Littérature québécoise








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François-Xavier Garneau

Histoire du Canada
Tome I

BeQ
François-Xavier Garneau
Histoire du Canada
Selon la huitième édition entièrement revue et augmentée par son petit-fils Hector Garneau

I
Les grandes découvertes

La Nouvelle-France

Les nations indigènes
La Bibliothèque électronique du Québec

Collection Littérature québécoise

Volume 66 : version 1.1

Cette numérisation reprend la huitième édition,

en neuf volumes, publiée en 1944,

par les Éditions de l’Arbre, à Montréal.

Nouvelle introduction


Nous offrons au public une huitième édition de l’Histoire du Canada de François-Xavier Garneau. Cette réédition, entièrement revue, présente avec les éditions de Paris de notables différences. Tout d’abord on remarquera l’absence de la magistrale préface de M. Gabriel Hanotaux, de l’introduction de 1913 et du Discours préliminaire réservés à la collection France-Amérique, auxquels nous avons substitué une lettre de l’auteur adressée à lord Elgin, gouverneur général du Canada, et une introduction tout à fait neuve. On constatera ensuite que les notes et les appendices ont fait place à de brèves références suivies d’une bibliographie mise à jour. Mais il y a davantage encore. Tandis que les éditions précédentes reproduisaient les textes primitifs de 1845-1848 et de 1852, l’édition présente est conforme à la quatrième édition de 1882 retouchée par mon père, Alfred Garneau, d’après celle de 1859 que l’historien lui-même avait corrigée et augmentée. Cependant, une mise au point générale, la suppression des passages périmés, et certains redressements, s’imposaient. Sans cesser de recourir aux sources, on devait faire état des résultats acquis de l’érudition et en même temps tenir compte des justes observations formulées par la critique. Nous y avons tâché. Au reste, il nous a semblé nécessaire d’allonger et de continuer le récit, de consacrer une part plus étendue aux affaires religieuses, et d’y joindre des portraits des principaux personnages. Ces additions complémentaires ont été insérées entre crochets et font suite au texte. De sorte que si l’édition qui paraît aujourd’hui est plus détaillée et plus au courant, elle n’en contient pas moins tout l’essentiel et le durable, croyons-nous, dans l’œuvre de F.-X. Garneau avec ses traits distinctifs : les vues synthétiques lumineuses, la largeur d’horizon, le ton modéré, et aussi le calme dont Mgr Duchesne disait que c’est une si précieuse garantie d’équité.

Dès le début, il importait de marquer nettement la prédominance et la continuité de l’idée chrétienne dans la politique coloniale de l’ancienne France, et comment elle a déterminé les desseins et les gestes de la royauté au delà de l’Océan. D’autres faits vont aussi retenir notre attention. Quelle attirante personnalité, quels dons exceptionnels et solides, alliés à une volonté audacieuse et tenace, mettent en relief ces marins et ces soldats de France qui inaugurent notre histoire, fondent la colonie, bâtissent des villes et laissent entrevoir des possibilités infinies et des horizons insoupçonnés ? Par quelles merveilleuses aventures de nouveaux Français et des Canadiens parcoururent les rives des Grands Lacs, pénétrèrent jusqu’aux contrées éloignées de l’ouest et du nord, descendirent les vallées actuelles de l’Ohio et du Mississipi, pendant que des femmes d’une espèce rare poursuivaient, dans un domaine séparé et dans une ambiance périlleuse, leur vocation idéale ? De même, quelle fut l’amplitude de la tâche réalisée par les Jésuites, les Récollets, les Sulpiciens, tout ensemble, presque tous, ministres du Christ, éducateurs, découvreurs, messagers de paix et d’entente auprès des tribus indigènes ? Et quelle impulsion puissante Mgr François de Montmorency-Laval et ses successeurs, secondés par un clergé vigilant, allaient imprimer aux destinées de l’Église du Canada et au maintien de l’esprit français et latin parmi nous, le lecteur en trouvera nombre de preuves et d’exemples.

Au surplus, l’historien exposait la mission évangélique et civilisatrice de la France au Nouveau-Monde ; les réussites singulières de son génie colonisateur ; les services reconnus, la collaboration active et loyale, éprouvée sur les champs de bataille, qui unissaient les seigneurs et leurs censitaires ; la sagesse avertie, le sens droit et généreux des ordonnances et des instructions royales. Toutefois, pour tenir la balance égale convenait-il de montrer aussi les responsabilités, les déficiences, les faiblesses. En fait, à côté des fondations vénérables qui ont survécu et prospéré, des sommes versées et multipliées outre-mer, on aperçoit des entreprises trop vastes, trop onéreuses, mal appuyées, forcément interrompues ou abandonnées à elles-mêmes ; et notamment des compagnies chargées de faire le commerce, de recruter les colons, d’exploiter les ressources du pays, mais « qui n’ont pas les reins assez forts » pour parler comme le Cardinal, qui périclitent peu à peu et disparaissent ; parfois l’insuffisance des moyens d’action dont disposaient les chefs, des postes stratégiques réduits à se rendre faute des secours et des soldats que l’on réclamait avec instance ; par-dessus tout, un courant d’émigration toujours mince, presque aussitôt tari dans sa source par suite des conflits renaissants en Europe et de la politique continentale que pratiquaient les monarques français depuis François 1er, et qui compromettait de quelle façon déplorable l’intérêt et le prestige de la nation sous l’insouciant Louis XV. Et voilà bien les signes précurseurs, les causes génératrices de tant de déceptions, d’épreuves imméritées et des plus cruels revers.

Des problèmes d’ordre intérieur – rappelons ici un chapitre substantiel touchant le commerce canadien avec la métropole – on passait aux événements militaires. Aux tentatives souvent renouvelées pour s’emparer du Canada, aux assauts élaborés, menés à grands renforts d’argent et d’hommes et à plein armement contre la capitale, Québec n’avait-il pas répondu de toute sa vaillance en repoussant l’agresseur ? Dans cet intervalle surgissait la menace barbare. Voici que commencent, comme une autre Guerre de Cent-Ans, les incursions iroquoises avec leurs tueries et leurs dévastations, où presque chaque jour se dépense le sang français, où Montréal, véritable bastion dressé aux avant-postes les plus exposés, protégeait sans relâche et sauvait d’une destruction certaine toute la colonie. Ce fut l’époque des martyrs, l’ère héroïque de la sainteté dans son épanouissement sublime. L’Iroquois enfin maîtrisé, tout danger extérieur était-il passé ? Il serait téméraire de le prétendre. Car, peu après, une guerre d’envergure se prépare, aux combinaisons subites et déconcertantes, aux péripéties étrangement contrastées, changeantes et inattendues, aux conséquences incalculables, qui gronde déjà dans le lointain avant d’éclater avec fracas et d’ébranler deux continents. L’historien décrit la situation alarmante, devenue bientôt tragique et à la fin désespérée de notre mère-patrie en face de la supériorité croissante du nombre et des forces armées qui se conjuguaient pour la vaincre. Bien plus. Obligée de combattre à la fois par terre et par mer, et de défendre pied à pied, avec des effectifs épuisés et amoindris, toutes ses possessions en Amérique, en Europe, et jusqu’aux extrémités de l’Inde, la France pouvait-elle donc défier la fortune, tenir indéfiniment, et par quelque miracle peut-être ramener la victoire sous ses drapeaux ? Une heure décisive vient de sonner au cadran de l’histoire. Alors quelque chose de grand, qui incarnait un siècle et demi d’efforts, où se retrouvaient des grâces spirituelles en leur perfection, des noms parés de noblesse et d’honneur, noms éclatants et symboliques par quoi notre passé revivait pour s’intégrer dans l’élaboration de notre avenir ; des formes exquises de vertus et des types d’humanité qui ont mérité l’applaudissement du monde, s’évanouissaient soudain ; mais en laissant sur notre sol, dans un rayonnement chargé de gloire, des marques françaises pour jamais ineffaçables.

Un régime nouveau s’ouvre sous la couronne d’Angleterre. Les Canadiens, comme ils voudront rappeler désormais, se révèlent des réalistes déterminés. Devant les jours qui se lèvent, incertains et sans doute troublants, et les perspectives qui doivent sembler redoutables, ils n’abdiquent point. Ralliés autour des chefs éclairés et résolus de quatre cents familles dirigeantes, soutenus et instruits par leurs prêtres, tenant ferme à leur héritage français, ils vont se ressaisir et prendre conscience d’eux-mêmes. Avec une foi entière dans la justice de leur cause, loyaux envers le pouvoir souverain, ils peuvent attendre sans s’émouvoir et sans murmurer le moment de faction. L’historien ne laisse pas d’y insister. Après les premiers ressentiments dissipés, les méfiances contenues, après les résistances silencieuses s’annoncent les luttes ouvertes, énergiques, sans cesse recommençant, grâce à quoi nos pères devaient nous mettre en possession de nos libertés et de nos droits. Pendant ce temps se produisait la Révolution américaine. Ses répercussions ne tardent point à atteindre directement le Canada qui reçoit à nouveau ce choc calamiteux : l’invasion. En dépit d’attaques acharnées et de duels sanglants dont Québec et Montréal seront longtemps le théâtre, malgré des actes de bravoure incontestables, nos armes triomphaient. L’ennemi s’est avoué impuissant, et forcé de perdre du terrain, il a retraité ensuite avec précipitation. Tout de même un fait reste capital. Au milieu de ses conjonctures tumultueuses et angoissantes, les appels combinés et de plus en plus pressants d’un Franklin et d’un La Fayette n’avaient pas réussi à diminuer l’ardeur combattive ni à entamer réellement la fidélité des Canadiens que sauvegardaient et que proclamaient bien haut notre clergé et nos seigneurs. On croyait dès lors, toutes les difficultés bannies, que rien d’autre ne viendrait rompre les relations anglo-américaines. On se trompait. Ce n’était à vrai dire qu’une trêve d’assez longue durée. Car il faut savoir compter avec l’imprévu et avec les impondérables. Brusquement les choses se gâtent. Le pire est à craindre. La diplomatie de Londres amorçait en vain des négociations. Washington n’était pas d’humeur à transiger, à admettre docilement le droit de visite sur ses navires et ceux de ses nationaux. Et voilà que les hostilités recommencent. Une nouvelle guerre non moins violente et prolongée qu’en 1775 et 1776, visant toujours à la conquête de notre pays, mettra aux prises, encore une fois, Canadiens, Anglais et Américains. Comme il était déjà arrivé, nous assistons au déclenchement des offensives dirigées contre nos villes et nos villages, à une série de batailles poussées très avant tantôt sur l’un ou l’autre territoire, tantôt sur mer, d’où sortira au bout de trois ans une paix harmonieuse et définitive.

Pourtant, l’historien ne s’était pas arrêté là. Son esprit laborieux et en éveil, son besoin incessant et avide de savoir le portaient encore plus loin. Aussi allait-il passer outre-frontière. Il veut connaître, il vient étudier de près les éléments constructifs et les mouvements caractéristiques des colonies voisines. Et dans un tableau d’ensemble où se reconnaît le philosophe au regard lucide et pénétrant, il retraçait la naissance, la formation, l’ascension rapide et constante des États-Unis au dix-septième siècle. L’occasion est bonne pour mettre en parallèle les établissements anglais et la Nouvelle-France. Ainsi apparaît le spectacle de deux peuples, deux races, fixés dans l’hémisphère occidental, différents de croyance, d’habitudes, de langage, de façons de penser et de vivre, ayant leurs lois et leurs institutions particulières, suivant chacun ses concepts de progrès et de civilisation. Spectacle saisissant qui va, malgré tout, dans un cadre rétréci, sur le plan religieux et culturel, juridique et social, se prolonger et se perpétuer en Canada ; cependant que les nôtres développent et consolident leur union totale, sont réfractaires à toute assimilation, et veulent rester, selon l’expression de l’historien, « fidèles à eux-mêmes ». C’est tout cela qui confère au livre de F.-X. Garneau son intérêt psychologique et sa haute signification.

Et puis enfin nous avons essayé de faire revivre, dans une clarté plus moderne, la figure de l’historien probe, catholique et patriote, dont la pensée dominante se traduisait en mainte page par ces mots : « notre religion, notre langue, nos lois. » Tant il est vrai que pour nous Canadiens français, et pouvons-nous oublier nos frères acadiens, la foi ancestrale demeure comme aux temps de notre berceau, l’animatrice de nos labeurs et de nos espoirs, la gardienne de nos traditions, de notre caractère propre, de notre trésor moral, et la garante de l’existence même de notre nationalité.

L’Histoire du Canada a valu à l’auteur, d’un consentement unanime, de l’abbé Casgrain à Sir Thomas Chapais, et de Mgr Camille Roy à Mgr Émile Chartier, d’être surnommé notre historien national. Puisse-t-elle, par son accent de franchise, de courage et de fierté, inspirer encore à tous nos compatriotes plus d’orgueil de leurs origines et d’attachement à leur pays, et une confiance plus obstinée dans la pérennité française en cette portion, au moins, de la terre d’Amérique.

Hector Garneau
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