Prologue La pupille des moines








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Le forgeron de la Cour-Dieu

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Ponson du Terrail


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Ponson du Terrail

Le forgeron de la Cour-Dieu

Tome premier

La Bibliothèque électronique du Québec

Collection À tous les vents

Volume 1185 : version 1.0


Du même auteur, à la Bibliothèque :
L’héritage mystérieux

Le club des Valets-de-Cœur

Les exploits de Rocambole

La baronne trépassée

Le serment des Hommes Rouges

Le forgeron de la Cour-Dieu
I

Éditions de référence :

Paris, Les Belles Éditions.
Numérisation :

Ebooks libres et gratuits

Relecture :

Jean-Yves Dupuis

Prologue



La pupille des moines



I


Le jour était loin encore ; on venait de sonner Matines, et les moines s’étaient rendus à la chapelle. La nuit était froide, claire, brillante, et la forge flamboyait.

Tandis que les moines priaient, Dagobert commençait sa besogne quotidienne.

Depuis quelque temps, il y avait de l’ouvrage à la forge du couvent.

On était à l’approche de la Saint-Hubert. Le prieur-abbé avait coutume de convier à cette fête tous les gentilshommes chasseurs des environs, et il y aurait dans trois jours des chevaux à ferrer.

Ce qui faisait que Dagobert s’était levé une heure plus tôt qu’à l’ordinaire, c’est qu’il tenait à terminer une grille en fer forgé que dom Jérôme, le prieur-abbé, voulait faire poser à l’intérieur des bâtiments conventuels, pour séparer une cour d’une autre.

Or, il faut vous dire que cela se passait en l’an de grâce mille sept cent quatre-vingts ; que Dagobert était le forgeron du couvent, et que le couvent de la Cour-Dieu, bâti en pleine forêt d’Orléans, renfermait une communauté de moines de l’ordre de Cîteaux.

Cependant Dagobert n’était ni moine, ni oblat, ni frère convers.

Dagobert était laïque.

C’était un garçon de vingt-deux ans, taillé en hercule, d’un visage mâle et hardi, qui n’était pas sans beauté.

De même que le royaume de France enclava pendant des siècles un royaume d’une lieue carrée dont le maître et seigneur se nommait le roi d’Yvetot, la puissante communauté qui courbait sous son obédience une demi-douzaine de villages avait, une enclave laïque au milieu de son domaine religieux.

Cette enclave, c’était la forge de Dagobert.

Le père de Dagobert s’appelait comme son fils, et tous leurs aïeux avaient porté le même nom.

De père en fils, d’oncle à neveux, les Dagobert étaient forgerons du couvent et se mariaient.

Cela remontait à plusieurs centaines d’années, et les gentilshommes de la province avaient coutume de dire : « Si l’ancienneté de la race fait la noblesse, les Dagobert sont aussi nobles que nous. »

Les abbés se succédaient au couvent, les Dagobert se transmettaient d’âge en âge et de génération en génération leur marteau de forgeron en guise de sceptre.

C’était une royauté héréditaire en présence d’une monarchie effective.

Or, à l’époque où commence notre histoire, le dernier des Dagobert, qui se nommait Jean, n’avait plus ni père, ni mère, ni frère, et il était célibataire.

Mais Jean Dagobert n’avait, nous l’avons dit, que vingt ans, et il avait bien le temps de se marier, pour continuer sa singulière dynastie.

Donc, la nuit était froide, les moines chantaient Matines, et la lueur flamboyante de la forge se projetait sur les grands arbres de la forêt qui entourait le couvent de toutes parts.

Dagobert forgeait, forgeait, que c’était merveille ! et son marteau retentissait sur l’enclume avec un joyeux bruit, arrachant au fer qu’il battait des gerbes d’étincelles.

Cependant, un autre bruit domina tout à coup celui du marteau.

C’était le galop précipité d’un cheval.

Obéissant à un mouvement de curiosité, bien naturel chez un homme qui passait six mois entiers sans voir autre chose qu’une robe de moine, Dagobert mit le fer dans la forge, laissa tomber le marteau auprès de l’enclume et courut au seuil de sa porte.

Il aperçut un cavalier qui s’en venait du côté de Sully et galopait ventre à terre.

– Voilà sans doute un gentilhomme qui s’en va fêter la Saint-Hubert loin d’ici, pensa-t-il.

Mais, à son grand étonnement, quand le cheval fut auprès de la forge, il s’arrêta.

– Hé ! l’ami ! cria le cavalier.

Dagobert sortit tout à fait, mit la main à son bonnet et s’approcha du cavalier, qui se trouvait alors dans le cercle lumineux décrit au dehors par la forge.

Le cavalier était un homme à la barbe grisonnante, et, à la grande surprise de Dagobert, il avait en croupe une petite fille de neuf ou dix ans, qui paraissait accablée de sommeil et de lassitude.

Le cheval, dont le poitrail était frangé d’écume, paraissait également exténué.

– Mon ami, dit le cavalier, est-ce là le couvent de la Cour-Dieu ?

– Oui, mon gentilhomme.

– C’est bien toujours dom Jérôme qui est prieur-abbé ?

– Oui, certes.

Le cavalier prit la petite fille dans ses bras et mit pied à terre.

– Pauvre enfant ! dit-il en jetant sur elle un regard de tendresse, comme elle a froid !

Et il entra dans la forge, sans plus s’occuper de son cheval, qui se mit à brouter un brin d’herbe qui croissait maigre et chétif au bord de la route.

Puis il déposa doucement la petite fille à terre et la fit s’approcher du feu de la forge.

Dagobert regardait tour à tour l’enfant qui avait de grands yeux bleus pleins de douceur et de beaux cheveux blonds qui ruisselaient sur ses épaules en boucles touffues, – et le cavalier qui paraissait en proie à une vive émotion.

– Mon ami, reprit ce dernier, sonnez donc, je vous prie, à la porte de ce couvent, car il faut absolument que je voie dom Jérôme.

– Mon gentilhomme, répondit Dagobert, je sonnerais bien pendant une heure de suite qu’on ne m’ouvrirait pas.

– Pourquoi donc ?

– Parce que tous les moines, même le père portier, sont à la chapelle, où ils chantent Matines.

– Eh bien ?

– Et la règle leur défend d’ouvrir.

– Il faut pourtant que je voie dom Jérôme ! dit le cavalier avec un accent de douloureuse impatience.

– Les Matines finissent avec le jour, répondit Dagobert, et alors on vous ouvrira.

– Oh ! c’est impossible ! dit le cavalier.

Et, comme Dagobert le regardait :

– C’est impossible ! répéta-t-il, quand le jour viendra, il faut que je sois loin d’ici.

Ce personnage, qui paraissait avoir cinquante ans, était vêtu comme un homme appartenant à la noblesse de province.

Il portait l’épée, un habit de velours jaune, une veste rouge, un tricorne galonné d’argent, et il était chaussé de grandes bottes à l’écuyère.

Le tout était couvert de boue et de poussière et paraissait avoir fait une longue route.

La petite fille s’était assise devant le feu, sur un petit rondin de bois qui servait de siège à Dagobert quand il ne travaillait pas.

Sa jolie tête était peu à peu retombée sur son épaule, et ses yeux s’étaient fermés.

– Pauvre petite demoiselle ! comme elle a sommeil, murmura le forgeron avec cet accent de compassion généreuse qu’on ne trouve que chez la jeunesse. Vous feriez bien, mon gentilhomme, de me la laisser porter là-haut, sur mon lit, où elle dormirait tout à son aise ; je mettrais votre cheval à l’écurie avec une bonne brassée de luzerne, et vous-même, si un verre de mauvais vin...

Le gentilhomme ne répondit pas.

Il s’élança au dehors et alla sonner à la porte du monastère avec une énergie désespérée.

Mais la porte demeura close.

On entendait, dans le lointain, la voix sonore des moines qui psalmodiait les Matines.

Le gentilhomme sonna vainement pendant plus d’un quart d’heure.

Alors, il rentra découragé dans la forge, et Dagobert vit une larme brûlante qui roulait lentement sur sa joue.

La petite fille aux cheveux blonds s’était endormie.
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