Philosophie générale (L1)








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Bref, Hegel dispose d’une religiosité (Luther), mais aussi d’une esthétique – et tout particulièrement la musique de son temps. Ainsi, nous ne parlons pas seulement de philosophie mais nous décrivons toute une sphère d’expériences spirituelles impliquées par le texte de Hegel. L’axe de la philosophie hégélienne place au centre de l’expérience spirituelle la négativité. Elle devient le « cum », le point tournant, l’axe, qui me fait passer de l’immédiat au médiat. Cette philosophie mûrie de l’esprit dépasse même la phase du doute, cette dernière devant s’approfondir en dissonance et en négativité. Pour Hegel, le doute est une déclinaison faible de la négativité. Inversement, le doute est une dimension structurelle de la négativité, car cette dernière est suffisamment forte pour faire vaciller mes certitudes et me conduire à lui. Il y a donc une réciprocité constructive entre le doute et la négativité. Mais, avec le Zarathoustra de Nietzsche, on peut bien refuser de faire partie de ceux qui disent « non », au profit de ceux qui affirment la vie. Ceci reviendrait à découvrir qu’il existe des philosophies qui veulent dire « oui » à la vie. Mais Nietzsche précise aussi qu’il y a des philosophies qui restent dans l’affirmation stupide. Il vaudrait alors mieux avoir un philosophe un peu protestant qui dit « non », qu’un autre qui reste dans un effet de surface – comme les ânes. Celui qui dit « oui » le fait-il parce qu’il a éprouvé le poids du « non », auquel cas il est un dieu ? Ou bien parce qu’il ne sait pas dire « non », auquel cas c’est une carpette ?
Peut-on dire à la fois oui et non ? Deux figures sont possibles. La première est celle des sceptiques, qui suspendent leur jugement. Or, Aristote (Métaphysique, A, 3 et 4) montre l’impossibilité de surmonter le principe de non-contradiction. Car il suffit d’interroger ceux qui prétendent dire « oui » et « non » sur un même sujet. On leur demande : ainsi, penses-tu qu’il soit possible de dire « oui » et « non » en même temps ? S’ils veulent répondre, ils ne peuvent que dire « oui », et alors ils sont piégés. L’affirmation orgueilleuse de la conciliation du « oui » et du « non » reste une philosophie solitaire. Mais, dès que j’entre dans une dimension dialogique et que je dois me positionner par rapport à autrui, je restitue l’identité des pensées. Par conséquent, la mise en cause du principe d’identité est extraordinairement difficile.
Pour en revenir au texte ci-dessus, il ne développe pas plus avant ici sa théorie de la négativité, pourtant impliquée. Mais le mot « nier » nous place au point tournant du texte. Le passage de l’immédiateté à la médiation s’effectue par notre vocation à dire « non ».
« L’esprit n’est donc pas autre chose que ce qu’il se fait par son activité ». Puis nous retrouvons l’idée d’energeia et d’activité. Le mot important est « se », il reconstitue le problème de l’ipséité. Le passage de la conscience à la conscience de soi s’effectue par un mouvement d’ipséité, de retour sur soi par les formes pronominales de la langue. L’hégélianisme est une forme réfléchie de la grammaire. L’ipséité se conquiert par la négativité. Un lien effectif doit relier tous les concepts, de l’ipséité à la négativité.
« Ordinairement, lorsque nous parlons de retour, nous nous représentons un point de départ, un lieu vers lequel aller et un retour à la place initiale. » Hegel va approfondir le nostos de la nostalgie. Nous avons déjà dit qu’un point de départ immédiat cède place, par le point axial de la négativité, à un retour vers la conscience de soi comme expérience concrète. Mais Hegel ajoute que telle n’est pas la forme la plus pure de ce qu’il veut dire. Ce texte, très pur et très exact, mérite toute une méditation. Cette représentation est trop proche d’Ulysse qui part d’Ithaque à Troie puis revient de Troie à Ithaque. « Nous devons renoncer à cette représentation, selon laquelle le sujet serait constitué du premier terme. » Ce  « moi » qui va vers le point cardinal, puis qui revient ne suffit pas, il faut être plus profond.
« Car seul le second terme, ce qui a fait retour à soi, est le sujet, l’effectivement réel, le vrai. » Cette définition du sujet est d’une précision remarquable, le sujet n’est pas dans le point de départ, mais dans la concrétude du point d’arrivée. Il n’y a pas donc de sujet abstrait. L’ipséité est le moi, si elle représente la réflexivité, il n’y a pas de « moi » au départ, mais seulement un élan de l’immédiat. Je ne suis « moi » que quand j’ai fait retour sur moi. Il n’y a de « moi » que concret, que par la négation de l’état initial.
Puis vient la triade la plus haute. L’effectif, « wirklich », est la même chose que « réel », c'est-à-dire « concret ». Ainsi nous avons des termes équivalents : médiation, travail, négativité, concret, effectif. Ces mots désignent tous la philosophie dans son accomplissement. La Realität n’est qu’une existence empirique, prise dans le devenir, un nuage de points. La négativité, le travail, permettent de passer de la réalité à la Wirklichkeit. Ceci est la philosophie dans sa vérité, la vérité est l’effectif. Mais, ce qui importe, ce n’est pas d’avoir la vérité, mais de l’exposer. Et Hegel dit quel est le mouvement de la vérité, mais encore faut-il l’exposer, montrer activement en quoi elle possède un contenu. Même les énoncés de Hegel, s’ils sont proclamés sur un mode immédiat, sans travail, restent abstraits et donc illusoires. Hegel énonce des propositions qui stabilisent sa conception, mais celle-ci n’est effective que lorsqu’elle est déployée. C’est pourquoi l’œuvre de Hegel consiste à exposer cette vérité et non seulement l’affirmer. Ce qui est vrai n’est pas de dire : « j’ai la vérité », mais d’écrire le livre et son nostos. Hegel situe le point d’exercice de la vérité mais, précisément dans la mesure où cette vérité est la concrétude et l’effectif, elle n’est saisissable par un esprit humain que lorsqu’elle est exposée. Seul Dieu peut avoir l’idée de la vérité en une intuition, les hommes peuvent accéder à la vérité de l’esprit en mouvement, et donc en exposition. C’est pourquoi ils écrivent des livres et développent des chaînes de vérité. Ainsi, chez Leibniz, la vérité n’est que l’enchaînement des vérités et jamais une intuition. Dieu seul à l’intuition totale de la vérité.
« Ou bien [pour dire les choses autrement] l'esprit n’est qu’à titre de résultats de lui-même, non pas à titre de simple commencement, d’immédiat. Tel est le fil conducteur de toute l’histoire mondiale. » Hegel ajoute les concepts : immédiat, abstrait, commencement ; puis concret, effectif, négatif, médiatisé, résultat. Le mot-clé est « résultat », l’une des notions les plus fortes de Hegel. La nostalgie est un résultat – non au sens mathématique, comme deux et deux font quatre, mais le bilan de la traversée de l’immédiat pour rejoindre le concret et le médiat. Le doute est une médiation en vue du résultat, ce dernier est le système en tant qu’exposé, la vérité dans son exposition. Le résultat est une solution qui se répète. Et ceci rejoint la résolution des dissonances. Ce qui importe, ce n’est pas « solution », mais « re » : rien n’est immédiat, mais tout revient. Il faudrait même entendre dans l’idée de « résultat » celle de « saut », qui est l’un des mots les plus proches. C’est un même un re-saut : sauter encore, revenir sans cesse dans un approfondissement qui ne se dément pas. Ceci consiste à sauter au cœur de la chose même pour la développer dans sa négativité. C’est ainsi que Hegel interprète le Satz von Grund, comme saut du Grund. Le résultat est l’art de saut de la profondeur et de le ramener à soi. Ceci rejoint l’image selon laquelle le « moi » est un puits sans fond. En tombant dans le puits je suis immédiat, ensuite je le médiatise, je ramène mon eau à moi dans ce « re-saut » du retour de l’eau à la surface et à la lumière. La philosophie de Hegel se définit ainsi : le vrai est comme résultat, lequel est le concret ou la conscience de soi.
 
Du chemin de culture à l’hypothèse de l’échec
 
Il est possible d’avoir un savoir encyclopédique si sans cesse s’élabore et dépasse ses contradictions. La négation engendre des contradictions et l’effort spirituel de la concrétude consiste à les dépasser peu à peu. Hegel appelle ceci un chemin de culture. Ceci permet de dépasser les alternatives banales partageant la langue commune, entre ceux qui refusent de se soumettre à l’autorité de la culture et s’en trouvent ennuyés (aculturalisme contemporain) et ceux qui dénoncent l’inculture de la génération considérée comme barbare. Le projet hégélien n’est ni d’un côté ni de l’autre, il ne pense jamais que l’immédiat est le mal. Car tout le monde est immédiat, mais Hegel propose, dans ce mode de réflexion, de rentrer dans l’histoire humaine et de la soumette à une expérience spirituelle. Il appelle ceci un chemin de culture. Nous n’avons pas à nous vanter de notre culture ou à proposer un discours contre la culture mais nous sommes engagés dans un chemin de culture constitué par un projet de spiritualisation progressive de l’histoire humaine. Il s’agit de ne pas la laisser uniquement dans la succession des dates ou dans la froideur des événements, mais de chercher comment l’esprit s’y développe d’une façon graduelle. Ceci revient à chercher le souffle de l’esprit dans les manifestations laissées par les hommes. Cette concrétisation de l’histoire humaine s’effectue par une douleur, un travail sur soi. Hegel juge que son époque fait fausse route : tout le monde étudie l’histoire, de toute sorte, or ceci reste dans un enchaînement de faits morts qui ne suscite que le plaisir de la remémoration du passé. Hegel propose au contraire de trouver un sens (de l’esprit) dans cette remémoration. Le chemin de culture doit donner un sens à l’histoire – ce qui semble périlleux car il s’agit de regarder le monde avec l’exigence du sens – alors même que, largement, le sens fait défaut. Telle est la limite de Hegel : où est l’esprit face aux catastrophes ? Le projet de Hegel de dépasser l’histoire chronologique et morte, de la vivifier, se trouve face à un défi presque insurmontable, surtout en contexte de mondialisation. Le projet hégélien prend le risque d’un échec monstrueux, auquel cas ce serait les historiens froids et objectifs, chronologiques, qui auront le dernier mot. Hegel écrit ceci vers 1820, lorsque Napoléon est tombé au profit de la Restauration. Les choses sont-elles alors bien engagées ? Hegel porte un jugement important, sa lucidité lui fait rencontrer l’hypothèse de son (notre) échec.
Considéré négativement, cet aspect des choses peut apporter de la tristesse. C’est en particulier la vision des ruines d’une ancienne splendeur, d’une grandeur passée qui nous engage à cette tristesse. Tout semble disparaître, rien ne semble demeurer. Tout voyageur a éprouvé cette mélancolie. Ce n’est pas une mélancolie qui s’en tient à l’enterrement des seules fins personnelles singulières, la tristesse que l’on ressent sur le tombeau des hommes célèbres, mais une tristesse générale et désintéressée, à propos du déclin des peuples, d’une culture devenue passée. Tout degré dans l’histoire est bâti sur les ruines du passé. (Hegel, La Philosophie de l’histoire, pages 124 et 125)
L’effondrement des civilisations et la ruine livrée à un pillage mortel sont connus de Hegel. Il n’est pas aveugle au caractère désolant de ce que donne l’histoire humaine. Et ceci donne une tristesse désintéressée : je vois que tout l’effort humain ne conduit à rien, aux couches archéologiques grattées avec des brosses à dents. Mais la philosophie dispose, par son energeia, d’une source d’information et de signification en mesure de tirer un esprit de ce sentiment de mort qui caractérise le regard immédiat qu’on porte sur l’histoire humaine. 


 

Nous avons vu des équivalences (plus que des enchaînement) entre médiation, négation et travail et un enchainement entre immédiat et médiat par la négativité. Par exemple, le vrai, le concret et l’effectif semblent être des régions de pensées différentes mais Hegel montre qu’ils sont équivalents et jouent la même fonction dans sa démonstration. Hegel simplifie et réécrit une équation aussi compliquée que celle de l’ensemble de la culture en peu de termes, quoique difficiles à manipuler. Il s’agit de ne pas être tenu par des barrières. Certains opposent la philosophie et la vie et tentent de bâtir un schéma à partir de cette opposition. Hegel montre que ceci revient à préférer l’abstraction au concret, car il écrase puissamment la vie sur l’abstraction et la philosophie sur le concret. Ce n’est pas une procédure de médiation ou d’enchaînement, mais plutôt d’équivalence. Son intervention théorique consiste à les reconnaître, pour aller plus vite et ne pas rester bloqué. Des termes qui semblent infiniment différents (à l’exemple du travail et de la liberté) sont pour Hegel les mêmes ; à l’opposé, des concepts semblant fort proches (comme vie et liberté) sont très éloignés. Hegel redistribue les cartes, et nous avons à bien contrôler cette redistribution.
Le passage de l’immédiat au médiat est celui des perceptions sensibles pour « aller à l’essentiel ». Mais il faut bien comprendre cet essentiel : conquérir, à force de négativité, le travail du concept et le travail même de la philosophie. Il faut cependant veiller à ceci que, dans une philosophie aussi précise que celle de Hegel, le terme « essentiel » possède un sens fort précis et technique. La structure de l’esprit est ternaire, l’essentiel est le second degré mais non pas le troisième. L’immédiat est l’être, tout ce qui est de l’ordre de l’être est immédiat. Puis, par un effort de réflexion, les hommes s’élèvent au-dessus de l’immédiat ; c’est le passage de l’être à cette médiation qu’est l’essence. Mais, une fois que nous sommes à l’essence, nous ne sommes pas encore arrivés au terme du parcours. Car le passage de l’être (les médias, le sensible), à l’essence, au dessus, est certes un gain, car cela marque la conquête de quelque chose de plus élaboré. C’est toutefois aussi une faute philosophique, en ceci que, au lieu de proposer une philosophie fondée sur l’unité, nous avons créé une dualité. Le résultat est bon, mais il engendre une dualité. Ainsi, Platon structure le réel en participation, mais, alors que nous cherchions l’Un, nous avons les deux. Il faut donc un retard de négativité, pour considérer que cette séparation entre le sensible et l’essentiel est un degré qui a encore une part d’immédiateté. Il s’agit alors de nier et dépasser cette dualité même, pour recouvrer une unité des deux : l’un au-delà de la dualité. Cette troisième étape, qui est la seule vraie, dépasse le duel et revient à l’unité : c’est ce que Hegel appelle le concept. Sa logique est le passage de l’être à l’essence et de l’essence  au concept. Il est fautif d’en rester à l’essence. Tout ceci va crescendo, sans cassure – comme une œuvre musicale, avec la première note qui revient mais enrichie et exploitée de plus en plus.
Nous sommes parvenus à une conception dure de l'histoire, se présentant comme un sens, comme une succession de catastrophes sans but. Nous avons vu apparaître la notion magnifique et prenante de « tristesse générale et désintéressée ». Ce regard possible que nous pouvons tourner vers l’histoire la considère comme étant vouée à la destruction, impuissante à soutenir une valeur. Ceci n’est pas sans rapport avec notre temps. Hegel rencontre l’impression que nous pouvons avoir, à savoir que le monde se déstructure, se défait, conduit les peuples à la catastrophe.  Hegel va proposer donc deux types de sorties.
 
Du phénix à Dionysos
 
Traditionnellement, dans l’histoire humaine, face à cette tristesse, une considération consolatrice annonce l’existence de cycles de destruction et de cycles de reconstruction, des cycles de mort et des cycles de renaissance. Des couples de régénération sont possibles. Cette résurrection cyclique trouve un symbole classique : le phénix. Il est pris dans le feu, mais renaît. La sagesse millénaire se protégea de cette tristesse en défendant l’idée d’une éternelle résurrection de l’humanité, qui, à travers cette souffrance, trouve la cause d’une régénérescence ou d’un rajeunissement. Ceci fait allusion à tous les mythes de déclin et de sursaut, ce qui existe en politique et donne lieu à une rhétorique ridicule : une période d’effort(s) doit céder place à un état remarquable. Cette sagesse millénaire est sans doute une forme de bêtise consolatrice, qui existe et prend une forme brillante dans l’image du phénix. Cette solution ne plaît pas à Hegel, il ne veut pas de cette consolation. Car ceci revient uniquement à dire que l’automne fait place au printemps, comme dans de nombreux films. Ceci s’appuie sur les cycles naturels, sur une sorte de confiance dans la nature – qui n’est pas infondée, et qui rejoint par exemple une renaissance après une dépression. Hegel n’y voit qu’une méditation sur la nature, sur le corps et ses cycles, et place tout ceci sous le registre général d’une spéculation sur le feu. C’est le thème du feu sous la cendre, qui renaît et s’éteint de nouveau. Cette sorte de religion du feu nous permet peut-être de supporter Hiroshima et Auschwitz au moyen de grandes images pathétiques. – Hegel propose une autre solution.
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