Quelques détails sur M. et Mme de Hédouville








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Quelques détails sur M. et Mme de Hédouville

(Extrait d’un article de l’abbé Gobaille 1865)

Nicolas-Ferdinand-Jérôme de Hédouville naquit au château de Pargny-Filain dans l’Aisne, le 30 juin 1774. Il était le second de quatre enfants dont trois fils et une fille. Le père était toujours à la Cour, soit à Paris, soit à Versailles. Leur aïeul qui avait été capitaine des Gardes du corps sous Louis XV, voulut que, dès leur première enfance, ils fussent accoutumés à une vie très frugale et à un régime sévère, propre à leur former un bon corps, sain et robuste.

Vers l’âge de 10 ans Ferdinand fut envoyé à Laon pour y commencer ses études. En 1789 son père voulut rester en France aussi longtemps qu’il crut possible d’y servir utilement la cause de son roi. Mais en janvier 1792, ne voyant plus d’espoir, il résolut d’aller rejoindre l’armée du prince de Condé au-delà du Rhin. Il rappela près de lui ses deux fils aînés, l’un de Laon, l’autre de l’école de Brienne et partit avec eux et plusieurs de ses amis dans les derniers jours de l’année 1792. En partant, M. de Hédouville père se séparait pour ne plus les revoir, de son épouse, d’une fille âgée de 16 ans et de son plus jeune fils qui n’en avait que 13. Il ne prenait avec lui ses aînés que pour les mener en exil et aux hasards des combats. “Voilà comment les hommes de cette époque comprenaient le dévouement et la religion du devoir. Ils avaient juré fidélité au Roi et nulle considération humaine ne pouvait les arrêter quand il s’agissait de remplir leur serment.”

Ce fut un rude métier que cette guerre d’outre-Rhin, où l’on manquait des approvisionnements les plus nécessaires et où il fallait suppléer par le courage et l’énergie à une foule de choses regardées comme indispensables dans une armée. La valeur des hommes fut à la hauteur des circonstances ; il n’y avait de plainte nulle part, mais il y avait des défaillances forcées et par suite de nombreuses maladies, beaucoup ne pouvant supporter les grandes privations et les extrêmes fatigues dont ils étaient accablés. C’est une des causes sans doute qui contribuèrent à la mort de M. de Hédouville père, laquelle arriva le 18 janvier 1796.

[Le fils aîné se nommait Nicolas Jean Charles. Il naquit en 1772. Il s’engagea avec son frère Ferdinand dans la Compagnie Écossaise et fit la campagne de 1792 et avec l’armée de Condé toutes celles de 1793 à 97. Tous deux entrèrent la Trappe de la Valsainte et devinrent membres du tiers-ordre puis revinrent dans le monde. Ils furent tous deux amnistiés en 1802. Nicolas Jean Charles se retira à Bourguignon puis à Sizy. Il épousa en 1803 Louise Nicole de Hédouville, sa cousine issue de germain. Il reprit du service en 1814 comme Garde du corps. Il prit sa retraite en 1815 comme capitaine de cavalerie. On le retrouve juge de paix à Anizy en 1824. Il est l’auteur d’une tragédie Jeanne d’Arc ou la Pucelle d’Orléans et d’un commentaire de l’Apocalypse : Les sept âges de l’Église, 1837. Il émigra de nouveau en 1830 à Fribourg en Suisse. Il mourut le 23 avril 1836.]

Un an après la mort de son père, le 18 janvier 1797, Nicolas Ferdinand Jérôme de Hédouville entrait chez les RRPP trappistes français de la Valsainte, sous la réforme sévère du RP abbé de Lestrange. Il raconte cette démarche si extraordinaire, dans un mémoire très curieux qu’il adresse à ses chères filles. [L’article donne des extraits presque littéraux de la présente Relation sur le voyage vers la Valsainte, l’arrivée au monastère. Il résume en une dizaine de pages le texte de l’ancien frère Jérôme : envoyé à Sembrancher, fuite avec sa communauté vers la Russie par l’Autriche et la Pologne, sortie de cette communauté en avril 1800 et retour, de 1800 à 1801 dans le Régiment noble à cheval d’Angoulême.]

Le 10 août 1803 il épousait Thérèse Françoise, la fille de M. l’Éleu de la Bretonne, qu’il avait connu dans l’exil et dont il demeura toute la vie l’ami et le conseiller. De cette heureuse alliance il eut trois filles : Joséphine (1805-1875), Charlotte (1810-1837) appelée familièrement Caroline et Pauline (1812-1891) et un fils nommé Charles Alexandre Simon qui naquit le second des enfants le 2 septembre 1808, et mourut à Presles, à peine âgé de 15 jours.

Quelques années après son mariage, en 1814, M. de Hédouville reprit de nouveau le service militaire sous Louis XVIII par le double motif et de vieil attachement de famille à la cause des Bourbon et de généreux dévouement à la patrie. Il n’avait d’autre ambition alors, que de servir Dieu et le Roi dans la position la plus modeste. Le général de Hédouville, son cousin, ancien ambassadeur en Russie, ancien chef d’état-major du roi Jérôme, voulait à tout prix lui faire accepter de l’avancement dans l’armée. M. de Hédouville résista toujours mais avec une modestie si pleine de politesse que le général n’en éprouva que plus de regrets et n’en professa pour lui que plus d’estime et d’affection. On voit par les lettres qu’il écrivait alors à son épouse, combien ce sacrifice coûtait à son cœur de mari et de père. C’est à cette époque qu’il reçut successivement les décorations de Saint-Louis et de la Légion d’Honneur.

En 1815, n’ayant pu, à cause de sa faible santé, suivre la famille royale dans son nouvel exil, et craignant que son attachement au roi ne le compromît, lui et sa famille, M. de Hédouville, se retira à Reims où il n’était nullement connu, jusqu’à ce que la rentrée de Louis XVIII, après les Cent-Jours, pût lui permettre de revenir au milieu de ses parents et de ses amis.

Depuis cette époque il vivait heureux avec sa vertueuse épouse et ses trois filles, toutes trois dignes d’un si excellent père et d’une si excellente mère, lorsqu’il plût à Dieu, le 16 juillet 1828, d’appeler à lui Madame de Hédouville, à l’âge de 43 ans.

L’année suivante M. de Hédouville perdait sa propre mère, pleine de jours et de mérites, le 8 juin 1829, dans la 84° année de son âge. Alors toutes les pensées et tous les vœux de M. de Hédouville se tournèrent vers l’état ecclésiastique et sur la fin de septembre 1829, il vint habiter Soissons avec ses trois filles. Son dessein était de pouvoir suivre quelques temps les exercices de piété et d’étude du grand séminaire. Il le fit assidûment, avec un zèle et une simplicité qui édifièrent singulièrement les jeunes séminaristes, peu accoutumés à voir sur les bancs un condisciple d’un âge si vénérable et d’une vertu si avancée.

Il fut ordonné prêtre le 18 décembre 1830, à l’âge de plus de 56 ans, par Mgr Jules-François de Simony qui le nomma chanoine honoraire de sa cathédrale, sans ne lui donner jamais aucun office à charge d’âmes. M. de Hédouville était trop modeste pour en accepter, s’il lui eût offert ; il en reçut néanmoins les pouvoirs. Il ne voulut pas même entendre les confessions des personnes les plus simples. Mais il fut assidu au chœur de la Cathédrale et s’astreignit à l’office de Semainier avec toute la régularité et l’exactitude d’un chanoine titulaire. Combien de fois n’a-t-on pas admiré son extrême modestie, sa tendre piété, son air de recueillement et de foi vive, sa profonde humilité, et son exquise politesse, même à l’égard du plus petit des enfants de chœur !

Cependant, à l’exemple de leur vénérable père, et prévenues, depuis longtemps par la grâce divine, les filles de M. de Hédouville songèrent toutes trois à se consacrer à Dieu dans la vie religieuse. On aurait peine à croire, si on ne l’avait vu, quel sacrifice ce fut pour son cœur de père, que la pensée de cette séparation. Dieu permit sans doute que la nature alors se réveillât en lui tout entière, pour lui donner l’occasion, par la violence même du combat, d’une victoire plus éclatante et d’un mérite plus abondant. Le sacrifice de lui-même à Dieu et la consécration qu’il venait de faire de sa propre personne, lui avait été mille fois moins pénible, ou plutôt n’avait été rempli que de douceurs et de consolations ; et ici ne fut que déchirements et angoisses. Mais enfin l’esprit de foi et d’amour de Dieu, toujours si vivant dans son âme, devait finir par l’emporter sur toutes les répugnances et les vains raisonnements de la nature.

L’aînée, Mademoiselle Joséphine et la plus jeune, Mademoiselle Pauline, entrèrent à la Visitation de Reims : la première le 29 juin 1830 et elle prit le nom de Sainte-Marie de Gonzague et la seconde sous le nom de Sainte-Thérèse Jéronyme, le 3 juin 1833. Quant à Mademoiselle Caroline, elle crut devoir tenter, avec l’approbation et les encouragements des supérieurs ecclésiastiques, de ressusciter, dans Soissons même, la communauté des religieuses Minimesses de saint François de Paule dans toute la rigueur de la règle.

M. de Hédouville qui avait acquis la maison de la rue Saint-Gaudin y fit ajouter une aile dans ce dessein. Mademoiselle Caroline parvint à y réunir quelques personnes ferventes comme elle. Ce fut le 15 octobre 1835 qu’eut lieu cette réunion. Mais Dieu devait se contenter de sa bonne volonté et de ses efforts. Après plusieurs années de souffrances extraordinaires et d’une patience admirable, elle remit sa sainte âme entre les mains de Dieu le 31 octobre 1837. Elle avait fait profession avec ses trois compagnes le 6 avril de la même année.

M. de Hédouville adora humblement les desseins de Dieu et se soumit avec un abandon tout filial aux ordres de sa paternelle Providence. Il offrit aux trois nouvelles Minimesses d’entrer à la Visitation de Reims, ce qu’elles acceptèrent avec empressement et il paya généreusement leurs dots, chacune de six mille francs. La maison de la Visitation eut désormais toutes ses pensées et toutes ses affections. Il en devint comme le père nourricier et l’un des plus fermes soutiens.

Dès lors il résolut de quitter la ville pour se retirer à la campagne où l’appelaient son caractère et ses goûts de solitude, de recueillement et de simplicité. Toujours la vie des champs avait fait ses plus chères délices. Il séjourna sept ou huit ans dans le petit village de Montbavin. (…) Puis se procura une petite campagne dans le village de Missy sur Aisne. Il obtint le privilège d’une chapelle domestique. C’était une de ses grandes consolations ici-bas, de pouvoir y célébrer le Saint-Sacrifice non seulement avec plus de calme et de recueillement, mais encore plus fréquemment que ne lui eût permis sa santé, s’il eût fallu se rendre à l’église. “Quand une fois j’ai le visage tourné vers l’autel, disait-il un jour, le bon Dieu me fait la grâce d’oublier toutes les choses créées et de n’avoir aucune distraction.”

À la campagne comme à la ville, sa vie fut constamment celle d’un religieux et du religieux le plus régulier. Il se montrait d’une exactitude parfaite à tous ses devoirs et à toutes pratiques de piété, quoique sans scrupules ni contrainte. (…) Ses repas étaient d’une sobriété extrême. Jamais rien d’extraordinaire ni de recherché. Son meilleur assaisonnement était la promenade. (…) C’est sans doute à ce régime sévère et modéré, qu’il dut de prolonger jusqu’à un âge fort avancé une vie qui paraissait si frêle et qui ne lui permettait aucun travail sérieux, aucune application soutenue.

Sa conversation n’avait rien d’austère ni de sauvage ; elle était au contraire pleine de douceur et d’intérêt. (…) Toutes les fois qu’on l’abordait on s’en voyait accueilli avec un sourire si bon, si simple et des paroles si cordiales qu’on ne pouvait se lasser d’admirer la charité et la franche piété qui en étaient le véritable principe. “Il avait l’imagination vive et faisait un récit avec beaucoup de naturel, d’agrément et d’esprit. S’il entrait personnellement pour quelque chose dans le sujet de la narration, il savait toujours s’effacer parfaitement, ou si cela lui était impossible, il savait s’y faire une si mauvaise part que l’orgueil n’avait rien à y prendre. On a dit de lui que sa vertu, son humilité, cachaient son esprit et qu’il n’était pas assez connu. Et en effet, au lieu de chercher à se faire valoir, il n’aimait que l’obscurité, se rangeant toujours volontiers du côté de ceux qui avaient l’air de lui supposer peu de talent ou de science.”

Ceux qui étaient à même de le connaître plus intimement surent toujours lui rendre justice. “Il était le conseil de tous les siens et ses avis donnés avec toute la défiance d’une humilité sincère, ont toujours été trouvés les meilleurs. Il avait le sens très droit parce qu’il l’avait éminemment chrétien.”

Il faisait grand cas des petites mortifications inaperçues et que Dieu seul connaît, de celles surtout qui tendent à maîtriser la nature. (…)

Sa charité, sa bonté de cœur n’était pas moins remarquable. Jamais il ne parlait en mal de qui que ce fût. (…) Jamais surtout ne lui échappait un mot contre les supérieurs ; il se contentait de les plaindre parfois et de gémir sur la pesanteur et les difficultés de leur charge.

On a remarqué qu’il pardonnait avec une facilité merveilleuse, toujours disposé à faire les premières avances et à s’humilier devant ceux qui l’offensaient. Il faisait l’aumône à quiconque la lui demandait. (…)

Sa santé depuis sa sortie de la Trappe a toujours été faible et maladive. Mais, jusque dans les moments des plus fortes crises, on le vit constamment résigné et d’une patience qui allait même jusqu’à une sorte de gaîté. Lorsque son corps le mettait ainsi à l’épreuve, il prenait le parti d’en rire et de s’en moquer. (…)

Les quatre dernières années de sa vie furent marquées par une plus grande faiblesse corporelle mais aussi par un redoublement sensible de piété et de ferveur. Loin de se laisser abattre par le poids du corps, comme il n’arrive que trop souvent, à mesure qu’il se voyait approcher du terme de sa course, il s’animait à de nouveaux efforts. On l’entendait s’entretenir plus souvent avec Dieu, même pendant la nuit, répétant tout haut quelque parole de confiance et d’amour, comme celle-ci : “Mon Dieu ! Mon Dieu ! Soyez si bon, ayant pitié de moi !” Tantôt il s’adressait à la sainte Vierge, récitait le Memorare ou se contentait de dire : “Ma Bonne Mère ! Ma bonne Mère !” Parfois aussi il se plaignait amoureusement de ses aridités spirituelles : “Aujourd’hui, disait-il, mon cœur est à sec. Je ne trouve rien à dire.” Mais il avait appris à s’humilier de tout, sans se décourager de rien.

Les infirmités ne firent que croître de jour en jour. Le 11 juin 1854 il eut une première attaque d’apoplexie avec paralysie du côté gauche qui inspira dès lors les plus vives inquiétudes. Lui-même reconnut aussitôt la gravité de son état mais sans aucune appréhension de la mort. Sa seule peine alors et il me le dit les larmes aux yeux : “C’était de se voir dans l’impossibilité d’offrir désormais le Saint-Sacrifice… C’est une si grande grâce, (…) on est bien fort. Jusqu’à la communion j’étais toujours plus faible, après, j’en avais jusqu’au soir. J’avais quelques fois bien de la peine pour dire la sainte messe, mais j’en étais bien dédommagé par les consolations dont Notre Seigneur me comblait. (…) D’être prêtre, j’avoue que ça été pour moi une source de grandes bénédictions par le bonheur de pouvoir dire la sainte messe.”

(…) Le Seigneur pour achever l’œuvre de sa purification et pour l’édification de tous, lui réservait encore deux années d’épreuve. (…) Il ne se plaignait jamais, il savait trop bien que toute la perfection était de savoir souffrir en vue de Notre Seigneur. (…) Le propre des saints est de ne voir que leur néant et leur corruption… mais cette vue les humilie, sans les inquiéter, parce qu’ils espèrent tout de la bonté de Dieu. (…) Il eut une seconde attaque d’apoplexie. (…) Il parut vouloir prononcer quelques mots. Et comme on lui demandait ce qu’il voulait dire, on put recueillir ses derniers mots : “Vous n’avez pas besoin de m’entendre, je parle à Dieu…” Et il continua de dire : “Mon Dieu ! Mon Dieu !” Sa figure était si bonne, si calme, si édifiante… Il expira tranquillement vers huit heures et demi du matin le mardi 24 juin 1856, à l’âge de 82 ans moins quelques jours. Il avait sur les lèvres un admirable sourire de paix et de félicité, comme pendant sa vie et mieux encore.



Avertissement pour MM les hôtes

Règlements de la Valsainte = Rglt, tome 1, p. 245-248 : On supplie très humblement ceux que la divine Providence conduira en ce monastère, d’agréer qu’on les avertisse des choses suivantes :

On évite la rencontre des religieux en tout temps, mais surtout durant qu’ils sont occupés au travail… (…)

Si l’on assiste à l’office au chœur et qu’on désire de chanter, on se conforme à notre manière qui est de ne point traîner à la fin des versets ou de la médiation et de ne point reprendre avant les chantres, afin que la pause soit bien marquée. (…)

Les hôtes qui viendront dans cette maison ne trouveront point mauvais si le religieux qui les reçoit n’a pas de longues conversations avec eux, quand ils sauront que le propre d’un moine est de garder le silence et que le Saint-Esprit a dit que l’homme qui aime à parler beaucoup ne prospèrera point sur la terre. (Ps 139)

[Les visites du monastère sont] moins rares que dans les anciens monastères par le motif de la charité ; les hôtes, par le même motif de charité voudront bien avoir soin de ne rien faire qui soit capable de troubler la retraite et la profonde solitude à laquelle nous nous sommes consacrés.

Il est des endroits [ : les lieux réguliers] où le silence est inviolable, tels que l’Église, le réfectoire, le dortoir, les cloîtres…

Si l’on aperçoit quelqu’un qu’on eût connu dans le monde, il faudrait bien se donner de garde de se faire reconnaître à lui, quand bien même ce serait son fils, son frère ou son neveu. Si ayant demandé une entrevue avec ceux des religieux auxquels on pouvait avoir affaire, elle n’était pas accordée, on est trop raisonnable pour le trouver mauvais, puisque nous avons tout quitté pour ne parler plus qu’à Dieu dans la solitude et ne nous y occuper que de l’affaire de notre salut qui est la seule importante, renonçant à toute autre relation avec le monde que celle qui nous est indispensable, comme nos prières à Dieu et la pénitence que nous sommes obligés de faire pour ceux qui ont le malheur d’y être engagés, et pour nos propres péchés.

On prévient MM. les hôtes qu’on ne reçoit rien pour l’hospitalité. Celle qu’on se fait un devoir d’exercer à leur égard, nous parait trop précieuse pour en vouloir vendre et le mérite et la récompense. On les prie de croire que c’est avec peine qu’on leur offre une nourriture si simple…

Nous avons supposé d’ailleurs que ceux qui viendraient visiter notre maison n’y seraient conduits que par l’esprit de piété…

*

Avertissement pour les religieux qui sont chargés des Hôtes

Rglt tome 1, p. 248-249 : Ne parler que par nécessité et pour édifier.

Ne penser et ne dire jamais mal de personne et n’en entendre que malgré soi et avec réserve…

Couvrir de la bonté des intentions les choses qui, de quelque côté qu’on les tourne, ne peuvent avoir qu’un mauvais sens.

Regarder comme personnes suspectes, celles qui nous parlent au désavantage des autres et n’y ajouter jamais de foi, quand même elles diraient avoir vu…

Ne faire jamais de questions curieuses et même détourner adroitement les discours d’affaire du monde…

Aussitôt que quelqu’un s’annonce comme postulant, ne pas manquer de l’avertir que dès ce moment il faut qu’il s’accoutume au silence, qu’ainsi il ne lui est point permis de s’entretenir avec les hôtes, non pas même avec les autres postulants, s’il en survenait, mais bien avec Dieu dans l’oraison et la prière, parce qu’ici on ne conçoit pas une bonne idée de ceux qui aiment tant à se répandre au dehors…

La première journée de Dargnies à la Valsainte

Dargnies - Lettre 2, p. [5-7]. Il était environs 7 h 1/2 du soir lorsque j’y arrivai [à la Valsainte]. On chantait le Salve. J’y fus reçu avec les cérémonies accoutumées et laissé entre les mains du religieux hôtellier qui se nommait le père François de Sales. Il me fit l’accueil le plus gracieux et d’autant plus que j’avais déclaré au portier en arrivant que je venais pour me faire trappiste. Cependant les effets de sa charité à mon égard ne s’étendirent pas fort loin. Il avait fait fort chaud pendant l’après-dîner et la chaleur, jointe à la difficulté que j’éprouvais à marcher, fut cause que j’étais tout trempé de sueur en arrivant. Il ne me fit aucune question sur les besoins que je pouvais avoir. Loin de m’offrir de me faire du feu, il me conduisit aussitôt dans une chambre toute en pierre (les archives), où il ne se trouve pas un pouce de bois, me montra mon lit et me dit d’attendre, qu’il allait me chercher à souper. Je le vis revenir quelques minutes après, portant une soupe froide sur laquelle nageaient quelques [6] morceaux de pain noir qui n’étaient pas trempés, deux portions, dont l’une était de quelques graines farineuses mal cuites et l’autre des pois noirs et blancs aussi dures que des balles, noyés dans un brouet grisâtre, le tout à peine tiède. Il plaça devant moi en silence ces mets délicieux, y ajouta une petite miche de pain noir plus que moisi, un petit pot d’une boisson dont l’odeur seule suffisait pour ôter la tentation d’en goûter (Cette boisson était faite avec une mesure d’orge, une mesure de poires sèches, une demie mesure de poires sèches que l’on mettait dans un tonneau, on le remplissait d’eau et après 6 semaines d’infusion on s’en servait pour les malades et pour les étrangers.) puis il me dit d’une voix basse, mais toujours avec un air gracieux : “ Je suis bien fâché de ne pouvoir vous entretenir plus longtemps, nous sommes dans le grand silence. ” Ces paroles à peine achevées il disparut sans seulement me proposer de me donner de la lumière, quoi que l’on vît à peine pour lire. Je ne pouvais revenir de mon étonnement. Volontiers que j’aurais cru être servi par une main enchantée. Mais je n’attribuai point à l’enchantement la répugnance qui m’empêcha de toucher à mon souper. Le benedicite et les grâces se suivirent de près et comme j’étais extrêmement fatigué, après une courte prière, je me préparais à me jeter tout habillé sur la couche, en me demandant à moi-même où j’étais venu me fourrer, lorsque je vis entrer dans ma chambre un jeune homme d’une trentaine d’années qui, moins scrupuleux que l’hôtellier sur l’article du grand silence (qui était pour moi une énigme : il est défendu de parler après les complies.), se mit à m’entretenir de la belle manière. Sur les réponses aux questions qu’il me fit de mon pays, de ma profession, etc.… il me dit que je ne pouvais pas, en conscience, songer à me faire trappiste, étant curé, que je devais me réserver pour des tems plus favorables, que d’ailleurs si lui, qui était dominicain, avait besoin du consentement de son supérieur, comme on l’exigeait avant de le recevoir, à plus forte raison, moi avais-je besoin de celui de mon évêque à qui j’avais promis obéissance et que l’abbé ne pouvait me [7] donner l’entrée de sa maison si je n’étais muni de sa permission.

Ces discours et bien d’autres sur le régime de la maison, joints à l’échantillon que j’en avais sous les yeux, surtout lorsqu’il me fit observer que c’étaient là les mets choisis et délicats, me découragèrent tellement que déjà j’avais formé en moi-même le projet de repartir le lendemain de grand matin. Et certes je l’eusse fait si je ne me fusse annoncé en arrivant, comme venant pour m’engager dans le monastère. Ce fut dans ces pensées que l’essayais, mais inutilement, de m’endormir, étant d’ailleurs tout transis de froid pendant la nuit.

Cependant après avoir pris un peu de repos sur le matin, des réflexions plus sérieuses me firent bientôt changer de résolution. Je me représentai à moi-même que je ne venais dans cette maison que pour y mourir. Ce qui ne pouvait se faire sans que j’eus beaucoup à souffrir de toute manière. En conséquence, je pris le parti ferme d’y rester à quelque prix que ce fut. Telles furent les résolutions dans lesquelles me trouva le religieux hôtellier lorsqu’il vint dans ma chambre le matin. La première chose que je fis, fut de demander à voir le R.P. et à lui parler. On me dit qu’il était à l’infirmerie pour cause d’une foulure qu’il s’était faite en revenant de Fribourg, que cela cependant ne l’empêcherait pas de venir. En attendant, le bon religieux m’instruisit de tout ce que j’avais à faire, il me donna de l’occupation et me présenta pour déjeuner le même pain que la veille auquel il ne me fut pas possible de toucher malgré ses pressantes sollicitations et plus encore celles de mon estomac. Il me recommanda beaucoup le silence, ce qui me mit dans le cas de lui raconter la conversation que j’avais eue la veille avec le postulant dominicain. Je ne pus aussi m’empêcher de lui faire mes plaintes sur le froid de la chambre où il m’avait mis [8] dans un moment surtout où j’étais échauffé par le voyage. Le fruit de mes plaintes fut qu’il me changea d’appartement et m’interdit toute communication avec le dominicain que je ne vis plus et dont je n’entendis plus parler depuis.

L’usage de la Valsainte étant de servir les postulants pendant trois jours comme les étrangers c’est-à-dire avec une soupe, deux portions, un dessert et un petit pot de genévrette. On continua à en user envers moi de la même manière, mais quelque fut mon appétit, je mangeais à peine deux onces par chaque repas. Si le pain eut été bon, je me serais dédommagé de ce côté mais il était si dur et si moisi que je ne pouvais me résoudre à en manger un seul morceau. Je tâchais seulement de vaincre ma répugnance pour avaler précipitamment quelques cuillerées des pulments que l’on me présentait (ce fut bien pis lorsqu’au bout de trois jours l’on m’apporta la soupe la portion et le pain de la communauté, la première fois, il ne me fut pas possible d’y toucher.), ce qui contristait fort le père hôtellier et lui faisait pronostiquer que je ne resterais pas à la maison.
Dom Augustin entraîneur d’hommes

Rglt tome 1, p. 122 [Le premier supérieur] doit toujours allier ensemble dans sa manière d’agir la fermeté et la douceur, sans séparer ces deux choses, (…) être sévèrement doux et doucement sévère.

Rglt tome 1, p. 137 - Le premier supérieur sera comme le premier maître des novices et s’il veut facilement conserver le bien dans sa maison et entretenir la paix, la charité et l’union la plus tendre parmi ceux qu’il aura à conduire, il ne doit jamais se décharger de ce soin sur personne. - P. 141 Un inconvénient, c’est que malgré toute sa bonne volonté, malgré tous ses soins, malgré toute sa vigilance et sa promptitude, ce supérieur ne pourra contenter et l’amour qu’il a pour ses frères et l’amour que ses frères ont pour lui, cet amour mutuel qui leur fait trouver aux uns et aux autres tant de consolation à s’entretenir ensemble. (…) Les inférieurs ont pour leur supérieur la confiance la plus parfaite et celui-ci a pour eux l’amour le plus tendre, ce qui est assurément le plus grand bonheur d’une communauté.

Dom Augustin de Lestrange avait un réel charisme d’entraîneur et de meneur d’hommes. Plusieurs de ceux qui l’ont approché ont relevé ce trait… Dargnies - p. [12] “Il était aimé et avait la confiance de tous. (…) P. [207] Si nous n’avons pas toujours été d’accord avec le R.P. abbé dans notre manière de voir et de penser sur bien des choses, je suis sûr d’avoir toujours eu son cœur, comme je puis l’assurer qu’il n’a jamais été un seul instant sans posséder le mien.”

Sœur Stanislas Michel, Cîteaux, 1984, p. 202 - Nous arrivâmes dans le milieu de mois de mars à la ville de Constance. (Il faut observer que les détours que nous avions été obligés de faire nous avaient occasionné cent lieues de plus de chemin pour arriver à cette ville qui n’est éloignée du Valais que de quarante lieues et nous en fîmes cent quarante.) À notre arrivée nous trouvâmes notre RP [dom Augustin] qui nous y attendait depuis longtemps. Sa rencontre nous dédommagea de tous nos maux et fatigues, il nous remplit de consolations et après avoir séjourné quelques jours auprès de lui, remplies de confiance et d’espérance de conserver notre saint état, nous le quittâmes…

Dom Augustin le dit lui-même indirectement quand, en avril 1791, à la Trappe, en proposant à la communauté, son projet d’une fondation en Suisse, il termine en avertissant qu’on ne doit pas prendre un tel parti de se joindre au groupe des fondateurs (…) par affection ou inclination pour celui qu’on s’imaginerait devoir être à la tête de cet établissement” (Rglt tome 1, p. 27).



L’office de complies

Rglt tome 2, p. 168 - De complies - 3°- On récite cet office avec des pauses bien plus longues que tous les autres. Il fait dire le verset lentement, mais sans traîner et de manière qu’on puisse ordinairement aller à la médiation sans avoir besoin de s’arrêter pour respirer. Il vaut mieux que le verset soit dit moins lentement et que la pause soit plus longue, que d’abréger la pause pour avoir le temps de traîner le verset. La pause doit être au moins d’un demi Ave Maria, si le temps le permet. 4°- Après le grand office, l’on récite les complies de la Sainte Vierge avec la mesure et les cérémonies ordinaires.

En semaine complies durent trois quarts d’heure avec le Salve, l’Angelus et l’examen.

Règle de saint Benoît = RB : 18, 55 - L’office de complies comprend tous les jours les psaumes 4, 90, 133.

Rglt, p. 169 - 5°- Après les complies du petit office, le chantre impose solennellement le Salve que l’on continue très posément et sur un ton élevé. Pour pouvoir chanter ainsi et que néanmoins il soit à la portée de tout le monde, il ne faut pas l’imposer de manière à n’être point obligé de le relever de tout le courant de la pièce, mais le reprendre plus haut à Et Jesum, et pour que cette reprise soit moins choquante, il est bon qu’elle soit ordinairement d’une quinte. Pendant les premiers mots de cette antienne, à savoir : Salve Regina, Mater misericordia, l’on est sur les articles. L’on s’y met encore par trois fois à la fin du Salve, c’est-à-dire après chacune de ces paroles : O Clemens, O pia, O dulcis Virgo Maria.

Rglt tome 2, p. 203 - Quoiqu’on le dise en tout temps cet office [de complies] sur un ton plus grave que les autres heures, il demande cependant d’être chanté [le dimanche] avec une gravité qui réponde à celle dont on a dû célébrer le reste de l’office. On y fait de plus longues pauses, mais sans traîner pour cela sur la finale des versets. Le Salve est chanté plus solennellement encore que de coutume et les pauses que l’on fait aux larmes qui s’y trouvent doivent être mieux marquées et plus sensibles que les autres jours.

Dom François-Nicolas Moreau, moine cistercien de Lucelle, de passage à la Valsainte en août 1792, (cité par Raemy, Les émigrés français…, p. 316) : J’ai eu le bonheur de chanter avec ces anges incarnés à tierce, sexte, none, vêpres et complies. Le chant est le même que le nôtre de Lucelle, mais extrêmement lent. Le Salve Regina de complies dure déjà un quart d’heure.

Le chanoine Fontaine, écrit dans une lettre du 5 novembre 1803 : Tous les soirs, à 5 heures, ils [les élèves des trappistes] viennent à notre église [St-Nicolas à Fribourg] chanter le fameux Salve Regina des trappistes. Ils le font avec beaucoup de justesse, de précision et d’ensemble, mais leur chant n’est pas mélodieux, il est dure, triste et d’une lenteur fatigante, on ne comprend rien à ce qu’ils chantent. Pour le Salve, les enfants sont à genoux par terre, rangés en demi-cercle autour de l’autel du milieu et les quatre instituteurs debout derrière eux. Le tout fini par un coup de théâtre qui ne m’a pas édifié. Lorsqu’ils chantent O clemens ! O pia ! O dulcis virgo Maria ! à mesure que la note monte, ils se lèvent de terre et lèvent insensiblement leurs bras jusqu’à ce que, à la plus haute note, ils les aient tendus raides vers le ciel ; sur quoi ils se prosternent jusqu’à terre, et cela trois fois de suite. J’avoue que cela m’a déplu, quoique ce fût très bien exécuté. (Cité par Raemy, Les émigrés français…, p. 324)

Histoire de la Trappe du Val-Sainte-Marie, [Jérôme Verniolle], 4° édition, 1843, p. 173-174 - De tous les offices, c’est [complies], sans contredit, le plus touchant : récité très lentement et avec une pause qui dure l’espace d’un Ave Maria, il inspire un recueillement profond et excite dans les cœurs des sentiments d’amour et de repentir. (…) L’antienne à la Vierge qui suit les complies, le Salve Regina est célèbre dans le monde chrétien comme un morceau achevé et capable d’attendrir les cœurs les plus endurcis. Les trappistes mettent un quart d’heur environ à le chanter. Ils pèsent beaucoup sur les notes et s’arrêtent un moment quand ils sont arrivés à la fin de chaque verset. Il est impossible de dire combien ce chant imprime dans l’âme de sentiments de confiance et d’amour envers la Mère de Dieu. (Nous apprenons que maintenant [en 1843] les trappistes ne font plus la pause aussi longue pendant les complies et le Salve Regina à cause des grandes fatigues que leur causent les travaux de la campagne.)

Vie du RP dom Urbain, p. 88 - À cette invocation O clemens, voilà qu’on aperçoit tout aussitôt les enfants qui, avec un ensemble parfait, élèvent vers le ciel leurs petites mains, se prosternent à terre, puis se relèvent jusqu’à trois fois, pour se prosterner encore à ces mots : O pia, O dulcis, O Virgo Maria ! comme de petits anges qui, s’adressant à Dieu dans l’innocence de leurs cœurs, s’efforceraient de faire monter jusqu’à lui le parfum de l’encens le plus pur et la douce voix de la prière.

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