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Delly

L’exilée



BeQ

Delly

L’exilée

roman

La Bibliothèque électronique du Québec

Collection Classiques du 20e siècle

Volume 101 : version 1.01

Delly est le nom de plume conjoint d’un frère et d’une sœur, Jeanne-Marie Petitjean de La Rosière, née à Avignon en 1875, et Frédéric Petitjean de La Rosière, né à Vannes en 1876, auteurs de romans d’amour populaires.

Les romans de Delly, peu connus des lecteurs actuels et ignorés par le monde universitaire, furent extrêmement populaires entre 1910 et 1950, et comptèrent parmi les plus grands succès de l’édition mondiale à cette époque.

Des mêmes auteurs, à la Bibliothèque :

Entre deux âmes

Esclave... ou reine ?

L’étincelle

Le rubis de l’émir

L’exilée

I


Les nuages s’étaient un instant écartés, un vif rayon de soleil d’avril frappait le vitrage du bow-window où Myrtô reposait, sa tête délicate retombant sur le dossier du fauteuil, dans l’atmosphère tiède parfumée par les violettes et les muguets précoces qui croissaient dans les caisses, à l’ombre de palmiers et de grandes fougères.

C’était une miniature de petite serre. Tout au plus, entre ces caisses et ces quelques plantes vertes, demeurait-il la place nécessaire pour le fauteuil où s’était glissée la mince personne de Myrtô.

Elle reposait, les yeux clos, ses longs cils dorés frôlant sa joue au teint satiné et nacré, ses petites mains abandonnées sur sa jupe blanche. Ses traits, d’une pureté admirable, évoquaient le souvenir de ces incomparables statues dues au ciseau des sculpteurs de la Grèce. Cependant, ils étaient à peine formés encore, car Myrtô n’avait pas dix-huit ans... Et cette extrême jeunesse rendait plus touchants, plus attendrissants le pli douloureux de la petite bouche au dessin parfait, le cerne bleuâtre qui entourait les yeux de la jeune fille, et les larmes qui glissaient lentement de ses paupières closes.

Sur sa nuque retombait, en une coiffure presque enfantine, une lourde chevelure aux larges ondulations naturelles, une chevelure d’un blond chaud, qui avait à certains instants des colorations presque mauves, et semblait, peu après, dorée et lumineuse. Ses bandeaux encadraient harmonieusement le ravissant visage, doucement éclairé par ce gai rayon de soleil perçant entre deux giboulées.

Myrtô demeurait immobile, et cependant elle ne dormait pas. Quand même sa sollicitude filiale ne l’eût pas tenue éveillée, prête à courir à l’appel de sa mère, la douloureuse angoisse qui la serrait au cœur l’aurait empêchée de goûter un véritable repos.

Bientôt, demain peut-être, elle se trouverait orpheline et seule sur la terre. Aucun parent ne serait là pour l’aider dans ces terribles moments redoutés d’âmes plus mûres et plus expérimentées, aucun foyer n’existait qui pût l’accueillir comme une enfant de plus. Elle avait sa mère, et celle-ci partie, elle était seule, sans ressources, car la pension viagère dont jouissait madame Elyanni disparaissait avec elle.

Myrtô était fille d’un Grec et d’une Hongroise de noble race. La comtesse Hedwige Gisza avait rompu avec toute sa parenté en épousant Christos Elyanni dont la vieille souche hellénique ne pouvait faire oublier, aux yeux des fiers magistrats, que ses parents avaient dérogé en s’occupant de négoce, et que lui-même n’était qu’un artiste besogneux.

Artiste, il l’était dans toute l’acception du terme. Épris d’idéal, il vivait dans un rêve perpétuel où flottaient des visions de beauté surhumaine. La jolie Hongroise, vue un jour à Paris, à une fête de charité où Christos s’était laissé entraîner par un ami, l’avait frappé par sa grâce délicate, un peu éthérée, et la douceur radieuse de ses yeux bleus. Elle, de son côté, avait remarqué cet inconnu dont les longs cheveux noirs encadraient un visage si différent de tous ceux qui l’entouraient – un visage de médaille grecque, où le regard rayonnant d’une continuelle pensée intérieure mettait un charme indéfinissable. Elle se fit présenter l’artiste, obtint de la vieille cousine qui la chaperonnait que Christos fît son portrait, et, un jour, elle offrit elle-même sa main au jeune Grec qui avait jusque-là soupiré en silence, sans oser se déclarer.

Elle était majeure, sans parenté proche, et pourvue d’une fortune peu considérable, mais indépendante. Elle devint madame Elyanni... Et ce fut un ménage à la fois heureux et malheureux.

Heureux, car ils étaient unis par un amour profond et ne voyaient rien au-delà l’un de l’autre... Malheureux, car ils avaient des défauts identiques, des goûts trop semblables. Alors que la nature rêveuse et trop idéaliste de Christos eût demandé, en sa compagne, le contrepoids d’une raison ferme, d’un jugement mûri et d’habitudes pratiques, il ne devait trouver, en Hedwige, qu’un charmant oiseau adorant les fleurs, la lumière, les étoiles claires et chatoyantes, incapable d’une pensée sérieuse et ignorant tout de la conduite d’une maison.

Après avoir vécu pendant deux ans dans la patrie de Christos, ils étaient venus s’établir à Paris. Le peintre aimait cette ville où il était né, où était morte sa mère, une Française. Il espérait surtout arriver à percer enfin, atteindre quelque notoriété, réaliser le rêve de gloire qui chantait en son âme.

Mais il n’avait aucunement le goût de la réclame, et ses œuvres, par leur caractère d’idéalisme très haut, ne s’adaptaient pas aux tendances modernes. La réussite ne vint pas, la fortune d’Hedwige se fondit peu à peu, et le jour où Christos mourut, d’une maladie due au découragement qui s’était lentement infiltré en lui, il ne restait à madame Elyanni qu’une rente viagère, relativement assez considérable, laissée au peintre, et après lui à sa veuve, par un vieux cousin qui s’était éteint quelques années auparavant dans l’île de Chio.

Myrtô avait à cette époque douze ans. C’était une enfant vive et gaie, idolâtrée de ses parents en admiration devant sa beauté et son intelligence. Une piété très ardente et très profonde, la direction d’une vieille institutrice, femme d’élite, l’avaient heureusement préservée des conséquences que pouvait avoir l’éducation donnée par ces deux êtres charmants et bons, mais si peu faits pour élever un enfant... Et à la mort de Christos, on vit cette chose touchante et exquise : la petite Myrtô, dominant la douleur que lui causait la perte d’un père très chéri et la vue du désespoir de sa mère, se révélant tout à coup presqu’une femme déjà par le sérieux et le jugement, organisant, avec l’aide d’un vieil ami de son père, une nouvelle existence, soignant avec un tendre dévouement madame Elyanni dont le chagrin avait abattu la santé toujours frêle.

La mère et la fille s’installèrent à Neuilly, dans un très petit appartement, au quatrième étage d’une maison habitée par de modestes employés. Madame Elyanni, que l’expérience n’avait pas corrigée, fit ajouter à la fenêtre de sa chambre ce bow-window et voulut qu’il fût continuellement garni de fleurs.

– Je me passerais plutôt de manger que de ne pas voir des fleurs autour de moi, avait-elle répondu au tuteur de Myrtô qui avançait discrètement que les revenus ne permettraient peut-être pas...

– Oh ! monsieur, il ne faut pas que maman soit privée de fleurs ! avait dit vivement Myrtô.

Il fallait aussi que madame Elyanni eût une nourriture délicate... Et, comme elle abhorrait les nuances foncées, elle exigeait que sa fille fût toujours vêtue de blanc à l’intérieur, coutume économique, car la fillette, qui remplissait courageusement avec une souriante attention, bien des menus devoirs de ménagère, devait remplacer fréquemment ces costumes que sa mère ne souffrait pas voir tant soit peu défraîchis.

Il en était ainsi de nombreux détails, et malgré les économies que Myrtô, devenue un ménagère accomplie, réussissait à réaliser sur certains points, le budget s’équilibrait parfois difficilement.

Il avait fallu compter aussi avec les frais de son instruction. Grâce à une extrême facilité, aux admirables dispositions dont elle était douée, elle avait pu les réduire au minimum. Elle avait conquis, l’année précédente, son brevet supérieur, et avait réussi à acquérir, en prenant de temps à autre quelques leçons d’un excellent professeur, un remarquable talent de violoniste.

Telle était Myrtô, petite âme exquise, ardente et pure, cœur délicatement bon et dévoué, chrétienne admirable, enfant par sa candide simplicité, femme par l’énergie et la réflexion d’un esprit mûri déjà au souffle de l’épreuve et des responsabilités.

Car tous les soucis retombaient sur elle. Madame Elyanni, languissante d’âme et de corps, se laissait gâter par sa fille et déclarait ne pouvoir s’occuper de rien. Depuis quelques années, elle ne voulait plus sortir et passait ses journées étendue, s’occupant à de merveilleuses broderies ou rêvant, les yeux fixés sur le dernier tableau peint par Christos, et où le peintre s’était représenté entre sa femme et sa fille, dans son petit atelier illuminé de soleil.

Elle s’était étiolée ainsi, hâtant la marche de la maladie qui l’avait terrassée enfin deux jours auparavant. En voyant la physionomie soucieuse du médecin appelé aussitôt, Myrtô avait compris que le danger était grand... Et en entendant, la veille, sa mère demander le prêtre, elle s’était dit que tout était fini, car l’âme insouciante de madame Elyanni était de celles qui attendent les derniers symptômes avant-coureurs de la fin pour oser songer à se mettre en règle avec leur Dieu.

Ce matin, on lui avait apporté le Viatique... Et c’était autant pour la laisser faire en toute tranquillité son action de grâces que pour dérober à son regard les larmes difficilement contenues pendant la cérémonie, que Myrtô s’était réfugiée dans le bow-window.

Elle aimait profondément sa mère, d’une tendresse qui prenait, à son insu, une nuance de protection très explicable par la faiblesse morale de madame Elyanni. Son cœur avait besoin de se donner, de s’épancher en dévouement sur d’autres cœurs souffrants, faibles, ou découragés. Sa mère disparue, ce serait fini de cette sollicitude de tous les instants qu’exigeait, depuis quelques mois surtout, madame Elyanni. Personne n’aurait plus besoin d’elle... À moins qu’elle ne se fît religieuse pour déverser sur ses frères en Jésus-Christ les trésors de tendresse dévouée contenus dans son cœur. Mais, jusqu’ici, la voix divine n’avait pas parlé, Myrtô ignorait si elle avait la vocation religieuse.

Dans le silence qui régnait, à peine troublé de temps à autre par la corne d’un tramway, une voix faible appela :

– Myrtô !

La jeune fille se leva vivement et entra dans la chambre aux tentures claires, aux meubles de laque blanche. Des plantes vertes, des gerbes de fleurs en ornaient les angles, garnissaient les tables et la cheminée... Et sur une petite table couverte d’une nappe blanche, d’autres fleurs encore s’épanouissaient entre les candélabres dorés et le crucifix.

Myrtô s’avança près du lit, elle se pencha vers le pâle visage flétri, entouré de cheveux blonds grisonnants.

– Me voilà, maman chérie. Que voulez-vous de votre Myrtô ? demanda-t-elle en mettant un tendre baiser sur le front de sa mère.

– Je veux te parler, mignonne... Écoute, j’ai compris depuis... depuis que je sens venir la mort...

– Maman ! murmura Myrtô.

Les yeux bleus de la malade enveloppèrent la jeune fille d’un regard navré.

– Il faut bien nous faire à cette pensée, enfant... J’ai donc compris que je n’ai pas été pour toi une bonne mère...

– Maman ! redit encore Myrtô avec un geste de protestation.

– Si, ma chérie, c’est la vérité. Je t’ai beaucoup aimée, c’est vrai, mais autrement, je n’ai rempli aucun des devoirs maternels. J’ai laissé à ta petite âme courageuse toutes les responsabilités, tous les soucis, je n’ai su que m’enfermer dans mon chagrin et dépenser égoïstement tout notre petit revenu, au lieu de songer à économiser pour toi.

– C’était juste, maman, c’était bien ainsi ! Moi je suis jeune, je travaillerai...

– Tu travailleras !... Pauvre mignonne aimée ! que pourrais-tu faire ! La concurrence est énorme... et d’ailleurs tu ne peux vivre seule, Myrtô. Il te faut l’abri d’un foyer, la sécurité au milieu d’une famille sérieuse... j’ai donc songé à ma cousine Gisèle. Tu sais que, seule de toute ma famille, elle a continué à se tenir en rapports avec moi, par quelques mots sur une carte au 1er janvier, par des lettres de faire-part. Elle avait épousé, trois ans avant mon mariage, le prince Sigismond Milcza. Un fils est né de cette union. Elle m’apprit quelques années plus tard son veuvage, puis son second mariage, la naissance de quatre enfants, et enfin un nouveau veuvage. Nous nous aimions beaucoup, et j’ai songé qu’en souvenir de moi elle accepterait peut-être de t’accueillir.

Myrtô se redressa vivement.

– Maman, voulez-vous que j’aille mendier la protection et l’hospitalité de ces parents qui n’ont pas voulu accepter mon cher père ?

– Oh ! les autres, non ! Mais Gisèle n’a jamais cessé de me considérer comme de la famille.

– Cependant, maman, il ne me paraît pas admissible que je sois à la charge de la comtesse Zolanyi ! dit vivement Myrtô.

– Non, mais elle doit avoir des relations étendues et très hautes, car les Gisza, les Zolanyi, les Milcza surtout sont de la première noblesse magyare. Ces derniers sont de race royale, et leur fortune est incalculable. Gisèle pourra donc, mieux que personne, t’aider à trouver une position sûre, elle sera pour toi une protection, un conseil... Et je voudrais que tu lui écrives de ma part, afin que je te confie à elle.

– Ce que vous voudrez, mère chérie ! murmura Myrtô en baisant la jolie main amaigrie posée sur le couvre-pied de soie blanche un peu jaunie.

Sous la dictée de sa mère, elle écrivit un simple et pathétique appel à cette parente inconnue d’elle. À grand-peine, Mme Elyanni parvint à y apposer sa signature... Myrtô demanda :

– Où dois-je adresser cette lettre ?

– Depuis son second veuvage, Gisèle m’a donné son adresse au palais Milcza, à Vienne. Je suppose qu’après la mort du comte Zolanyi, elle a dû aller vivre près de son fils aîné, qui n’est peut-être pas marié encore. Envoie la lettre à cette adresse. Si Gisèle ne s’y trouve pas, on fera suivre.

Myrtô, d’une main qui tremblait un peu, mit la suscription, apposa le timbre, et se leva en disant :

– Je vais la porter chez les dames Millon. L’une ou l’autre aura certainement occasion de sortir ce matin et de la mettre à la poste.

Les dames Million occupaient un logement sur le même palier que Mme Elyanni. La mère était veuve d’un employé de chemin de fer, la fille travaillait en chambre pour un magasin de fleurs artificielles. C’étaient d’honnêtes et bonnes créatures, serviables et discrètes, qui admiraient Myrtô et auraient tout fait pour lui procurer le moindre plaisir. Isolée comme l’était la jeune fille, Mme Elyanni n’ayant jamais voulu nouer de relations, elle avait trouvé plusieurs fois une aide matérielle ou morale près de ses voisines, et elle leur en gardait une reconnaissance qui se traduisait par des mots charmants et de délicates attentions, Myrtô n’étant pas de ces cœurs vaniteux et étroits qui considèrent avant toute chose la situation sociale et le plus ou moins de distinction du prochain.

La porte lui fut ouverte par Mlle Albertine, grande et belle fille brune, au teint pâle et au regard très doux.

– Mlle Myrtô ! Entrez donc, mademoiselle !

Et elle s’effaçait pour la laisser pénétrer dans la salle à manger, où Mme Millon, une petite femme vive et accorte, était en train de morigéner un petit garçon de cinq à six ans, un orphelin que la mort de sa fille aînée et de son gendre avait laissé à sa charge... elle s’avança vivement vers la jeune fille en demandant :

– Eh bien ! mademoiselle Myrtô ?

– Elle est si faible, si faible ! murmura Myrtô.

Et un sanglot s’étouffa dans sa gorge.

– Pauvre chère petite demoiselle ! dit Mme Million en lui saisissant la main, tandis qu’Albertine se détournait pour dissimuler une larme.

– Je suis venue vous demander un service, reprit Myrtô en essayant de dominer le tremblement de sa voix. Quand vous descendrez, voulez-vous mettre cette lettre à la boîte ?

– Mais certainement ! Albertine a justement une course à faire dans cinq minutes, elle ne l’oubliera pas, comptez sur elle.

– Moi aussi, j’irai porter la lettre, dit le petit garçon qui s’était avancé et posait câlinement sa joue fraîche contre la main de Myrtô.

– Oui, c’est cela, Jeannot... et puis tu feras aussi une petite prière pour ma chère maman, dit la jeune fille en caressant sa petite tête rasée.

– Nous lui en faisons dire une tous les soirs, mademoiselle Myrtô... Et vous savez, si vous avez besoin de n’importe quoi, nous sommes là, toutes prêtes à vous rendre service.

– Oui, je connais votre cœur, dit Myrtô en tendant la main aux deux femmes. Merci, merci... Maintenant, je vais vite retrouver ma pauvre maman.

Lorsque la jeune fille eut disparu, madame Millon posa la lettre sur la table, non sans jeter un coup d’œil sur la suscription.

– Comtesse Zolanyi, palais Milcza... Ces dames ne nous ont jamais dit grand-chose sur elles-mêmes, mais j’ai idée, Titine, qu’elles sont d’une grande famille. L’autre jour pendant que j’étais près de madame Elyanni, j’ai remarqué, sur un joli mouchoir fin dont elle se servait, une petite couronne brodée.

– Et mademoiselle Myrtô a des manières de princesse qui lui viennent tout naturellement, cela se voit, si elle pouvait donc avoir des parents qui l’accueillent, qui l’aiment comme elle le mérite !... Car la pauvre dame n’a plus guère à vivre, maman.

– Hélas ! non ! Si elle passe la nuit, ce sera tout... Pauvre petite demoiselle Myrtô ! Ça me fend le cœur, vois-tu, Titine !

Et l’excellente personne sortit son mouchoir, tandis que sa fille, serrant les lèvres pour dominer son émotion, entrait dans la chambre voisine pour mettre son chapeau.

Pendant ce temps, Myrtô, rentrée dans la chambre de sa mère, s’occupait à défaire le petit autel. Elle allait et venait doucement, incomparablement élégante et svelte, avec des mouvements d’une grâce infinie.

– Myrtô !

Elle s’approcha du lit... Madame Elyanni saisit sa main en disant :

– Regarde-moi, Myrtô !

Les yeux bleus de la mère se plongèrent dans les admirables prunelles noires, veloutées, rayonnantes d’une pure clarté intérieure. Toute l’âme énergique, ardente, virginale de Myrtô était là... Et madame Elyanni murmura doucement :

– Que je les voie encore, tes yeux, tes beaux yeux !... Myrtô, ma lumière !

– Maman, ne parlez pas ainsi ! supplia la jeune fille. Il n’y a qu’une vraie lumière, c’est Dieu, et il ne faut pas...

– Oui. Il est la lumière, mais cette lumière incréée se communique aux âmes pures, et celles-ci la répandent autour d’elles... Ne t’étonne pas de m’entendre parler ainsi, mon enfant. Depuis hier, ta pauvre mère a bien réfléchi, elle a compris ce que tu avais été pour elle, ce que Dieu lui avait donné en lui accordant une fille telle que toi, et comment il lui aurait été impossible de vivre sans l’ange qu’elle a sans cesse trouvé à ses côtés. Je te bénis, Myrtô, mon amour, je te bénis de toute la force de mon cœur !

Ses mains se posèrent sur la chevelure blonde. Myrtô, sanglotante, s’était laissé tomber à genoux...

– Ne pleure pas, chérie. Pense que je vais retrouver mon cher Christos. Tous deux, de là-haut nous veillerons sur toi...

Elle s’interrompit, à bout de forces, en laissant retomber ses mains que Myrtô pressa sur ses lèvres... Et elles demeurèrent ainsi, immobiles, savourant la douloureuse jouissance de ces dernières heures.
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