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André Durand présente
l’intérêt psychologique

(première partie)

de
‘’À la recherche du temps perdu’’

(1913-1927)
roman de Marcel PROUST

(3000 pages)
On trouve ici l’étude de Marcel :

  • sa faiblesse physique (page 3)

  • sa grande sensibilité (page 5)

  • sa faiblesse morale (page 6)

  • sa naïveté (page 7)

  • sa relation avec Charlus (page 8), son intérêt pour les jeunes hommes (page 10), son amour pour Saint-Loup (page 10)

  • son rêve de la Femme (page 11) : Gilberte Swann (page 12), Mlle de Stermania (page 13), la duchesse de Guermantes (page 13), les «jeunes filles en fleurs» (page 17), Albertine (page 18) – dans ‘’La prisonnière’’ (page 21) – dans ‘’Albertine disparue’’ (page 26) - dans ‘’Le temps retrouvé’’ (page 29)

  • la vocation d’écrivain (page 30)


(la pagination est celle de l’édition de la Pléiade en trois volumes)


Bonne lecture !

Faire vivre des personnages est le but avoué de la plupart des romanciers. Même si l'ambition de la concurrence à l'état civil, qui anima Balzac, paraissait vaine à Proust, il a créé de nombreux personnages qui vivent avec intensité même si, pour chacun, nous ne sommes jamais placés en son centre, nous n'avons sur lui que des renseignements limités. C’est que nous les voyons presque toujours à travers le narrateur intradiégétique, Marcel, avec lequel ils ont des relations subtiles, qui n’est censé ne nous rapporter que ce qu'il sait, qui prétend les radiographier, en quelque sorte, par l’exactitude de l'observation.

Proust, qui a confié : « Quand le littérateur écrit, il n’est pas un geste de ses personnages, un tic, un accent qui n’ait été apporté à son inspiration par sa mémoire. », en a créé beaucoup qui sont des figures dotées d'un puissant relief individuel, complexes, fortement caractérisées par leur âge, leur milieu, leur activité ou leur désœuvrement, mais aussi par tout ce qui, dans l'immédiat, les émeut ou les modifie (passion, doute, maladie, vieillissement), nuance à l'infini leurs dialogues et leurs monologues intérieurs, chacun ayant son rythme et son langage différents de tous les autres et toujours reconnaissables. Même les rôles secondaires sont nettement dessinés. Ils portent plus de contradictions qu'on n'en trouvait chez les héros de Balzac.

Ils connaissent une dissociation qui tient d'abord au caractère subjectif et partiel du témoignage, mais procède aussi d'un sens très moderne des complexités de la conscience. Il n'est guère de personnage important qui ne laisse voir les contradictions de sa conscience. Proust évoquait lui-même Dostoïevski quand il s'appliquait ainsi à montrer que l'amour et la haine, la bonté et la traîtrise, la timidité et l'insolence n’étaient que les formes opposées d'une même pulsion.

Surtout, ils subissent presque tous la loi du retournement ironique, qui s’applique surtout dans le domaine sexuel, la loi de la duplicité généralisée : derrière une façade virile, il y a un homme-femme ; derrière une attitude hostile, une timidité ; derrière un mot gentil, la pire des insultes ; sous la conversation, une escrime silencieuse. Proust disait que des personnages illogiques ont l'air plus vrai. Comment y parvenir mieux qu’en suggérant leur complexité et leur incohérence, car seuls vivent en nous les êtres sur lesquels nous ne cessons de nous interroger, qui ont toujours de quoi nous surprendre.

Il a souvent interprété la multiplicité des états de conscience comme une succession de personnalités différentes. Marcel observa, en lui-même, la mobilité de son caractère, et il remarqua : « Je n’étais pas un seul homme, mais le défilé d'une armée composite où il y avait des passionnés, des indifférents, des jaloux - des jaloux dont pas un n’était jaloux de la même femme » (III, page 489). Les métamorphoses du personnage dans le temps venaient accroître encore sa complexité, car les années accusaient certains traits, mais en firent apparaître d'autres jusque-là cachés. Les êtres ne se réalisaient que successivement.
On devrait pouvoir considérer le narrateur, Marcel, comme le seul personnage puisque tous les autres sont censés n’exister que par leur réfraction dans sa conscience. Proust aurait d’ailleurs voulu qu’il soit une conscience un peu floue et molle, hantée par «la grande nuit impénétrée et décourageante de notre âme», qui se scrute elle-même et scrute aussi son vaste entourage avec une impitoyable perspicacité, une subtilité pénétrante et attentive au moindre détour des mouvements intérieurs, aux impressions les plus ténues de la conscience et des nuances les plus subtiles de la pensée, en se montrant soucieuse de justifier les attitudes et les actes de ces nombreux personnages, un enregistreur passif dont nous ne ressentirions qu'à la fin du livre la toute-puissance, sa personnalité ne s'interposant pas entre lui et son lecteur, afin que celui-ci coule inconsciemment les données de son vécu dans les siennes, entrant ainsi malgré lui dans le roman pour en faire sa matière propre.

Mais on a vu que le point de vue subjectif n’est pas strictement maintenu (de façon évidente dans l'épisode intitulé ‘’Un amour de Swann’’, mais aussi constamment ailleurs), que de ce fait les autres personnages acquirent leur autonomie et que, de Marcel, on oublie même qu’il est le narrateur. Il faut donc se résoudre à ne voir en lui qu’un personnage comme les autres, le personnage principal certes, mais pas le personnage le plus intéressant.

C’est la raison pour laquelle on l’examine d’abord, l’objectif étant de classer les personnages dans un ordre progressif qui permette de déterminer celui qui nous est le plus utile pour déterminer notre propre conduite, ce qui est tout de même le but des fictions.
Marcel
Ne peut-on croire qu’il se confond avec l'auteur? Proust, dans une lettre à Lucien Daudet, a voulu nous mettre en garde contre cette confusion, affirmant que son livre était bien un roman, non une autobiographie ou des mémoires. Mais cela fit partie de ces allégations par lesquelles cet écrivain, qui ne s’intéressait qu’à lui, qui n’envisageait que de l’autobiographie, commença par vouloir se prémunir à l’avance d’un dévoilement trop rapide du fondement de ses écrits en rejetant la méthode de Sainte-Beuve qui consistait à « ne pas séparer l'homme et l'œuvre », voyait dans l'œuvre avant tout le reflet de la vie de son auteur, pensait pouvoir l'expliquer par elle et cherchait à cette fin « à s'entourer de tous les renseignements possibles sur un écrivain, à collationner ses correspondances, à interroger les gens qui l'ont connu ».

Pourtant, il donna à son narrateur son propre prénom et une vie dont bien des faits, des situations, étaient ceux mêmes qu’il avait vécus, créa ses autres personnages en s’inspirant souvent de gens qu’il avait connus.
Quel est donc ce « premier rôle », ce « récitant », ou, comme disait Proust, « ce monsieur qui dit je »? Il s'agit d'un jeune bourgeois parisien, né au cours du dernier tiers du XIXe siècle (on a pu marquer avec précision qu’il avait environ une dizaine d'années de moins que l'auteur), un riche bourgeois qui put jouir ainsi de cette situation typique des romans d’analyse psychologique où le protagoniste, étant un oisif, a tout son temps à consacrer à l’amour, aux pensées, aux soupçons, aux tourments qu’il inspire. Ses parents vivaient à Paris, mais passaient leurs vacances dans une bourgade de province à laquelle Proust donna le nom de Combray. Le père semblait avoir des fonctions au ministère des Affaires étrangères. Mais tout cela fut laissé dans le vague ou ne se découvrit que petit à petit.
Sa faiblesse physique fut constante, et une grande partie du roman est occupé par ce qu’on a pu appeler le moribondage de Proust. Il était asthmatique (comme Proust), mais surtout un « névropathe » (I, page 495), hypersensible sinon névrosé. Furent bien indiqués son « nervosisme », son « penchant maladif à la tristesse, à l’isolement », dernier élément qui étonne chez de ce mondain invétéré.

Il eut toujours des problèmes à trouver le sommeil, qui est un des grands thèmes du livre, qui apparaît dès l’incipit : « Longtemps je me suis couché de bonne heure. Parfois, à peine ma bougie éteinte, mes yeux se fermaient si vite que je n’avais pas le temps de me dire : ‘’Je m’endors’’. Et une demi-heure après, la pensée qu’il était temps de chercher le sommeil m’éveillait. » (I, page 3).

À Paris, l’émotion que lui fit ressentir la perspective d’un voyage en Italie lui donna « une fièvre si tenace que le docteur déclara qu’il fallait renoncer non seulement à me laisser partir maintenant à Florence et à Venise mais, même quand je serais entièrement rétabli, m’éviter, d’ici au moins un an, tout projet de voyage et toute cause d’agitation » (I, page 393). Il lui interdit même d’aller entendre la Berma (I, page 393). Marcel s’étendit longuement sur « une nausée, un étourdissement [...] réponse fébrile d’une maladie commencée, dont la glace de mon indifférence avait masqué, retardé les symptômes », ses « 40° de fièvre », son « chaud et froid », « la poussée fébrile qui accompagnait ma congestion pulmonaire », ses « étouffements », son « état de suffocation », tel  « symptôme fâcheux que je n'avais pas encore discerné », son « corps en détresse », « le malaise ressenti », « une douleur en son côté droit », « la respiration qui me manquait », « ma congestion », « des spasmes nerveux » qui pourraient s’expliquer « par un commencement de tuberculose, par de l'asthme, par une dyspnée toxi-alimentaire avec insuffisance rénale, par de la bronchite chronique, par un état complexe dans lequel seraient entrés plusieurs de ces facteurs » et donnèrent lieu à ces « prescriptions impérieuses » du docteur Cottard : « Purgatifs violents et drastiques, lait pendant plusieurs jours, rien que du lait. Pas de viande, pas d’alcool.» qui le guérirent ! (I, pages 495-499). Pas vraiment car, avant qu’il parte à Balbec, le médecin lui conseilla de prendre de l’alcool pour éviter « les crises de suffocation », et il connut ainsi une certaine euphorie (I, page 651).

Arrivé à Balbec, il était « brisé par la fatigue », avait de « la fièvre », mais ne put se coucher, l’angoisse l’étreignant car la chambre de l’hôtel était « pleine de choses qui ne me connaissaient pas » (I, page 666), il souffrit de son « manque total d’habitude », ressentit une telle « impression de solitude » qu’il voulut tout de suite « revenir à Paris » (I, page 664). Cependant, sa grand-mère, car « elle trouvait un tel plaisir dans toute peine qui m’en épargnait une », vint au secours de son « pauvre loup », l’aida, pour lui éviter une crise nerveuse, à ôter ses bottines, à se déshabiller, à se coucher. Il compara « cet effroi de coucher dans une chambre inconnue » à la résistance de notre moi à la mort, dût-elle être suivie d'une résurrection en un moi différent. Un médecin fut appelé « pour un accès de fièvre» qu’il avait eu et qui lui recommanda de ne « pas rester toute la journée au bord de la mer ». Aussi lui et sa grand-mère firent-ils des promenades en calèche avec Mme de Villeparisis (I, page 704).

À Doncières, il put dormir d’abord dans la chambre que Saint-Loup avait en ville ; mais il y fut impressionné par les bruits comme par le silence. Et, « dès le second jour, il me fallut aller coucher à l'hôtel », dans une chambre où, après une exploration minutieuse, il eut tout de même du mal à trouver le sommeil, car, dit-il, sa qualité dépend des circonstances dans lesquelles on se trouve. À son entrée dans le restaurant où il était venu avec Saint-Loup, il crut ne pas pouvoir « arriver à sortir de la porte tournante ». (II, page 401).

Après le repas chez la duchesse de Guermantes, on servit l’orangeade rituelle ; mais il obtint qu’elle fût remplacée pour lui par du « jus de cerise cuite », mécontent cependant de ce que le prince d’Agrigente lui en prît un peu ! (II, page 513).

Plus loin, il rappela qu’il était passé par « des crises qui m’avaient forcé à rester plusieurs jours et plusieurs nuits de suite non seulement sans dormir, mais sans m’étendre, sans boire et sans manger, au moment où l’épuisement et la souffrance devenaient tels que je pensais n’en sortir jamais, je pensais à tel voyageur jeté sur la grève, empoisonné par des herbes malsaines, grelottant de fièvre dans des vêtements trempés par l’eau de la mer, et qui pourtant se sentit mieux au bout de deux jours, reprenait au hasard sa route, à la recherche d’habitants quelconques, qui seraient peut-être des anthropophages. Leur exemple me tonifiait, me rendait l’espoir, et j’avais honte d’avoir eu un moment de découragement. » (II, page 608).

Au cours de son second séjour à Balbec, car, « sur l’ordre des médecins, j’étais parti dès Pâques » (II, page 751), il souffrit « d’une crise de fatigue cardiaque » (II, page 755) et dut passer beaucoup de son temps dans son « lit où on me faisait rester longtemps tous les jours à me reposer » (II, page 783).

À la Raspelière, M. de Cambremer s'intéressa à ses « étouffements » (II, page 926) qui lui permirent, plus tard, d’éluder une invitation à Féterne (II, page 1109).

À Paris, il inculqua à Albertine la peur « de me faire froid en ouvrant sa fenêtre à un moment mal choisi » (III, page 120). Pourtant, quelques pages plus loin, il se plaignit : « Une fois Albertine sortie, je sentis quelle fatigue était pour moi cette présence perpétuelle, insatiable de mouvement et de vie, qui troublait mon sommeil par ses mouvements, me faisait vivre dans un refroidissement perpétuel par les portes qu’elle laissait ouvertes » ; il constata qu’« une santé précaire ne permet pas de partager la vie d’un être actif et jeune » (III, page 131).

À la fin de la soirée chez les Verdurin, Charlus eut d’amicales attentions pour lui : « Puisque vous êtes souffrant, il faut faire attention, je vais aller vous chercher votre pelure. » (III, page 288).

Il indiqua que son « état maladif allait me confiner dans une maison de santé » (III, page 709), où, pendant de « longues années», il se « soigna loin de Paris » jusqu’à ce que la maison de santé « ne pût plus trouver de personnel médical, au commencement de 1916.» (III, page 723). On est étonné de lire que « le docteur vous traitait par l’isolement » (III, page 751), on se demande s’il n’était pas alors atteint d’une maladie mentale, d’autant plus qu’il dit plus loin sentir les signes avant-coureurs de « l’accident cérébral » (III, page 1037), qu’il révéla qu’il lui arrivait de ne plus « pouvoir prononcer un mot, la langue liée comme ma grand’mère pendant son agonie, ou avaler du lait. […] je tombais sans forces, je fermais les yeux, ne devant plus que végéter pour huit jours» (III, page 1040).

Dans l’hôtel de Jupien encore, il se dit « un peu malade » (III, page 814). Puis, à la mort de Saint-Loup, il était « trop souffrant pour écrire à tout le monde » (III, page 851).

Fut mentionné ensuite un retour de « la nouvelle maison de santé » où il avait passé « beaucoup d’années », sans qu’on puisse déterminer s’il s’agit encore de celui de 1916 ou d’un autre. Il n’avait pas été guéri (III, page 854), comme on le constate encore quand, chez le prince de Guermantes, «quelqu’un, entendant dire que j’étais souffrant, demanda si je ne craignais pas de prendre la grippe qui régnait à ce moment-là» (III, page 929) tandis que M. de Cambremer lui demanda : «
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