La fessée et la punition








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date de publication06.02.2018
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La fessée et la punition.



La fin de la fessée en France ?
A partir du 15 Juin prochain, on devrait voir sur nos écrans et dans nos magazines une campagne du conseil de l'Europe « Lève la main contre la fessée ». Déjà bannie dans 18 Pays membres (Suède depuis 1979, puis Finlande, Norvège, Autriche, Chypre, Danemark, Lettonie, Croatie, Bulgarie, Allemagne, Ukraine, Islande, Roumanie, Hongrie, Pays-Bas, Grèce, Portugal, Espagne), l'objectif du Conseil de l'Europe (porté également par l'Unesco et l'UNICEF) est d'abolir toute forme de châtiment corporel d'ici 2009.

Mais la question fait débat. En 2000, il y a eu une forte polémique en Grande Bretagne où a finalement été votée une motion autorisant les « châtiments modérés » qui n'infligent pas de « blessure physique ou morale à l'enfant ». En France, les châtiments corporels sont depuis longtemps interdit dans les établissements scolaires, mais il n'y a pas de loi sur ce qui touche à la sphère privée. Un sondage de la SOFRES (en 1999) constatait que 8 parents sur 10 avaient recours à la fessée (21% souvent, 33% rarement) et le sujet semble tabou. Didier Pleux, auteur de « De l'enfant roi à l'enfant tyran », précise même qu'il y aurait aujourd'hui une banalisation de la fessée. Après des années passées à couronner l'enfant roi, les parents semblent vouloir reprendre le pouvoir trop brusquement et maladroitement, confondant parfois violence et autorité.

Qu'en est-il chez les Assistantes Maternelles ?
Pour nos collègues Auxiliaires de Puériculture en crèche, la question ne se pose pas : toute tape, claque ou fessée est considérée comme une faute professionnelle. Non seulement elles l'apprennent en formation, mais le cadre et la structure dans lequel elles travaillent ne permettent pas de déviance.
Ce cadre et cette structure (le fait de s'occuper de plusieurs enfants en équipe, de tourner) font aussi que, contrairement à nous, elles n'ont jamais à se trouver seules face à un enfant au comportement insupportable qui nous pousse à bout.

En discutant avec mes collègues, je vois bien qu'on trouve dans notre profession toutes formes de pensées : de celles qui pensent qu'il faut mordre un enfant qui a mordu pour qu'il comprenne que ça fait mal, à celles qui ne laisseront pas un bébé pleurer plus d'une minute car pour elles c'est déjà de la maltraitance.
L'un des intérêts à faire garder son enfant par une Assistante Maternelle, c'est d'éviter une vie en collectivité trop précoce, et d'avoir un « contexte familial » plus à l'écoute des rythmes des enfants. De fait, même si nous nous comportons évidemment en professionnelles avec les enfants que nous gardons et que nous tâchons de nous faire auprès d'eux le relais de l'éducation de leurs parents, beaucoup d'entre nous sommes aussi des mamans qui élevons nos enfants sur les mêmes temps où nous gardons ceux des autres. Nous ne pouvons donc pas avoir des attitudes éducatives radicalement différentes entre les différents enfants dont nous nous occupons.
Il ne s'agit donc pas de ne pas donner de fessées aux enfants qu'on garde par crainte de risques judiciaires, mais bien de comprendre son inefficacité et son inutilité pour tous les enfants.

Contrairement aux anciennes croyances, les personnes qui ne frappent jamais ne sont pas laxistes ou sans autorité, c'est bien souvent au contraire parce qu'on n'arrive pas à poser son autorité par la voix, ou parce qu'on se laisse déborder par la colère, qu'on en vient à lever la main sur un enfant.

Frapper est néfaste pour toutes sortes de raisons :

1) La violence laisse des traces et a des répercussions dans l'avenir, toute brutalité
emmagasinée ressort un jour consciemment ou non.

2) La fessée ne fait pas sens pour un enfant, car la punition n'a pas de lien avec la faute commise.

3) Elle fait même parfois contre-sens, lorsqu'il s'agit de sanctionner un comportement violent ou agressif : comment faire comprendre qu'il ne faut pas frapper en frappant ?

4) L'enfant qui obéit suite à des châtiments corporels le fait bien souvent par peur des châtiments, et non parce qu'il a intégré un interdit.

Comment punir sans frapper ?
La punition va dépendre de plein de facteur : la bêtise commise, les circonstances, sa répétitions ou pas, l'âge de l'enfant. Chaque situation aura sa solution au cas par cas. Il me semble néanmoins qu'on peut se fixer quelques règles simples.

1)L'attitude parentale :
Il s'agit d'évoquer le sujet avec les parents de l'enfant. Non pas sous forme de reproches en les culpabilisants (au contraire même, il faut parfois les rassurer et leur dire que certaines phases d'oppositions de l'enfant, autour de deux ans notamment, font partie de son développement normal et non pas d'une « faute » commise par les parents). Mais en s'informant sur le comportement de l'enfant chez lui, et sur la façon dont les parents le sanctionne. Plus il y aura de cohérence entre les méthodes éducatives des parents et celles de l'Assistante Maternelle, plus l'enfant intègrera facilement les repères.

2)La mise à l'écart :
La mise à l'écart est la première phase d'une punition (au « coin », au « puni »). Elle permet à l'adulte de retrouver son calme si besoin, et à l'enfant d'apprendre à dépasser ses pulsions et à se calmer seul. Puis, éventuellement, de réfléchir à ses actes et aux conséquences qu'elles ont eues. Elle n'a pas d'autre but, il ne s'agit donc pas de laisser l'enfant trop longtemps à l'écart. 1 à 5 minutes est souvent suffisant chez un petit.

3)L'explication :
Quand l'enfant s'est calmé, il s'agit de lui redire pourquoi il a été puni. Quand il est en âge de parler, on peut même lui demander « -Peux-tu me dire pourquoi tu as été puni ? » Il est important que l'enfant comprenne pour ne pas répéter, et pour ne pas se sentir victime d'injustice.

4)La réparation :
Quand ce là est possible, et en fonction de son âge, il est important de faire participer l'enfant à la réparation. Ça peut être présenter des excuses à un enfant à qui il a fait mal, nettoyer un endroit qu'il a sali, ranger ce qu'il a mis en désordre, etc.

Punitions à éviter :

1) Ce qui touche à l'intégrité physique des enfants : toute forme de châtiment corporel (même les « tapes » sur les couches qui ne font pas mal, car le symbole passe quand même.)

2) Ce qui touche à l'intégrité psychique de l'enfant : toute forme de moquerie, humiliation, harcèlement, par soit même ou par les autres enfants. (« Puisque tu te comportes comme un bébé je te remets des couches. Regardez tous, Mathis à une couche comme un bébé ! »)

3) Ce qui touche au développement de l'enfant (le sommeil, la nourriture, l'apprentissage de la marche, de la propreté, etc...)
Par exemple, il vaut mieux éviter de punir un enfant dans son lit car en associant le lit à une image négative on peut créer, plus tard, des problèmes de couchers ou de sommeil (sauf bien sûr si on le met au lit pour dormir parce qu'on a senti que son comportement était lié à un manque de sommeil).
Il vaut mieux éviter les privations de nourriture (« tu seras privé de dessert ») car le fait de manger est un besoin et pas une activité qu'on peut supprimer. De plus, la privation de dessert peut conforter l'enfant dans l'idée « qu'il n'y a que le dessert de bon » dans le repas et discréditer les autres aliments, ce qui peut aussi être la base de problèmes alimentaires ultérieurs.

Pour en savoir plus :

Sites Internet :
- Éduquer sans frapper : http://www.naturalchild.org/alice_miller/eduquer_sans_frapper.html
- Ni claques ni fessées : http://www.niclaquesnifessees.org/index.html
- Observatoire de la Violence Educative Ordinaire (Site d'Olivier Maurel) : http://oveo.org/

Livres :
- « La fessée » d'Olivier Maurel
- « Eduquer sans punir, apprendre l'autodiscipline aux enfants » de Thomas Gordon


Fanny GUILLON
Assistante Maternelle (13001)

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