Comptes rendus. Empires coloniaux Annales. Histoire, Sciences Sociales 2008/3 (63e année) Pages : 264 isbn : 9782713221798 Éditions de l'ehess








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Raphaëlle Branche La guerre d’Algérie, une histoire apaisée ? Paris, Éd. du Seuil, 2005,445 p. Sylvie Thénault Histoire de la guerre d’indépendance algérienne Paris, Flammarion, 2005,303 p.


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La guerre d’indépendance d’Algérie n’est pas finie. Depuis la fin des hostilités en 1962, la guerre n’a jamais cessé d’intriguer et de mobiliser les États, les sociétés et leurs historiens. Et depuis la publication des livres de Raphaëlle Branche et de Sylvie Thénault, le débat sur le passé colonial français s’est poursuivi avec plus d’acuité encore. La controverse suscitée par le malvenu article 4 de la loi du 23 février 2005, sur les effets positifs de la présence française outre-mer, en est un bon indice. Mais beaucoup reste à faire, écrire et discuter si l’on veut que les sociétés française et algérienne se réconcilient un jour avec l’histoire et la mémoire d’un passé commun douloureux. Il y a dix ans, Benjamin Stora a plaidé de façon très efficace pour ce type de catharsis collective : « Trente ans après l’indépendance de l’Algérie, j’ai tenté de montrer comment cette guerre ne se finissait pas, dans les têtes et dans les cœurs. Parce que, de part et d’autre de la Méditerranée, elle n’a pas été suffisamment nommée, montrée, assumée dans et par une mémoire collective » [1]  Benjamin STORA, La gangrène et l’oubli. La mémoire... [1] .

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Le travail de B. Stora signalait un changement important dans l’histoire et l’historiographie de la guerre d’indépendance algérienne. Dans les dernières années, l’historiographie de la guerre (autant que la guerre elle-même) est devenue un objet légitime de recherche historique. De bien des façons, ces débats et ces controverses nous en apprennent autant sur le paysage politique complexe de la France postcoloniale de la Cinquième République que sur l’histoire de la décolonisation. De même, l’histoire de la relation troublée de la France avec l’Algérie contient des indications essentielles pour le monde contemporain. Par exemple, la position actuelle du mouvement palestinien Hamas fait écho aux longues tentatives du Front de libération nationale pour internationaliser sa cause. Et, dans l’introduction de la récente réédition de son ouvrage classique, A savage war of peace, Alistair Horne fait explicitement le lien entre les expériences françaises en Algérie et l’invasion et l’occupation états-uniennes de l’Irak. Pour toutes ces raisons, la guerre d’indépendance algérienne reste sans nul doute l’épisode le plus controversé de l’histoire française contemporaine.

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Les ouvrages de R. Branche et de S. Thénault soulignent le dynamisme et le caractère introspectif des récents travaux historiographiques dans ce domaine. Les deux auteures ont été actrices des changements historiographiques qu’elles décrivent. Toutes deux affirment leur volonté d’éclairer et de défier les tabous anciens qui entourent la guerre d’indépendance algérienne. Au début de son travail, S. Thénault discute l’impact des révélations de Paul Aussaresses et de Marcel Bigeard sur la torture et interroge le rôle des médias dans la production de la mémoire historique. Analysant l’importance de la terminologie, elle poursuit en montrant pourquoi les expressions « guerre d’Algérie », « guerre de libération », « révolution » sont des descriptions inadéquates et partisanes, chacune recouvrant des intérêts spécifiques. La recherche de l’équilibre, c’est-à-dire d’une approche qui rende compte de la complexité et de la diversité des perspectives française et algérienne, est l’enjeu central de son livre. Elle montre ainsi que le rôle des Algériens dans la guerre d’indépendance a souvent été envisagé à partir de regards français, ce qui leur impose le rôle passif et préétabli de colonisés. L’ouvrage de Benjamin Stora et Mohamed Harbi, La guerre d’Algérie, 1954-2004 : la fin de l’amnésie, a constitué une avancée décisive dans les tentatives pour corriger ce préjugé. De façon plus large, le travail de S. Thénault met en évidence la persistance d’un regrettable manichéisme dans les approches du passé colonial, dominant dans le paysage politique et historiographique depuis 1962 [2]  Voir, entre autres, John STRACHAN, « Reshaping the... [2] .

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Le livre de S. Thénault est organisé de façon chronologique, analysant dans l’ordre les événements entre 1954 et 1962, et il contient une introduction particulièrement intéressante qui replace les causes de la guerre dans la longue durée. Le livre de R. Branche, qui est peut-être le plus brillant des deux, est structuré autour de trois thèmes : la demande sociale, les sources et l’histoire du temps présent. Cette répartition permet à l’auteur d’examiner les interactions entre État, société et archives, et les relations des historiens avec chacune de ces entités. R. Branche affirme que beaucoup de tabous entourant la guerre ont commencé à se désintégrer depuis la fin des années 1990. La guerre est devenue un sujet de conversation courant, au bistrot ou pendant un repas de famille. Cependant, ces débats ont lieu en dehors de la sphère académique et la question de savoir si la guerre peut vraiment être considérée comme une histoire apaisée reste ouverte.

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L’analyse de R. Branche fait clairement apparaître les trois niveaux de pressions et de contraintes qui pèsent sur l’historien. La société française est pleine de groupes qui se considèrent comme dépositaires du passé colonial – les anciens combattants, les pieds-noirs, les harkis et nombre d’autres immigrants d’origine nord-africaine. Ces groupes ont recherché des moyens d’action politiques ou légaux à des moments différents, ou ont comparé la guerre d’indépendance algérienne avec d’autres épisodes gênants de l’histoire française. Souvent, comme l’a démontré Henri Rousso à propos du cas de Vichy, ces approches relèvent plus d’une politique de l’oubli du passé que d’une politique de la mémoire. Aux yeux de R. Branche, ces pressions constituent la demande sociale – déclinée en requêtes incessantes de réparation et d’indemnisation – et l’historien doit naviguer dans ce terrain politiquement miné et difficile à maîtriser.

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L’accessibilité des sources est un autre thème important pour l’historiographie et la mémoire de la guerre. Sur ce plan, R. Branche évalue l’ouverture différentielle des archives coloniales, expliquant le poids des pressions et des restrictions politiques mais aussi pourquoi les historiens ont eu tendance à se concentrer sur les événements politiques et militaires. Les débats passionnés sur les victimes des deux côtés sont la preuve d’une tendance cyclique (mais peut-être encourageante) à revisiter les événements à la faveur de chaque ouverture d’archives ou d’ensembles de documents. R. Branche souligne aussi la capacité des témoignages oraux sur la guerre à renouveler les approches historiques et, comme S. Thénault, elle analyse la question épineuse de la terminologie. La dernière partie de son travail propose une discussion franche et ouverte des pièges qui guettent tout historien du passé colonial et inclut également une présentation bienvenue des travaux des historiens non français.

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En définitive, l’historiographie de la guerre d’indépendance algérienne donne des motifs d’optimisme réservé. Le genre d’amnésie collective identifié par B. Stora dans La gangrène et l’oubli semble de plus en plus menacé. R. Branche et S. Thénault abordent leur sujet sous des angles qui suggèrent une ouverture et un courage nouveaux. Mais le rôle de l’État et celui de la société dans l’écriture de l’histoire continueront à poser problème à l’historien. La Cinquième République, comme le remarque R. Branche, a été particulièrement réticente à interroger les liens entre République et entreprise coloniale, et elle continue sa recherche de catharsis coloniale cinquante ans après. Pourtant, les historiens se sont montrés déterminés et capables de refuser qu’on leur impose toute version officielle de l’histoire, comme l’ont prouvé Claude Liauzu et ceux qui l’ont rejoint en 2005. Les livres de R. Branche et S. Thénault font l’inventaire de ces développements historiographiques encourageants. Ils soulignent aussi l’importance renouvelée de la guerre d’indépendance algérienne qui réémerge au centre de débats sur les relations internationales, la cohésion sociale et la méthodologie historique.

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JOHN STRACHAN
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