Littérature russe








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VI


Eh bien ! que croyez-vous qu’il arriva ? tout eut lieu comme je l’avais désiré : tandis que le khan Djangar brûlait sa pipe, un tatare lui amena encore un cheval, mais celui-ci ne ressemblait pas à la jument qui avait été adjugée à Tchepkoun à la suite de sa victoire sur Bakchéï, c’était un petit poulain bai brun que je n’essaierai même pas de décrire, car cela me serait impossible. Avez-vous quelquefois vu courir dans une dérayure entre deux champs le râle de genêt ou, comme on l’appelle chez nous à Orel, le dergatch ? Il étend ses ailes, mais, à la différence des autres oiseaux, il ne déploie pas sa queue et il laisse pendre ses pattes, comme si elles lui étaient inutiles, — on dirait vraiment que l’air l’emporte. Eh bien ! de même que le râle de genêt, ce nouveau cheval paraissait mû par une force autre que la sienne.

Jamais de ma vie je n’avais vu une telle agilité. Cette bête était à mes yeux d’une valeur incalculable, et je me demandais quels trésors il faudrait avoir pour l’acheter ; il n’y avait, me semblait-il, qu’un fils de roi qui pût en faire l’acquisition. Aussi étais-je à mille lieues de supposer que ce cheval m’appartiendrait.

— Comment, il vous a appartenu ? interrompirent les auditeurs étonnés.

— Oui, répondit Ivan Sévérianitch, — il a été à moi, très légitimement à moi, mais pendant une minute seulement. Quant à la façon dont cela est arrivé, vous allez l’apprendre, s’il vous plaît de m’écouter. Les messieurs commencèrent à marchander ce cheval comme ils avaient fait pour le précédent ; mon remonteur, le uhlan à qui j’avais cédé la petite fille, se trouvait parmi eux, mais ils avaient un rude concurrent dans le Tatare Savakiréï qui était audacieusement entré en lice avec les barines, tout comme s’il avait été leur égal. Ce Savakiréï était un homme de petite taille, mais alerte et vigoureux ; sa tête ronde et rasée avait l’air d’avoir été faite au tour ; à commencer par son visage d’un rouge carotte, tout dans sa courtaude personne respirait la force et la santé.

— Il est inutile de se ruiner ! lança-t-il d’une voix tonnante. — Si quelqu’un a envie de ce poulain, qu’il consigne la somme demandée par le khan et qu’il vienne se mesurer avec moi. Le cheval appartiendra au vainqueur.

Naturellement, cette proposition ne sourit pas aux messieurs et ils s’empressèrent de la décliner. D’ailleurs, y avait-il moyen pour eux d’entrer en lutte avec ce Tatare ? Le païen les aurait tous écrabouillés. Mon remonteur n’était guère en fonds alors, car il venait de se faire ratisser à Penza, cependant je voyais que le cheval lui plaisait beaucoup. Je lui tirai la manche par derrière :

— Il ne faut pas, lui dis-je, — promettre au khan des sommes exagérées, donnez-lui ce qu’il demande et je me battrai, moi, avec Savakiréï.

Il ne voulut pas, d’abord, y consentir, mais j’insistai :

— Je vous en prie, j’y tiens extrêmement.

En fin de compte, il me laissa faire.

— Bah ! Vous vous êtes battu à coups de fouet avec ce Tatare ? demandâmes-nous au narrateur.

— Oui, nous avons lutté en combat singulier et le poulain m’a été adjugé.

— C’est-à-dire que vous avez été vainqueur du Tatare ?

— Oui, ce n’a pas été sans peine, mais la victoire m’est restée.

— Vous avez dû recevoir des blessures terriblement douloureuses ?

— Mmm… Comment vous dire ?… oui ; au commencement, en effet, la douleur était vive, très vive même, surtout parce que je n’y étais pas habitué. Et puis ce Tatare avait aussi une manière de fouetter qui faisait enfler la peau au lieu de produire l’effusion du sang, mais à ce truc j’en opposai un autre : quand je le voyais sur le point de taper, je plaçais moi-même mon dos sous son fouet de façon à ce que le coup me déchirât la peau. J’échappai de la sorte à tout danger et je décousis ce Savakiréï.

— Comment l’avez-vous décousu ? Est-il possible que vous l’ayez tué ?

— Oui, sa sotte obstination lui coûta la vie, répondit d’un air placide et bon enfant le narrateur ; mais voyant que nous le regardions tous avec une stupéfaction muette, sinon avec épouvante, il parut sentir la nécessité de compléter son récit par quelques explications.

— Voyez-vous, poursuivit-il, — ce ne fut pas ma faute, mais la sienne. Il passait pour le plus crâne lutteur de tous les Rîn Peski et le souci de sa réputation ne lui permettait pas de s’avouer vaincu ; il se raidissait noblement contre la souffrance, ne voulant pas que la nation asiatique fût déshonorée en sa personne. Mais contre moi le pauvre diable n’était pas de force, sans doute parce que j’avais mis un grosch dans ma bouche. Cela aide beaucoup ; pour ne pas sentir la douleur, je mordais tout le temps cette pièce de monnaie et, pour distraire mon esprit, je comptais mentalement les coups, ce qui me réussit à merveille.

— Combien en avez-vous donc compté ? demanda-t-on à Ivan Sévérianitch.

— Je ne peux pas le dire au juste, je me rappelle qu’arrivé au chiffre de deux cent quatre-vingt-deux j’eus soudain une sorte de défaillance ; durant une minute mes idées s’embrouillèrent et, à partir de ce moment, je ne comptai plus. Peu après, Savakiréï brandit une dernière fois son fouet ; mais, avant qu’il eût frappé, je le vis tomber devant moi comme une poupée. On s’empressa autour de lui, il était mort….. L’imbécile ! il avait bien besoin de s’entêter ainsi ! Je faillis aller en prison à cause de lui. Les Tatares, eux, prenaient la chose en douceur : j’avais tué Savakiréï, c’est vrai, mais les conditions du combat étaient les mêmes pour lui que pour moi et il pouvait tout aussi bien me tuer. Oui, mais nos Russes ne l’entendaient pas ainsi ; c’est même irritant de voir comme ils comprennent mal ces choses-là. Les voilà tous acharnés après moi.

— Qu’est-ce que vous me voulez donc ? leur dis-je. — Qu’est-ce qu’il vous faut ?

— Comment ! répondirent-ils. — Tu as tué l’Asiatique !

— Eh bien ! repris-je, — qu’importe que je l’aie tué ? Le combat a été loyal. Aurait-il mieux valu qu’il me tuât ?

— Il pouvait te tuer, me répliqua-t-on, — sans que cela tirât à conséquence pour lui, parce que c’était un infidèle ; mais toi tu es chrétien et tu dois être jugé comme tel. Allons à la police !

« Très bien, mes amis, pensai-je, vous me jugerez si vous pouvez me pincer », et, comme à mon avis il n’y a rien de plus malfaisant que la police, je me faufilai aussitôt parmi les Tatares dont j’implorai l’assistance.

— Sauvez-moi, princes, leur dis-je, — vous avez vu vous-mêmes que tout s’est passé honnêtement dans ce combat…

Ils eurent pitié de moi, m’offrirent un refuge au milieu d’eux et me cachèrent.

— C’est-à-dire, permettez… Comment donc vous cachèrent-ils ?

— Je m’enfuis avec eux dans leurs steppes.

— Vraiment ! Vous vous êtes sauvé dans les steppes ?

— Oui, dans les Rîn Peski.

— Et vous êtes resté longtemps là ?

— J’y ai passé dix années entières : j’avais vingt-trois ans lorsque je me réfugiai dans les Rîn Peski et je touchais à ma trente-quatrième année quand je les quittai pour revenir en Russie.

— Cela vous plaisait de vivre dans la steppe ?

— Non ; qu’est-ce qu’un pareil séjour peut avoir d’agréable ? L’existence y est très ennuyeuse, seulement je n’ai pas pu m’en aller plus tôt.

— Pourquoi donc ? les Tatares vous tenaient captif dans une basse fosse, ou vous avaient chargé de fers ?

— Non, ce sont de bonnes gens, ils n’en usèrent pas avec moi d’une façon aussi indigne, ils me dirent simplement : « Ivan, sois notre ami, nous t’aimons beaucoup, reste dans la steppe avec nous et rends-toi utile, — traite nos chevaux et aide nos femmes dans leur travail. »

— Et vous vous êtes mis à traiter ?

— Oui ; je devins ainsi leur médecin, je les traitai, eux, leur bétail, leurs chevaux, leurs brebis et surtout leurs femmes.

— Mais est-ce que vous connaissez la médecine ?

— Que vous dirai-je ?… Du reste, ce n’était pas bien malin : quand quelqu’un était malade, je lui ordonnais de l’aloës ou de la racine de galanga, et le mal se passait. L’aloës ne manquait pas chez eux, — à Saratoff, un Tatare en avait trouvé plein un sac qu’il avait rapporté dans la steppe, mais avant moi ils ne connaissaient pas l’usage de cette plante.

— Et vous vous êtes fait au commerce de ces gens-là ?

— Non, j’aspirais toujours à revenir ici.

— Et il vous était absolument impossible de leur fausser compagnie ?

— Oh ! si mes pieds étaient restés dans leur état normal, pour sûr, je n’aurais pas fait long feu là-bas,

— Qu’est-ce que vous avez donc eu aux pieds ?

— Ils y mirent des crins de cheval après ma première tentative d’évasion.

— Comment cela ?… Excusez-nous, s’il vous plaît, mais nous ne comprenons pas du tout ce que vous nous dites.

— C’est un procédé des plus en usage chez eux : quand ils ont pris quelqu’un en affection et qu’ils veulent le retenir dans leur steppe, si cet homme se déplaît là ou cherche à s’enfuir, ils en usent de la sorte avec lui pour qu’il ne s’en aille pas. Cela m’arriva à moi-même : un jour j’essayai de filer, mais je me perdis en route et ils me reprirent. « Tu sais, Ivan, me dirent-ils alors, il faut que tu sois notre ami, et, pour que tu ne nous quittes plus, voici le meilleur moyen : nous allons te fourrer quelques crins de cheval dans la plante des pieds ». Ainsi firent-ils et ils m’estropièrent à un tel point que je fus dès lors obligé de marcher à quatre pattes.

— Dites-nous, s’il vous plaît, comment ils pratiquent cette affreuse opération.

— Très simplement : dix individus me renversèrent sur le sol et me dirent : « Crie, Ivan, crie fort quand nous commencerons à couper : cela te soulagera ». Ensuite ils s’assirent sur moi et en moins d’une minute l’un d’eux, — un maître chirurgien ! — me dépouilla le dessous des pieds. Sur la chair vive il sema des crins de cheval coupés en petits morceaux, puis il rabattit la peau sur les plaies et la recousit avec une aiguille. Pendant les premiers jours qui suivirent l’opération, les Tatares eurent soin de me garrotter les mains : ils avaient peur que je n’envenimasse mes blessures pour en faire sortir les crins avec le pus ; mais, quand la cicatrisation fut complète, ils m’ôtèrent mes liens. « À présent, bonne santé, Ivan, me dirent-ils, à présent tu es tout à fait notre ami et tu ne nous quitteras plus jamais. »

J’essayai alors de me lever, mais je retombai lourdement sur le sol : ces petits morceaux de crin qu’on m’avait introduits dans la plante des pieds, entre cuir et chair, me causaient une douleur atroce ; c’étaient autant d’aiguillons dont les piqûres non seulement ne me permettaient pas de faire un pas, mais me rendaient même impossible la position verticale. Jamais de ma vie je n’avais pleuré, mais en ce moment je ne pus me contenir.

— Pourquoi m’avoir infligé un pareil traitement, maudits Asiatiques ? m’écriai-je. — Vous auriez mieux fait de me tuer que de me rendre ainsi impotent pour le reste de mes jours !

— Laisse donc, Ivan, répondirent-ils, — tu te fâches là pour bien peu de chose.

— Comment ! répliquai-je, — c’est peu de chose d’estropier ainsi un homme, et vous trouvez qu’il n’y a pas là de quoi se fâcher ?

— C’est une habitude à prendre, me firent observer les Tatares, — ne pose pas la plante de tes pieds par terre, marche sur tes chevilles en écarquillant les jambes.

Je me détournai d’eux et cessai de leur parler. « Pfou ! Tas de coquins ! les injuriai-je mentalement ; je mourrai plutôt que de marcher comme vous me le conseillez ! » Mais ma résolution ne dura guère : au bout d’un certain temps, la position horizontale me devint si insupportable que j’essayai de me déplacer, et peu à peu j’en vins à me traîner clopin clopant sur mes chevilles. La vérité m’oblige à reconnaître que, loin de se moquer de moi en cette occasion, les Tatares, au contraire, ne me ménagèrent pas les encouragements.

— Voilà qui est bien, disaient-ils, — à la bonne heure, Ivan, tu marches.

— Quel malheur ! Mais comment, après avoir pris la fuite, êtes-vous retombé entre leurs mains ?

— C’était inévitable ; figurez-vous une steppe tout unie, où il n’y a pas de route tracée, aucun moyen de se procurer des vivres… Je marchai pendant trois jours et je fus bientôt à bout de forces ; j’attrapai avec mes mains un oiseau que je mangeai tout cru, mais quelques heures plus tard la faim recommença à me tourmenter… Impossible aussi de trouver de l’eau à boire… Comment poursuivre mon voyage ?… Je tombai épuisé sur le sol ; les Tatares qui étaient à ma recherche me découvrirent, s’emparèrent de moi et me mirent les pieds dans l’état que vous savez.

Un des auditeurs observa à propos de ce supplice qu’il ne devait pas être commode de marcher sur ses chevilles.

— Dans les premiers temps c’était très pénible, répondit Ivan Sévérianitch, — et même par la suite, quoique l’habitude m’eût rendu cela plus facile, il m’a toujours été impossible de marcher beaucoup. Mais c’est une justice à rendre aux Tatares qu’ils se montrèrent fort sensibles à la triste situation dans laquelle je me trouvais. « À présent, Ivan, me dirent-ils, il est gênant pour toi d’être seul : tu ne peux guère aller chercher de l’eau, ni, en général, t’occuper de ton ménage. Prends une Natacha, nous t’en donnerons une belle, choisis celle que tu veux ». — « Qu’ai-je besoin de choisir ? répondis-je : l’une vaut l’autre pour l’usage que j’en ferai. Donnez-moi la première venue ». Et, sans plus de formalités, ils me marièrent.

— Comment ! Ils vous marièrent à une Tatare ?

— Oui, naturellement ; quel autre mariage auraient-ils pu me faire faire ? Ils m’unirent d’abord à la veuve de ce même Savakiréï qui avait péri sous mes coups ; seulement cette Tatare se trouva n’être pas du tout à mon goût : elle était morose et semblait toujours avoir peur de moi ; bref, je n’avais aucun plaisir avec elle. Regrettait-elle son mari défunt ? Avait-elle au cœur un autre amour ? je n’en sais rien. Quand les Tatares se furent aperçus que ma femme me déplaisait, ils m’en amenèrent aussitôt une autre. Celle-ci était une petite fille, elle n’avait pas plus de treize ans… Ils me dirent : « Ivan, prends encore cette Natacha, avec elle tu t’amuseras mieux », et je la pris.

— Eh bien ! avez-vous eu, en effet, plus d’agrément avec celle-ci ? demandâmes-nous à Ivan Sévérianitch.

— Oui, répondit-il, — celle-ci était plus amusante, mais, si parfois elle m’égayait, il y avait aussi des moments où ses farces m’ennuyaient.

— Quelles farces faisait-elle donc ?

— Elle en faisait de diverses sortes, suivant ce qui lui passait par la tête… Quelquefois elle sautait sur mes genoux ; ou bien, pendant que j’étais couché, elle me décoiffait avec son pied, jetait ma tubétéïka n’importe où, et se mettait à rire. Je la menaçais, alors elle riait de plus belle et s’enfuyait avec la légèreté d’une sylphide. Il n’était pas possible à un cul-de-jatte comme moi de la rattraper, je m’aplatissais par terre et moi-même je ne pouvais m’empêcher de rire.

— Là, dans la steppe, vous vous rasiez la tête et vous portiez la tubétéïka ?

— Oui.

— Pourquoi cela ? sans doute dans le but de plaire à vos femmes ?

— Non ; c’était plutôt pour la propreté, parce que là il n’y a pas de bains.

— Ainsi vous avez eu deux femmes à la fois ?

— Oui ; dans cette steppe j’en ai eu deux et plus tard, chez un autre khan, Agachimola, qui m’enleva à Emgourtchéeff, on m’en donna encore deux.

— Permettez, fit un des auditeurs : — comment donc a-t-on pu vous enlever ?

— On eut recours à la ruse. Voyez-vous, je m’étais enfui de Penza avec les Tatares de Tchepkoun Emgourtchéeff, et je passai cinq années consécutives dans cette horde ; là, chez Tchepkoun, se réunissaient à certains jours de fête tous les princes, les uhlans, les scheiks-zadis, les malozadis ; on y voyait aussi le khan Djangar et Bakchéï Otoutchefî.

— Celui que Tchepkoun avait déconfit ?

— Oui ; celui-là même.

— Mais comment cela ?… Est-ce que Bakchéï n’était pas fâché contre Tchepkoun ?

— Pourquoi donc l’aurait-il été ?

— À cause du combat dans lequel Tchepkoun l’avait si bien battu et avait conquis sur lui le cheval.

— Non, ces choses-là ne laissent jamais de ressentiment dans l’âme des Tatares ; c’est une convention acceptée d’avance par les deux parties : le cheval doit appartenir au vainqueur ; voilà tout… Mais une fois le khan Djangar me dit :

— Eh ! Ivan, que tu es bête, Ivan ! Pourquoi t’es-tu substitué au prince russe dans la lutte avec Savakiréï ?

Je m’apprêtais à rire en voyant le prince ôter sa chemise.

— Tu n’aurais jamais vu cela, répondis-je.

— Pourquoi ?

— Parce que nos princes ont l’âme faible ; ce ne sont pas des gens courageux et leur force est tout à fait nulle.

Le khan reconnut la justesse de mes paroles.

— J’ai bien vu, en effet, observa-t-il, — que parmi eux il n’y a pas de véritables amateurs ; quand ils veulent se procurer quelque chose, ce n’est jamais qu’avec de l’argent.

— C’est la vérité, confirmai-je : — sans argent ils ne peuvent rien.

Quant à Agachimola, il était le khan d’une horde éloignée dont les troupeaux de chevaux paissaient tout près de la mer Caspienne. Comme il tenait beaucoup à avoir un médecin, il m’invita à venir donner des soins à sa femme et promit plusieurs têtes de bétail à Emgourtchéeff s’il me laissait partir. Emgourtchéeff y consentit. M’étant muni d’aloës et de galanga, je me mis en route avec Agachimola et nous galopâmes à bride abattue pendant huit jours.

— Vous voyagiez à cheval aussi ?

— Oui.

— Et vos pieds ?

— Eh bien ?

— Mais n’étiez-vous pas incommodé par les morceaux de crins qu’on vous avait introduits dans les pieds ?

— Pas du tout : celui qui a subi cette opération marche avec beaucoup de peine, mais à cheval il se tient encore mieux qu’à l’ordinaire, car, obligé de marcher comme un bancal, il prend l’habitude de tourner ses jambes en dedans et, quand il est à cheval, elles forment cerceau autour de sa monture, en sorte qu’il lui est impossible de tomber.

— Eh bien ! qu’est-ce qui vous est arrivé dans cette nouvelle steppe, chez Agachimola ?

— J’ai encore été plus malheureux..

— Mais vous n’y avez pas trouvé votre perte ?

— Non, je ne me suis pas perdu.

— Veuillez nous raconter ce que vous avez souffert chez Agachimola.

— Soit.
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