Littérature québécoise








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François-Xavier Garneau

Histoire du Canada
Tome IX

BeQ
François-Xavier Garneau
Histoire du Canada
Selon la huitième édition entièrement revue et augmentée par son petit-fils Hector Garneau

IX
Les troubles de 1837

L’union des deux Canadas

Conclusion
La Bibliothèque électronique du Québec

Collection Littérature québécoise

Volume 112 : version 1.0

Cette numérisation reprend la huitième édition,

en neuf volumes, publiée en 1944,

par les Éditions de l’Arbre, à Montréal.

Livre seizième


(suite)

Chapitre II



Les troubles de 1837

1835-1837


Les quatre-vingt-douze résolutions et l’ajournement prématuré des Chambres ne laissèrent plus de doute sur la gravité de la situation. La solution de toutes les questions était déférée à l’Angleterre. Quoiqu’il régnât beaucoup d’incertitude sur ce qu’elle allait faire, des nouvelles se répandaient quelquefois qui entretenaient les espérances des libéraux. Ainsi les gazettes publièrent cette lettre de lord Goderich au gouverneur de Terreneuve touchant la formation des Conseils législatifs : « On ne peut nier que dans l’ordre pratique l’existence de ces Conseils ne soit accompagnée de difficultés sérieuses. Ils ont mis trop souvent en lutte les branches de la législature ; ils ont ôté aux gouverneurs le sentiment de leur propre responsabilité, et privé les Assemblées de leurs membres les plus utiles ; tout cela sans compensation. Ils n’ont point, dans les colonies, la haute position et l’influence qu’a la Chambre des lords en Angleterre, parce qu’ils n’ont ni la richesse, ni l’indépendance, ni l’antiquité qui font respecter la pairie anglaise. Eu égard à ces diverses circonstances et à l’histoire des colonies de l’Amérique, je verrais avec plaisir se fondre les deux Chambres en une seule, réunissant dans son sein les représentants du peuple et ceux de la Couronne » (27 juillet 1832). Ces dernières paroles semblaient annoncer à la fois l’abolition du Conseil législatif et l’introduction de la responsabilité ministérielle.

Vers ce temps-là, une partie des habitants des cantons de l’Est s’assemblèrent à Stanstead et approuvèrent les résolutions de la Chambre. Presque tous les comtés, presque toutes les paroisses les imitèrent. Les journaux étaient remplis des récits de ces démonstrations populaires, qui encourageaient les députés à maintenir leur attitude. Des délégués de comtés, réunis à Montréal (4 septembre 1834), organisèrent un comité central et permanent, chargé d’éclairer l’opinion et de donner le premier exemple des mesures à prendre suivant les circonstances. [Des comités se formèrent en même temps à Québec et rédigèrent des vœux dans le même sens.] Le parti anglais faisait alors courir le bruit que les ministres avaient résolu d’unir les deux Canadas. L’agitation était presque aussi vive dans le Haut-Canada que dans le Bas, et le parti libéral de la province supérieure paraissait vouloir agir avec nous. [À dire le vrai, le Haut-Canada, la Nouvelle-Écosse, le Nouveau-Brunswick, l’Île-du-Prince-Edouard et jusqu’à Terreneuve, avaient de même leurs griefs et luttaient dès longtemps contre l’arbitraire et l’oligarchie. Lord Durham, dans son fameux rapport de 1839, n’a pas manqué de les signaler].

Mais c’était à Londres que devaient se décider nos destinées. John-Arthur Roebuck proposa à la Chambre des communes, appuyé par Daniel O’Connell, le 15 avril 1834, la nomination d’un comité chargé d’indiquer les moyens de corriger les imperfections des gouvernements du Canada. Joseph Hume et O’Connell prirent la parole en faveur des Canadiens. Le ministre des colonies, Stanley, défendit sa politique. Roebuck avait plaidé, en même temps que la cause du Bas-Canada, celle des mécontents du Haut, dont William-Lyon Mackenzie était l’agent à Londres. Stanley répondit que le Haut-Canada ne se plaignait pas de sa constitution, et que le peuple du Bas serait content de la sienne, qui protégeait sa langue, ses usages et ses lois, si des factions ne l’avaient point décriée dans son esprit. Il fallait se garder de toucher au Conseil législatif dans cette dernière province : en le rendant électif on détruirait entièrement l’influence du gouvernement, et l’on sacrifierait les droits de la minorité anglaise, pour la sûreté de laquelle il avait été plus particulièrement établi. « Il est vrai, dit encore le ministre, que sur deux cent quatre fonctionnaires, quarante-sept seulement sont Canadiens français ; mais je ne doute pas que l’union des deux Canadas, qui donnerait aux populations anglaises la supériorité du nombre, n’ait lieu bientôt, quoique je ne songe pas, pour le moment, à cette mesure, la seule propre peut-être à assurer l’empire des principes anglais et à réduire la législature rebelle de Québec. » Il demanda ensuite, par voie d’amendement à la motion de Roebuck, la formation d’un comité spécial chargé de s’assurer jusqu’à quel point les recommandations du comité de 1828 avaient été suivies ; ce qui fut agréé par la Chambre.

Ce comité porta ses investigations plus loin que celui de 1828, malgré les efforts de Stanley. La correspondance entre le Bureau des colonies et les gouverneurs du Canada lui fut soumise. Il trouva dans les dernières dépêches de lord Aylmer des épithètes blessantes pour les chefs du parti canadien, et que M. Baring voulut faire retrancher. Le comité interrogea sir James Kempt, Denis-Benjamin Viger, Augustin-Norbert Morin, Ellice, James Stuart. Sir James Kempt répondit que le seul moyen, suivant lui, de faire cesser les dissensions, était d’assurer le paiement des fonctionnaires par une loi du Parlement impérial ; quant au Conseil exécutif, il s’était dispensé de ses services lorsqu’il était gouverneur du Canada. Stuart fut d’avis qu’il fallait soit réorganiser la Chambre d’assemblée de manière à former une majorité anglaise, soit unir ensemble les deux Canadas et donner au Conseil exécutif le pouvoir de se renouveler lui-même et de renouveler le Conseil législatif.

Sur ces entrefaites, une partie du ministère Melbourne démissionna à l’occasion des affaires d’Irlande. Stanley fut remplacé au ministère des colonies par Spring Rice. Ce changement, accueilli d’abord avec joie en Canada, où Stanley avait perdu par sa conduite récente la popularité que lui valurent ses discours de 1822, n’influa guère sur nos destinées. Le rapport que présenta le comité des Communes (3 juillet 1834) ne concluait à rien ; il laissait les choses dans l’état où elles étaient. Il était très court et rédigé à dessein en style ambigu, pour ne mécontenter trop aucun parti.

En Canada, des comités politiques s’étaient établis dans tous les districts. Ils avaient déjà envoyé à Londres des pétitions portant plus de soixante mille signatures ; ils correspondaient avec nos agents en Angleterre et dressaient résolutions sur résolutions pour exciter ici le peuple à prendre une attitude capable d’imposer. Le comité de Montréal reçut une lettre de Roebuck, qui l’informait qu’il n’avait eu aucune espérance tant que Stanley tenait le portefeuille des colonies ; mais que Spring Rice lui semblait plus traitable et qu’il attendait de lui de meilleures mesures. Ce ministre avait laissé là le projet de loi de son prédécesseur concernant la liste civile, et il était juste de lui donner un peu de temps. « Il vaut mieux, j’en conviens, disait Roebuck, combattre que de perdre toute chance de se gouverner soi-même ; mais nous devons assurément épuiser toutes les voies avant de prendre le parti extrême de recourir à la force des armes... La Chambre peut, comme sous l’administration de sir James Kempt, adopter une loi de finance temporaire, sans préjudice d’aucun de ses droits, en déclarant qu’elle donne son suffrage par esprit de conciliation, et pour fournir au nouveau ministre l’occasion de redresser les griefs de son propre mouvement. » Il conseilla ensuite de ne point reculer d’un pas et de réveiller le peuple, qui ne serait bien gouverné que quand il se gouvernerait lui-même et se serait défait du Conseil législatif. La suite des événements fera voir si tous ces conseils étaient sages. [Il est bon de rappeler à ce propos que La Fontaine, qui préconisait alors, avec la majorité des Canadiens, la réforme du Conseil législatif, écrira trois ans plus tard de Paris, (15 mars 1838) : « ... nous avons suggéré, comme remède efficace, l’application du principe électif comme étant un moyen sûr pour tous les partis, selon l’aveu même de M. John Neilson. Mais nous n’avons jamais entendu faire, de la concession immédiate de cette demande, une condition sine qua non à la marche des affaires. »]

Le 4 août (1834), il y eut quelque débat aux Communes sur une requête présentée par Hume à l’appui des quatre-vingt-douze résolutions. Rice censura une lettre de Hume publiée dans les journaux, où celui-ci engageait les Canadiens à résister à la funeste domination du gouvernement anglais. « Il ne convient point, dit-il, à un homme qui parle sans danger dans l’enceinte des Communes, de donner des conseils qui peuvent causer tant de mal à l’Angleterre et au Canada. Si l’on a recours aux armes, j’espère que les lois puniront tous ceux qui auront pris part à la conspiration. »

Les élections générales se firent dans le Bas-Canada durant l’automne (octobre-novembre 1834). Il y eut des troubles à Montréal et ailleurs : à Montréal, l’élection fut discontinuée pour cause de violences ; à Sorel, un homme fut tué d’un coup de fusil. Les Anglais, joints à quelques Canadiens, avec John Neilson et William Walker à leur tête, avaient alors créé à Québec, à Montréal, aux Trois-Rivières, des « Associations constitutionnelles » par opposition aux partisans de la majorité de la Chambre. Ces assemblées signèrent des pétitions au roi semblables à celles que les marchands avaient déjà remises à lord Aylmer, et elles chargèrent Neilson et Walker d’aller les porter à Londres. Bien des Anglais cependant partageaient les sentiments des Canadiens, et il y en eut sept ou huit d’élus par l’influence de ceux-ci. Les cantons de l’Est, peuplés d’Anglais, se prononçaient pour les réformes. Sur leur invitation, Papineau, accompagné de plusieurs députés, se rendit à Stanstead, où il fut reçu avec toute sorte d’honneurs par les comités fondés dans cette partie du pays. Des centaines de personnes lui firent visite le jour de son arrivée, et le Vindicator de Montréal, annonça qu’on avait remarqué la présence entre autres, de plusieurs Américains des États du New-Hampshire et de Vermont, notamment le général Fletcher. Le soir, on lui donna un banquet de deux cents couverts.

Ces manifestations populaires, les discours des députés dans les assemblées qui avaient lieu partout, les articles des journaux, tout annonçait un redoublement de violence et de passion. Papineau avait recommandé dans son adresse aux électeurs de ne point consommer de produits anglais, de se vêtir d’étoffes fabriquées au pays et de ne faire usage que de boissons canadiennes, pour encourager l’industrie locale et dessécher la source du revenu public, que le gouvernement n’employait plus qu’à son gré. Comme les banques appartenaient aux adversaires de la Chambre, il conseilla aux habitants d’exiger le paiement des billets en espèces. Il fut même question d’établir une banque nationale.

À Toronto, il se forma une association politique qui se mit en rapport avec les comités permanents du Bas-Canada, afin de donner plus de poids à ses paroles et à ses résolutions. Peu après, l’on apprit la démission du ministère à Londres et l’avènement des tories au pouvoir (décembre 1834). Sir Robert Peel était placé à la tête des affaires, et lord Aberdeen au ministère des colonies. Ces ministères eurent à s’occuper des nouvelles adresses des deux partis français et anglais. Mais ils ne purent transmettre leurs instructions à lord Aylmer avant l’ouverture du parlement canadien.

Lorsque la Chambre d’assemblée se réunit, le 21 février 1835, elle commença par ordonner que le discours prononcé par le gouverneur en ajournant la dernière session, serait biffé du procès-verbal. [Il est certain qu’Aylmer trouvait la nouvelle Chambre encore plus hostile que la précédente. Papineau fut de nouveau réélu président de la Chambre d’assemblée par un vote presque unanime. Le gouverneur cependant, tout en confirmant son élection, blâmait fort le caractère séditieux, selon lui, des discours du tribun canadien-français. (Aylmer to the Colonial Secretary, Feb. 23, 1835)].

Sur la proposition de Augustin-Norbert Morin, la Chambre se constitua ensuite en comité général pour continuer l’examen de la situation de la province. Gugy, en parlant contre cette motion, avait dit qu’il préférait une administration composée d’hommes nés dans le pays à toute autre. « Pour moi, lui répondit Papineau, ce que je désire, c’est un gouvernement composé d’amis des lois, de la liberté, de la justice, d’hommes qui protègent indistinctement tous les citoyens, qui leur accordent, tous les mêmes privilèges. J’aime, j’estime les hommes sans distinction d’origine ; mais je hais ceux qui, descendants altiers des conquérants, viennent dans notre pays nous contester nos droits politiques et religieux. S’ils ne peuvent s’amalgamer avec nous, qu’ils demeurent dans leur île ! Il n’y a pas de différence d’eux à nous, et nous sommes tous ici sur le pied d’une égalité complète... Ceux qui réclament des privilèges exclusifs, tout en les réprouvant sans doute au fond de leur cœur, seraient eux-mêmes les victimes de cette injustice. En supposant qu’ils fissent du Canada une nouvelle Acadie, qu’ils pussent expatrier toute la population française, la division serait bientôt parmi eux. S’ils parvenaient à former des bourgs pourris, cette représentation corrompue les opprimerait. Il est dans la nature du cœur humain de détester les privilèges exclusifs ; mais trop souvent la haine, la passion, l’esprit de parti les aveuglent... On nous dit : Soyons frères ! Oui, soyons-le. Mais vous voulez tout avoir, le pouvoir, les places et l’or. C’est cette injustice que nous ne pouvons souffrir. Nous demandons des institutions politiques qui conviennent à notre état de société. »

Le gouverneur n’avait rien de très important à communiquer sur les affaires canadiennes. La Chambre siégea deux fois par jour pour finir la session au plus tôt. Les débats furent la répétition de ce qui avait déjà été dit tant de fois. L’Assemblée nomma John-Arthur Roebuck son agent en Angleterre, et vota, après de longues discussions, une adresse en réponse au discours du trône. Cette adresse amena une nouvelle division entre les membres de la majorité. Plusieurs voulaient reprendre les questions mais s’abstenir avec soin de tout ce qui pourrait donner à lord Aylmer le plus léger sujet d’interrompre les travaux législatifs. Elzéar Bédard, qui ne suivait la majorité qu’à contrecœur, osa dire enfin que l’adresse contenait un refus péremptoire de tout ce que le gouverneur demandait, et qu’il ne pouvait l’appuyer. « Et peut-on oublier, répliqua aussitôt Papineau, qu’en Angleterre c’est la même plume qui prépare et le discours du prince et la réponse ? Les circonstances exigent que nous nous écartions des formes ordinaires, et que nous exprimions hautement ce que nous sentons. C’est faire injure à l’Angleterre que de dire qu’elle pourrait dicter un acte de coercition, et envoyer dix régiments pour nous soumettre à ses volontés. S’il en était ainsi, nous devrions songer au plus tôt à nous délivrer d’un gouvernement si tyrannique. S’il y a lieu de craindre une lutte, on peut dire que le danger existe à cette heure ; nous avons déjà été bien plus loin que ne va cette adresse. » Pendant ce temps, Elzéar Bédard était en train de former un nouveau groupe politique qui eut pour organe le Canadien ; ce journal désormais allait prendre parti contre Papineau].

Bédard proposa divers amendements, qui furent soutenus par un tiers de la Chambre. Cette scission dans la majorité devait s’agrandir de jour en jour. Elle fut regardée, dès le premier instant, par les hommes extrêmes comme une défection. Le rédacteur du
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