Philosophie générale (L1)








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Hegel s’intéresse plutôt à ces questions dans l’introduction de 1830 – 1831. Comprit-il que, entre 1820 et 1831, il se produisit une accentuation du problème, lequel allait engendrer des polémiques autour de son œuvre ? On peut penser que les frères Schlegel firent diffuser leurs œuvres. Une autre hypothèse est plus méchante, elle s’appuie sur les conflits des deux professeurs berlinois, Hegel et Schopenhauer. Il se pourrait que Hegel, au lieu de réfuter la métaphysique de son adversaire, choisisse d’attaquer l’Inde, dont il est un promoteur. L’Inde serait un principe philosophique pour désarçonner Schopenhauer. Ceci expliquerait la montée en puissance de la critique de la philosophie indienne dans les deux éditions de la philosophie de l’histoire. Ce refus de l’Inde marquerait une sensibilité très importante envers Schopenhauer. – Mais, si une opposition frontale se joue entre Hegel et Guénon à propos de l’Inde, et si par ailleurs Schopenhauer est le philosophe le plus proche de l’Inde, quels sont les rapports entre Guénon et Schopenhauer ? Cette question est sans doute encore plus difficile.
Une autre représentation, venant de certains milieux, a été mise en circulation de nos jours – c'est une prétention tout à fait différente en son genre, une hypothèse qui ne vient pas de la pensée, mais d’un fait historique et en même temps de [l'autorité] supérieure qui accréditerait ce fait.  (Hegel, La Philosophie de l’histoire, page 92)
Quels sont ces certains milieux ? Qui lança la pensée de la tradition primordiale et de l’âge sombre dans les années 1830 ? Nous ne savons pas. Il y a les traducteurs du Véda, peut-être la franc-maçonnerie, et peut-être encore les catholiques : un journal français catholique s’intéresse à cette question. À cette époque, en France, une philosophie liée à Joseph de Maistre, cherche des traces du christianisme dans l’Antiquité, peut être des préfigurations du Christ dans le Véda. Ces catholiques connaissaient le sanskrit. Aujourd’hui encore, certains catholiques sont portés par ces questions. Ils cherchent aussi dans les mythologies germaniques. Le sanskrit se développa tellement qu’il était à la base de toutes les langues sacrées de l’Europe, même de l’Islande et de l’Irlande, de la Bretagne et du Portugal. Bref, nous ne pouvons pas savoir quel milieu diffusa d’idée.
Pour ceux qui s’intéressent à l’idée d’une tradition primordiale venant de l’Inde, cette vérité ne vient pas d’une connaissance philosophique. Mais il y a une révélation (non judéo-chrétienne) initiale. Dans le Véda, il est expliqué que la révélation est dans la bouche de poètes appelés les voyants (rishi). Ces derniers énoncent les poèmes du Véda. Les rishi expliquent qu’ils sont déjà sur le déclin, et qu’ils n’ont plus la puissance de leurs ancêtres rishi. Les auteurs du plus vieux poème de l’humanité se plaignent déjà du déclin de leur puissance poétique. Nous sommes donc dans un horizon de déclin et de parole. Comme le rappelle fort bien Hegel, ce n’est pas d’abord une pensée, mais une parole. Cette dernière possède une autorité supérieure, car elle est celle des rishi, c’est-à-dire des voyants de l’origine – ce qu’une tradition semblable en France appellerait les druides. Ils n’écrivent pas, mais enseignent des vers oraculaires qui énoncent les lois sociales, comme celle de Manu en Inde. Ils ne fixèrent jamais dans une écriture cette révélation originaire – et encore moins dans un système philosophique. – Il existe un spécialiste français de ces questions, Dumézil. Il est un historien de la langue et des mythes, et non pas, comme Guénon, un philosophe. Contrairement à Guénon, il n’a pas de doctrine – et en ce sens Guénon lui est supérieur et beaucoup plus dangereux. – L’autorité supérieure est celle donnée par les rishi, puis transmises par les brahmanes dans l’initiation. Car le brahmanisme est à la fois une affaire de castes et d’initiation. Quiconque n’est pas né brahmane ne peut pas disposer des paroles du Véda, et pour cela il faut encore subir une initiation. Cette autorité supérieure est donc liée à l’existence de rapports entre le maître et le disciple.
Dans un premier temps, Hegel rappelle des versions catholiques voire hébraïques de la tradition primordiale. On se demandait si le mythe d’Adam et Ève ne pouvait pas signifier deux choses. La première hypothèse considère Adam comme une sorte de rishi ayant eu, au paradis terrestre, un lien privilégié avec Dieu. Par conséquent, une révélation adamique existe. Le couple initial serait l’aspect masculin et l’aspect féminin de la révélation primordiale. Ces enseignements se retrouvent à la fois dans la kabbale (le premier kabbaliste étant Adam) et dans l’histoire de l’ésotérisme occidental (dans les œuvres de Rabelais ou de Guillaume Postel). La seconde hypothèse présente Adam seulement comme un masque pour des hommes antérieurs à lui, les pré-adamites, qui portent la tradition primordiale. Les géants du livre de la Genèse en seraient la seule trace dans la Bible. Au chapitre VI, un verset est inexplicable ou inexpliqué. Au début de l’humanité, il y a qu’Adam, Ève et leurs enfants (Abel et Caïn) ; toute l’histoire est celle de la descendance de Caïn puisque ce dernier a tué Abel. Mais, subitement, les filles de Caïn se marient avec des géants : d’où viennent ces derniers ? Ils ne sont pas les enfants de Caïn, ni ceux d’Abel ? Adam aurait eu une maîtresse ; mais laquelle, puisqu’il n’y avait pas d’autre femme qu’Ève ? Bref, qui sont ces géants ( ? Une réponse possible (ou une hypothèse) serait qu’ils sont les témoins d’une tradition antérieure à Adam ; et qu’ainsi ils disposent de la tradition originaire. Ils seraient soit les Égyptiens, soit les Sumériens, soit les Indiens eux-mêmes. Il existe de nombreuses interprétations, il faut veiller à ne pas trancher trop vite. Cette affaire est si compliquée que toute l’œuvre de Rabelais essaie d’expliquer la raison de ce lignage, et de préciser en quoi lui-même est le fils ou l’héritier des géants, et non pas d’Abel ou de Caïn. Rabelais se définit comme serviteur du géant Pantagruel, lequel appartient à la lignée gigantale de Genèse VI. Ce problème rejoint aussi celui de l’île de Pâques.
Hegel ne lâche pas prise et fait allusion, non pas à Postel (car cet ésotériste était trop peu connu à cette époque), mais à un ésotériste allemand qui en est un fils lointain : Jakob Böhme. Ce dernier, cordonnier de son état, entra un jour dans son atelier, alors que le soleil éclairait un vase d’étain posé sur une table. Ceci suscita en lui un tel choc qu’il devint le premier philosophe allemand, et écrivit une œuvre absolument originale de spéculations sur ce vase en étain, et sur les rapports entre la lumière et Dieu. Il devint, avec Luther et Paracelse, l’un des maîtres de la pensée allemande. Hegel fait allusion à lui.
On invente que, « au commencement », la nature était « transparente, ouverte au clair regard de l’homme, tel un limpide reflet de la création de Dieu » […].  (Hegel, La Philosophie de l’histoire, pages 92 et 93)
C’est une traduction de Schlegel, qui ici ne fait qu’interpréter la philosophie de Böhme. Puis on passe de la question d’Adam à celle de l’Inde.
On fait, certes, également allusion – en préservant néanmoins sur ce point un flou obscur – au fait que dans ce premier état, l'homme se serait trouvé en position d'une connaissance déterminée et en soi déjà étendue de vérités religieuses, voire immédiatement révélées par Dieu. Toutes les religions seraient sorties, au sens historique du terme, justement de cet état. Elles auraient donc en même temps sali et dissimulé cette vérité première par des monstruosités d’erreurs et de perversion. Mais dans toutes les mythologies de l’erreur, il y aurait des traces de cette origine et les premières doctrines religieuses de la vérité, que l’on pourrait donc reconnaître. La recherche sur l’histoire ancienne des peuples aurait ainsi essentiellement pour intérêt de remonter suffisamment loin pour réussir à en arriver au point où l’on pourrait encore retrouver, dans une pureté plus grande, des fragments de cette première connaissance, la connaissance révélée.
Nous devons beaucoup à l’intérêt suscité par de telles recherches. Mais elles témoignent immédiatement contre elles-mêmes, car ce dont il s’agit là, c’est justement de faire valoir comme historique ce que l’on présuppose en même temps comme tel. Des présuppositions comme celle d’un état rempli de la connaissance de Dieu ou d’autres connaissances scientifiques, par exemple astronomiques (comme celles qui ont été affabulées par les Indiens, ou même par des astronomes, par exemple Bailly), ou celle qui veut qu’un tel état ait été la cime de l’histoire mondiale, qu’il ait été à l’origine des traditions dont sont parties les religions des peuples, mais qu’ensuite le parcours de ces religions aurait été marqué par la déchéance et la dégénérescence, comme on le représente dans le système grossièrement conçu qu’on dénomme émanatiste – toutes ces hypothèses n’ont pas de fondement historique et ne pourront jamais en obtenir, parce que nous sommes en droit d’opposer le concept à la façon arbitraire dont elles ont été formées à partir de simples opinions subjectives. (Hegel, La Philosophie de l’histoire, pages 93 et 94)
La « connaissance déterminée » est ce que Guénon appelle la « tradition primordiale ». Cette possible révélation rejoint la prophétie et la voyance des rishi : ils donnent aux premiers poètes une connaissance immédiate de Dieu, qui va de plus en plus être perdue dans l’histoire.
« Toutes les religions seraient sorties, au sens historique du terme, justement de cet état. » Cette seconde phrase anticipe une thèse totalement guénonienne : la tradition primordiale n’est pas une tradition religieuse, elle est d’abord une tradition initiatique. À cause de la dégradation du temps, les hommes ne peuvent pas porter pendant des millénaires l’intégralité de ce lègue initiatique, c’est pourquoi ils vont bâtir des religions. Ces dernières reposent elles-mêmes sur des grands initiés (Buddha, Jésus, Mahomet, etc.), qui diffusent à une population ne pouvant pas se conduire elle-même les règles qui sont la vulgarisation de l’initiation primordiale. Au début, les hommes n’ont de rapport à Dieu par cette révélation que par la parole, par le son. Peu à peu, l’histoire s’alourdit, et ils ne peuvent plus contenir simplement dans la mémoire les révélations divines. Ils commencent à bâtir des temples (ce qui est tangible au Japon). Mais, comme ceci reste proche de la tradition primordiale, ces temples sont très légers, dans la tradition très ancienne des Romains, ils sont faits avec des mottes d’herbe. Puis les hommes construisent des temples en bois, sur ce point, nous devons une extraordinaire admiration aux Japonais : ils font des temples en bois depuis des temps immémoriaux, les détruisent au bout de cinquante ans et les rebâtissent à l’identique. Ceci dure depuis des millénaires. Ceci vaut aussi en Normandie, en Scandinavie ou en Roumanie : les maisons les plus anciennes sont en colombage, par ce que la tradition primordiale (d’après Guénon) porte le signe sur le mode de croisement de bouts de bois, par cette structure initiatique qu’est la mortaise. Cette dernière est une réalisation dans le bois du geste initiatique. Peu à peu, les hommes s’alourdirent et commencèrent à bâtir des maisons et des temples en pierre. Ainsi, il n’y a pas un progrès, mais un alourdissement, dans l’architecture. La pierre donne lieu à une efflorescence extraordinaire de l’architecture religieuse dans le monde. Mais Guénon considère que le Japon est beaucoup plus en avance à cause même de son retard. De même, en Roumanie, les églises en bois sont beaucoup plus décisives que celles en pierre. Ainsi, les rapports sont paradoxaux. Et le sommet de la destruction de l’humanité, c’est le béton : il est à la fois une structure d’architecture comme la pierre, et il introduit du fer dans les colonnes (âge de fer), il ne peut se solidifier qu’à l’intérieur d’un moule lui-même en bois. La structure du béton est donc celle d’un durcissement. Or la thèse de Guénon est que l’univers va vers ce qu’il appelle la solidification, la quantification en étant la marque. L’univers est d’abord un univers de fluidité spirituelle, qui par la suite se raidit, d’abord dans les temples, puis dans les inquisitions, puis dans les législations, et enfin dans les répressions. Et nous-mêmes nous sommes dans l’âge noir de la répression par le béton.
Hegel n’approuve pas cette philosophie, mais il la connaît parfaitement. On dirait qu’il écrit après Guénon ! « Elles auraient donc en même temps sali et dissimulé cette vérité première par des monstruosités d’erreurs et de perversion. » Il y eut une souillure, que nous pouvons appeler en termes théologiques un « péché originel », qui déstructura la révélation primordiale. Il faudrait des rappels pour réveiller cette révélation qui se perd au fur et à mesure. Leibniz, dans ses écrits sur la Chine, reprend ceci et donne aux philosophes cette tâche presque impossible : retrouver la tradition primordiale derrière les incrustations de commentaires décadents s’étant instruits sur le texte initial. Ceci est vrai pour la Chine : nous ne savons même plus comment le Tao Te Ching s’écrivait, et il est noyé sous des commentaires qui empêchent de saisir véritablement son enseignement – évidemment primordial.
« Mais dans toutes les mythologies de l’erreur, il y aurait des traces de cette origine et les premières doctrines religieuses de la vérité, que l’on pourrait donc reconnaître. » Toute la tâche consiste à trouver des traces, dans les doctrines décadentes dont nous sommes entourés, de l’éclat originaire. Il s’agirait de produire une herméneutique, une analyse, arrachant au mystère de la décadence des éclats de la tradition primordiale. Ceci reviendrait à rassembler ce qui est épars dans la modernité. Tel est la seule tâche véritable. Hegel sait tout, y compris ces objets.
« La recherche sur l’histoire ancienne des peuples aurait ainsi essentiellement pour intérêt de remonter suffisamment loin pour réussir à en arriver au point où l’on pourrait encore retrouver, dans une pureté plus grande, des fragments de cette première connaissance, la connaissance révélée. »
Dans cette ligne d’une recherche d’une pureté originaire, des termes se retrouvent dans le nazisme. Hegel, par une intuition extraordinaire, vise l’archéologie allemande, en anticipe les folies, lorsqu’elle cherche dans les structures médiévales ou préhistoriques (en Lorraine par exemple) des traces de croix gammées pour authentifier son empire. Extrêmement fortement, Hegel met le doigt sur les risques les plus profonds de l’archéologie allemande, de l’ésotérisme et des traditions primordiales. Ceci constitue toute la gravité de ces textes.
L’architecte Le Corbusier, invente, à l’Arbresle, ce que Guénon, dans sa langue, nomme la contre-initiation. Ceci se situe dans le cadre d’une revalorisation du béton. Celui qui battit un monastère en béton armé agit sciemment contre la tradition primordiale, il produit une contre-initiation.
Puis Hegel fait entrer en scène l’Inde. Cet homme, que l’on disait dogmatique, a la vérité et la souplesse de vouloir comprendre autrui.
« Nous devons beaucoup à l’intérêt suscité par de telles recherches. Mais elles témoignent immédiatement contre elles-mêmes, car ce dont il s’agit là, c’est justement de faire valoir comme historique ce que l’on présuppose en même temps comme tel. »
Il se caractérise par une parfaite intelligence des situations. Il discerne les contradictions de ce discours. Rappelons que, pour lui, la pensée est la contradiction. Par conséquent, il faut dénicher la contradiction dans ces discours, pour pouvoir se positionner par rapport à eux et en faire un objet philosophique. C’est ce qu’il accomplit ici. Hegel soutient que la première difficulté est que l’on confie à l’histoire ce que l’on devrait confier à la pensée. On suppose que, dans le temps, il y eut quelque chose que le temps détruit. Cette position est contradictoire. Pour Hegel, qui est un pur platonicien, le vrai commencement ne peut être que dans la philosophie et dans la pensée. Il n’y a de commencement que spirituel, car seul l’esprit peut résister au temps. La première erreur de ces philosophies est de se placer dans une confiance à l’égard d’un lègue historique, alors qu’elles devraient commencer par une pensée et un acte spirituel. Ces philosophies, qui voudraient être plus grandes que toute philosophie possible, sont en réalité plus petites, car elles sont des positivismes cachés. Elles croient en des faits ; or la philosophie ne repose pas sur des faits, mais sur des actes spirituels. Ce problème est le même que le mythe de l’Atlantide. On nous dit que la vérité était dans l’Atlantide, mais cette dernière est un fait que les archéologues doivent fouiller par des sous-marins. Or, si la vérité est quelque part, elle ne peut pas se trouver dans l’Atlantide, car cette dernière est un fait – alors que la vérité est un acte de l’esprit. Par conséquent, la position hégélienne est la suivante : toute personne disant que la vérité est dans l’Atlantide détruit son propre discours, car il produit une contradiction l’annulant.
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