Comptes rendus. Empires coloniaux Annales. Histoire, Sciences Sociales 2008/3 (63e année) Pages : 264 isbn : 9782713221798 Éditions de l'ehess








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Frederick Cooper Colonialism in question : Theory, knowledge, history, Berkeley, University of California Press, 2005,327 p.


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Avec cet ouvrage dense, destiné plus aux spécialistes qu’aux étudiants, Frederick Cooper livre ses réflexions sur la nature du colonialisme mais aussi sur la façon d’écrire l’histoire. Disons d’emblée qu’il ne s’agit pas d’une synthèse sur le colonialisme, contrairement à ce que pourrait laisser entendre le titre. En effet, on a moins affaire à un essai homogène qu’à une série de chapitres indépendants les uns des autres, regroupés en trois parties et essentiellement reliés par une solide introduction et par une conclusion incisive.

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La première partie, « Colonial studies and interdisciplinary scholarship », débute par une introduction en forme de profession de foi intellectuelle et méthodologique. F. Cooper y dénonce quatre erreurs de méthode à son sens trop courantes, notamment (mais pas seulement) parmi les tenants du courant « postcolonial » qui, à force de théorisation, tomberaient dans les pièges de l’anachronisme, et aboutiraient à écrire une histoire « a-historique ». Pour bienvenu qu’il soit, ce rappel à l’ordre sonne surtout comme un avertissement destiné à une partie des historiens anglophones, leurs collègues francophones s’étant moins aventurés, au cours des trente dernières années, sur le terrain glissant de la théorie à tout prix [1]  Ainsi que le soulignait Pierre Boilley dans la rubrique... [1] .

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Le chapitre suivant porte sur le destin des « études coloniales » depuis une cinquantaine d’années. F. Cooper souligne d’abord un paradoxe : le « boom » des études coloniales depuis les années 1980, époque où les empires coloniaux avaient disparu non seulement de la carte mais également – et de ce fait – des débats politiques et intellectuels. On peut discuter le postulat de départ : peut-être s’agit-il moins d’un paradoxe que d’un processus banal par lequel une question, ayant perdu de son acuité idéologique, est réinvestie par des recherches à vocation scientifique ? Cette réserve mise à part, le chapitre est un stimulant bilan critique des études sur la colonisation depuis l’article fondateur de Georges Balandier [2]  Georges BALANDIER, « La situation coloniale : approche... [2] . F. Cooper montre comment les tendances, contradictoires mais se chevauchant parfois, de ces études successives sont à mettre en lien avec l’histoire même du processus de décolonisation. On a donc là une sorte d’histoire intellectuelle des « études coloniales », dans laquelle, tout en reconnaissant des mérites à certains apports de la pensée postcoloniale, l’auteur estime que les développements les plus récents de la recherche ne sont pas toujours les plus éclairants.

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La partie suivante (« Concepts in question ») est constituée de trois chapitres thématiques portant respectivement sur les concepts d’identité, de globalisation et de modernité. F. Cooper s’attelle à la critique successive de ces concepts en démontrant d’une part la récente inflation de leur usage (dans les ouvrages en anglais) et d’autre part leur caractère inopérant, dû à leur polysémie (ainsi, « modernité » s’applique soit à un état de choses soit à l’idée que l’on s’en fait, mêlant l’ordre du matériel et celui des représentations). L’auteur déplore que la différence entre l’usage courant d’un terme et son usage scientifique, où en principe il a valeur de catégorie d’analyse rigoureuse, se soit étiolée sous l’effet des modes intellectuelles. Ces concepts créant finalement plus de confusion que de clarté et aboutissant à une réification/essentialisation des groupes sociaux ou des processus historiques, F. Cooper – dans une perspective constructive – propose parfois de les remplacer par des expressions plus précises. Certes, ses suggestions lexicales ne sont pas toujours faciles à traduire en français. Mais elles ont plus valeur d’exemple que vocation à être adoptées comme telles et l’on ne peut qu’être sensible à l’exigence de rigueur dont il fait preuve dans la promotion de nouveaux outils d’analyse. D’autant plus que l’auteur souligne les enjeux idéologiques à l’œuvre : abuser du terme d’identité revient à insinuer qu’on tient là la clé universelle des problèmes actuels du continent africain...

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La dernière partie de l’ouvrage (« The possibilities of History »), plus empirique, comprend deux études de cas et la conclusion générale. F. Cooper y applique avec bonheur les conseils qu’il distillait dans les pages précédentes. Il s’attelle d’abord à une tâche ambitieuse : une comparaison, à travers l’espace et le temps, entre des unités politiques aussi différentes que la Rome antique, les empires mongol, ottoman, napoléonien ou russe, sans omettre les États-Unis. C’est pour l’auteur l’occasion d’un essai sur ce que cela signifie de « penser en empire » et sur les points communs aux différents empires – forme politique longtemps plus répandue que celle des États-nations.

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F. Cooper revient ensuite à l’un des terrains qu’il connaît le mieux, celui de l’empire colonial français d’Afrique occidentale. Il montre que la décolonisation fut le fruit de « fissures du système impérial » (p. 204) et rappelle l’importance de la dimension économique dans les voies de la décolonisation : « le gouvernement français ne pouvait pas se permettre de supporter le fardeau d’un empire fait de citoyens » (p. 228) – c’est-à-dire de gens disposant de droits sociaux et économiques autant que politiques. Enfin, voilà un chapitre où les agents de l’histoire (ici, essentiellement, les forces syndicales ouest-africaines et leurs leaders) sont visibles, clairement identifiés, et où l’analyse porte sur les tensions et interactions entre leurs exigences et les politiques de la métropole coloniale.

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Au total, F. Cooper livre un ouvrage critique et constructif. Retenons son appel à se méfier des abstractions, des concepts englobants censés tout expliquer, des théories qui omettent fort opportunément tout ce qui les contredirait. Il rappelle l’importance des acteurs et agents de l’histoire et souligne le caractère irréductiblement désordonné, voire contingent, du passé. Dans une conclusion programmatique, véritable leçon sur comment faire de l’histoire, il pose une ultime pierre dans le jardin postcolonial avec cette semonce : « une approche a-historique du passé reflète et encourage une approche apolitique du présent » (p. 234).

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ANNE HUGON
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