Littérature québécoise








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Louis Fréchette

Épaves poétiques




BeQ

Louis Fréchette

(1839-1908)

Épaves poétiques

La Bibliothèque électronique du Québec

Collection Littérature québécoise

Volume 173 : version 1.0

Louis Fréchette a publié plusieurs recueils de poésies, des drames et deux recueils de contes, La Noël au Canada (1900) et Originaux et détraqués (1892). De plus, il a fait paraître plusieurs contes dans différents journaux.

Son œuvre poétique comprend sept volumes, mais l’auteur a parfois reproduit les mêmes textes (avec quelques petits ajouts ou simplement des corrections) dans différents recueils, de sorte que son œuvre est moins abondante qu’elle n’y paraît.

  • Mes loisirs (1963).

  • La voix d’un exilé (1868).

  • Pêle-mêle (1877).

  • Fleurs boréales (1879).

  • Les oiseaux de neige (1880).

  • La légende d’un peuple (1887).

  • Feuilles volantes (1891).

L’édition des poésies choisies (en trois volumes), publiée en 1908 par la Librairie Beauchemin, est dite édition définitive, revue, corrigée et augmentée.

Préface à l’édition de 1908


Les épaves sont ce qui reste après un naufrage, les débris abandonnés que la vague rejette sur les grèves, que les intempéries effritent, que le temps disperse et emporte à vau-l’eau. Les Épaves poétiques, c’est là un titre qui convient à ce livre, et qui répond parfaitement à la pensée de son auteur. Je n’ai pas la prétention de croire que ces bribes échapperont au naufrage qui attend les pauvres feuillets que j’ai jetés un peu toute ma vie au vent des événements et des circonstances. Si quelques-uns résistent plus longtemps que les autres au tourbillon qui les entraîne dans le gouffre inévitable de l’oubli, je n’aurai rien à désirer de plus.

Les plus importants de ces essais, peut-être, se trouvent compris, dans les deux premiers volumes du recueil que mes Éditeurs ont publié sous le titre général de Poésies choisies, c’est-à-dire dans La Légende d’un peuple, et Les Feuilles volantes, où se trouve comprise ma série de sonnets intitulée Les Oiseaux de neiges. En dehors de ces deux volumes, j’ai recueilli bon nombre de pièces inédites auxquelles j’ai ajouté ce qui m’a semblé le moins défectueux dans mes anciens recueils – Mes loisirs, Fleurs boréales et Pêle-mêle, dont le tirage est depuis longtemps épuisé. Enfin, l’ouvrage se clôt par mon drame Veronica, qui fut représenté au théâtre des Variétés, à Montréal, il y a quelques années, et qui n’a jamais été imprimé en entier.

Nul lien de cohésion entre ces pièces. La page patriotique s’accole à la page intime ; la strophe religieuse suit de près la stance descriptive ; l’ode pindarique coudoie le récit légendaire ; la plainte d’un cœur blessé sans transitions à quelque réminiscence idyllique ; la romance pensive se mêle à la claironnée guerrière. Il y a plus : à côté d’un travail plus ou moins récent, s’étalent, dans leur inexpérience naïve, les aspirations du collégien à la recherche de la formule poétique et de la tournure qu’il donnera à l’extériorisation de son rêve, à l’expression de sa pensée.

Ces tentatives d’adolescent, qu’on est convenu d’appeler « péchés de jeunesse » – de même que nombre de bluettes légères ou d’impromptus de circonstances qui ne valent guère mieux – méritaient peu, je le sais, de trouver place dans un volume à prétentions plus ou moins sérieuses. Il eût été plus sage peut-être de laisser ces pauvres feuilles mortes s’envoler au gré des brises d’automne, à jamais perdues pour les lecteurs et pour moi. Néanmoins, si ces humbles essais n’ont qu’une valeur à peu près nulle comme œuvre d’art, ils en ont une au point de vue documentaire. Ils sont non seulement l’expression d’une pensée ou d’un rêve en embryon, mais on y trouvera de plus la trace des efforts littéraires qui ont caractérisé toute une époque intellectuelle dans notre pays. On peut y suivre pour ainsi dire pas à pas les développements d’une âme en proie aux hantises d’une poésie dont elle ignorait le langage, les règles et les procédés, et qu’elle essayait de traduire sans modèles, sans traditions et presque sans maîtres.

On y découvrira surtout les défauts et les qualités du milieu ambiant, l’avènement d’une génération qui, malgré ses tâtonnements et ses hésitations, a parcouru jusqu’à nos jours un chemin qu’on ne saurait mesurer sans quelque satisfaction, et peut-être sans quelque profit, si ceux qui sont venus après elle veulent la juger avec impartialité.

C’est à ceux des nôtres qui sont aujourd’hui en relations constantes avec les publications françaises, avec les écrivains de toutes les écoles, qui n’ont qu’à le vouloir pour mettre la main sur les chefs-d’œuvre classiques et modernes, sur les critiques les plus autorisées, de même que sur des ouvrages de toutes les nuances et de toutes les portées, traitant de l’art d’écrire ; c’est à ceux-là, dis-je, qu’il sera sans doute intéressant de remonter vers un passé si différent d’aujourd’hui, et pourtant encore si peu éloigné de l’époque actuelle.

Ils se demanderont peut-être comment, en suivant nos classes des Humanités ou de Rhétorique, en étudiant une profession pour s’assurer le pain quotidien, nous avions le courage d’aborder la culture des Lettres – surtout quand il nous fallait, de soi, s’initier à tout, même aux ressources de la langue – et cela sans espoir d’obtenir la moindre rémunération, le moindre succès dans la vie.

Envisagés de cette façon, les faiblesses même de nos premiers écrits comparés à la valeur relative de ceux qui les ont suivis, peuvent servir de leçon utile à ceux que les difficultés et les insuccès pourraient décourager dans la voie littéraire – voie toujours si ardue dans un pays comme le nôtre, et qui pourtant conduit seul un peuple vers les hautes destinées intellectuelles.

L. F.

Épaves poétiques

Édition de référence :

Montréal : Librairie Beauchemin, 1908.

Image de la couverture :

Maurice Raymond (né en 1912),

Poème de la terre, 1940. Musée du Québec.
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