Bien, quelques détails sur ces premiers jours au Tchad!








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Bien, quelques détails sur ces premiers jours au Tchad!
L'avion a pris trois heures de retard à Paris, nous sommes arrivées en pleine nuit, à une heure. Il devait donc être 2 heures en France, le 30 septembre.
Débarquer puis

se couler dans un flot de vie

qui te prend sans un mot...
L'accueil fut simple et heureux. Après un grand verre d'eau fraîche, une douche et un lit, le sommeil est venu sans s'annoncer.

Au réveil, joie et bonheur. Puissance de la présence de Dieu.

Dans la tranquillité du cadre, de la ville, des sœurs, je regarde : quel drôle de silence en moi, autour de moi. Le rythme est si doux que c'est à peine si je le sens palpiter.
J'ai rencontré l'évêque de Sarh, aujourd'hui, Mgr Edmond. A table, il se montre très simple, à l'image de ses mails. Il me demande quelle a été ma première réaction en apprenant ma nomination pour Sarh.

- En arabe, "sahr" signifie "juste", j'ai pensé à la justice, à la justesse.

- Cela nous honore, mais vous allez vite déchanter, j'en ai peur, enfin...

Il ne me dit rien de précis pour ma mission, si ce n'est de voir avec le père Fabricio et le vicaire général. C'est bien. En attendant, je prie avec tout ce je découvre, l'heure d'oraison passe comme rien, sous l'hapattam (c'est une sorte de petit abri ouvert, où il fait bon discuter. Normalement, il a un toit de paille ; là, je n'ai pas fait attention !). La chapelle est agréable mais elle est fermée jusqu'à ce soir.
Il fait chaud, paraît-il, je ne le sens pas, et les moustiques ne me taquinent pas, ils préfèrent Mariette! ma foi, à eux de choisir! qu'ils continuent à me trouver des rivales!
Nous partons demain pour Sarh, avec le vicaire général, qui a accompagné l'évêque en partance pour l'étranger. Il ne revient que le 12 novembre. 800 kilomètres de route assez terrible nous attendent... soit.
L'heure de la sieste s'achève. De derrière ma chambre montent des chants, et du tam-tam ; c'est beau. On dirait une répétition de chorale en langue.
Ce soir, nous allons contempler le coucher de soleil au bord du Cha'ri.
Avant de partir pour les bords du fleuve, j'ai voulu boire un peu d'eau. D'une bouteille dans ma chambre, je prends trois gorgées, que je trouve chaudes, bizarres. Puis je comprends que j'ai bu du pétrole. Quelle horreur!

- Ce n'est rien, disent les sœurs, c'est comme ça qu'ici on tue la vermine intestinale !

- Bon, et ça marche aussi en préventif ?!!

Bien joué pour ce baptême tchadien aux trois gorgées de pétrole, mais c'est rude! quel goût infect!

- Ca va remonter pendant 48 h puis tu auras tout oublié!
Le pont sur le fleuve Cha'ri est impressionnant. Il faut y visiter le feu bicolore. C'est une grande installation d'un bout à l'autre avec un disque rouge ou vert selon la densité de la circulation, et qu'un agent change manuellement. Les balustrades sont défoncées à chaque extrémité de cet immense pont, des camions, paraît-il, qui, de nuit, se sont loupés... des morts, évidemment.

Au passage, les gens nous sourient et nous saluent : "bonsoir, les sœurs!" ça change d'Abidjan. C'est vrai que Christiane est encore connue dans le quartier, elle y a vécu 4 ans, mais à mon avis, c'est surtout qu'on a bien le look sœurs missionnaires! Les gens nous sentent aussi très en confiance. Une jeune fille nous offre un paquet d'arachides fraîches qu'elle vend sur la route avant le pont. Elle est avec un jeune homme qui tient une "cabine téléphonique" : un téléphone mobile, pour appeler où vous voulez, ma sœur ! mais en fait, pas même à Sarh!
La prière. Nous sommes dix dans la chapelle, en cette vigile de sainte Thérèse de Lisieux ; les sœurs de la communauté, nous trois, Mariette, Christiane et moi, Orita, une postulante dont le prénom en langue signifie "parle toujours" ou "laisse dire"; c'est, nous a-t-elle expliqué, que sa mère aurait dû épouser son oncle. Aussi, quand elle est née du frère de l'oncle, son père, vous suivez! les gens ont jasé! la naissance de l'enfant signait le véritable mariage. Il y a aussi deux jeunes sœurs tchadiennes en vacances dans leur famille en ce moment, une sœur italienne de la communauté de Farcha, un autre quartier de N'Djaména, seule là-bas en ce moment.
On ne dit pas la même chose, avec les mêmes mots de l'office, à l'autre bout de la terre. Tout prend saveur et poids différemment. Le psaume 48 de ce soir : "l'homme comblé ne dure pas..."
Le repas fut des plus fraternels, et nous fêtions Thérèse-Emmanuel. Lucille, la régionale qui est aussi la responsable de notre communauté et qui sera ma référente, appelle : "Sois bien en paix! le père Fabrizio t'attend, il a plein de propositions à te faire, un travail passionnant! il a hâte de te rencontrer! et nous donc! ta photo ne nous suffit vraiment plus!" Chaleur québécoise, merveille de relation heureuse, naturelle! elle a peut-être su ma relative perplexité après la rencontre de l'évêque!

A table, chacune dit d'où elle est, qui elle est, avec souplesse et éclats de rire! la jeunesse !
Le groupe électrogène s'est éteint à 20 h 30, comme tous les soirs ici. Les pannes de courant de l'électricité de la ville sont très fréquentes. Mais tout un cinéma pour me familiariser avec la lampe à pétrole... sans compter que l'odeur m'indispose plus que jamais avec cette histoire. Mais bon!

Et ce calme impressionnant saisit la nuit de Chagoua. Il est temps de dormir.
Ce matin, à 6 heures, l'eucharistie me plonge dans l'amitié si forte de Thérèse. Patronne des missionnaires, je sais que tu veilles. Après le petit-déj, et l'oraison, je me rendors jusqu'à 9 h 30 pour avoir voulu lire deux pages de saint Thomas allongée sur mon lit! quelle idée, aussi! sans commentaire sur mon état de résistance !!
En fait nous ne partons pas aujourd'hui, mais demain, à 6 heures. Nous serons une dizaine de personnes. Le vicaire général est venu nous saluer et nous l'annoncer à 10 heures. Il semble bien sympathique.
Courte visite au dispensaire. J'y retrouve ces pages d'Evangile où s' imprime la profondeur d'un amour universel, sans condition.

Là encore ce calme sur les visages et entre les personnes me sidère. Sœurs Amélie et Claire, naviguant au milieu de ces détresses. Sylvie, qui masse doucement le bras droit d'un bébé, sur lequel on a tiré trop fort lors d'un accouchement difficile. Il faut voir ses gestes, il faut voir le sourire du bébé, le calme de la maman, des autres mamans, l'une avec un bébé atteint d'une méningite, l'autre dont la petite a les genoux atrophiés. Tout ce petit monde assis bien à l'aise sur une grande natte de nylon coloré, à l'ombre.

Etienne est analyste, une bonté sans égale sort de ses yeux, de son sourire, de ses deux mains qui se saisissent des miennes et les gardent longtemps.

Des femmes et des femmes assises dans la "salle d'attente", des sourires et des sourires. Ça fait quelque chose.

La pharmacie, les discussions pour nous expliquer le fonctionnement du dispensaire. 2000 soignés par mois, surtout des palus, des méningites, et puis de tout. Ce matin, une femme enceinte de 3 mois est venue pour un "avortement spontané", comme on dit. Thérèse-E l'a emmenée ensuite chez une gynécologue pour qu'elle vérifie que "tout est bien parti". Comment font-elles pour gérer tout cela aussi sereinement? C'est vrai qu'un quelque chose saisit, ici. Je n'ai manifesté aucune émotion, aucune émotion tout le temps de ces rencontres qui me bouleversaient. C'est maintenant que je recueille le tout, que cela monte en prière.
Petit tour à l'école maternelle. C'est le premier jour de classe!

80 petits bouts viennent nous serrer la main! Des petites filles soigneusement coiffées et vêtues, d'autres serrant leur foulard sur une tête que l'on devine en bataille. Des garçonnets montrant leur gourde toute neuve.

Chez eux, on parle gambaï, arabe, ou une des dix autres langues. Il paraît qu'en une semaine ils se comprennent entre eux parfaitement et qu'à Noël ils comprennent le français de leur maîtresse et le parlent sans problème. C'est fou, ces petites têtes, quelle merveille que l'intelligence des enfants! Dans les écoles catholiques, c'est le système des 3/3 ou tripartite, assez général dans le pays : le gouvernement, l'évêché, les parents. Le problème, m'a-t-on dit, est que la direction catholique, n'étant pas l'employeur, a peu de prise sur les professeurs d'où de fortes répercussions sur la baisse générale du niveau scolaire et de l'éducation. J'en saurai plus à Sarh, certainement, où Colette et Monique bataillent, paraît-il.
Eh bien, quelle matinée! je suis morte! je redors un peu avant le repas!! interdit de rire, j'aimerais vous y voir!
Après le repas (et la sieste!), cap sur Farcha, la 2e communauté NDA sur N'Djaména. Nous passons devant la maison d'arrêt, les bases militaires tchadienne et française, le palais présidentiel, l'université des sciences, le Novotel (ce n'est peut-être pas dans l'ordre). Puis nous arrivons soudainement dans un quartier tout différent, très populaire. Je suis surprise qu'aux abords de la maison personne ne nous ait saluées particulièrement. Des regards curieux, ou des regards habitués, mais pas de regards amis.

En temps normal, la communauté de Farcha compte trois sœurs, en pastorale paroissiale, en formation préventive pour le sida, ou pour des visites dans le quartier. En ce moment Marysa est seule. L'une est en France, l'autre à Bousso, où va Mariette, qui devrait voyager à la fin de cette semaine. Elle attendait Gisèle, qui devait arriver hier soir, mais elle aurait manqué l'avion. Ou bien, des passe-droits l'auront empêchée de le prendre, on ne sait pas trop. En tous cas, elle n'arrive pas avant une semaine, toujours par Camair (Cameroun airlaines).

La maison de Farcha est simple, petite, accueillante. Je me passe de l'aloès sur le visage car plus je le lave, plus il me picote! ça promet. Je ne connaissais pas cette plante que mentionne le psaume 44 : "la myrrhe et l'aloès parfument son vêtement". Elle est belle; c'est une plante grasse, très verte; sa feuille est gorgée d'une épaisse substance douce, gélatineuse, légèrement parfumée. Il paraît que cette plante aide aussi la digestion, et qu'elle m'aurait procuré le plus grand bien hier après ma mésaventure! au fait, je n'ai rien senti cette nuit ni aujourd'hui!! Quelle affaire! Et ma réputation est faite ici!
Sur la route du retour, nous traversons des quartiers très animés.

On passe devant la coiffure "Zéro faute", devant le restaurant "Le carnivore", la station "La messe" etc. puis nous arrivons dans le quartier musulman. Un prêche dans la rue rassemble beaucoup d'hommes. Nous nous arrêtons faire quelques courses pour le voyage de demain ; c'est fou comme la vie est chère, franchement, je n'aurais pas cru. Presque 40 FF pour 3 boîtes de vache-qui-rit (l'inévitable), 2 boîtes de sardines et un sachet de biscuits. Le litre d'essence est à 5,5 FF, c'est ahurissant pour un pays dont le sous-sol est si riche en pétrole. Esso est grand patron ici! une quarantaine de personnes travaillant pour la compagnie ont débarqué de notre avion, traitées à part, de même le lendemain.

Les publicités dans la rue tournent autour de la bière ou des cartes téléphoniques ; elles ne sont relayées que par des recommandations pour éviter de contracter le sida.

Nous passons aussi devant la gare routière. Camions et taxis-brousse, dans un état plutôt décourageant... dire que sans le vicaire général (VG, dit-on ici et donc dorénavant!) on y aurait eu droit!
La prière est très belle. J'aime ces voix douces, calmes, égales, harmonieuses. Claire choisit de beaux textes.

Voilà, il n'y a plus de lumière! vite, la lampe à pétrole! et plus d'eau ! bon, douche à la bassine!

allez, je coupe!
Nous sommes jeudi 2 octobre, fête des anges gardiens, un bon jour pour voyager. Nous étions parties de France avec les archanges, c'était déjà fort!
A six heures, nous embarquons avec le VG et un chauffeur; nous rejoignent l'abbé Placide, qui revient de Syrie où se tenait une rencontre internationale pour le Midade (mouvements de l'enfance catholique), un frère mariste, une jeune lycéenne et deux sœurs indiennes de la charité, en sari. Nous roulons sur le goudron pendant 7 heures, avec une petite pause pour visiter une radio diocésaine. Chaque diocèse a sa propre radio, ce qui permet d'être proche des gens. Mais c'est cher...

Les pères disent que le climat politique à N'Djaména est particulièrement tendu.
A 13 heures, arrêt repas, à l'évêché de Moundou, où nous sommes royalement reçus. Nous repartons avec deux autres passagers dans la voiture, pour Koumra, où nous arrivons à 19 h 30.

Epuisée, épuisée, le corps tout endolori, secoué, la tête cassée!!! Nous sommes tous dans le même état ! Les sœurs de la Charité de Besançon nous apprêtent un lit d'urgence. Plus d'eau pour la douche, la bassine est la bienvenue!! Nous dînons d'une sardine et d'une vache-qui-rit, d'un quignon, et Dieu soit loué! les sœurs nous apportent une extraordinaire bouillie de manioc au citron! Vraiment, il me faut la recette, que je vous épate un peu au retour!!! (rien d'urgent, vous savez!)

Donc, vers 21 h, je suis déjà bien enfoncée dans un sommeil sans rêve!
Réveil à 5 h 30, messe à 6 heures. Vraiment, depuis le Caire, j'aime beaucoup les messes matinales.

En route, très bonne ambiance! un rien nous fait rire! exemple :"aïe! nous traversons une zone de turbulence, veuillez vous accrocher à vos voisins voisines!"

Ou encore : "Placide, faut pas écraser la sœur, là, quand même, faut te pousser un peu!" Placide feint de ronchonner, éclate de rire et me laisse un cm de plus pour respirer! Il faut dire qu'il n'est pas spécialement maigre. "Faites-le courir, il doit dégraisser!", s'exclame le VG quand son collègue a le malheur d'avoir une seconde de retard pour gagner la voiture!
Et c'est surtout un bon moyen pour faire connaissance avec le pays, au détour d'une question ingénue!! pas de dessin, c'est ma spécialité, mais on n'est pas obligé d'apprécier!!!!
Une petite chose m'a énormément frappée : une seule fois, des enfants sont venus autour de la voiture, passant par les fenêtres du pain, des bananes etc. le VG leur a dit : "mais enfin, soyez respectables!" et les enfants s'en sont allés. Il ne leur a pas dit : "soyez respectueux", mais "respectez-vous". Impressionnant...

bon, il y aurait mille choses encore, en tous cas, ça va bien!

Je suis aussi allée visiter un centre d'accueil avec une sœur de la charité de Besançon, italienne, au Tchad depuis 36 ans "sans une fièvre ni une indigestion"! on rêve! le VG est de l'expédition, en fait il vient voir où en sont les travaux que la sœur mène tambour battant! en la quittant : "ah mama mia! c'est pas possible! il faut venir avec trois économes pour la suivre!"

à 8 heures, nous repartons. Et nous arrivons sans encombre à l'évêché de Sarh à 10 h 45, avec nos derniers 100 km!

En tout, si nous avons croisé 20 voitures depuis N'Djaména, c'est bien le maximum! rapport cause/effet sur l'entretien des routes?

Une pluie torrentielle s'abat sur Sarh! il était temps d'arriver, entre 2 grosses pluies, ou nous aurions été bloqués comme il faut dans les ornières!
Me voilà en communauté à Sarh! tout s'annonce vraiment bien!
Présentations, petits tours de reconnaissance dans le quartier. En fait, il s'agit de tout un complexe diocésain et religieux, sur des km²! le grand collège-lycée des jésuites, la radio-lotiko et le Save (centre audio-visuel diocésain), un centre d'accueil diocésain, le postulat des comboniens, les écoles primaires et maternelles, jusqu'aux terrains de la paroisse.
Samedi matin, visite du Save avec Fabricio. Epatant, ce centre! cybercafé à usage semi interne, location de vidéos, vente des productions vidéos locales, espace son avec studios d'enregistrement, production de cassettes pour garder le patrimoine oral du Tchad, la radio, et plus original, l'espace graphisme : production de dessins, de cartes à partir des réalités locales et vente. J'aurai droit lundi à une rencontre officielle pour voir de plus près comment apporter ma petite contribution au Save.
J'aide nos voisins comboniens à couper les images de leur fondateur, le père Comboni, qui sera canonisé demain. Je ne peux pas en faire plus de 400, la tête tourne, et il en faut 2000 ! en tout cas, une bonne occasion pour discuter, ils sont très accueillants, ouverts.
J'arrête là! Ce sera l'objet d'un mhrnewstchad2, promis, mais je ne sais pas trop quand! maintenant, il faut que je vive un peu les choses de dedans! grosses bises, c'est l'heure de la prière, je vous emmène avec nous et à la joie de vous lire!
Marie-Hélène

Que je vous fasse un peu les présentations, maintenant! nous sommes 7 pour l'instant :

Lucille, québécoise, est notre responsable de communauté ainsi que la régionale (= responsable de la "Région" constituée par les communautés du Tchad, rattachée à la "Province" d'Afrique francophone).

Christiane, dont je vous ai déjà parlé, française, s'occupe de pastorale à la paroisse (catéchèse, communautés chrétiennes de base etc.)

Monique, une jeune sœur burkinabé, est institutrice et a des activités en catéchèse.

Colette, ivoirienne, est directrice du jardin d'enfants; elle est aussi au conseil de la Région.

Florence, une pré-postulante tchadienne, en stage pour trois mois.

Claire, une coopérante française , envoyée par la DCC (délégation catholique de coopération), effectue sa 2e année comme prof d'informatique au lycée des jésuites, en face de chez nous.

Samedi soir, nous regardons une vidéo sur le Tchad, "Abouna"; les prises de vue sont extraordinaires : les couleurs surtout me captivent, les visages, les expressions. L'intrigue est simple : un père quitte son foyer, la maman reste avec ses deux fils qui cherchent leur père et le retrouvent sur une bobine de film, qu'ils volent. La mère les place dans une école coranique, dont ils cherchent à s'évader pour retrouver leur père, parti en fait à Tanger. Le thème de fond vise l'irresponsabilité des pères, assez répandue, dit-on. Je vous livre les éléments tels qu'on me les apprend, sans filtre, sans trop de possibilités de confrontation ou de vérification pour l'instant, alors, ne prenez pas tout pour argent comptant!
Dimanche 5 octobre. Messe à la cathédrale.

La première messe avait lieu à 7 h 30 en langue sara. Avec Christiane et Florence, nous participons à la 2e messe, en français, à 9 heures. La cathédrale est à un quart d'heure à pieds de la maison.

Les chants en français et en sara sont menés par un Nigérian sur un rythme bien vif !

L'abbé Moïse, du Burkina, préside et assure l'homélie, assez spectaculaire! elle porte sur le mariage.

" Combien y a-t-il de couples où le mari est assis à côté de sa femme dans cette cathédrale? Pas un. Est-ce que c'est normal? y a-t-il au moins un couple dans l'assemblée? oui, alors, que la femme et le mari se rejoignent dans l'allée centrale. que la femme prenne son mari par le cou, et réciproquement! levez le bras resté libre. Vous voyez, cela ne fait qu'un être! maintenant, levez et abaissez le bras en même temps! un oiseau doit synchroniser ses ailes pour voler! le mari et la femme doivent être d'accord dans le foyer, les efforts doivent être faits par les 2 et en même temps. Et combien de couples mariés à l'Eglise ici? (peut-être 4 se manifestent). "

Je ne vous redonne pas toute l'homélie, c'était en tous cas instructif! sur le divorce, les priorités et les comportements dans le couple. Les réactions de l'assistance en disaient long : rires, acquiescements, silences, applaudissements etc. alors que son franc-parler pourrait gêner!
A la sortie, je demande des explications, ce qui donne, en vrac:

Un couple ne se montre pas comme tel en public, on se moquerait : "ils veulent faire comme les blancs".

On se marie peu à l'Eglise, car l'indissolubilité est trop exigeante.

Peu de baptêmes d'enfants mais de nombreux enfants catéchumènes, de 8 à 12 ans.

Un homme après 15 ans de vie avec la même femme est capable de dire : "Je ne me marie pas encore, j'étudie son caractère".

Une femme ne se précipite pas pour se marier, elle n'a aucun moyen de se défendre si les choses tournent trop mal.

Seul le mari a le droit de battre sa femme, d'où la blague quand une femme se montre intraitable : "toi, là, je vais te marier!" hum...
Des dizaines de mains serrées avant et après la messe, avec autant de sourires! La bienveillance que je lis sur les visages me fait grand bien. Je ne retiens aucun nom, je ne reconnais que le diacre et la traductrice à Radio Lotiko.

Une fille m'interpelle : "je voudrais être sœur mais je ne sais pas comment faire"!

- "Le mieux est d'en parler à la sœur Christiane, tu la connais, elle s'occupait du groupe vocations l'an dernier. Quel est ton nom?"

Geneviève et moi rejoignons Christiane qui lui annonce que la 1e réunion se tient immédiatement! elle la met en relation avec le petit groupe de filles déjà constitué.
Il fait bien chaud, nous rentrons boire un litre d'eau! il est 11 h 30.
Je dors très bien, au fait ! aucun bruit de voiture, les oiseaux chantent fort, vers 4 h 30, paraît-il, mais ne me réveillent pas. Je ne me réveille que pour prendre une couverture, j'ai froid! si, si!! Les sœurs se moquent mais c'est comme ça, j'ai froid! et je me rendors aussitôt jusqu'à 5 h 45.
lundi matin :

Lucille nous fait l'état des lieux concernant le projet du foyer de jeunes filles, en route depuis 5 ans.

Nous transformons en foyer la maison que nous occupons actuellement. Le 1er étage sera destiné aux salles d'étude, bibliothèque, salle polyvalente et le rez-de-chaussée sera constitué des dortoirs et des sanitaires. Nous commençons par 15 filles de 6e par an, avec qui nous montons jusqu'en terminale. Une sœur africaine est prévue pour s'en occuper, aidée d'une laïque. Le foyer doit s'autofinancer : cotisation des familles, potager, verger.

Il faut d'abord construire notre nouvelle maison, dans la concession. Les plans sont faits, les travaux devraient commencer, les 3/4 des financements ont été réunis.
Cet après-midi, je vais rencontrer le VG pour la suite des événements mais à mon avis tant que l'évêque ne sera pas revenu, rien de précis ne se mettra vraiment en place. Cela me laissera le loisir de me familiariser avec les uns et les autres!
à une prochaine lettre! amitiés! Marie-Hélène
Alors, où en sommes-nous?

Je vous ai laissés lundi, je pense, avant la visite chez le VG.

Je vais y venir, mais laissez-moi d'abord vous faire une petite confidence : j'ai dû vexer la famille Moustiques de Sarh au grand complet ; je suis victime en représailles d'un acharnement sans nom! ils résistent à l'aérosol de la gamme "5/5", réputée pour les éloigner, à toute heure du jour ! Si vous avez un truc, viiiite!!! Claire m'a passé une de ses paires de chaussettes (je n'avais bien sûr pas pensé à m'en munir), très épaisses, Lafuma haute montagne, vous voyez le tableau ! eh bien, les moustiques me piquent les pieds et les chevilles à travers, c'est inouï !

Oui, aucun intérêt, je sais, mais bon, si j'ai besoin de me défouler trois minutes sur la question, où est le mal! qui supporte le pire dans cette affaire ? non mais!! surtout que le désagrément des piqûres n'est rien face au spectre du palu terrassant de Sarh, dont j'entends parler trop souvent pour rester totalement sereine! Il paraît qu'on fait des cauchemars terribles, les yeux grand ouverts! Enfin, nous n'y sommes pas, mais vous n'y couperez pas en temps et heure!
Nous allons à pieds à l'évêché, avec une station à la Procure (bureau qui coordonne les différents services dont peuvent avoir besoin les agents pastoraux).

Comme dans chaque diocèse, autant de boîtes postales que de communautés et de services. Je tombe en arrêt devant ces boîtes, qui me renseignent mieux qu'un organigramme!

Le courrier voyage par "occasion" d'un diocèse à l'autre puis d'un point à l'autre du diocèse. Il s'agit d'une véritable poste ! Le système est d'une efficacité redoutable et il repose entièrement sur la confiance. A Bousso, par exemple, là où est Mariette, à 300 Km de N'Djaména, la poste du gouvernement ne vient pas, et le téléphone n'est pas installé dans la région. Seule la "poste par occasion" permet d'avoir un contact avec l'extérieur. Et ça marche! Mariette va très bien, à propos!
A la procure, je rencontre encore bien des personnes, que j'apprendrai à connaître à mesure.
Nous entrons dans le centre artisanal porter une lettre. La visite est rapide mais j'ai le temps d'apercevoir des merveilles!
Christiane nous attend à la maison avec une bouteille d'eau ! Entre-temps, elle a mis de l'ordre dans les cartons de lunettes que nous recevons pour les revendre à un prix accessible. L'autofinancement des communautés au Tchad est loin d'être acquis, il faut débrouiller, comme on dit ici.
Alors, l'entrevue avec le VG (je vais l'appeler Luba, c'est la 1e moitié de son nom de famille, VG c'était drôle au début mais maintenant, c'est lourd!!).

Il me demande ce qui me plairait. Je réponds que la visite du SAVE m'a enchantée mais au point que je ne vois pas trop ce que j'aurais à y apporter. Je propose alors d'animer le cybercafé, encore peu utilisé, pour favoriser l'auto-formation des permanents diocésains (aide à la recherche d'information et de documentation, exploitation de ces données, aide personnalisée par service). La proposition semble l'intéresser.

Dans la suite de la discussion, je reconnais que j'ai du mal à débrouiller les fils!! Son sourire (unique, à la fois retenu et amusé!) m'aide alors à passer au-dessus d'une perplexité grandissante sans même la laisser deviner ! Je ne vous en dis pas plus, j'attends d'y voir plus clair ! car s'ils ont quelque chose derrière la tête, dans tout cela, je me demande bien quoi ! Mystère!

"Mystère joyeux ou douloureux?", me demande-t-on à table, quand j'expose la chose le lendemain matin ! "En tous cas, guère lumineux!" et on rit, parce qu'il paraît que ça se passe souvent ainsi! Les avertis auront noté que la scène se passe le 7 octobre, fête de ND du Rosaire. Au passage, je salue mes frères de cœur dominicains, j'ai pensé à vous toute la journée!
Du coup, entre deux visites et deux siestes, j'avance tranquillement la lecture des documents diocésains et la rédaction d'un article sur l'interreligieux. J'apprends qu'il y a 15 paroisses dans ce diocèse de 47 000 km² qui compte 747 741 habitants d'une quinzaine d'ethnies. 49% de chrétiens, 26% de musulmans et 25% d'adeptes des religions traditionnelles ; une centaine de laïcs permanents, 47 prêtres, 19 séminaristes diocésains, 70 religieuses, 10 frères. 27 nationalités sont présentes.

Dans l'ensemble du pays, on comptait quelque 80 prêtres tchadiens en 2002. Beaucoup de prêtres étrangers, mais je n'ai pas encore obtenu de chiffre.
C'est la rentrée des jardins et des primaires. Je vais y faire un tour de bon matin, ce mardi, mais tout le monde est bien occupé à consoler les uns, à orienter les autres, à réclamer la scolarité aux parents. Je rentre et j'écoute notre extraordinaire radio Lotiko, "la radio qui réveille", dont l'emblème est un coq ! J'espère que vous allez régulièrement sur le site! (demandez
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