Comptes rendus. Empires coloniaux Annales. Histoire, Sciences Sociales 2008/3 (63e année) Pages : 264 isbn : 9782713221798 Éditions de l'ehess








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Comptes rendus. Empires coloniaux - Annales. Histoire, Sciences Sociales

2008/3 (63e année) - Pages : 264 - ISBN : 9782713221798 - Éditions de l'EHESS

Patrick Weil et Stéphane Dufoix (dir.) L’esclavage, la colonisation, et après... France, États-Unis, Grande-Bretagne, Paris, Presses universitaires de France, 2005,628 p.


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L’ensemble des contributions de ce volume tente de comprendre d’une part pourquoi la fin de l’esclavage et du colonialisme ne marque pas « la fin des inégalités et des hiérarchies » (p. 2) et en quoi elle imprègne les politiques publiques menées aujourd’hui à l’égard des immigrants et des minorités ethniques d’autre part. En introduction, Patrick Weil et Stéphane Dufoix, tout en critiquant les ouvrages récents traitant de la question coloniale, précisent les deux exigences qui ont présidé au choix des textes : ne pas se limiter au cas français et ne pas simplifier la réalité des pratiques esclavagistes et/ou coloniales.

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Les trois articles de la première partie relient « l’idéologie de la colonisation » à la pensée issue des Lumières. Sankar Muthu rappelle comment Denis Diderot a eu très tôt une vision ambivalente du commerce mondialisé, qu’il considérait à la fois comme le « principal catalyseur des arts, des sciences, et de la civilisation moderne [et comme un] ensemble de pratiques et d’institutions le plus souvent dirigées par des régimes despotiques se donnant pour but d’en faire profiter une petite élite » (p. 28-29). Jennifer Pitts compare la pensée de deux philosophes libéraux favorables à l’entreprise coloniale : le français Alexis de Tocqueville et l’anglais John Stuart Mill. À travers ces deux théoriciens, ce sont deux conceptions du colonialisme, mises en œuvre en Algérie et aux Indes, qui s’affirment : une conception nationaliste pour laquelle l’exploitation des colonies sert à affirmer et à renforcer la puissance et la grandeur de la France et une conception impériale pour laquelle la colonisation permet d’apporter la civilisation aux peuples inférieurs. Enfin, l’article de Gillian Weiss nous explique comment le récit de Pierre-Joseph Dumont, le dernier esclave français prisonnier pendant 34 ans à Alger et libéré en 1816, sert de prétexte humanitaire et idéologique à l’expédition française de 1830 contre la régence turque.

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Concepts idéologiques, l’esclave et le colonisé se trouvent être également des catégories juridiques qui permettent, comme le suggère le titre de la deuxième partie, une gestion rationnelle des différences. Pour Frédéric Régent, l’exemple de la Guadeloupe à la fin du XVIIIe siècle illustre comment une minorité de propriétaires est parvenue à dominer et à exploiter l’immense majorité de la population de l’île (80 à 90 % d’esclaves) en créant des hiérarchies, en termes de division du travail et de « races » : plus la couleur de l’esclave est claire, plus sa qualification est importante et plus son prix d’achat est élevé. En ce qui concerne les colonies du Nouveau Monde, Robin Blackburn montre que la plupart des études sur le mouvement abolitionniste américain mettent en avant le rôle joué par la bourgeoisie industrielle blanche, opposée aux grands propriétaires du Sud, tandis que celui des Noirs libres et esclaves est largement occulté. Dans l’Algérie coloniale, la dissociation entre citoyenneté et nationalité pose la question de la place des indigènes au sein du système colonial français. Alors qu’en métropole, entre 1848 et 1944, « on assiste au resserrement de la figure nationale sur celle du citoyen », dans la colonie on assiste au processus inverse qui soumet des nationaux « privés de droits du citoyen » à « un régime disciplinaire spécifique et extrêmement répressif » (p. 193). Examinant les différents textes législatifs qui, entre 1848 et 1946, ont constitué le fameux « Code de l’Indigénat », Emmanuelle Saada met en lumière le fait que la « race », absente en tant que telle du droit, est en réalité au centre de la doctrine juridique de la nationalité. Véronique Hélénon montre enfin comment la « machine » administrative coloniale française a établi une hiérarchie raciale parmi ses propres fonctionnaires. En Afrique française à partir des années 1880, les administrateurs d’origine africaine se retrouvent pratiquement systématiquement au plus bas de l’échelle administrative, juste en dessous des Antillais, alors que les Blancs métropolitains sont généralement nommés aux plus hauts postes de responsabilité.

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C’est sur l’article de Loïc Wacquant consacré à « la question noire » aux États-Unis que débute la troisième partie sur « l’inertie des hiérarchies ». Pour l’auteur, esclavage, ségrégation, ghettoïsation et incarcération de masse sont autant « d’institutions particulières » utilisées au cours de l’histoire par les gouvernements étasuniens pour contrôler la population afro-américaine. La contribution de Dalton Conley et Timothy Baldwin relate l’échec économique de l’émancipation des Noirs du Sud américain. En effet, la décision d’accorder un demi-hectare de terre et une mule à chaque affranchi se heurta au refus des grands propriétaires blancs de vendre des terres à une population considérée comme inférieure et donc indigne de cette terre. De même, la tradition statistique américaine, née lors de la période esclavagiste, a continué jusqu’en 2000 à suggérer une hiérarchie entre les groupes, suivant Paul Schor. La contribution de Jean-Philippe Dedieu apporte quant à elle un éclairage inédit sur la condition précaire des comédiens noirs issus des colonies françaises. Le plus souvent obligés d’immigrer en France pour pouvoir exercer leur métier, ils peinent à se faire reconnaître comme comédiens à part entière et se voient confrontés à deux difficultés majeures apparemment contradictoires : d’une part leur présence sur scène se doit d’être justifiée et, d’autre part, les pièces dans lesquelles ils pourraient prétendre à des rôles importants se montent quasi exclusivement avec des comédiens blancs.

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La quatrième partie, qui s’intéresse à l’immigration provenant des colonies, s’ouvre avec l’article de Mae Ngai sur les Philippins venus s’installer aux États-Unis entre 1920 et 1940. Cette colonie ne fut jamais regardée comme un futur État et le Congrès inventa pour ses habitants un statut juridique spécial : le national américain. L’immigration philippine, qui fut d’abord une immigration d’étudiants puis, à partir des années 1920, de travailleurs saisonniers, provoqua dès le début des années 1930 et la crise économique la multiplication d’émeutes raciales et l’adoption par le Congrès d’un Philippines Independence Act. Cette disposition, prise afin d’encourager le retour des Philippins chômeurs ou sans-abri, bénéficia peu aux Philippins qui accédèrent à l’indépendance effective après le second conflit mondial. Les Philippins restés alors aux États-Unis s’intégrèrent sans bruit dans les basses classes d’une société qui réussit à occulter un passé colonial pourtant très proche. La contribution d’Alexis Spire, qui traite de l’immigration algérienne en France après 1945, fait le lien entre le statut de colonisés et celui d’immigrés en décrivant comment certaines structures de contrôle de la population dépendant du ministère de l’Intérieur se sont reconverties après 1962, et parfois en collaboration avec les nouvelles autorités algériennes, en organes de contrôle de cette main-d’œuvre devenue étrangère. Le texte de Gregory Mann analyse la façon dont la mémoire des tirailleurs sénégalais est régulièrement convoquée lors des différentes crises qui mettent en scène, depuis 1996 et l’affaire de l’église Saint-Bernard, les revendications par des sans-papiers d’une dette de sang à l’égard des descendants de soldats s’étant sacrifiés pour la patrie non reconnaissante. Erik Bleich montre quant à lui comment la France et la Grande-Bretagne ont acquis une culture de la gestion de sociétés multiethniques dans leurs colonies, avant de se l’appliquer, étant devenues elles-mêmes multiethniques, à partir des années 1950.

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La dernière et la plus volumineuse partie de l’ouvrage consacrée aux « politiques de la mémoire et de la réparation » s’ouvre sur l’article de Gary Wilder sur l’héritage de l’émancipation à travers l’œuvre de deux figures majeures de la « négritude », Aimé Césaire et Frantz Fanon qui ont su montrer dans leurs écrits « la relation intrinsèque entre racisme et rationalité qui caractérise le colonialisme français » (p. 477). La contribution de Mickaëlla Périna porte sur la difficile construction d’une identité politique à partir des vestiges de l’esclavage. Prenant pour cadre les Antilles françaises, l’auteur révèle que les anciens esclaves devenus français n’ont eu de cesse de réclamer une assimilation juridique à la République qui était pour eux synonyme d’émancipation. La départementalisation, la régionalisation puis l’intégration européenne sont donc perçues par la majorité des Antillais comme autant d’étapes parachevant l’abolition de 1848. De même, la mémoire commémorée de l’esclavage peut correspondre à une volonté d’intégration citoyenne à la République, comme le souligne Michel Giraud. Christine Chivallon s’intéresse ensuite à la résurgence du passé négrier de deux villes importantes, Bordeaux et Bristol. Benjamin Stora, tout en rappelant que « le phénomène de retour de mémoires proches, douloureuses » (p. 585) touche actuellement un grand nombre de pays (États-Unis, Israël, Allemagne, Japon), aborde quant à lui la question de la mémoire de la guerre d’Algérie en France, réactivée par le débat sur la torture lors de l’automne 2002. Pour l’historien, cette mémoire recoupe en réalité plusieurs « mémoires particulières » cloisonnées et qui ne se rencontrent que très rarement : piedsnoirs, juifs d’Algérie, harkis, travailleurs immigrés... et leurs enfants. Enfin, le texte proposé par Claire Andrieu montre comment l’instauration en 1993 par François Mitterrand d’une journée commémorant la persécution des juifs et la reconnaissance par Jacques Chirac en 1995 d’une faute collective de la nation française dans le génocide des juifs ont constitué deux tournants importants dans la gestion des traumatismes historiques. Jusque-là communes, les différentes mémoires liées à cette période sombre ont désormais tendance à se différencier. La Shoah, dorénavant placée au centre de l’histoire de la Seconde Guerre mondiale, est l’exemple même de cette mémoire particulière qui s’impose pourtant comme universelle, tant elle est édifiante.

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Si nous pouvons regretter l’absence d’un index des noms propres et d’une bibliographie générale qui auraient contribué à la fois à une meilleure lisibilité des contributions et à leur donner plus de liens entre elles, le « pari » des éditeurs a dans l’ensemble été tenu, même s’il leur a été difficile de se démarquer du débat franco-français. Il nous faut également souligner la grande place accordée à l’Algérie et aux Algériens. Mais pouvait-il en aller autrement ? Il ressort finalement de la lecture de cet ouvrage que l’essentiel des enjeux de cet « après » esclavage et colonisation se situe autour des questions de mémoires.

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MOULOUD HADDAD
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