Jacqueline Starer les bougons récit Mél : starkera@club-internet fr Du meme auteur les Ecrivains beats et le voyage








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Jacqueline Starer



LES BOUGONS

Récit



Mél : starkera@club-internet.fr

DU MEME AUTEUR 

Les Ecrivains beats et le voyage

Marcel Didier 1977

Chronologie des écrivains beats jusqu’en 1969


Marcel Didier 1977

K.B.

Maurice Nadeau 1987

PREMIERE ETAPE



1


Il y a, il faut bien le reconnaître, pas mal d’occasions d’aboyer en ce monde. Et moi, Sophie, je n’ai pas l’intention de passer en sourdine aujourd’hui.




Pour que vous saisissiez comment ça se présente, je vais vous brosser un peu le décor. Nous habitons tous les quatre, pour être précise, je devrais dire tous les douze, dans un de ces immeubles où ils s’entassent les uns par-dessus les autres de chaque côté d’un engin qui n’arrête pas de monter et de descendre.
Tous les quatre, c’est lui, le Bougon, elle la Bougonne, mon frère le chat Pépin, et moi qu’ils prennent la peine de descendre dans la rue matin et soir.
Autour de l’immeuble, ils ont posé une sorte de grand parc avec de la pelouse, des arbres, des haies et des fleurs mais il est interdit d’y gambader parce que le jardinier préfère travailler dans le propre. Ils m’emmènent dans l’impasse d’à côté où je peux m’en donner à cœur joie.
Comme ils ne m’y tiennent jamais en laisse, je me précipite sur tout ce qui passe, humains et autres bêtes, en donnant de la voix tout ce que je sais. Parfois ça les amuse, parfois ça leur fait peur et parfois ils se mettent en colère. Ils ont d’ailleurs la manie d’interpréter : « Plus c’est petit et plus c’est agressif . »
Tous les douze parce que, dans notre boite à nous, outre eux deux et nous deux, il y a une tortue dans son bac et sept poissons dans l’aquarium. On s’entend bien les uns avec les autres. Evidemment on fait des bêtises de temps en temps mais, dans l’ensemble, ça va, les plantes poussent, nous on dort et eux, ils travaillent.
C’est là que le bât blesse. Faut les entendre et je me trouve aux premières loges. Ils m’emmènent presque partout avec eux, surtout lui.

Que je vous raconte une de mes journées. On se lève tôt, ils font sonner le réveil avant le soleil et leur machine à café se met en marche au même moment. Pépin et moi restons affalés sur leurs oreillers, c’est leur problème s’ils s’agitent sans aller au bout de leur sommeil.
Ils ont l’air de bien aimer ça d’ailleurs. Ils prennent leur temps, leur petit déjeuner au lit, jouent avec nous. En général, à cette heure-là, ils sont encore de bonne humeur. Ils rient, ils batifolent et puis, tout d’un coup, ils voient l’heure tourner, ils se dépêchent, ils s’énervent, ils commencent à se disputer et à s’accuser mutuellement de se mettre en retard. Ils se précipitent l’un après l’autre dans la salle de bains, ils font du bruit, la baignoire se remplit, se vide, la douche jette son eau sur eux, ils ouvrent et ferment un tas de flacons, s’aspergent de plein de produits.
Finalement, ils se ruent à l’extérieur et, pendant que le Bougon va chercher la voiture au garage, la Bougonne me suit dehors où je fais mon petit tour de piste.

Et la comédie commence. Les gardiens de l’immeuble, ils me passent tout parce que je suis bien avec leurs chiens, surtout le major qui est un grand noir comme je les aime. Quand il me voit, il bave, il remue la queue, il me fait des mamours, je l’adore. Je lui saute au cou et comme je suis courte sur pattes, ils s’attendrissent tous.
Je me roule par terre, sur le dos, les quatre fers en l’air, ce qu’ils aiment moins parce qu’après, ils se croient obligés de me remonter et de me mettre à mon tour dans la baignoire pour me rincer. L’avantage, c’est que ça les oblige à s’occuper de moi.
Dans leur monde, j’ai tout à gagner. Ils disent « une vie de chien » ; ils sont fous, chez eux, c’est le paradis.
Mon deuxième amoureux, c’est aussi un noir mais plus petit. On les fait tourner en bourrique quand on se voit. On s’échappe ensemble, ils ont beau nous courir après, le temps qu’ils nous rattrapent, on a déjà couvert du terrain.
Et les autres. Je les aime tous, indistinctement, sauf un teckel et un caniche qui m’ont attaquée il y a longtemps mais je n’ai pas oublié. Ils s’étonnent que je hurle en les voyant ces deux-là : « Qu’est-ce qu’il a, votre chien ? Il est méchant . » Je ne suis pas méchante, je suis préventive.

Dans ce bout de rue, il y en a pas mal qui n’apprécient pas qu’on soit si nombreux à venir s’y promener, ceux qui nous regardent de travers parce que je ne suis pas attachée, ceux qui estiment qu’ils ont une belle maison et ne supportent pas qu’on s’arrête devant, ceux qui ont une sortie de garage et se figurent que le passage leur appartient .
Au fond, j’aimerais mieux m’amuser sur l’herbe juste à côté mais, comme ils disent en humain : « Lex dura, sed lex » et, de nos jours, la loi privée, elle est largement aussi bonne que la loi publique.

Heureusement, le matin, on est pressés, on ne s’occupe pas des détails. Bougon arrive avec la voiture, on saute dedans, on est partis. Mes deux oiseaux mettent la musique et les informations, ils veulent savoir où c’est le plus bouché, à quoi s’attendre avant de prendre leur mal en patience.
On commence à descendre à la queue leu leu sur une grande boucle et, une fois dedans, on va au pas, ya plus ka observer ses voisins de galère. Ils ont l’air un peu moins grincheux que ceux qui sont dans les autobus. C’est peut-être parce qu’ils restent dans leur niche jusqu’à la dernière minute, avec leur radio, leurs bonbons, leurs cigarettes, à se gratter le bout du nez et même lire le journal ou faire des marques sur du papier quand ça n’avance vraiment pas.
Les ambulances, avec leurs malades dedans, elles font hurler leurs sirènes, les autres, c’est des chameaux, il y en a qui se poussent mais il y en a qui ne se poussent pas. J’aimerais bien les y voir si c’était eux qui étaient à l’intérieur.

A la sortie de la boucle, le Bougon et moi, on largue la Bougonne à une bouche de métro. Certains jours, avant de se séparer, ils vont roucouler encore quelques minutes au café du coin. « Au bon coin » , il s’appelle, comme de juste. Ils se prennent encore un petit café, un petit croissant. Parfois Bougonne se met à l’eau minérale qui, dit-elle, lui éclaircit les idées.
A côté d’eux, il faut voir les autres volatiles, le bec dans le petit blanc, à même le matin, ou dans un bock de bière. Bougon et Bougonne les regardent, du coin de l’œil, d’un air mauvais. Après, ceux-là, on les retrouve à la sécu, dans le trou, et on se croit obligés de s’occuper d’eux. Moi, je n’ose trop rien dire, ils se mettent tellement en quatre pour moi que je peux bien m’offrir de la sympathie pour un ou deux paumés.

Puis la journée commence, c’est du chacun pour soi, à la guerre comme à la guerre.
Le pire, c’est le lundi matin. Ils sont tout encotonnés du week-end et sortent de leur bien-au-chaud pour réaffronter le monde. Ils n’ont pas envie d’aller travailler ni le courage de prendre le RER ou le métro, ils gardent leur cocon avec eux et bonjour la circulation.
Ils geignent, ils se lamentent, tous pareil. Ils ont besoin d’au moins une demi-journée pour s’y remettre et attendent déjà le vendredi du bout de semaine. Rien qu’à la pensée de retrouver les collègues, les chefs, les sous-chefs et les petits chefs, c’est le trente sixième dessous.
Bougon, c’est dans une petite boi-boite qu’il travaille, à moitié en sous-sol et à moitié en sur-sol. Ils ne sont même pas dix à s’activer dans ce bocal, à cause de l’effet Spartacus. Le patron, c’est-à-dire le gérant, pour ses vingt ans, en échange d’être un homme, il a reçu de quoi s’acheter une petite dizaine d’esclaves et des murs en béton.
A partir de là, il ne lui restait qu’à prouver quelque chose et à gagner de l’argent. Il n’est pas feignant et travaille trois fois plus que tout le monde, ou presque, mais les résultats laissent à désirer. C’est surtout l’ambiance qui ne va pas. Haut sur pattes, âpre au gain, c’est son rôle j’imagine, il a du coffre et il fait imposant, sur la forme plutôt que sur le fond.
Ca fait une éternité que Bougon travaille pour lui. Au début, Bougon apprenait des choses, mais maintenant, le grand, on dirait qu’il a atteint ses limites, il n’arrive plus à se renouveler et Bougon, il s’ennuie. Avec ma truffe de chien, je sens qu’il y a du changement dans l’air.

Après le chef, il y a l’esclave-en-chef. Bien payé, pas toujours très actif. Tous les deux – merci papa, merci maman – habitent à deux pas de là tandis que leurs casiers aux esclaves, ils sont presque tous situés de l’autre côté du fleuve à voitures.
S’il leur arrive d’être en retard, aux deux, ils disent que c’est leur privilège, personne n’a rien à redire, mais les esclaves qui, soit dit plus qu’en passant, sont sur le terrain nuit et jour, ou la secrétaire, ils se font un malin plaisir de leur faire des remarques s’ils ne sont pas pile à l’heure.
Le matin, ça démarre à peu près tous les jours de la même façon. Bougon, une fois qu’il a acheté ses croissants, il se précipite au sous-sol. Elle est divisée comme ça la boi-boite : le chef, l’esclave en or et la secrétaire, par-dessus, le reste des esclaves et moi, par-dessous, au charbon où on a plus la paix, enfin, selon les moments.
Bougon prépare le café, distribue les croissants à ses consommateurs de collègues, histoire de commencer la journée de manière civilisée. Et ils causent, et que croyez-vous qu’ils disent ? C’est évident, ils disent du mal de ceux qui ne sont pas là.
Bougon a beau être râleur, il ne supporte pas. Il trouve toujours quelque chose pour les défendre, ceux-là. Ce n’est pas si difficile que ça. Personne n’est parfait mais personne n’est jamais complètement méchant non plus à part quelques exceptions.
Ce qui l’agace, Bougon, c’est ceux qui sont aussi méchants qu’intelligents et ceux qui se croient spirituels alors qu’ils se bornent à être médisants. C’est une de ses bêtes noires, à Bougon, la méchanceté, surtout quand elle se double de jalousie. Pourtant elles traînent partout, ces deux-là, il pourrait s’y habituer. Hé bien non, chaque fois qu’elles reviennent, et elles sont tenaces, il monte sur ses grands chevaux et part chasser les moulins à vent.

Après la détente, les esclaves se divisent en deux groupes : ceux qui s’excitent et ceux qui mettent leur énergie à en faire le moins possible. Les horaires, c’est une chose, mais ce qui se passe entre le début et la fin de la journée, je ne vous dis pas.
La première catégorie, a priori, c’est sans commentaires, j’y viendrai pourtant, vous pouvez compter sur moi. La seconde, c’est d’une aberration, une verrue, un cancer si vous aimez mieux, qui mine, qui ronge, qui détruit de l’intérieur et en haut et en bas, dans les petites boi-boites mais aussi dans les grandes.
Si quelqu’un a le nerf de bien faire son travail, les autres lui tombent dessus à bras raccourcis ou lui tournent le dos. Ce serait une qualité d’être consciencieux ? Non, c’est un handicap. Et ceux qui font plus que le strict minimum, tout simplement par goût, gare ! à l’eau savonneuse, aux médisances, pour ne pas dire aux fausses rumeurs ou, pire, aux calomnies.

Une fois j’ai assisté à une séance de formation. Pour un nouveau venu. Pris en tenaille, dès le premier jour, et de quelle poigne ! J’en étais atterrée. Heureusement que j’étais bien calée sous un fauteuil. Voici les instructions précises : ne jamais dire oui à ce qui est demandé ; toujours mettre au lendemain ce qui peut être fait le jour même ; ne répondre au téléphone qu’une fois sur deux ; respecter rigoureusement l’heure des pauses et ne pas partir à l’heure, quoi qu’il arrive, mais avant.
Personne n’y résiste, sous peine d’être banni, illico, du troupeau. Leitmotiv : « Pour ce qu’on est payés, on en fait bien assez . »

Les chefs se font petits, craignant, s’ils l’ouvraient, que moins encore n’arrive à être fait. Remarquez, dans ce domaine, mieux vaut sans doute qu’ils limitent certaines de leurs initiatives. Ils risqueraient de tomber à côté plutôt que d’être en plein dans le mille.
L’autre jour, Bougon et moi, on allait partir, on était en haut, pour dire au revoir – on est encore polis – quand la pépite d’or remarque une pièce de cinq centimes près de la corbeille à papier. Il se baisse, la terre n’étant jamais trop basse pour y cueillir un épinard, et la donne à Bougon, généreusement : « Tiens, mon brave, c’est le début de la fortune . » Vous avez entendu, le gérant, il tutoie le Bougon – et la réciproque n’est pas vraie. J’ai beau être chien, je ne supporte pas. Il y a de quoi se croire en préhistoire.
Revenons à mes moutons. Bougon, la fortune, il n’est pas contre, mais il demande à voir les conditions. Il prend la pièce, la balance au panier. Fallait voir l’autre … pâlir, verdire, se baisser, attraper et vider la poubelle, mettre la pièce à sa place, autrement dit dans sa poche. Nous, ce soir-là, on est partis l’âme en paix, ce n’est pas ce genre de chose qui peut nous affecter.

Cela dit, Bougon et Bougonne, ils n’arrêtent pas de se plaindre. Le chat et eux, c’est du pareil au même. Jamais satisfaits. Lui, il miaule et eux, ils râlent. Ils savent bien que c’est un grand défaut, mais quand on le leur reproche, ils disent qu’ils n’y peuvent rien, c’est plus fort qu’eux, c’est national.
Moi, je trouve qu’ils exagèrent et, quand ils commencent, ils me cassent les oreilles. Il y a aussi de quoi être content dans leur monde. Et puis, s’il y a quelque chose qui ne leur plaît pas, ils n’ont qu’à faire ce qu’il faut pour y porter remède. Causer, causer, ça ne suffit pas, c’est agir qui est utile.
Je dois admettre qu’ils ne disent pas autre chose et que leurs théories ne sont pas si éloignées des miennes. Quand on accepte de faire quelque chose, on le fait bien – sinon ya ka se sortir de là, en utilisant son imagination, si on n’est pas trop fatigué.
Moi, je fais bien mon travail. S’il y a du bruit autour de la maison, si quelqu’un s’approche trop près d’eux ou de la porte, je ne laisse pas faire, je bondis, je sors mes cris perçants, je pousse des hurlements, tellement fort qu’ils se sentent obligés de me dire d’arrêter.
Par contre, le matin, quand ils se réveillent, je leur lèche la tête, les yeux et la figure pour leur montrer que je les aime et, le soir, quand ils rentrent, je leur fais la fête. Bref, je remplis mon contrat de chien. Pépin aussi remplit son contrat de chat en s’étalant sur le radiateur et en leur ronronnant dans les oreilles à partir de quatre heures du matin.

Evidemment, les motifs de mécontentement, ça ne manque pas. Par exemple, pour revenir à la boi-boite, les esclaves du bas et ceux du haut, ils ne cessent pas de se chamailler. Pour un oui et pour un non. Vous croyez que c’est agréable ? Je me demande comment ils finissent malgré tout par faire des choses ensemble.
Bougon, il ne supporte pas leurs grands airs à ceux d’en haut, il dit que pour ce qu’ils sont efficaces, ils feraient mieux de ne pas la ramener. Moi, je n’ai rien contre eux. On ne se comprend pas trop mal. Ils ont des réserves de biscuits dans leurs tiroirs et ils m’en donnent de temps en temps.
Bougon a beau dire qu’il ne veut pas que je mange à tous les râteliers, les autres se font un plaisir de me lancer des trucs dès qu’il a le dos tourné. Quand on me prend par ces sentiments-là, j’ai du mal à résister. Une journée avec eux, c’est déjà assez long comme ça, si je peux, au passage, me chopper une petite gentillesse, je ne vois pas pourquoi j’irais la leur refuser.

Des histoires de travail – ou de non-travail – je peux vous en déverser par grandes pelletées. En plus de celles auxquelles j’assiste, pour ne pas dire auxquelles je participe, à mon niveau, autrement dit par en-dessous, et quand je ne suis pas complètement endormie. Mon Bougon et ma Bougonne, c’est par wagons qu’ils en ramènent à la maison.
Ceux qui travaillent, on les appelle des piliers, ou des ferments (des fervents ?), ils ne sont pas si rares que ça dans les rangs. Une fois, Bougonne, elle avait une course à faire, une histoire de papiers à voir quelque part, elle m’a emmenée avec elle.
On a commencé par prendre le métro. Bien sûr je n’étais pas la première à arpenter cette zone-là mais, parole de toutou, je n’en croyais pas mes yeux et mes oreilles. Il était tôt et il y avait de grands mouvements de foule, des troupes de gens qui se dirigeaient vers des escaliers roulants et pas roulants, mais ce que j’ai trouvé de plus frappant, c’était à la fois le bruit et le silence.
Toutes ces bêtes à deux pattes, au-dessus de moi, qui avançaient ensemble, sans dire un mot. On n’entendait que la chute de leurs pas qui résonnaient dans les couloirs, monotone et lancinante. A sens unique, et ce sens, c’était bien le travail, fait, à faire, indiscuté, indiscutable.
Pourtant il fallait voir où ils se dirigeaient ! Dans de grands bâtiments gris, farcis de galeries, de coins et de recoins, pleins de lapins. Il y en avait cachés derrière des tables et des machines, le téléphone n’arrêtait pas de sonner. Il n’y avait pas moyen de ronronner tranquillement là-dedans. Heureusement que Pépin n’était pas là.
On aurait dit une usine de charcuterie. Ça brassait des tonnes de papier comme si c’était de la chair à saucisse. Les portes s’ouvraient et se fermaient, des humains et des humaines passaient, avec des dossiers au creux des bras, sans se saluer ni se regarder. J’imagine qu’ils n’avaient rien à se demander.

Vous voyez, autour de mes Bougons, il n’y a pas que des paresseux. Dans le zoo, il y a aussi de bonnes bêtes bien braves, bien courageuses. Les piliers, ils arrivent tôt, respectent à peu près les horaires, même sans pointeuse, ne profitent pas de l’heure du déjeuner pour tirer sur l’élastique et, de plus, j’ai remarqué qu’ils aiment ce qu’ils font, ce qui est un peu déplacé mais pas complètement interdit.
Bougon et Bougonne font partie de cette espèce-là. C’est pourquoi les horaires, ils s’en balancent et, au besoin, ils ne distinguent plus le jour de la nuit ni la semaine du bout de la semaine. Ce serait dommage de se ratiboiser le plaisir soi-même ou de se transformer en machine quand on a la chance d’être un artiste.
Un artiste, ce n’est pas uniquement quelqu’un qui peint, ou qui écrit, ou qui chante, ou qui joue. Un artiste, c’est vous, c’est moi, c’est quelqu’un qui met son âme à faire ce qu’il fait. Des artistes, il y en a partout, dans les bureaux, dans les boutiques, les écoles, sue les chantiers, chez les médecins et même dans les transports en commun.
Vous avez remarqué, depuis un certain temps, que les conducteurs d’autobus ne sont plus comme avant ? Il suffit que vous apparaissiez, tout essoufflés derrière la vitre, votre carte à la main, ou qu’ils vous voient arriver en courant dans un de leurs rétroviseurs, pour qu’ils attendent, vous laissent monter et bien vous installer. Vous ne trouvez pas que ça tient de l’art une attitude comme ça.
Bougon, ça le mène à des extrêmes, son goût du travail bien fait. Il ne distingue pas entre ses outils au travail et à la maison, ni entre les voitures. Les autres esclaves, ils ont du mal à comprendre, surtout pour ce qui est des voitures, mais Bougon, il dit que la sienne est plus propre, qu’il se sent mieux dedans et que c’est ça qui compte. Les voitures de la boi-boite, c’est de vraies poubelles, des cendriers géants, personne ne les donne à nettoyer ni ne fait jamais le plein, tout le monde s’en moque, autant ceux du haut que ceux du bas.
Evidemment, la manière de Bougon, les esclavagistes, ils en profitent jusqu’à la garde, c’est trop beau pour eux.

La secrétaire, par exemple, elle a apporté son fauteuil parce qu’on ne lui avait donné qu’une chaise tournante pas très confortable. Elle dit qu’elle s’en ira avec, c’est tout. En attendant, c’est un bon investissement qui lui permet de passer la journée plus agréablement. Si les autres ne la respectent pas, elle se respecte elle-même.
Elle aussi, c’est un poème. Secrétaire et réceptionniste, ma collègue de garde. Plantée devant la porte, près du bureau du chef, son antre à peine plus grand qu’elle, sans air à part les courants d’air, ni lumière sauf pour l’espèce d’ampoule orientée vers son terminal d’ordinateur.
Le jour où l’inspection du travail – parce que ça existe, un machin comme ça – est passée, elle a – bien timidement – parlé des miasmes, de l’insalubrité des locaux, en bas, en haut, du manque d’espace. « Il y a pire ailleurs », lui fut-il répondu. Dont acte, comme on dit en chien.
Selon le gérant, elle est censée veiller à tout ce qui est bricoles. Pourtant, elle n’est pas bête, il pourrait l’utiliser à pas mal d’autres choses mais il n’a pas d’idée. Il est plus obtus qu’elle et roule dans des ornières.
Tout ce qu’il sait faire, c’est de lui reprocher : de ne pas laver les tasses qui traînent, de ne pas remplacer le papier là où il faudrait, à quoi elle répond sans varier : « Vous pouvez le faire vous-même . »
Les esclaves d’en bas la chouchoutent et elle leur passe, malgré les consignes, les appels personnels, les laisse téléphoner au loin en cas de nécessité.
Chaque fois que Bougon part travailler à l’extérieur, il me laisse avec elle, ce qui me permet de voir comment les choses se passent entre les trois d’en haut et d’apprécier l’air vicié en fin de journée.
On ne peut pas dire que cette secrétaire-là pactise avec ces deux pattes-là. Ce qui ne l’empêche pas de faire son travail, trop bien même. Et elle garde ses distances. La façon dont elle opère, c’est comme une grève du zèle. Elle tape à toute allure, range et classe sur le champ. Les deux autres ont à peine le temps de rectifier quoi que ce soit.
Ils n’arrêtent pas de lui parler : « Vous pouvez faire ceci, vous pouvez faire cela, appelez-moi un tel, non, j’ai changé d’avis . »
Dès qu’elle a les éléments, elle prépare les factures, dès que le téléphone sonne, elle répond, dès que les clients arrivent, elle les pousse dans la salle de réunion, et elle est presque toujours à l’heure mais il ne faut pas espérer qu’elle accepte de faire des heures supplémentaires.
Avec elle, c’est ric et rac, rien de plus, rien de moins, sauf pour une corvée assez exaspérante. En partant, le soir, c’est elle qui porte le courrier jusqu’à la boite à lettres. Bougon lui répète qu’elle ne devrait pas le faire. Z’ont qu’à se débrouiller, les deux.

À midi, il y a ceux qui ont faim et qui se sont bien dépensés, ceux qui considèrent le déjeuner comme la Grand-Messe, ceux qui font des économies sur la bouffe et ceux qui font ripaille de profession.
Pour la plupart, le midi, c’est un temps fort, et le restaurant, un lieu saint. Faut voir comme ils l’abordent avec vénération. Il y en a, ils en parlent toute la matinée et, une fois à table, ils ont le nez dans leurs assiettes comme s’il n’y avait plus que cela de valable au monde – avec leur petite santé.
Je n’ose pas compter le nombre d’œufs durs-mayonnaise, de steacks-frites, de fromages et petits rouges qui s’engloutissent chaque jour et qui vont leur peser sur l’estomac autant que sur l’emploi du temps.
Les économies sur la bouffe, ça prend la forme d’un sandwich sur place ou d’un seul plat à la cafétéria. En général, ceux qui choisissent ces formules-là, c’est des plus renfermés, des un peu moins sociables. Ils rentrent dans leur quant à eux et s’offrent une petite récréation. Sont dans leurs rêves, ils aiment être seuls. Evidemment, les autres ne font ni une ni deux et déclarent qu’ils sont mal adaptés. Autrement dit , chez les humains, c’est vive la liberté à condition de faire comme tout le monde.
Le plus impressionnant, c’est ceux qui font festin, festin utile, disent-ils, naturellement, et s’emparent de n’importe quel prétexte pour monter ça sur pied. Et hors-d’œuvres, et entrées, et vins blancs, et vins rouges, et desserts, en notes de frais, s’il-vous-plaît. Ils croient peut-être qu’après ils vont bien travailler.
C’est pendant qu’ils affirment s’y consacrer, tout en faisant semblant de ne pas y toucher. Vous n’allez pas me faire croire qu’avec ce qu’ils avalent, leur tête reste aussi claire, qu’ils gardent l’esprit alerte, ouvert et inventif ? C’est l’heure où lions repus entrent en un profond sommeil et où serpents sonnés ne savent même plus siffler.
Moi qui reste depuis belle lurette, à midi, le ventre vide, je vous parle d’expérience et vous assure qu’ils auraient intérêt à changer un peu leurs habitudes. A midi, moins de calories, l’après-midi, plus de dynamisme. On ne m’enlèvera pas de ma caboche poilue que ces choses-là sont liées et qu’ils gagneraient des forces, du temps et des idées à demeurer légers.
Ils sont pourtant payés pour maintenir toute la journée un minimum d’activité. Bah ! les piliers continuent de tenir les édifices, même si d’autres, de planques en pauses, en mots-croisés et en jeux minitel, n’attendent que l’heure de s’en aller – et je n’ai pas encore abordé la perception de leur retraite !
Le soir, Bougon et Bougonne rentrent tous les deux vannés. A plat ventre sur le siège arrière, j’assiste à une séance de double monologue. Ils se laissent à peine parler l’un l’autre. Chacun suit sa pensée, raconte ses misères. En ce qui me concerne, du moment que je me les récupère à peu près sains et saufs, je n’en demande pas plus, d’ailleurs le vendredi, c’est à la petite cuillère. A eux ensuite de se secouer, de bien se redresser et de tenir la rampe.

Plus que de temps en temps, il pleut et le trafic entre dans le domaine du pas possible, ce qui les amène à faire des quantités de détours. Rendus à leur abri, ils n’ont plus le courage de préparer le dîner. Ils sortent le whisky, les glaçons et les cacahuètes pour se remettre de leurs émotions, grignotent comme des musaraignes et appellent ça un apéritif-bouffe. J’aime bien quand ça les prend parce que, dans ces cas-là, je ne suis pas oubliée.
Autrement, c’est la routine, le rituel. En temps normal, on rentre vers sept heures et demie, huit heures. Ils tournent autour de leurs petits plats, tantôt lui, tantôt elle, se vautrent devant la télé. A huit heures, c’est sacré, personne n’a le droit de les déranger. Le téléphone, s’il sonne, c’est le répondeur qui répond. Ils ne manqueraient le spectacle pour rien au monde.
Et pourtant, ce n’est pas tellement gai ce qu’on leur montre, dans la boite à images. On leur annonce les morts des quatre coins de la planète, les enlèvements et les menaces, les catastrophes. Plus c’est horrible, et plus ils écoutent attentivement. Parfois il y a un otage qui rentre ou un avion qui pique du nez.
Quand c’est fini, on leur parle de la pluie et du beau temps, du re-froid et du re-doux comme s’il ne suffisait pas de mettre le museau au carreau le matin, pour savoir s’il faut ou non prendre son manteau. Du reste, comme méthode, ce serait à peu près aussi fiable. La météo qui n’a pas la tâche facile, pourrait mieux faire, tout de même.
A dîner, s’ils partagent avec moi, c’est la fête, mais s’ils gardent tout pour eux, en prétendant que ce qu’ils mangent ne me conviendrait pas, il me reste mes boites, mes croquettes, mes os à moelle et mon os en buffle. Ce n’est pas mal quoique nettement moins exaltant. Pépin, lui, sait comment faire. Il se met en orbite, gravite et pratique le ronron dans la figure en se frottant contre eux, leur fait du plat, quel faux-jeton, celui-là. Et ça marche. Ils finissent toujours par lui dénicher une petite douceur, ne serait-ce que pour avoir la paix.
Après, pour la télé, ils sont d’accord ou pas d’accord. Dans le premier cas, pas de problème, ils restent sciés sur le canapé. Dans le second, il y en a un des deux qui met le casque sur ses oreilles et l’autre qui vaque à ses occupations. Ensuite, il faut bien qu’ils se reposent un peu. Bougon, Bougonne, Pépin et moi, on se retrouve tous, la nuit, sur la même superficie.

Le week-end, ils traînent dans les marchés et dans les supermarchés. Sont pas très intellectuels, ce qui ne veut pas dire qu’ils ne sont pas intelligents, faudrait pas confondre. Avant, il y a tout juste quelques années, ils se mettaient des films au travers de la tête, ça leur faisait des sorties, mais depuis quelque temps, ils n’en ont plus envie. Ils disent que c’est trop cher et qu’ya ka attendre de les avoir chez soi.
La cérémonie des courses, elle se fait sans moi. Je préfèrerais aller avec eux mais ce n’est pas permis. Ils me laissent à la maison. Il ne me reste plus qu’à glisser sous les coussins du sofa.
Le nombre de fois où il faut subir un temps de loulou de Poméranie et où les baies vitrées n’offrent qu’une lumière blanche, laiteuse, uniforme, qui fait souhaiter être à l’autre bout du monde. Les marchands de voyage ont très bien compris ça qui vendent leurs produits comme des paquets de lessive dans des chariots de supermarché.
Je m’allonge, je ferme les yeux, je pousse un grand soupir et je m’endors. Sans préjuger de ce que Pépin, de son côté, pourra bien inventer. Un jour, j’entends du bruit près de la cuisine, je me secoue pour aller voir, le voilà qui débouche en se léchant les babines, l’air repu et entendu. Il avait plus qu’entamé le poulet fumé. Vous pensez que j’ai continué.
Et puis, ce singe trouve le moyen de sauter à la moquette murale, de s’accrocher et de se balader à angle droit en coursant les mouches jusqu’au plafond. Il vaut mieux que nos deux-pattes ne le repèrent pas en train de faire son numéro s’ils tiennent à ne pas s’emporter et à s’élever à la hauteur des cerfs-volants.
Quand ils reviennent, avec leurs sacs remplis, Pépin et moi, on passe à l’inspection. Ils sont tout excités, engrangent leur butin, rangent le sec, les boites, les paquets, les

fromages, entreposent les périssables dans les deux parties du frigidaire. Ils mettent la viande et le poisson dans du plastique ou du papier alu, alignent les œufs sur deux rangées, casent les bouteilles dans la table roulante. Après quoi, ils se calment et prennent un air aimable. Ils peuvent voir venir et retourner à leur télé.
Mais il leur arrive, relativement souvent, de débouler dans une humeur de dogue, s’ils se sont accrochés avec une caissière par exemple. La sortie des grandes surfaces, c’est de plus en plus sophistiqué. Il y en a à cartes, à chèques et à liquidités. Si vous vous trompez de file, vous avez beau être client, faut pas croire que vous êtes roi. Vous avez plutôt une chance d’être traité comme un je ne sais quoi.
Un dimanche, Bougon et Bougonne m’avaient emmenée dans un hangar plein de meubles. Le vendeur n’arrêtait pas de gémir et il était clair qu’il n’avait qu’une envie, celle de ne pas être là. Il affirmait : « C’est de la mauvaise volonté de la part des clients . » Les Bougons croyaient avoir mal entendu. C’était ceux d’avant nous qui refusaient d’appeler la succursale pour demander ce qu’ils cherchaient. Ces mollassons estimaient que le vendeur devait le faire.
Mes Bougons, ça leur a fait le vide dans l’estomac, ils n’avaient plus le goût de rester. Ils sont sortis découragés et, pour couronner le tout, en repassant la porte, il leur est tombé dessus un soupir à déchirer la toile cirée : « Cinq heures et quart, ça ne passe pas vite . »
Les achats, c’est un plaisir, si ça doit tourner au vinaigre, mieux vaut rester chez soi, s’abstenir et laisser ses graines à l’écureuil.
Pour en revenir aux supermarchés, aux hyper si vous préférez, il y a caissières et caissières, des qui tapent ou scannent plus vite que la lumière, des qui bavardent avec la voisine d’à côté, des qui regardent tout le temps leur montre, des qui sont généreuses avec les sacs et des qui les donnent au compte-gouttes comme si elles les payaient de leurs deniers.
Il paraît qu’il faut de tout pour faire un monde. Moi, je dis que le mal est plus difficile à accepter que le bien. Je vous entends rétorquer qu’une définition est sujette à caution et qu’il existe différentes conceptions. On n’en sortira jamais.
A peine prennent-ils la laisse que je saute de joie. Je sais pourquoi c’est fait. C’est eux qui ne l’aiment pas, moi, j’adore. On va dans la ville, on fait les petits magasins, les cafés, les restaurants. La tête des gens quand ils s’aperçoivent que je suis là ! Vous croyez qu’ils ne seraient pas contents ? Au contraire ! Ils se penchent, ils me caressent, ils sourient aux Bougons, ce qui ne veut pas dire qu’on s’occupe plus vite d’eux, au contraire – ne pas extrapoler.
J’ai bien l’impression que, dans la vie, c’est nous les bêtes qui leur donnons le plus de plaisir. Entre eux ce n’est pas tout à fait ça, ils passent beaucoup de temps à se tirer dans les pattes ou à se regarder en chiens de faïence, au mieux ils font comme s’ils ne se voyaient pas, mais nous, on les rassure, on est bien moins méchants et on n’en demande pas tant – ils le croient du moins.
Ils nous accrochent à leurs épaules sous la forme de pandas, choisissent des porte-savons en ventres de grenouille et collectionnent les cendriers à poissons et papillons.

S’il fait beau, on va au bois. On marche, on court, on tourne en rond autour d’un lac à cygnes et à canards. Je hume le nez de mes confrères, on se fraie un chemin entre les roues des planches, des bicyclettes, des patins et des landaus, et après on rentre à la maison et on attend que ça se passe.
S’il fait moins beau, on reste, on tourne aussi en rond. Bougon s’occupe de nos roues à nous ; il les lave, il les cire, il les astique, il les bichonne et Bougonne, elle bougonne. Ils arrosent leurs plantes, qui en ont bien besoin, et réarrangent les fleurs de leur balcon. Le ménage, c’est l’affaire de la fée du logis qui passe quand nous on n’est pas là.
Ils ont à peine le temps de se remettre sur leurs pattes que le week-end est terminé et qu’ils repartent pour un autre tour de manivelle.
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