Alors que le Grenelle de l'environnement entre dans sa phase finale, les pro et les anti-ogm s'accordent sur la nécessité d'une loi. Mais que mettre dans ce texte ?








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date de publication02.02.2018
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Ecologie

Les OGM expliqués aux nuls

Alors que le Grenelle de l'environnement entre dans sa phase finale, les pro et les anti-OGM s'accordent sur la nécessité d'une loi. Mais que mettre dans ce texte ?

Sophie Coignard

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Alors que les tables rondes sont à peine terminées, Jean-Louis Borloo et ses équipes ne crient pas victoire mais susurrent déjà leur satisfaction : la méthodologie du Grenelle de l'environnement fonctionne, puisque près de 15 000 contributions « citoyennes » sont remontées par Internet et, surtout, parce que des personnalités qui d'ordinaire s'ignorent et s'invectivent sont parvenues à travailler ensemble. L'exercice s'annonçait particulièrement périlleux, notamment à propos des OGM, sujet polémique s'il en est ! D'ailleurs, après la « fausse gaffe » du ministre de l'Ecologie, qui annonçait dans les colonnes du Monde un nouveau moratoire sur la commercialisation, la FNSEA et le GNIS, groupement représentant les semenciers, avaient quitté la table des négociations avant d'y revenir. Puis, le 12 octobre, la FNSEA semblait dans de meilleures dispositions en annonçant qu'elle était prête à accepter un « gel » des cultures d'OGM jusqu'au vote d'une loi... Voilà le seul élément sur lequel la carpe et le lapin, autrement dit Greenpeace et les représentants des industriels, sont parvenus à trouver un accord : une loi est nécessaire. Mais laquelle ? Vaste question, épicée par la complexité du sujet. Voici quelques repères pour s'orienter dans une polémique qui est loin d'être close.

A quoi servent les différents OGM ?

Parler d'organismes génétiquement modifiés recouvre un champ très large. Or il y a OGM et OGM. Ceux qui suscitent des inquiétudes et ceux que personne, ou presque, ne remet en question. La définition académique, selon laquelle un OGM est un organisme vivant qui a subi une modification non naturelle de ses caractéristiques génétiques par ajout, suppression ou remplacement d'au moins un gène n'éclaire pas beaucoup le débat. Car cette grande famille très recomposée compte des micro-organismes, telles les bactéries, mais aussi des plantes et des animaux.

Pour fabriquer de l'insuline, par exemple, on isole le gène humain détenant le secret de fabrication de cette protéine et on l'introduit dans des bactéries. Parce que le langage génétique est universel, la bactérie, devenue OGM, décrypte ce nouveau gène et produit à son tour de l'insuline humaine. Pourquoi utiliser des bactéries ? En raison de leur capacité à se reproduire très rapidement, ce qui permet de fabriquer de grandes quantités de ce médicament. Mais ensuite l'insuline recueillie est purifiée, et les bactéries qui ont servi à sa fabrication sont détruites. Dans ce cas comme dans celui des vaccins, de l'interféron ou de l'hormone de croissance, le micro-organisme génétiquement modifié n'a servi que de vecteur. Il n'en subsiste rien dans le produit final administré au patient. Les OGM alimentaires, en revanche, sont destinés à la consommation et sont cultivés en plein champ, deux différences qui sont à l'origine de toutes les polémiques. « Il existe un premier clivage, qui sépare les organismes cultivés en pleine nature de ceux qui sont développés en milieu confiné, dans un laboratoire, résume François Houllier, directeur scientifique de l'Inra, chargé des végétaux. Le second clivage concerne l'usage qui en est fait : médicament, produit alimentaire, ou non alimentaire, comme le peuplier pour la transformation papetière. Le débat actuel se concentre essentiellement sur quelques plantes actuellement cultivées en plein champ et destinées à l'alimentation . »

Le soja, le coton, le maïs et le colza occupent la quasi-totalité des cultures OGM commercialisées. Elles sont toutes soit résistantes à un ou plusieurs insectes, soit tolérantes à un ou plusieurs herbicides, et de plus en plus les deux à la fois. En Europe, seul un maïs résistant à un insecte, la pyrale, est autorisé à la culture. C'est le MON 810 de Monsanto, produit sous licence par des semenciers locaux.

Quelle proportion dans les auges et dans les assiettes ?

Les animaux (porcins et bovins) consomment beaucoup d'OGM, notamment des tourteaux de soja importés d'Amérique. Leur viande et leur lait ne sont pas soumis à l'étiquetage. En effet, comme le dit prudemment un texte officiel, « les données scientifiques dont nous disposons indiquent que la présence d'OGM dans l'alimentation animale ne modifie en rien les caractéristiques des produits animaux tels que la viande, le lait et les oeufs ». Pour simplifier, l'argument de nombreux scientifiques peut se résumer ainsi : ce n'est pas parce qu'on mange de la salade qu'on devient salade. Aucun incident n'a été constaté, mais le recul n'est que de dix ans. Ceux qui souhaitent toutefois ne pas manger de viandes issues d'animaux ayant consommé des OGM doivent se tourner vers le bio ou vers les AOC.

Quant à la consommation humaine, personne ne peut prétendre, aujourd'hui, n'avoir jamais ingurgité le moindre OGM. A la suite de nombreuses tractations, Bruxelles a réussi à obtenir, en 2002, un accord sur l'étiquetage et la traçabilité, qui a mis fin au moratoire appliqué depuis 1999. Les produits destinés à la consommation humaine qui contiennent au moins un ingrédient composé à plus de 0,9 % d'OGM sont soumis à l'obligation d'étiquetage. Certains industriels entretiennent volontairement la confusion entre « sans OGM » et « non étiqueté ». Pourquoi 0,9 % ? Pour rien. Ce ratio est le résultat d'un marchandage européen compliqué. Même les associations les plus radicales, comme Greenpeace, s'en accommodent sans le reconnaître publiquement. En effet, descendre au-dessous de ce seuil nécessiterait des analyses de détection très coûteuses qui transformeraient les produits non étiquetés en denrées de luxe et contraindraient la majorité des consommateurs à se tourner, pour des raisons économiques, vers des articles étiquetés OGM.

La quasi-totalité de la communauté scientifique s'accorde pour considérer que les OGM font l'objet d'une surveillance très poussée, en Europe, avant d'être mis sur le marché. « Jamais des aliments n'ont fait l'objet d'autant d'études. Ils se voient imposer le même parcours que les médicaments », assurent en choeur de nombreux experts, à l'Inra ou à l'Agence française de sécurité sanitaire des aliments (Afssa). Ce n'est pas tout à fait vrai et c'est insuffisant, selon quelques dissidents très écoutés réunis au sein du Comité de recherche et d'information indépendantes sur le génie génétique (CRIIGEN), présidé par Mme Corinne Lepage, ancien ministre de l'Environnement. « Les médicaments, avant leur mise sur le marché, sont testés sur des individus et pas seulement sur des rats comme les OGM, explique la présidente. Les OGM subissent, dans le meilleur des cas, des tests sur les rats, pendant trois mois, alors que les effets des produits phytosanitaires sont observés sur le rat pendant deux ans puis sur de grands mammifères. »

Pourquoi tant de mystères autour des OGM ?

L'un des points communs entre les OGM et les médicaments tient au secret industriel et à l'opacité qui en découle. Pour ne rien divulguer, les producteurs, pour obtenir la mise sur le marché d'un nouvel OGM, fournissent aux comités d'experts des dossiers d'expérimentation qu'ils ont eux-mêmes commandés et supervisés. L'exemple du maïs MON 863 est très éclairant sur les limites de ce système. Ce maïs Bt n'est pas cultivé mais il est commercialisé en France, et Monsanto a refusé de communiquer ses dossiers d'expérimentation au Criigen, qui les réclamait. Or l'article 25 de la directive européenne stipule que ces éléments peuvent être rendus publics sur demande, interprétation confirmée par la Commission d'accès aux documents administratifs (Cada). L'administration française n'a rien communiqué malgré l'avis de la Cada. Le dossier MON 863 a malgré tout été obtenu via l'Allemagne. Et les experts du Criigen remettent en question la méthodologie, notamment sur des anomalies hormonales. Schématiquement, les femelles qui consomment à haute dose du MON 863 grossissent, alors que les mâles maigrissent. Les demandes du Criigen de faire refaire d'autres études sont, depuis trois ans, restées lettre morte. « Pourquoi refuser de trancher la question, par exemple en faisant une contre-expertise ? interroge Corinne Lepage. Nous ne réclamons rien d'autre qu'un minimum de transparence . » La directrice générale de l'Afssa, Pascale Briand, affirme que les quantités de MON 863 ingérées par les rats sont 400 fois plus importantes, en proportion, que celles que peut manger un Américain et 800 fois plus que la consommation moyenne d'un Européen.

Les OGM vraiment incontrôlables ?

Avant même les outils des faucheurs, l'arme la plus redoutable dans la bataille sur la dissémination des OGM en plein champ est le langage. Alors que les opposants utilisent le terme de « contamination », les industriels parlent de « présence fortuite ». Et gare à celui qui se trompe de terme selon l'interlocuteur. Evoquer la question de la « contamination » devant le professeur Philippe Joudrier, président du comité d'experts de l'Afssa, chargé d'étudier les dossiers des industriels sur les risques éventuels en termes de santé que présente chaque OGM candidat à la commercialisation ? « La contamination, selon le dictionnaire, c'est la souillure résultant d'un contact impur, s'indigne-t-il. Je ne vois pas ce que les OGM comme le maïs Bt ont d'impur ! » A l'inverse, la plupart des associations présentes au Grenelle de l'environnement souhaitaient arriver à la table des négociations après qu'un moratoire sur les cultures en plein champ eut été décidé. « Nous voulons préserver la liberté de consommer sans OGM, explique Arnaud Apotecker, de Greenpeace. Liberté que personne ne peut garantir, à moins d'interdire les cultures en l'état actuel. »

Les semenciers déplorent ce qu'ils appellent le « culte de la pureté ». Jean-Louis Borloo déclarait pourtant fin septembre : « Sur les OGM, tout le monde est d'accord, on ne peut pas contrôler la dissémination, donc on ne va pas prendre le risque . » Un engagement en direction du gel des cultures et de la commercialisation qui, pour l'instant, n'engage à rien. « Bien sûr qu'il est impossible d'avoir 0 % de présence fortuite, reconnaît-on au GNIS. Il faut donc décider d'un seuil de présence fortuite et arrêter avec ce culte de la pureté. De plus, seul le maïs Bt est cultivé en France. Or, contrairement à la betterave ou au colza, il n'existe pas de maïs sauvage en Europe. Les croisements fortuits sont donc très improbables . »

Toutes les plantes ne présentent pas le même risque. Le colza est ainsi le plus envahissant, parce qu'il est très fertile et qu'il peut se croiser avec des espèces sauvages. Au Japon, qui importe du colza OGM, Greenpeace a remarqué du colza génétiquement modifié sur le bord des routes à proximité des ports alors que la plante n'existe pas à l'état naturel. Cette question de la dissémination peut se poser de deux manières. Le « zéro dissémination », demandé par les écolos et qui conduit à l'arrêt des cultures en plein champ, ou la minimisation des risques, qui incite à refuser les espèces les plus invasives. A titre anecdotique, un gazon pour terrain de golf résistant aux herbicides, non commercialisé en France, risque de déborder de sa mission.

Les OGM profitent-ils aux consommateurs ?

Les OGM actuellement commercialisés présentent des avantages pour le producteur (résistance aux insectes, possibilité de traiter aux herbicides sans endommager la plante cultivée...), mais pas pour le consommateur. Depuis longtemps, les semenciers évoquent une nouvelle génération qui profiterait au consommateur : produits enrichis en oméga 3, « riz doré » riche en vitamine A qui éviterait les problèmes de cécité, plants capables de résister au manque d'eau. Ces perspectives ne débouchent pour l'instant sur rien de concret. Aucune demande d'autorisation pour des expérimentations en plein champ n'a été déposée en Europe ou aux Etats-Unis.

Longtemps, le riz doré est resté un mirage parce qu'il aurait fallu en consommer plusieurs kilos par jour pour recevoir suffisamment de vitamine A. Cet obstacle semble partiellement résolu, mais au prix de techniques très coûteuses. L'apport d'oméga 3 est plus simple à réaliser, mais pose un problème de marché : qui va consommer des OGM dans ce but ?

Les OGM sont-ils écologiques ?

En premier examen, oui. Comme le souligne Alain Toppan, directeur de la recherche chez Limagrain, « le maïs Bt ne requiert aucun traitement par insecticide, ce qui constitue un gain environnemental certain. Sans compter que le confort de récolte est plus grand : on récolte plus tard, du maïs plus sec, avec moins de fioul ». Une conclusion confirmée par François Houllier, de l'Inra, qui se montre beaucoup plus circonspect en ce qui concerne les cultures résistant aux herbicides : « Les résultats sont plus contrastés. L'effet bénéfique et inattendu concerne la limitation de l'érosion, car la possibilité de traiter permet de moins labourer et de maintenir une couverture végétale permanente au sol. En revanche, on ne constate pas de baisse substantielle dans l'utilisation d'herbicides. » Ce serait même l'inverse, selon le biologiste Christian Vélot, enseignant-chercheur à Orsay et membre du conseil scientifique du Criigen : « Au Canada, la consommation de Roundup a doublé en dix ans tandis qu'aux Etats-Unis elle a augmenté de 72 %. » Enfin, les écologistes, appuyés par des scientifiques qui ne sont pas « dans la ligne », insistent pour qualifier le maïs Bt d'insecticide. Un argument balayé par l'expert Philippe Joudrier : « Il y a environ 60 insecticides dans le petit pois. Pourtant, on ne considère pas ce légume comme un insecticide ! » Sauf que le gène de Bacillus thuringiensis, une bactérie présente dans le sol, qui est incorporé dans le maïs pour produire l'insecticide, ne fait pas partie du patrimoine de cette plante. Le fait qu'on ne trouve pas trace de cet insecticide dans les épis ne dit rien, selon ces opposants, sur les conséquences que peut avoir la présence de l'insecticide dans la plante 24 heures sur 24, et pas seulement lors du traitement comme dans l'agriculture conventionnelle. Une controverse d'importance puisque, dans un cas, le maïs Bt doit être traité comme une plante alimentaire, dans l'autre comme un pesticide.

Pas de recherche sans OGM ?

Beaucoup de scientifiques déplorent l'obscurantisme français en matière d'OGM et redoutent que l'Europe ne prenne du retard, y compris dans la recherche fondamentale sur les biotechnologies. Crainte vérifiée pour la recherche appliquée. Biogemma, centre de recherche dont un des actionnaires est Limagrain, a dû fermer deux centres en France, et les grands groupes américains implantent leurs laboratoires ailleurs qu'en Europe. Mais qu'en est-il de la recherche fondamentale, réalisée en milieu confiné ? « Il existe un continuum, explique François Houllier. La recherche universitaire, même la plus académique, ne se positionne pas de la même manière selon les politiques publiques. Ainsi, la Suède ou Israël ont fait un choix clair en faveur des biotechnologies, tandis que l'Italie est très en retrait. Pour l'instant, la France se situe entre les deux. » Notons toutefois que la Grande-Bretagne ne cultive pas un hectare d'OGM, ce qui ne l'empêche pas d'être en pointe, en Europe, sur les biotechnologies

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Repères

1933 : le premier maïs hybride est disponible aux Etats-Unis.

1953 : Watson et Crick décrivent la structure à double hélice de l'ADN.

1973 : identification dans la bactérie « Agrobacterium tumefaciens » d'un plasmide qui permet d'accueillir un gène étranger et de le réintroduire dans le génome d'une plante.

1983 : la première plante transgénique est créée ; un plant de tabac qui résiste à un antibiotique.

1985 : naissance du premier porc transgénique.

1986 : première expérimentation dans les champs.

1988 : création du premier maïs génétiquement modifié pour résister à un herbicide total.

1994 : premier légume OGM autorisé à la vente aux Etats-Unis : c'est une tomate à maturation retardée qui se soldera par un échec.

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