence de mesures clairement identifiées, qui puissent s’imposer comme clefs de lecture du projet de loi. Le débat sur le code du travail nourrit plutôt un bruit de fond, une petite musique qui, combinée aux annonces fiscales, fait réapparaître des lignes de fractures fortes : entre les « riches » et les « petits », entre les « patrons » et les « travailleurs », entre les salariés du privé et les fonctionnaires, entre les jeunes et les « retraités » qui se sentent pour beaucoup les premiers lésés… 

Les « affaires » sont elles aussi très peu évoquées, comme si le dernier remaniement était parvenu à clore la séquence et que l’affaire Pénicaud n’était pas considérée comme importante – sans doute est-elle trop complexe, et sans symbole fort qui soit susceptible de susciter l’indignation.

Les Français, enfin, ne parlent absolument pas des réformes institutionnelles, que le président avait pourtant placées au cœur de son discours au Congrès. Cela confirme que, finalement, la réduction du nombre de députés et les autres mesures annoncées, bien que faisant l’objet d’une adhésion quasi-unanime, ne sont pas au cœur de leurs attentes, qui restent – au vu de ce qu’ils nous disent spontanément – le pouvoir d’achat, l’emploi et la sécurité. 

Les Français se situent encore dans une transition entre la phase de « mise en place » – qui a duré jusqu’au remaniement ministériel – et celle du jugement sur « l’action ». Pour le moment, ils semblent chercher à identifier, à travers les signaux qu’ils reçoivent et les attitudes qu’ils décryptent, les intentions poursuivies par le gouvernement : s’agit-il d’une politique inclusive ou au service de quelques-uns ? D’une politique qui pourra être efficace ou non ? D’une politique conforme aux intentions que l’on avait prêtées au candidat Macron ou non ? C’est la grille de lecture à l’aune de laquelle ils jugeront les actes futurs qu’ils sont en train de mettre en place, en tâtonnant. Si les impatiences et les doutes commencent à se faire jour, bien peu ont un avis définitif. Et le temps du jugement sur « les résultats » est encore bien loin. 

Le nouvel exécutif a la tâche – bien difficile – « d’inventer » le nouveau monde, les nouvelles méthodes et de s’affranchir totalement des pesanteurs et grilles de lecture héritées des quinquennats passés. Il lui faut conjurer à la fois les craintes d’un immobilisme perçu du dernier quinquennat et les travers de l’action d’un Nicolas Sarkozy ; surtout prouver qu’on ne va pas « sacrifier les classes moyennes » comme l’ont fait tous les gouvernements passés, ni reproduire les vieilles recettes qui n’ont jamais fonctionné, ni « passer en force », ni retomber dans la gestion politicienne et les petits arrangements… Bref, continuer à lever les doutes, un par un, et inventer une nouvelle manière de gouverner et d’agir.

L’heure ne sera cependant bientôt plus au décryptage, au tâtonnement, à la supposition des intentions poursuivies. Il est important de donner rapidement à voir un cap, une ligne, des repères forts, essentiels dans un contexte de « bousculement » des pratiques. Le risque, sinon, est de n’offrir qu’une lecture catégorielle de la politique menée, dont on connaît la dangerosité… pour transformer les clivages en divisions profondes.

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