Centre rhone –alpes d’ingenerie sociale solidaire & territoriale








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Marre de la condescendance des néo-communautaristes

Les porte-parole du Collectif des femmes sans voile apostrophent « Messieurs néo-communautaristes » de droite ou de gauche, sourds aux luttes des femmes. Sans compromis elles disent :

« Messieurs néo-communautaristes, nous en avons marre de votre indifférence, de votre connivence, de votre condescendance !!!

Nous, Françaises de culture musulmane, féministes, sommes contre tous les fanatismes religieux, contre toute forme de discriminations racistes et sexistes.

Nous refusons de disparaître sous le voile, symbole patriarcal des siècles révolus, devenu le porte-drapeau de l’islamisme radical. Pour toutes les femmes, nous revendiquons les mêmes droits à l’égalité qui nous libèrent de l’archaïsme religieux et des coutumes contraignantes. Nous sommes solidaires de nos soeurs en Terres d’Islam qui, elles, n’ont d’autre choix que de s’affubler de burqa ou de niqab. Et nous gardons douloureusement en mémoire les jeunes filles, qui, par leur refus de se voiler, l’ont parfois payé de leur vie.

Au nom de la liberté, vous nous livrez au patriarcat le plus implacable de notre temps. Vous faites abstraction de la dangerosité de l’islam radical et refusez de voir la réalité économique et sociale de sa propagande.

Vous refusez d’entendre ses objectifs proclamés pourtant haut et fort. Votre vision complice favorise le prosélytisme de l’idéologie des extrémistes religieux, que nous et nos enfants endurons quotidiennement dans nos quartiers.

Au nom de la tolérance, vous nous condamnez à être des citoyennes de seconde zone, alors que nous sommes en droit d’être égales dans une France dont les valeurs universelles, faut-il le rappeler, sont combattues par les islamistes.

Vous nous confinez dans un communautarisme réducteur qui a été importé et dans lequel nous ne nous reconnaissons pas. Nous le vivons comme une forme de racisme.

Marre de votre connivence ! Vous offrez complaisamment vos médias aux femmes voilées qui proclament leur "choix". Vous négligez l’embrigadement dont une majorité est victime, comme vous refusez de voir la complicité active d’une minorité d’entre elles. Pourtant, vous n’ignorez pas que la première action des "djihadistes" qui s’emparent d’un village de par le monde est de voiler les femmes, quelles que soient leurs croyances.

Marre de votre condescendance !

Vous méprisez le combat des femmes de culture musulmane de nombreux pays qui se sont affranchies du voile au nom de la liberté, de l’égalité et de la dignité et, par là même, celui des Françaises d’origine maghrébine qui, pour vous, ne peuvent accéder aux mêmes droits que les autres citoyennes. D’ailleurs vous les appelez les « occidentalisées » pour mieux les marginaliser et disqualifier leur combat.

Vous détournez l’Histoire pour cautionner le voile qui n’est réapparu en nombre croissant qu’avec l’islamisme politique. »

Le communiqué du Collectif des femmes sans voile finit par cette question : « Qui tire profit du retour en force du voile ? »

« La liberté n’est ni occidentale ni orientale, elle est universelle » (Femmes iraniennes, 1979)

Dans son communiqué, la Ligue du droit international des femmes fondée par Simone De Beauvoir a confirmé son soutien aux mouvements des femmes sans voile, en rappelant que dès leur création, elles ont soutenu leur lutte.

Des femmes de plusieurs associations ont dénoncé les aveuglements de certaines gauches misérabilistes et de certaines droites cupides.

Dans son communiqué, l’Association des femmes pour la Mixité, l’Égalité et la Laïcités’est félicitée que « pour la deuxième année consécutive, le Collectif femmes sans voile d’Aubervilliers ait de nouveau eu le courage de porter sur la place publique la question de l’oppression, de la coercition des islamistes, des communautaristes et des relativistes culturels qui sévissent contre les femmes, en France, en Europe et sur l’ensemble de la planète.

Nous, femmes françaises, maghrébines, africaines, pensons que la question de la liberté de conscience, de la laïcité est un débat social et sociétal qu’il n’est plus possible d’occulter même au sein nos communautés.

Comme pour l’ensemble de la société française, dans nos familles, il y a des croyantEs, des non-croyantEs, des agnostiques, des athées, même si, à la naissance, le hasard, a fait que nous sommes néEs dans une famille musulmane.

Au lieu d’être considérées comme des citoyennes à part entière, nous sommes perçues encore en France, en Europe, comme des citoyennes françaises à part, à cause de ces comportements relevant du relativisme culturel.

Nous sommes déjà victimes du sexisme, du machisme, de discriminations politiques et sociales. Or ce relativisme culturel est une violence politique, sociale et culturelle contre les individus, mais plus particulièrement contre les femmes, avec des conséquences désastreuses.

Ce relativisme culturel justifie que des groupes communautaristes et islamistes nous rappellent toujours à l’ordre, considérant que notre première identité est culturelle. Ce relativisme justifie la poigne de fer des chaperons, le contrôle étroit des femmes et des jeunes filles, voire les assassinats au motif que les contacts et la mixité engendrent des influences malfaisantes sur leur moralité et l’honneur de la communauté.

Ligotées par cette présupposée identité musulmane qui agit comme marqueur identitaire, nous nous voyons imposer par les communautaristes et relativistes culturels un cadre moral et social, un projet de société rétrograde, réactionnaire et obscurantiste avec les mêmes objectifs : négation de l’égalité des sexes ; de l’autonomie des femmes, et attaques des droits acquis par les luttes féministes.

Rappelez-vous des femmes iraniennes, en 1979, qui manifestaient contre le voile en criant : « La liberté n’est ni occidentale ni orientale, elle est universelle ».

Il nous suffit d’observer les derniers événements dans le Maghreb. Par exemple, campagne « Si t’es un homme, voile ta femme », projet de loi pour le port du voile et atteinte à la liberté des jeunes filles et des femmes qui portent des jupes ou des vêtements jugés des tenues "indécentes".

Au Maroc, à Agadir, on a arrêté deux jeunes filles pour outrage à la pudeur car elles se promenaient en robe au marché. Elles risquent deux mois de prison (article 483 du code pénal). Une véritable police des moeurs s’installe.
Peut-il y avoir égalité des sexes sans reconnaissance de la liberté des femmes ? »

Peut-il y avoir égalité sans laïcité ?

Les forces progressistes laïques peuvent construire un rapport de force pour refonder un projet de transformation sociale alternatif au patriarcat et au capitalisme en lui insufflant l’esprit révolutionnaire des féministes.

L’avenir des femmes en France, en Algérie, au Maroc, en Tunisie, en Iran, en Arabie Saoudite, au Yemen, au Soudan comme partout dans le monde est inconcevable sans la séparation du politique et du religieux. Il ne pourra pas s’imaginer sans la laïcité et se construire dignement sans l’édification d’États laïques.

Nous refusons tout intégrisme, tout communautarisme, tout relativisme culturel qui justifie une atteinte à nos libertés.

Ne pas défendre la laïcité, c’est permettre que les femmes retournent dans les maisons, que se referment les portes des prisons patriarcales sur les femmes, les féministes, les démocrates, les progressistes de nos pays d’origine. »

Ni enclume ni marteau

Puis, les femmes de l’association Femme Migrantes Debout située à la Maison des femmes de Paris ont exprimé un cri du coeur : « NI ENCLUME NI MARTEAU ! » NON ! Nous, femmes migrantes de culture arabe, berbère et/ou musulmane, ne nous laisserons pas coincer entre l’enclume et le marteau ! L’enclume d’un certain laïcisme de droite et d’extrême droite, qui cache si mal un racisme viscéral comme son antisémitisme tout aussi viscéral. Tout autant, nous nous dressons contre le marteau de l’islam politique.

Nous menons nos luttes de femmes, féministes, et aussi nos luttes de classe, contre cet islam politique, qui représente l’un des pires ennemis des droits des femmes, aujourd’hui, en France et partout dans le monde.

Nous dénonçons avec la plus grande énergie ces divers mouvements politiques et non seulement religieux, fondamentalement anti-républicains et anti-laïques, malgré leurs discours opportunistes d’apparence républicaine. Nous, les femmes, nous ne nous y trompons pas.

Ils ont montré leur vrai visage lorsqu’au sein du Conseil Français du Culte Musulman, ils ont contesté la liberté de conscience et le droit au blasphème, qui sont des conquêtes de la république laïque.

Ils montrent leur vrai visage lorsqu’au cours du "meeting" du 6 mars 2015, ils ridiculisent et professent la négation de la théorie de l’évolution de l’espèce humaine de Darwin.

Politiquement, philosophiquement, ces frères islamistes militent pour un islam politique. En France, ils veulent enrôler sous leur noire bannière, de gré ou de force, tous les musulmans, toutes les musulmanes, en prenant comme emblème et comme objectif le voile des femmes.

Aujourd’hui, en France, dans les quartiers populaires, ils se croient tout permis à l’encontre des femmes en imposant leur interprétation d’un islam littéral, réactionnaire et dépassé y compris dans plusieurs pays musulmans.

Ils s’imposent dans les quartiers populaires, en particulier contre les femmes, par l’intimidation, les insultes, voire les agressions physiques contre les femmes à l’apparence maghrébine, fonctionnant eux aussi au faciès : maghrébines, donc obligatoirement musulmanes.

Eh bien non ! Messieurs et Mesdames les tenants de cet islam politique fascisant et violemment misogyne !

Nous vivons en France, nous sommes républicaines, féministes, et laïques !

Nos origines culturelles sont notre histoire, elles ne sont pas notre destin.

Notre destin, nous femmes migrantes féministes, nous le construisons tous les jours, en particulier contre vous, contre votre obscurantisme et votre peur des femmes, dans une France que nous avons choisie.

Oui, la France que nous avons choisie, que nous reconnaissons comme nôtre, c’est celle de l’histoire des luttes de femmes en France !

Nous luttons pour que les femmes, quelles que soient leur histoire et leur origine, prennent en main leur existence, sans aucune discrimination liée au genre, à l’origine, à l’orientation sexuelle, pour le libre choix amoureux, sans tutelle masculine, du père, du frère ou de l’époux. Pour que toutes les femmes restent libres de décider de leur corps, de leurs amoures.

Islamistes, obscurantistes de tout poil, crevez de rage !

Nous, femmes migrantes, nous vivons sans aucun voile ni sur nos têtes, ni sur nos esprits, ni sur nos coeurs ! Nous resterons libres et debout ! »

Juillet 2015

Mis en ligne sur Sisyphe, 31 août 2015
Sondages, ou l’art d’obtenir les résultats que l’on souhaite en posant des questions mélangeant volontairement réfugiés et migrants

Une nouvelle fois, nous avons la preuve que le plus important dans un sondage n’est pas dans la réponse mais dans la question posée dont la formulation induit largement la réponse

 

Quand BFMTV fait procéder par un institut de sondage créé il y a moins de 3 mois,  ELABE un sondage, il fait poser une question dont la rédaction ne peut être conçue que pour entretenir la confusion “Vous savez que l’Union européenne fait face à un afflux de migrants et réfugiés, notamment en provenance de Syrie. Selon vous la France, doit-elle accueillir une part de ces migrants et réfugiés sur son territoire ? “, et qui malgré cette rédaction alambiquée n’obtient que 56 % de oui

Par deux fois dans la question migrants et réfugiés sont associés, alors que nous sommes en présence de deux phénomènes de nature significativement différente. Aurait-on obtenu les mêmes résultats si la question posée avait été ” Vous savez que l’Union européenne fait face à un afflux de réfugiés, notamment syriens, fuyant la guerre et les  massacres dans  leur pays. Selon vous, la France doit-elle accueillir une part de ces réfugiés sur son territoire ? 

Et quand le docte
 commentaire parle d’”une majorité  de Français qui ne veut pas accueillir de migrants“, il commente, avec analyse par âges, catégories,.. les résultats à une question qui n’a pas été posé. On hésite encore l’incompétence de l’institut de sondage, et la lepenisation des esprits dont BFMTV serait l’acteur et/ou le reflet

Mais là où la manipulation est patente c’est quand on prétend comparer les résultats de ce sondage à un sondage réalisé par ZDF en Allemagne qui demandait lui, explicitement, s’il fallait accueillir davantage de réfugiés

De même quand Le Parisien fait réaliser un sondage par Odoxa il pose une une question qui est, par sa rédaction, un modèle de confusionnisme ” Seriez  vous favorable à ce que le France assouplisse les conditions d’octroi du statut de réfugié aux migrants (comme l’a fait l’Allemagne)  ?”  à laquelle il n’obtient que 55 % de réponses favorables

Quel aurait-été le pourcentage que la question avait été “Seriez vous favorable à ce que la France accélère les procédures d’obtention du statut de réfugié pour ceux qui arrivent d’un pays en guerre ? “

Et dire que tous les radios, y compris celles du service public reprennent ces résultats sans la moindre réserve !
Le droit du travail face au dogmatisme libéral

CHRISTOPHE RAMAUX

JEUDI, 3 SEPTEMBRE, 2015

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Par Christophe Ramaux (Économiste, Centre d’Économie de la Sorbonne – Université Paris I, coanimateur des Économistes atterrés). La commission conduite par Jean-Denis Combrexelle doit remet son rapport en ce mois de septembre, mais avant même d’en examiner les conclusions et préconisations, il est permis de s’interroger sur l’objectif qui lui a été assigné. La lettre de mission de Manuel Valls témoigne en effet d’une profonde régression.

Une commission de réflexion est censée réfléchir de façon ouverte à une question posée, en l’occurrence celle de la place à accorder à la loi et aux accords collectifs. La lettre de M. Valls tranche au contraire d’emblée : « la place donnée à l’accord collectif par rapport à la loi dans le droit du travail en France est encore trop limitée », d’où l’objectif de « dégager des propositions pour aller plus loin, faire une plus grande place à la négociation collective et en particulier à la négociation d’entreprise ». La vocation de la commission est donc étroitement bornée : lister les dispositions – ouvrant des « perspectives nouvelles audacieuses » et pas de simples « aménagements » – permettant d’affaiblir la loi au profit des accords décentralisés, sans s’interroger sur la pertinence même de cet objectif. Or cette pertinence est éminemment discutable.

Du point de vue des intérêts des salariés en premier lieu. La lettre de Valls passe outre ce qu’est l’essence même du droit du travail2. Partant du principe que le salarié est, par construction, en position de faiblesse par rapport à son employeur, ce droit a été historiquement conçu pour lui donner des droits afin de rétablir un minimum d’égalité. D’où les deux principes étroitement imbriqués d’ordre social et de faveur selon lesquels les règles de niveaux inférieurs ne valent que s’ils apportent un plus pour le salarié (l’accord d’entreprise par rapport à la convention de branche, celle-ci par rapport à l’accord interprofessionnel, celui-ci par rapport à la loi). « Modernisateurs » se disent-ils : en ravalant la loi au profit de l’accord d’entreprise, c’est pourtant un recul de plus d’un siècle qu’ils nous proposent. Du point de vue des entreprises elles-mêmes, cette démarche est délétère. La concurrence est totalement faussée si certaines doivent appliquer des règles sociales et d’autres pas. La loi et le principe d’extension des conventions collectives à toutes les entreprises de la branche permettent de contrecarrer cette dérive, le droit du travail prolongeant ici le principe de la « loi de la profession ».

La loi Fillon de 2004 puis celle de 2013, avec les fameux « accords de maintien de l’emploi », ont déjà ouvert la possibilité d’accords dérogatoires. Le Medef promettait avec cette flexibilisation des centaines de milliers d’emplois. Dans les faits, ces possibilités n’ont quasiment pas été utilisées par les entreprises (moins d’une dizaine d’accords signés au total)3. N’est-ce pas la preuve que celles-ci disposent déjà de nombreuses souplesses ? Que le souci pour elles se situe ailleurs ? Que l’emploi bloque avant tout du fait de l’insuffisance de carnets de commandes étouffés par les politiques d’austérité ? Non, répondent les libéraux. Si ces assouplissements du droit du travail ne produisent pas leurs effets c’est qu’ils sont encore trop timorés. Le médicament ne soigne pas… augmentons sa dose !

Après le CICE, le Pacte de Responsabilité, la récente loi Macron (qui assouplit encore « les accords de maintien de l’emploi »), le gouvernement persévère donc. La commission Combrexelle instituée par

Valls ne compte que deux économistes plus libéraux l’un que l’autre : le dogmatisme a décidément depuis longtemps changé de camp.

Parmi les juristes nommés au sein de la commission figure Antoine Lyon-Caen qui s’est illustré en publiant en juin dernier avec Robert Badinter un petit livre (Le travail et la loi) proposant de remettre à plat le droit du travail autour de 50 principes. La simplification législative et réglementaire est sans aucun doute louable (ce qui vaut pour le code du travail vaut par ailleurs…). Reste que c’est par un condensé de poncifs libéraux que commencent les auteurs. En matière de chômage, on est loin d’avoir « tout essayé », « d’autres remèdes sont à portée de main » indiquent-ils. Quels remèdes ? La remise en cause de la « complexité du droit du travail », du code du travail devenu « épais, très épais même », de sorte qu’il est devenu facile de « proclamer que notre droit du travail est devenu obèse, malade ».

De nombreux juristes du travail (et d’autres) se sont déjà employés à démonter certaines des propositions de nos deux éminences : quelle généralité a une proposition de refonte axée de l’avis même des auteurs sur les seules TPE et PME, la simplification du code du travail n’aura-t-elle pas pour contrepartie une explosion de la jurisprudence afin d’en préciser les termes, quid des 35 heures, du principe de faveur, etc. ? En 2004, Antoine Lyon-Caen s’était élevé contre les préconisations de la commission de Michel de Virville visant déjà, à l’instar de bien d’autres rapports – on ne les compte plus depuis trente ans ! – à simplifier le droit du travail : « L’unité de ces propositions ne vient-elle pas de la simplification du droit qu’elles annoncent à grands cris ? Heureux, certes, sont les simples écrits. Mais simples, le sont-ils par leur brièveté ? Par leur intelligibilité ? Par leur manque de raffinement ? » (avec Hélène Masse-Dessen, « Droit du travail : la sécurité change de camp », Le Monde, 13 février 2004). Et de poursuivre en fustigeant des propositions qui, au nom de la simplification, remplacent la « sécurité » comme « fil qui permet de suivre la lente et difficile construction du droit du travail », avec la « sécurité du travail, la sécurité des revenus, la sécurité de l’emploi », par un « code de travail efficace » orienté vers la « sécurité des employeurs ». On ne saurait mieux dire…

Du point de vue économique, le plus grave est le présupposé selon lequel la priorité pour l’emploi serait de simplifier le droit du travail. Ce présupposé est porté par la représentation la plus libérale de l’emploi. L’OCDE s’est efforcée de l’étayer en établissant un indicateur sur la législation protectrice de l’emploi (LPE). En vain de son propre aveu. Le FMI lui-même a récemment admis que « la réglementation du marché du travail n’a pas, selon l’analyse, d’effets statistiquement significatifs » sur la productivité et la croissance (Perspectives de l’économie mondiale, avril 2015, p. 109).

Le monde connaît depuis 2008, sa plus grande crise économique depuis les années 1930. Le chômage a explosé singulièrement en Europe où les dirigeants se sont arcboutés sur l’austérité. Qui peut décemment prétendre que les droits des salariés et de leurs syndicats sont responsables de la crise ouverte en 2008 ? Le droit social (droit du travail mais aussi protection sociale) n’a-t-il pas alors été un fantastique contrepoids face à la dépression ? Et comment ne pas saisir que l’assouplissement du droit du travail ne peut que renforcer la course effrénée au moins-disant social qui mine l’Europe ?

L’emploi dépend avant toute chose des politiques macroéconomiques mises en oeuvre. En pointant la lourdeur du droit du travail, le gouvernement détourne de l’essentiel, son choix de ne pas s’attaquer aux ressorts d’un modèle libéral (finance libéralisée, libre échange, austérité salariale…) qui n’en finit pourtant pas de produire ses effets récessifs.

En matière même de droit du travail, il commet deux lourdes fautes. Celle d’insécuriser un peu plus les salariés, tout d’abord, alors que la France souffre d’un modèle d’entreprise à la fois financiarisée et archaïque, car féodale. Le travail empêché, non reconnu, dévalorisé, joue contre la performance. Le Medef et le gouvernement n’ont de toute évidence toujours pas intégré cette leçon élémentaire. Celle de ne pas lutter pleinement contre les nouveaux risques portés par l’ « uberisation » du travail, d’une part, les travailleurs détachés, d’autre part. Ces nouveaux risques appellent un renforcement du droit du travail, à la fois, pour protéger les travailleurs, mais aussi, on revient au double fondement de ce droit, pour ne pas exposer les entreprises à une concurrence déloyale.

Historiquement, il y a un lien extrêmement étroit entre le développement du droit du travail et celui de la sécurité sociale, des services publics et des politiques économiques (des revenus, budgétaire, monétaire, industrielle, commerciale…) de soutien à la croissance et à l’emploi. Une cohérence d’ensemble, celle de l’État social, autour de l’idée que l’intervention publique est précieuse afin de réaliser des missions que le marché – le tout n’étant pas réductible aux jeux des parties, l’intérêt général à celui des intérêts particuliers – ne peut assumer : le plein emploi, la stabilité financière, la réduction des inégalités, la satisfaction des besoins sociaux en matière d’éducation, de retraite, de santé, etc. Les libéraux ont aussi leur cohérence : le gouvernement français, à l’unisson des autres gouvernements européens, s’enfonce dans l’austérité salariale et budgétaire. Dans le même temps, Manuel Valls et Emmanuel Macron appellent à une profonde « refonte du droit du travail » orientée vers « plus de latitude », de « souplesse » pour les employeurs. Cette politique menée sans relâche en particulier en Europe ces dernières années ne marche pas. N’est-il pas temps de tourner le dos au dogmatisme libéral ?

1 Cette note a été rédigée suite à une audition par le secteur Conventions Collectives de Force Ouvrière.

2 Voir le livre roboratif de Pascal Lokiec, Il faut sauver le droit du travail ! (janvier 2014, Odile Jacob).

3 La lettre de mission de M. Valls le reconnaît : il y a déjà eu « élargissement des possibilités d’accords dérogatoires » et « diversification des modes de négociation et de conclusion des accords collectifs ». Mais « en dépit de ces évolutions, la place donnée à l’accord collectif par rapport à la loi dans le droit du travail en France est encore trop limitée », « le champ concerné reste restreint » et « les partenaires sociaux ne se saisissent pas suffisamment des souplesses que la loi leur donne pour déroger au cadre réglementaire « standard » ».

4 Preuve que la remise en cause du droit du travail est la marotte des libéraux en cette rentrée, deux autres rapports sont annoncés sur le sujet : l’un par l’Institut Montaigne, l’autre par Terra Nova.

5 Pour une critique systématique de l’idée que moins de droits du travail et de salaires engendrerait plus d’emplois, voir Michel Husson, Créer des emplois en baissant les salaires ? (Les éditions du Croquant, 2015).
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