La religion dans les limites de la simple raison








télécharger 23.56 Kb.
titreLa religion dans les limites de la simple raison
date de publication05.10.2017
taille23.56 Kb.
typeDocumentos
l.21-bal.com > loi > Documentos
La religion dans les limites de la simple raison

Préface à la première édition (1793)

Fondée sur le concept de l’homme, qui est celui d’un être libre et se soumettant de lui-même à des lois incon­ditionnées, la morale n’a pas besoin de l’Idée d’un autre Être supérieur à l’homme pour que l’homme connaisse son devoir, ni d’un autre mobile que la loi même pour qu’il l’accomplisse. C’est du moins la faute de l’homme, s’il trouve en lui un besoin de ce genre, auquel dès lors il ne peut plus remédier par rien ; car ce qui ne provient pas de lui-même et de sa liberté ne saurait lui servir à compenser ce qu’il lui manque de moralité (den Mangel seiner Moralilät). – Elle n’a donc aucunement besoin (pas plus objectivement, en ce qui regarde le vouloir [das Wollen], que subjectivement, en ce qui concerne le pou­voir [das Können]) de s’appuyer sur la religion ; mais, en vertu de la raison pure pratique, elle se suffit pleinement à elle-même. – Puisque, en effet, ses lois obligent par la simple forme de l’universelle conformité à la loi qu’il faut donner aux maximes que l’on en tire, condition suprême (elle-même inconditionnée) de toutes les fins, elle n’a nul­lement besoin d’un motif matériel de détermination du libre arbitre 1, c’est-à-dire d’une fin, ni pour connaître le devoir, ni pour exciter l’homme à l’accomplir : elle peut même et elle doit, quand il est question du devoir, faire abstraction de toutes fins. Ainsi pour savoir, par exemple, si, quand on me cite en justice, je dois témoigner véridi­quement, ou si je dois (ou même si je peux), quand on me réclame le bien d’autrui qui m’a été confié en dépôt, me comporter loyalement, point n’est besoin que je de­mande, outre ma déclaration, une fin que je pourrais me proposer de réaliser, car peu importe cette fin ; par le seul fait qu’il trouve nécessaire de chercher une fin, quand légitimement on lui demande des aveux, l’homme est déjà un misérable.

Mais, bien que la morale n’ait pas besoin de s’appuyer sur une représentation de fin qui précède la détermination de la volonté, il peut se faire cependant qu’elle ait un rap­port néces­saire avec une fin de ce genre considérée non comme le principe, mais comme la consé­quence nécessaire des maximes adoptées conformément aux lois. - Faute d’un rapport analogue, il n’y aurait pas, en effet, pour l’homme de détermination volontaire possible, parce qu’elle ne peut pas exister sans effet et qu’on doit pouvoir regarder la représentation de cet effet sinon comme un principe déterminant du libre arbitre ou comme une fin servant de prémisse à l’intention que l’on forme, du moins comme une conséquence de la détermination, par la loi, du libre arbitre à une fin (finis in consequentiam veniens) ; sans quoi un libre arbitre qui à l’action visée par lui n’ajoute­rait point, pour la compléter, l’idée d’un objet objectivement ou subjectivement déterminé (que cette action doit ou devrait atteindre), connaissant bien comment il doit agir, mais ne sachant pas dans quel but, ne pourrait pas se suffire à lui-même. Ainsi pour la morale point n’est besoin de fin pour bien agir, et à elle seule la loi suffit qui contient la condition formelle de l’usage de la liberté en général. Mais de la morale découle pourtant une fin ; car il est impossible que la raison demeure indiffé­rente à la solution de cette question : que résultera-t-il de notre bonne conduite et quel but pouvons-nous, même s’il n’est pas tout à fait en notre puissance, assigner comme fin à notre activité, pour être d’accord au moins sur ce point ? Ce ne pourra être, sans doute, que l’Idée d’un objet réunissant en lui la condition formelle de toutes les fins que nous devons pour­suivre (le devoir) en même temps que tout le conditionné adéquat à ces fins que nous poursuivons (le bonheur que comporte l’observation du devoir), c’est-à-dire l’Idée d’un souve­rain bien dans le monde qui, pour être possible, exige qu’on suppose un Être suprême moral, très saint et tout-puissant, seul capable d’en réunir les deux parties constitutives ; or cette Idée (considérée pratiquement) n’est pas vide de contenu ; car elle remédie au besoin naturel que nous avons de concevoir pour notre conduite dans son ensemble un but final que la raison puisse justifier, besoin qui serait sans cela un obstacle à la résolution morale. Or, et c’est ici le point principal, cette idée dérive de la morale et n’en est pas le fondement ; le fait de se donner une fin de ce genre présuppose déjà des principes moraux. Ce ne peut pas être, par conséquent, chose indifférente pour la morale que de se faire ou non le concept d’une fin der­nière de toutes choses (l’accord de la morale avec un tel concept n’augmente pas le nombre des devoirs, tout en leur procurant un point particulier où toutes les fins con­vergent et s’unissent) ; car c’est là l’unique moyen de donner à la connexion pour nous indispensable de la fina­lité par liberté et de la finalité naturelle une réalité objec­tivement pratique. Supposez un homme plein de respect pour la loi morale, à qui l’idée vient de se demander (ce qui est presque inévitable) quel monde il créerait sous la direction de la loi morale, s’il en avait la faculté et s’il devait lui-même en faire partie comme membre ; non seu­lement il le choisirait exactement tel, si seulement on lui laissait le choix, que l’exige l’idée morale du souverain bien, mais il voudrait même qu’un monde, n’importe lequel, existât, parce que la loi morale réclame que soit réalisé le plus grand bien dont nous sommes capables ; et il le vou­drait, malgré le danger où il se verrait exposé, d’après cette idée elle-même, d’y perdre beaucoup personnellement en félicité, parce qu’il pourra peut-être n’être pas adéquat aux conditions requises pour le bonheur ; il se sentirait de la sorte contraint par sa raison de prendre cette déci­sion d’une manière tout à fait impartiale et de faire sien, peut-on dire, le jugement que porterait un étranger ; et cela montre bien. l’origine morale de ce besoin qu’a l’homme de concevoir, outre ses devoirs et pour eux, une fin der­nière qui en soit la conséquence.

La morale conduit donc nécessairement à la religion et s’élève ainsi à l’idée d’un législa­teur moral tout-puissant, en dehors de l’humanité 2, et dans la volonté duquel réside cette fin dernière (de la création du monde), qui peut et qui doit être en même temps la fin dernière de l’homme. (...)

Préface de la seconde édition (1794)

Au sujet du titre de cet ouvrage (car on est allé jusqu’à se préoccuper de l’intention cachée sous ce titre), j’ajouterai cette remarque. La révélation peut au moins comprendre en soi la religion de la raison pure, mais cette religion ne peut pas réciproquement contenir en soi l’élément historique de la révélation ; je pourrai donc con­sidérer cette dernière comme une sphère de croyance plus vaste et la religion de la raison pure comme une sphère plus restreinte incluse dans l’autre (non point comme deux cercles extérieurs l’un à l’autre, mais bien comme deux cercles concentriques ; en tant que professeur de raison pure (als reiner Vernunftlehrer) (procédant par simples concepts a priori), le philosophe doit se tenir dans les limites de la dernière sphère et conséquemment y faire abstraction de toute expérience. Me plaçant à ce point de vue, je puis donc tenter un second essai, je veux dire partir d’une révé­lation admise et, faisant abstraction de la religion de la raison pure (en tant qu’elle constitue un système indépendant), considérer la révélation, en tant que système historique, d’une façon seulement fragmen­taire, n’en retenir que les concepts moraux et voir si de cette manière je ne serai pas ramené au même système rationnel pur de religion, système qui, sans doute, au point de vue spéculatif (où doit rentrer aussi le point de vue techniquement pratique, celui de la méthode d’ensei­gnement, qui est une technologie), ne pourrait pas être autonome, mais le serait au point de vue moralement pra­tique et suffirait pour la religion proprement dite, laquelle, en tant que concept rationnel a priori (qui demeure, une fois disparus tous les éléments empiriques), existe seule­ment à cette condition. Si l’essai tenté réussit, on aura le droit d’affirmer qu’il y a non seulement compatibilité, mais union entre la raison et l’Écriture, de sorte que l’homme qui suivra l’une (sous la direction des concepts moraux) devra se rencontrer immanquablement avec l’autre. Mais si le contraire se produi­sait, on aurait, dans une personne, ou deux religions, ce qui est absurde, ou une religion et un culte ; et dans ce dernier cas, le culte n’étant pas (comme la religion) une fin en lui-même et n’ayant de valeur qu’à titre de moyen, il faudrait fréquemment les battre ensemble pour arriver à les voir s’unir quelques instants et se séparer tout de suite après, comme l’huile et l’eau, l’élément moral pur (la religion de la raison) continuant à surnager.

1 Ceux à qui le principe de détermination simplement formel (celui de la conformité à la loi) en général ne semble pas suffisant comme principe de détermination relativement au devoir, avouent cependant dans ce cas que le principe du devoir ne peut pas se trouver dans l’amour de soi ayant pour objet le bien-être individuel. Mais alors il ne reste que deux principes de détermination, l'un rationnel, c'est la perfection personnelle, l’autre empirique, à savoir, 1e bonheur d'autrui. Or, si la perfection que ceux-là ont en vue n'est pas déjà la perfection morale, qui jamais ne peut être que d'une seule espèce (soumission inconditionnelle de la volonté à la loi), – et ils commettraient un cercle vicieux en ayant en vue cette perfection, – ils devraient par ce mot entendre la perfection physique humaine susceptible d’augmentation et pouvant admettre beaucoup d’espèces (habileté dans les arts et dans les sciences ; goût, souplesse du corps, etc.). Mais ces qualités ne sont jamais bonnes que d’une manière conditionnée, c’est-à-dire à la condition que l’usage qu’on en fera ne soit pas contraire à la loi morale (qui seule commande inconditionnellement) ; donc, cette perfection, dont on fait une fin, ne peut pas être le principe des concepts de devoir. On peut en dire autant de la fin qui a pour objet le bonheur des autres hommes. Car une action doit tout d’abord être jugée en elle-même, d’après la loi morale, avant que le bonheur d’autrui lui soit donné pour terme. La réalisation (Beförderung) du bonheur des autres n’est donc que con­ditionnellement un devoir et ne saurait servir de principe suprême aux maximes morales.

2 Si la proposition qu’il y a un Dieu, que par suite il y a un souverain bien dans le monde, doit (comme article de foi) simplement dériver de la morale, c’est une proposition synthétique a priori, qui, bien que seulement admise sous le rapport pratique, dépasse cepen­dant le concept du devoir que contient la morale (et qui ne suppose aucune matière du libre arbitre, mais simplement ses lois formelles) et ne peut donc pas en sortir analytiquement. Mais comment une telle pro­position a priori est-elle possible ? L’accord avec la simple idée d’un législateur moral de tous les hommes est identique, il est vrai, avec le concept moral de devoir en général, et jusqu’ici cette proposition qui ordonne cet accord serait analytique. Mais admettre l’existence d’un tel objet, c’est plus que d’en admettre la simple possibilité. Je ne puis ici qu’indiquer, sans entrer dans aucun détail, la clef qui peut donner la solution de ce problème, autant que je crois le sai­sir.

La fin est toujours l’objet d’une inclination, c’est-à-dire d’un désir immédiat d’obtenir la possession d’une chose par l’acte que l’on ac­complit ; de même, la loi (qui ordonne pratiquement) est un objet du respect. Une fin objective (c’est-à-dire celle que nous devons avoir) est celle qui nous est proposée comme telle par la simple raison. La fin qui renferme la condition nécessaire et en même temps suffisante de toutes les autres est la fin dernière. Le bonheur personnel est la fin dernière subjective des êtres raisonnables du monde (chacun d’eux a cette fin en vertu de sa nature dépendante d’objets sensibles, et il serait absurde, en parlant d’elle, de dire que l’on doit l’avoir), et toutes les propositions pratiques, qui ont cette fin dernière pour fon­dement, sont synthétiques, et en même temps empiriques. Mais que chacun doive prendre pour fin dernière le plus grand bien possible dans le monde, c’est là une proposition pratique synthétique a priori, même objectivement pratique, proposée par la raison pure, parce que c’est une proposition qui dépasse le concept des devoirs dans le monde et ajoute aux devoirs une conséquence (un effet), une propo­sition qui n’est point contenue dans les lois morales et ne peut donc pas en être tirée analytiquement. Ces lois ordonnent en effet absolu­ment, quelle que puisse en être la conséquence ; bien plus, elles nous contraignent même à faire abstraction de leur conséquence, s’il s’agit d’une action particulière, et elles font ainsi du devoir l’objet du plus grand respect, sans nous présenter ni nous proposer une fin (et une fin dernière) qui dût en quelque sorte leur servir de recom­mandation et constituer le mobile de l’accomplissement de notre devoir. Et c’est aussi ce qui pourrait suffire à tous les hommes, si (comme ils le devraient) ils s’en tenaient simplement aux prescriptions que la raison pure leur fait dans la loi. Quel besoin ont-ils de connaître ce qui résultera de leur conduite, l’issue que le cours du monde lui donnera ? Il leur suffit de faire leur devoir, même si tout finit avec la vie terrestre, et même si dans cette vie le bonheur et le mérite ne se rencontrent peut-être jamais. Or, c’est une des limita­tions inévitables de l’homme et du pouvoir de raison pratique qui est le sien (peut-être même de celui qu’ont tous les autres êtres de ce monde) que de se préoccuper, à propos de toutes ses actions, du résultat qu’elles auront, pour trouver dans ce résultat quelque chose qui puisse lui servir de fin et qui puisse aussi démontrer la pureté de l’intention ; et bien que ce résultat ait le dernier rang dans l’exé­cution (nexu effectivo), il vient en première ligne dans la représentation et dans l’intention (nexu finali). Or, bien que cette fin lui soit proposée par la simple raison, l’homme cherche en elle quelque chose qu’il puisse aimer ; la loi morale, qui lui inspire simplement du respect, bien que ne reconnaissant pas cela comme un besoin, consent pourtant, à l’effet de lui être utile, à admettre la fin dernière morale de la raison au nombre des principes de détermination de l’homme. C’est dire que la proposition : Fais du plus grand bien possible dans le monde ta fin dernière, est une proposition synthétique a priori qu’introduit la loi morale elle-même, et par laquelle néan­moins la raison pratique s’étend au delà de la loi morale ; ce qui est possible par cela même que la loi morale se rapporte à la propriété naturelle qu’a l’homme d’être obligé de concevoir, outre la loi, une fin pour toutes ses actions (propriété qui fait de lui un objet de l’ex­périence), mais n’est possible (comme c’est le cas des propositions théorétiques et de plus synthétiques a priori) qu’à la condition que la proposition dont il s’agit renferme le principe (das Princip) a priori de la connaissance des principes de détermination d’un libre arbitre dans l’expérience en général, en tant que cette expérience, qui montre les effets de la moralité dans ses fins, procure au concept de la moralité (Siltlichkeit), comme causalité dans le monde, une réalité objective, quoique seulement pratique. Or, si la plus rigoureuse observation des lois morales doit être conçue comme cause de la réalisation du souverain bien (en tant que fin), il faut, parce que le pouvoir de l’homme ne suffit pas à faire que le bonheur s’accorde dans le monde avec le mérite d’être heureux, admettre un Être moral tout-puissant comme Seigneur du monde, à qui revient le soin d’éta­blir cet accord, c’est-à-dire que la morale conduit nécessairement à la religion.

similaire:

La religion dans les limites de la simple raison icon«Ô gens du Livre! N’exagérez pas dans votre religion en dépassant...
«Trois». Cessez! Ce sera bien mieux pour vous. Votre Dieu est un Dieu unique. IL est trop parfait pour avoir un fils. C’est à Lui...

La religion dans les limites de la simple raison iconLes produits inclus dans cette promotion et les limites de remboursement sont les suivants

La religion dans les limites de la simple raison iconAvant-propos
...

La religion dans les limites de la simple raison iconConcernant les limites maximales applicables aux résidus de pesticides...

La religion dans les limites de la simple raison iconMaintenance Préventive et Prédictive dans les systèmes lubrifiés
Les résultats des études de Feslsen et Schatzeberg, publiées en 1969 et 1968, confirmaient que la simple présence de 100 mmp (0,01%)...

La religion dans les limites de la simple raison icon1Rappel
«simple» d’effet de serre radiatif (le modèle du giec), dans une atmosphère transparente au rayonnement solaire incident et qui se...

La religion dans les limites de la simple raison iconProgramme thématique «Aspects de l’ é tat de Droit» de l’Agence Universitaire...
«Genre, inégalités et religion», la critique sera limitée à l’utilisation de la religion musulmane comme alibi pour la légalisation...

La religion dans les limites de la simple raison iconGaranties
«Conditions Spéciales», les «Conditions Générales» et les informations portées sur les «Conditions Particulières». IL a pour objet...

La religion dans les limites de la simple raison iconGaranties
«Conditions Spéciales», les «Conditions Générales» et les informations portées sur les «Conditions Particulières». IL a pour objet...

La religion dans les limites de la simple raison iconGaranties
«Conditions Spéciales» les «Conditions Générales» et les informations portées sur les «Conditions Particulières», a pour objet de...








Tous droits réservés. Copyright © 2016
contacts
l.21-bal.com