«Gouvernance et responsabilité : propositions pour un développement humain et solidaire»








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Colloque

« Gouvernance et responsabilité : propositions pour un développement humain et solidaire »

CCFD-Terre Solidaire. Décembre 2011

PROPOSITION DE COMMUNICATION

Nom :                          ABRIKA                                                        Prénom : Bélaid

Institution de rattachement:       Université                                           

Discipline : sciences économiques

Doctorant rattaché au CEMOTEV    

Maître Assistant chargé de cours

Adresse professionnelle : Faculté des sciences économiques et de gestion, Université Mouloud MAMMERI de Tizi-Ouzou 15000 Algérie

Courriel : abrikamazigh@yahoo.fr

 

Présente une communication se rapportant : thématique 2

Du global au local : gouvernance et rôle des territoires

TITRE :


"La gouvernance locale traditionnelle solidaire

Cadre conceptuel d’une nouvelle gouvernance territoriale :

Cas de la wilaya de Tizi-Ouzou dans la région de Kabylie en Algérie"

Mots-clés : territoire, développement, gouvernance, équité, société civile, représentation, organisation, décision, légitimité, démocratie, solidarité, règles formelles et informelles.
Introduction
La question de la gouvernance omniprésente à travers ses multiples manifestations apparaissant chez les sociétés qui adoptent des modes de gouvernabilité propre à chaque communauté qui ont un vécu commun, s’établissant continuellement (sédentaires) ou temporaire (nomades) dans des espaces multidimensionnels, continue de mobiliser de nombreux chercheurs analysant leurs comportements, en distinguant les modes de gouvernance décelés dans les pratiques informelles et semi-légales de certains groupes de populations de celles soumises à la légalité sous l’autorité des institutions gouvernementales.
Bien souvent, des populations sont à l’origine des facteurs déterminant leurs conditions de vie et les règles codifiant les liens régissant le fonctionnement de la communauté. L’exemple de l’organisation de la société Kabyle n’échappe pas à ce paradigme. Tel que décrit par A. HANOTEAU et A. LETOURNEUX (1893) « l’organisation politique et administrative du peuple Kabyle est une des plus démocratique et, en même temps, une des plus simples qui se puissent imaginer.».
Ce mode de gouvernance n’a pas laissé indifférent l’administration coloniale. Comme leurs prédécesseurs, notamment les arabes et les turcs, le conquérant français voulant contrôler totalement les populations de Kabylie a pris des dispositions fragilisant cette organisation ancestrale.
L’hostilité à l’organisation sociopolitique et administrative de la Kabylie fut reconduite durant la période post-indépendante. Ainsi ce mode de gouvernance séculaire a été confronté aux nouvelles institutions gouvernementales fonctionnant dans une logique globalisante, qui marginalisent davantage les populations du processus de prise de décision. Face à cette animosité quasi permanente, les populations des villages de Kabylie n’ont pas cessé de produire des modes de gouvernance aptes à prendre en charge leurs préoccupations sociales, économiques, culturelles et politico-administratives et ce, malgré l’ambigüité du système politico-administratif Algérien définissant les entités territoriales et les compétences des collectivités territoriales au niveau local, entre d’un coté les organismes décentralisés et/ou la déconcentration de l’Etat telle la Wilaya et la Daïra et, d’un autre coté les institutions locales élues, telle la commune. Une situation qui constitue l’espace de confrontation pour la prise du pouvoir local et le contrôle du processus de prise de décision, accentué par une mondialisation globalisante.
La culture locale engendre un modèle de développement durable donnant lieu à un contrat social qui permet de définir le village comme un lieu de vie pour le bien de la collectivité. La nouvelle perspective des modes de gouvernance insèrera les initiatives porteuses des valeurs de la citoyenneté consensuelle autour d’un développement humain responsable et futuriste. Concept centré autour d’une nouvelle approche de la gouvernance locale globale qui traduira une répartition juste, équitable et égalitaire des richesses. L’articulation territoriale globale-locale des activités socio-économiques doit servir de béquille au développement de la société consolidant les caractéristiques solidaires du corps social. Mettant en avant les aspects positifs formels et informels du territoire au niveau local considéré comme étant retardataire et non structuré économiquement.
Dans cet article nous allons en premier lieu brièvement passer en revue sur le plan théorique les notions de gouvernance, de société civile et de la bonne gouvernance locale comme domaine d’étude et d’analyse de l’organisation territoriale locale, de son fonctionnement et des modalités de sa gestion pour déterminer les types de réseaux et le particularisme régissant la société traditionnelle Kabyle, dans le cadre d’une gouvernance mondialisée qui démarrera d’en bas, du milieu local en s’adossant sur la proximité à l’échelon de la communauté locale, c’est-à-dire redonner au territoire local sa valeur. Ressusciter le territoire, espace social et économique fluide, son rôle de pivot qui articule sa mécanique légitimée démocratiquement en fonction de l’intérêt général de la communauté, interconnectant les différents acteurs et développant des partenariats avec les institutions locales et régionales (au-delà de la délimitation des frontières politico-administratives) pour une exploitation juste et équitable des ressources naturelles. Dans un nouvel esprit la gouvernance mondiale qui doit penser et aborder les territoires en accordant de la considération à l’ensemble des intervenants.
Nous nous étalerons dans la deuxième partie à développer les deux approches pratiques suivantes:

La première traitera de la gouvernance locale dans la société Kabyle en mutation, en abordant le fonctionnement de l’organisation politico-administrative traditionnelle comme modèle de gouvernance locale associant les valeurs de solidarité et de gestion du territoire à travers l’exemple du village de Zoubga et l’expérience du mouvement citoyen des Aarchs émergeant porteur d’un projet de société citoyen alternatif à la gouvernance locale et nationale, dans un contexte de crise et d’agression.

La deuxième reprendra la mobilisation de la société civile dans les villages et leur mise en relation avec les communautés des émigrés autour du projet de la protection de l’environnement comme la mise en place d’un centre de collecte, de tri et de valorisation des déchets dans le village de Tizi-Hibel et le projet de développement local de Djoua conçu en partenariat entre l’Aarch des Aït-Bimoun et une association des émigrés.
1/ De la gouvernance

Le regain d’intérêt à la notion très controversée de la gouvernance provient des débats menés autour du phénomène de la corruption associée aux maux socio tels la pauvreté, l’allocation des aides, les budgets liés directement à l’ensemble des problèmes politico-économiques. Le terme de gouvernance est en effet défini et interprété aujourd’hui de manière très diverse et parfois contradictoire. Malgré la multiplicité des applications du mot, il existe une dynamique commune dans l’usage de ce terme.

Cependant, on peut d’ors et déjà, la scinder en deux principales approches. Elle peut concerner en premier lieu la gouvernance d'entreprises marchandes et non marchandes du secteur économique et en second lieu la gouvernance du secteur administratif et politique à tous les niveaux, en fonction des critères et des objectifs arrêtés. Le concept de gouvernance est relatif, propre aux spécificités de chaque pays. Les auteurs avancent quelques critères définitionnels tels que : Démocratie ; Sécurité ; Respect des droits de l’Homme ; Respect de la loi ; la bureaucratie ; Participation ; la décentralisation, la transparence…etc. Les indicateurs de référence de la gouvernance, mis en place, permettent de déterminer les aspects positifs et négatifs dans la gestion des affaires relevant du domaine public des institutions gouvernementales, des entreprises et des organisations de la société civile et constituent une base de données au service des utilisateurs dépositaires du pouvoir décisionnel prônant des politiques publiques et les règles de gouvernance.

La gouvernance revêt des programmes opérationnels, selon KKZ (1999a, b)1. La notion opérationnelle de la gouvernance peut être scindée en trois grandes catégories. Le processus sur lequel le gouvernement est sélectionné, contrôlé et remplacé. La capacité du gouvernement à mettre en œuvre des politiques publiques appropriées. Et le respect par les citoyens, et par le gouvernement, des règles qui organisent leurs interactions.

La participation dynamique des citoyens dans des initiatives relevant du domaine public ne peut avoir lieu sans l’instauration un partenariat permettant la formalisation des liens entre les institutions, les décideurs politiques et la société civile. Ce contrat social relève d’une vision solidaire coopérative, mettant en réseau l’Etat, les organisations de la société civile et les communautés locales autour d’un développement social, en se responsabilisant réciproquement, amorçant une dynamique culturelle coopérative nouvelle.

1-1/ La bonne gouvernance locale et la société civile
Contrairement à la mauvaise gouvernance assimilable à un dysfonctionnement des institutions dû à une mauvaise gestion qui se caractérise par des manques au niveau des moyens alloués et de l’affectation inéquitable, marginalisant la majorité des populations, la bonne gouvernance implique l’exploitation intelligible et rationnelle des ressources au niveau des emplois à travers des politiques salvatrices à l’encontre des larges couches sociales de la société. Aussi, la bonne gouvernance intègre dans sa logique le rôle de l’Etat, le mode d’organisation de l’Etat, en l’occurrence la décentralisation des pouvoirs et des prérogatives des instances locales et le niveau social des citoyens en matière de mesure de pauvreté et de précarité des couches sociales démunies.
En adoptant le principe de la subsidiarité impliquant le raffinement de l’action publique, résolvant les problèmes dépassant les petites entités, à l’échelon supérieur, en demeurant solidaire et en respectant la pertinence des solutions engageant la collectivité.
La bonne gouvernance parfaite est celle qui assure une meilleure combinaison du contrôle citoyen des activités des pouvoirs publics confrontés aux choix entre la voie de la légitimité et celle de la légalité. La légitimité renvoie à ce qui est admis ou accepté par l’ensemble des citoyens contrairement à la légalité qui est normative, conforme aux cadres juridiques et à la législation des gouvernements.
Le contrôle citoyen de l’action publique ne peut exister que lorsque les citoyens ordinaires, les organisations de la société civile disposent de mécanismes et de procédures fonctionnelles et effectives obligeant les responsables décideurs (élus ou désignés) et les détenteurs du pouvoir à rendre compte de leurs actions et à apporter des justificatifs et l’argumentaire nécessaire. L’efficacité et l’harmonisation viendront de leurs implications dans l’élaboration des programmes d’action (du choix des politiques et des programmes de développement, des allocations budgétaires, le suivi des dépenses publiques, l’évaluation de la qualité de la prestation des services publics, de l’écoute aux doléances des citoyens, etc.) accompagnés d’un contrôle à priori et du suivi de l’état de l’exécution des actions par le contrôle à postériori qui aura l’aval de la majorité.

La flexibilité et la souplesse du cadre réglementaire régissant les organisations de la société civile constituent la condition sine qua non de la bonne gouvernance ; une société structurée et organisée indique le niveau de conscience et d’engagement des citoyens dans la gestion des affaires de la cité. La société civile organisée au niveau local édifie le socle de la bonne gouvernance locale, fondateur de l’édifice au niveau global.
Au moment où nous assistons à l’accouchement d’une phase historique inscrite par les peuples du Machriq et d’Afrique du Nord porteuse de changements politique et démocratique le régime Algérien persiste dans sa logique négationniste des aspirations des populations à réaliser un sursaut démocratique. En effet, les textes existants et régissant les organisations de la société civile sont en voie de révision en Algérie, et ne sont pas conçus dans un sens positif, ils sont en contradiction avec les aspirations de la classe politique et des débats engagés durant les soulèvements de l’année en cours dans les pays du Maghreb et du Machriq. Les acquis démocratiques arrachés après la révolte d’octobre 88 s’effilochent de plus en plus. De ce fait, les organisations de la société civile organisée de différentes manières, qui sauvegardent leur autonomie des chapelles politiques et qui refusent l’allégeance aux institutions du régime en place, se retrouveront dans une posture de résistance et d’acteur marginal, ce qui créera un climat de tension causé par l’exclusion des populations du processus de prise de décision et des choix stratégiques les engageant.
Toutefois, ces soulèvements porteurs de changements et d’espoir peuvent-ils assurer les transformations structurelles et fondamentales réformant les Etats à travers des mutations institutionnelles garantissant les libertés publiques, le multipartisme, la diversité, le pluralisme électoral et l’alternance démocratique au pouvoir. Cette nouvelle dynamique qui a mobilisé l’ensemble des segments des sociétés de ces pays suscitant une nouvelle culture politique est-elle suffisamment armée pour éviter des guerres fratricides désagrégeant la société, comme ce fut le cas après des événements d’octobre 1988 en Algérie ?
1-2/ Des collectivités locales et de la gouvernance locale
Le territoire local constitue l’espace du milieu local où se conjuguent les relations sociales. Le lieu de la production organisant ses composantes humaines, mettant en valeur les ressources de l’espace territorial, et d’échange de biens et services entre les différents agents économiques en interaction dans la société. La valorisation du territoire local dépend de la gouvernance locale mettant en avant les potentialités combinées par les différents acteurs, dotés d’un système organisationnel et fonctionnel dynamique, coordonnant leurs capacités territoriales, sociales et environnementales.
Le territoire des collectivités locales ne se limite pas aux délimitations administratives, il entretient des échanges dans et avec les autres espaces territoriaux situés à proximité, en interaction permanente construisant une dynamique d’ensemble sous forme de réseaux sociaux d’échanges basés sur des valeurs culturelles et de solidarité évoluant dans un environnement social local animé par divers acteurs intervenant dans la société à travers les institutions légales (l’APC) ou légitimes (comité de village).
La combinaison de ces deux sphères valorise le pouvoir local institué dans le cadre des collectivités locales dotées d’un pouvoir local et d’une autorité publique partielle à partir de 1990. Il est considéré dans le principe de suppléance comme l’échelon supérieur à l’espace local des villages auquel s’adressent les comités de villages dépositaires de l’autorité morale à l’échelon inférieur pour la prise en charge des problèmes socio-économiques nécessitant l’allocation de budgets relevant du domaine de la collectivité.
La bonne gouvernance locale anime l’espace territorial local permet d’agir directement lors des concertations qui se déroulent dans la transparence et l’exercice des pratiques démocratiques pour le règlement des problèmes locaux, en évacuant de fait la question lancinante de représentativité et de légitimité.
Les décisions engageant les affaires du village se prennent en concertation durant les assemblées périodiques des villageois. La démocratie directe a un encrage historique dans nos villages, c’est un processus permanent qui se transmet de génération en génération. La démocratie dans la sphère locale peut être résumée selon Benoit-Janvier TSHIBUABUA-KAOY’A Kalubi  par trois principaux éléments significatifs :

  • La gestion de conflits, c'est-à-dire les efforts et les initiatives visant spécifiquement à prévenir, gérer, apaiser les conflits ;

  • La représentation par des élections dans lesquelles des candidats se présentent, des votes sont émis, des vainqueurs sont désignés et des dirigeants élus sont choisis ;

  • La participation, par le biais de laquelle l’engagement des citoyens dans la prise de décision est plus direct, avec une contribution active de toutes les composantes de la population par l’intermédiaire d’un processus consultatif.



Les dimensions que prennent les villages de Kabylie avec le taux d’occupation du sol le plus élevé dans le monde en zone de montagne (plus de 510 habitants au km2), le rôle que joue les assemblées des villages les pouvoirs publics devrait hisser le village en collectivité locale, en l’instituant officiellement de prérogatives, de compétences et de pouvoir de représentation légale en les changeant de missions budgétisées suivant le principe de subsidiarité. La reconsidération et la recomposition, dans ce sens, des collectivités territoriales locales est une chance pour la région de Kabylie.
En effet son institutionnalisation amorcera un nouveau processus à travers lequel les citoyens de la communauté dans le cadre de la nouvelle collectivité exerceront leurs droits et obligations au niveau local, ce qui renforcera la gouvernance locale décentralisée à travers le transfert de pouvoirs appropriés représentants légitimes et élus démocratiques dans la légalité. L’interaction entre la gouvernance traditionnelle locale et ces nouvelles formes de gouvernances associées à la modernité et aux institutions républicaines redéfinirait le rôle de l’Etat, qui se déchargerait des missions locales. La refonte des institutions administratives de l’Etat incorporée dans une logique imbriquant la gouvernance locale traditionnelle à celle des institutions modernes locales instituera la mise en connexion d’une nouvelle dynamique territoriale impliquant les citoyens à l’échelon local.
2/Gouvernance locale dans une société en mutation
Cette approche, pratique, part à partir des événements tragiques du printemps noir de 2001, qui ont donné naissance au Mouvement Citoyen des Aarchs, le processus du passage du témoin du pouvoir local traditionnel aux générations nouvelles qui expriment d’autres exigences et besoins qui impliquent des mutations organisationnelles de la société civile dans la région de Kabylie à travers des modalités et des approches associant les aspects traditionnels aux valeurs de la modernité.
Nous présenterons préalablement le modèle d’organisation de la société Kabyle traditionnelle constitué d’un ensemble de principes qui émanent de cet esprit que l’on peut retrouver à plusieurs niveaux de la communauté, comme les pratiques récurrentes de l’entraide, de la solidarité, d’associations, de justice et d’égalité régissant les relations dans les sphères privées et familiales et au sein des espaces des tribus ou des villages.
Il s’agit d’un modèle de culture locale apte à produire des perspectives futures de développement durable donnant lieu à un contrat social qui permet de définir le village comme un lieu de vie pour le bien de la collectivité, mettant en connexion des migrants vis-à-vis des compatriotes des milieux locaux kabyles et les mutations qui s'opèrent depuis une décennie en matière de flux humains et financiers. Dans ce cas, nous allons voir s'il y a un nouveau mode de gouvernance   pour les villages de Kabylie en présentant le village modèle de Zoubga?
2-1/L’organisation politico-administrative traditionnelle
Les écrits traitant de l’organisation politico-administrative traditionnelle de la Kabylie, qui a été jadis un modèle commun à l’ensemble des composantes humaines des autres régions de la société Berbère,2 décrivent un système de gouvernance concret imprégné des réalités sociales des populations de la Kabyle, doté d’un code de conduite réglementé dans le droit coutumier et d’institutions traditionnelles comparables aux institutions officielles modernes. La conservation générationnelle, plus au moins, de cette organisation ancestrale est un facteur explicatif de la prise de conscience des populations Kabyles pour la sauvegarde de leur indépendance et le respect des valeurs de la citoyenneté basée sur la connaissance des droits et le respect des devoirs envers la collectivité, initiés dans le cadre des débats démocratiques et responsables menés dans les assemblées des villages.
Partout où subsistent les structures de cette organisation traditionnelle elle devient assimilable à une forme d’organisation de mini-république. L’unité de base territoriale et politique qui unit les citoyens de Kabyle est le village (taddart). C’est le premier niveau de son organisation politico-administrative. Un espace délimité géographiquement, adopte et modifie ses propres lois, qui sont généralement identiques aux villages avoisinants, en choisissant ses représentants nommés comme chef du village. Selon l’ampleur des villages, les liens, les alliances et les affinités politiques ou administratives un village peut s’unir avec d’autres pour constituer un Aarch. La réunion de plusieurs Aarchs se fait sous forme de confédération, qui définit les règles de réciprocité, de solidarité et surtout de protection en cas d’agression externe. L’unité de plusieurs confédérations se réalise autour d’objectifs temporaires.
La représentation au niveau du village se fait à deux niveaux. Taddart, autorité supérieure collective dirigeante du village dotée de tous les pouvoirs législatifs et exécutifs, qui désigne l’assemblée du village où siègent en assemblée générale tous les citoyens du village majeur3. C’est l’espace de débat et de prise de décisions souveraines. La gestion quotidienne des affaires du village est assurée par l’autorité inférieure dépositaire d’un pouvoir exécutif que lui confère Taddart, notamment de veiller sur le respect de l’ordre public, l’exécution des décisions de l’assemblée et d’appliquer les règles4 de fonctionnement du village. A ce niveau le premier magistrat, le chef du village, dénommé Amghar ou Amqran (le doyen) est élu par les membres composant un Thadjmaat ou le comité actuellement. Il s’agit des grands électeurs. Thadjmaat est composée des Iderma ou Ikherban5 qui sont représentés par les Teman6, ces derniers élisent le représentant suprême du village (Amghar ou Ameqran), qui se fait assister dans ses missions par Loukil qui s’occupe essentiellement des affaires religieuses et en plus de Lamin.
L’institution du village assure son fonctionnement en mettant en place un budget qui prend en charge les projets de la collectivité et les décisions arrêtées par l’assemblée. Selon A. Hanoteau et A. Letourneau les sources de financement proviennent des recettes ordinaires : les produits des amendes frappées par la Djemaa ou par Lamin conformément aux règles édictées, des droits payés par les étrangers qui veulent habiter dans le village, droits civiques, revenus des biens communautaires, de la mosquée, de la Fetera, des équipements du village loués ; et des recettes extraordinaires : impôts exceptionnels selon les besoins, des cotisations volontaires, des dons, etc.
L’organisation et le fonctionnement de l’institution du village peut être représentés diversement aujourd’hui, selon les degrés d’influence de l’administration coloniale qui à travers le code de l’indigénat cherchait à assurer le contrôle de la djemaa, en obligeant Lamin à rendre compte à l’administration coloniale et en introduisant dans chaque tribu Lamin El Oumena comme corps intermédiaire à son service. Cette politique fut reprise par les pouvoirs publics après l’indépendance de l’Algérie cherchant une allégeance de ces villages en introduisant dans la légalité les comités de village, facilitant l’infiltration des membres du parti unique.
Ce modèle d’organisation politico-administrative ancestral qui demeure viable peut être perfectionné pour servir de mode de gouvernance locale, de mobilisation des ressources locales, d’implication des citoyens et d’impulsion d’une dynamique régionale, nationale et mondiale. Les valeurs de solidarité, d’entraide, de respects et de civilité qui animent ce mode de gouvernance continue de susciter de l’intérêt dans les villages de Kabylie d’aujourd’hui. De nombreux exemples montrent sa pertinence, même s’il est perfectible et nécessite d’être actualisé en fonction des exigences des sociétés d’aujourd’hui, et de sa portée.
Nous allons prendre comme exemple un village situé en zone de montagne qui arrive à gérer les affaires de la cité en référence à ce type d’organisation, qui arrive à influencer à travers sa mobilisation la gouvernance locale.
2-2/L’exemple du village de Zoubga
Le village de Zoubga est typiquement l’exemple en matière de mode de gouvernance locale participative dans la Daira d’Iferhounene. Il est situé au pied de la montagne à 9 000 mètres d’altitude dans la commune d’Illilten à plus de 50 km du chef lieu de la wilaya de Tizi-Ouzou, sa population est estimée à 2 500 habitants. En 2007 il a été classé Village le plus propre de la wilaya.
Le mode d’organisation et le fonctionnement de ce village reflètent à la fois l’organisation politico-administrative ancestrale et les règles de l’administration officielle. Il est basé sur un mode d’organisation socioculturel tenant compte des aspects de son environnement et fonctionne sur des règles démocratiques.
La structure principale demeure l’assemblée du village qui est souveraine qui se réunit régulièrement, ordinairement une fois par mois, pour débattre de l’ordre du jour que le comité du village prépare avec les citoyens du village. La deuxième structure rattachée directement à l’assemblée du village est le comité de village agréé comme association à caractère social par l’administration. Ce comité est composé de toutes les familles du village à raison de deux représentants par famille (totalisant 22 membres) qui forment les grands électeurs. Ces derniers élisent démocratiquement le bureau exécutif et le président du comité du village. Cette structure exécutive est chargée d’assurer la gestion des biens communs du village (l’eau, les routes, les pistes et sentiers du village), de faire fonctionner les affaires sociales du village, de veiller à la quiétude des citoyens, de faire respecter les règles de fonctionnement du village telles que la propreté et l’enlèvement des ordures ménagères et de représenter le village auprès des élus des collectivités locales et de l’administration, ainsi que d’organiser les festivités et d’exécuter les décisions de l’assemblée du village, en suivant la réalisation des projets.
En plus de ces deux structures les citoyens du village ont créé des associations autonomes à caractère culturel, sportif et religieux qui exercent leur activité en collaboration avec le comité du village, en organisant la solidarité, l’entraide et le volontariat (tiwizi) entre les villageois et d’assister les nécessiteux. Ces associations produisent de l’animation culturelle et sportive dans le village, elles forment les jeunes en les encadrant dans divers domaines d’activités.
Ainsi, les affaires et les besoins des villageois sont gérés par le comité de village qui fonctionne comme sous le contrôle de l’assemblée des villageois. En comptant sur ces propres moyens et la disponibilité volontaire des citoyens du village, le comité a pu réaliser d’innombrables projets qui devraient être pris en charge par les collectivités locales, particulièrement durant la période de récession économique où la crise économique des années 80/90 qui a entraîné dans son sillage l’abandon des collectivités locales surendettées, la mise en veille des projets des villages, aggravant ainsi la fracture des structures organisationnelles traditionnelles au profit de la logique individualiste.
Face à cette situation d’hypertrophie des collectivités locales affaiblies par la baisse des budgets de l’Etat, plusieurs villages choisissent de revenir aux structures et aux modes de fonctionnement des structures organisationnelles traditionnelles villageoises aptes à prendre en charge les problèmes des citoyens et de la communauté en les incitant à une mobilisation collective pour agir dans un cadre solidaire selon les méthodes ancestrales.
C’est cet esprit qui a animé les citoyens du village de Zoubga. La réalisation des projets du village de Zoubga s’est fait essentiellement sur des fonds qui proviennent en premier lieu des cotisations réglementées (crèche, le centre de soins, toilettes publiques, chambres d’ôte…etc..), des dons (stade pour enfants), des fonds en provenance de la communauté émigrée (les chemins piétonniers en pierre taillée et pavé), des financements étrangers (centre culturel) et des fonds des collectivités locales récemment (système de nettoyage et de gestion des déchets, achat de camion).
Le village de Zoubga se projette dans des perspectives futures en mettant en place des partenariats pour la réalisation d’autres projets tel que:

-le partenariat avec l’association Amusnaw autour des projets de développement local et de tourisme solidaire ;

-La construction d’une salle de lecture et d’une bibliothèque ;

-l’acquisition d’une ambulance et d’un groupe électrogène. 7
L’organisation et le fonctionnement du village de Zoubga constituent une interaction entre la gouvernance traditionnelle porteuse de valeurs ancestrales légitimant l’action des citoyens dans la communauté villageoise en interaction avec les nouvelles formes de la gouvernance institutionnalisée. Elle est un parfait exemple de mobilisation de ces ressources humaines et financières affectées rationnellement dans des projets communs d’utilité collective et publique qui influent sur le mode de gouvernance de nos collectivités et des territoires des villages de la Kabylie. Les pouvoirs publics et les décideurs politiques devraient se pencher sur ce mode d’organisation et de représentation locale pour instituer une gouvernance locale villageoise inspirant les modèles de gouvernance globale. Son prolongement peut être actualisé en mêlant le modèle d’organisation politico-administrative ancestral aux valeurs de la modernité basée sur des institutions administratives officielles existantes ou à réinventer. L’expérience du mouvement citoyen des Aarchs de 2001, que nous allons voir dans le point suivant, est à inscrire dans cette perspective.

2-3/ L’émergence du mouvement citoyen des Aarchs 

Les événements tragiques du printemps noir de 2001, qui ont donné naissance au Mouvement Citoyen des Aarchs8, résultent d’une agression simultanée (à Ath-Douala et Oued-Amizour) perpétrée par le corps de gendarmerie contre la population de la Kabylie qui célébrait le 21ème anniversaire du printemps Amazigh9. Un mouvement de protestation inédit d’essence populaire et démocratique s’est structuré autour de l’insurrection populaire posant des problèmes politiques, sociaux, économiques, culturels et identitaires en rupture avec les organisations politiques traditionnelles les plus encrées dans la région de Kabylie, en interpellant les représentants de l’Etat. Une dynamique de lutte qui puise les valeurs de son fonctionnement de l’organisation sociale ancestrale, en laissant le libre choix aux citoyens à s’auto-organiser localement dans le cadre des structures traditionnelles des Aarchs ou administratives des communes et Dairates. Si dans quelques centres urbains, les citoyens se sont organisés en comités citoyens de quartiers, la population a dans sa majorité choisi de retourner vers la structure ancestrale qui est l’Aarch à base de l’organisation en comités de villages, qui renforce sa crédibilité et sa force de mobilisation et de proposition. L’émergence du mouvement citoyen des Aarchs a légitimé l’innovation sur le plan organisationnel comblant le vide stigmatisant les organisations de la société civile dépassée par l’ampleur des événements du printemps noir et incapables de prendre en charge les exigences de la jeunesse éprise de justice. Elle a hissé les niveaux des débats en débordant des questions inhérentes aux problèmes des villages vers celui de l’avenir des citoyens et du devenir de région de la kabylie et de l’Algérie, dans un environnement politique favorable, tout en faisant des démonstrations de rue jamais égalées dans l’histoire notamment la marche historique du 14 juin 2001 organisée à Alger, qui a drainé plus de deux millions de citoyennes et de citoyens pour la remise de la plateforme de revendication d’El-Kseur (Ville où elle a été adoptée)10 reprenant les revendications et doléances exprimées avec force et détermination dans la rue par la population durant plusieurs mois voire même depuis des années. Elle inclut 15 points de revendication synthétisés et structurés autour de quatre chapitres regroupant:

1-les réparations dues aux victimes du Printemps Noir de 2001 à 2004;

2-les réparations par le châtiment et la sanction ;

3- les revendications démocratiques et historiques ;

4-les revendications socio économiques.
Ainsi, ce mouvement né dans un contexte d’une crise multidimensionnelle observe une triple rupture. En court-circuitant, d’abord, les organisations politiques et syndicales discréditées et impuissantes f ace à la révolte populaire ; ensuite, en débordant de la revendication identitaire Amazigh, en aspirant à une organisation nationale porteuse d’un projet de société moderniste. Inaugurant une nouvelle page dans l’histoire de la contestation en Algérie en particulier et en Afrique du nord en général ; et enfin, en maintenant la pression par la mobilisation permanente, en adoptant des méthodes de luttes pacifiques et citoyennes.
De l’organisation locale vers l’organisation nationale, Tadjmaat habitué au mode de gouvernance locale impulse une nouvelle dynamique de gouvernance régionale et nationale, elle suscite des implications et des débats pour devenir internationale. Du local au global une alternative citoyenne solidaire et humaine. D’un département à un autre département, d’une région à une autre région les débats transparents et libres tenus à la base et les prises de décisions par consensus mettent en connexion les populations dans l’attente d’alternatives nouvelles. En dotant le mouvement citoyen des AArchs par des principes directeurs11 régissant son fonctionnement, des coordinations sont mises en place particulièrement au niveau des wilayas telles que celle des Aarchs Daïras et Communes de Tizi-Ouzou (C.A.D.C.), de l’Inter Communale de Béjaia (C.I.C.B.), des Comités Citoyens de Bouira (C.C.C.W.B), des Aures et d’Alger. Les échos de cette dynamique vont atteindre l’autre coté  de la méditerranée en mobilisant les communautés immigrés dans de nombreux pays d’Europe. Une révolution enthousiaste.
Le mouvement citoyen des Aarchs a brisé les tabous, en touchant du doigt les préoccupations des citoyens, en affrontant les mots de la société et les dossiers à l’origine du marasme qui ronge la société. En ouvrant des dossiers sensibles tels que celui du foncier, de l’extraction du sable, de la spéculation et de l’impunité il s’enlise dans une nouvelle adversité qui s’ajoute à celle du régime en place qui réprimait férocement les actions pacifiques de rue.
De cette longue expérience il y a lieu de retenir son exemplarité, la durée de la dynamique, le mode d’organisation et le fonctionnement démocratique, l’implication directe des populations et la formation à la citoyenneté, auquel s’ajoute l’accord gouvernement-Aarch, portant sur la mise en œuvre des revendications de la plateforme d’El-Kseur, signé entre le chef du gouvernement et la délégation du mouvement citoyen des Aarchs 12.

Ce mouvement n’est pas parfait, il est soumis à la critique et soulève encore des interrogations, en particulier celle liée au fait que l’organisation de ce grand mouvement n’a pas pu avoir un ancrage dans les régions de l’Algérie malgré l’adhésion et les larges sympathies des populations des autres régions ; même si le mouvement a eu le mérite de devenir l’exemple pour les citoyens dans la région de Kabylie et au niveau national à s’auto-organiser et à revendiquer la justice sociale et le droit aux valeurs de la citoyenneté.

3/ La mobilisation de la société civile

La culture locale engendre un modèle de développement durable donnant lieu à un contrat social qui permet de définir le village comme un lieu de vie pour le bien de la collectivité, donnant lieu à la mise en connexion des migrants vis-à-vis des compatriotes des milieux locaux kabyles et les mutations qui s'opèrent depuis une décennie en matière de flux humains et financiers.

Ce point est consacré à l’observation des modalités de la mobilisation et/ou de démobilisation de la société civile pour la protection de l’environnement en exposant le projet de mise en place d’un centre de collecte, de tri et de valorisation de déchets du village de Tizi-Hibel et la pratique du développement local à travers le festival de Djoua enclenché depuis l’année 2009, créant une dynamique interactive entre les communautés locales et l’émigration, à l’origine d’un nouveau mode de gouvernance   en faveur des villages de la Kabylie soutenus par des fonds en provenance de migrants?
Il sera question de traiter des atouts et les contraintes d’une gouvernance locale solidaire de l’espace territorial local des villages de la Kabylie et son articulation à l’échelon régional et mondial, en s’appuyant sur les valeurs traditionnelles à tirer de ces sociétés pour un développement durable qui répond aux attentes des populations concernées en matière de développement humain, culturel, politique, social, économique, environnemental, de justice et de démocratie participative, en exposant les deux cas de mobilisation de fonds en provenance des migrants pour soutenir des projets locaux et amorcer le développement local, dans un contexte de désengagement et à l’indifférence des citoyens de la chose politique, pour des causes multiples objectives et subjectives.
3-1/ Projet de mise en place d’un centre de collecte, de tri et de valorisation des déchets
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