Philosophie générale (L1)








télécharger 332.13 Kb.
titrePhilosophie générale (L1)
page5/15
date de publication10.08.2018
taille332.13 Kb.
typeDocumentos
l.21-bal.com > histoire > Documentos
1   2   3   4   5   6   7   8   9   ...   15

Nous devons nous situer au plan de la connaissance de soi, comme assise ou point de départ nécessaire de toute rétrospective de toute la philosophie occidentale. D’autres points de départ sont possibles, mais celui-ci est une entrée royale, caractéristique de la philosophie de l’Occident. Si nous voulons adopter une voie par l’Orient, il faudra déterminer un autre point de rencontre, par exemple, le signe pour la philosophie chinoise ou l’idée de la loi pour la philosophie juive. Pour entrer dans ce qui fit l’économie spirituelle de l’Europe, il faut en passer par la connaissance de soi, qui définit depuis des millénaires notre rapport à la sagesse. Cette première orientation est complétée et conquiert son tour le plus technique par une seconde : la connaissance de soi est un impératif qui est imposé, qui commence à se formuler en premier par le dieu de Delphes (sur le fronton du temple, il est écrit : connais-toi toi-même). La philosophie prend en charge cet impératif sous la forme de la conscience de soi. Par elle, le mouvement prend une forme technique, par l’aller et le retour. L’aller est notre rapport de conscience au monde, lorsque nous nous tournons vers les choses. Le retour est le seul lieu véritablement philosophique : la philosophie trouve son identité lorsque cette conscience des choses devient conscience de soi, par un effet de retour sur soi, sur l’élan initial. Hegel est le théoricien le plus complet et le plus mûr de cette façon de voir la philosophie qui l’assied sur des grands mythes, à commencer par celui de l’Odyssée. Nous avons discuté des différentes variantes de ce dernier, et nous avons travaillé sur la différence entre la mythologie qui s’arrête avec le retour d’Ulysse auprès de sa femme Pénélope. Mais d’autres variantes, incluent un nouveau départ d’Ulysse et si la philosophie de Hegel incarne  le retour jusque chez Pénélope, la seconde version du mythe (qui va au-delà des colonnes de Gibraltar vers l’océan Atlantique) sera peut-être ce qui nous attend : un nouveau départ, dans la mesure où nous ne pouvons plus nous en tenir à la version simple du mythe initial. Un texte correspond à ces analyses et la nourrit.
 
Réflexion, médiation, travail, négation
 
Passons maintenant au concret. Notre détermination principale est que l’homme, en tant qu’esprit, n’est pas un être immédiat, mais essentiellement un être qui a fait retour sur lui-même. Ce mouvement de la médiation constitue donc le mouvement essentiel de la nature spirituelle. C’est ainsi que l’homme devient indépendant et libre. Son activité consiste à sortir de l’immédiateté, à nier celle-ci et à revenir par là à soi. L’esprit n’est donc pas autre chose que ce qu’il se fait par son activité. Ordinairement, lorsque nous parlons de retour, nous nous représentons un point de départ, un lieu vers lequel aller et un retour à la place initiale. Nous devons renoncer à cette représentation, selon laquelle le sujet serait constitué du premier terme. Car seul le second terme, ce qui a fait retour à soi, est le sujet, l’effectivement réel, le vrai. Ou bien, pour dire les choses autrement, l’esprit n’est qu’à titre de résultat de lui-même, non pas à titre de simple commencement, d’immédiat. Tel est le fil conducteur de toute l’histoire du monde. (cf. Hegel, La Philosophie de l’histoire, pages 133 et 134)
Le concret est véritablement l’objet de la philosophie. Pour Hegel, l’abstrait désigne des idées évoquées entre les hommes, mais sans passer par l’épreuve de la conscience de soi. Tandis que le concret désigne le moment où les idées entrent dans un rapport vécu avec la conscience de soi. Cette opposition abstrait/concret permet de dépasser les oppositions simples souvent entendues, par exemple entre l’abstraction de la philosophie et la vie. Ces options simplistes peuvent revêtir une figure philosophique si elles sont travaillées, mais Hegel y répond. Il oppose d’une part des philosophies qui ont le goût des idées, conçues dans leur aspect formel, et d’autre part les philosophies qui confrontent de manière rigoureuse et passionnelle l’idée et la conscience de soi (la façon dont la première se détermine par rapport à la seconde). Tel est le concret. L’opposition entre l’idée et la vie doit être abandonné au profit de celle, plus opératoire, entre abstrait et concret.
Le terme important est celui de « retour ». Ceci rejoint le thème de la nostalgie. La philosophie est une nostalgie car elle est une figure du retour (nostos, retour ; algos, souffrance). La philosophie est une souffrance du retour.
La nature de l’esprit est le phénomène d’aller et de retour, le mouvement même du retour. Il faut ajouter que ce retour est une médiation. Ceci fait signe vers la logique de Hegel. Il dispose d’un mot technique pour désigner ce retour ; il l’appelle une « médiation ». Elle s’oppose et répond à l’immédiat. Et l’immédiat est le présupposé de la médiation. L’immédiat est ce qui est donné à la conscience, à savoir une représentation du monde ainsi que les objets extérieurs. C’est ce que je vois quand j’ouvre les yeux. Cet immédiat devient une réalité philosophique uniquement lorsqu’il se constitue comme un retour sur soi. Dès lors, l’immédiat devient médiat. Ce que je vois tout de suite (immédiatement) cède place à ce que je vois après avoir réfléchi dessus et après avoir travaillé dessus. Le travail, la médiation et la réflexion sont la même chose. Le terme le plus profond est le travail : il s’agit d’élaborer l’immédiat pour qu’il devienne médiat, qu’il devienne donc un objet véritable de savoir. Le mot « travail » est typique de la philosophie de Hegel : nous ne pouvons pas passer de l’immédiat au médiat facilement. Ceci suppose l’effort du retour, lequel ne s’obtient pas par une concentration mentale, mais par l’effectuation d’un travail. Ceci donne les conditions d’un retour vivant à soi. Ainsi, ma représentation immédiate devient médiate. L’histoire entière de la culture est le passage de l’immédiat du monde à une médiation du monde qui s’effectue dans un retour sur soi par un travail. De plus, l’opposition médiation/immédiat s’emboîte parfaitement dans celle concret/abstrait. Une vue immédiate du monde est abstraite, elle s’épuise dans des généralités superficielles navrantes. Je peux passer au concret quand j’opère l’acte de travail qui constitue la médiation de ma représentation. Certes, le travail commence dans l’immédiat (car il faut une matière), mais il n’y a jamais de travail dans l’immédiat.
Cette survalorisation de la conscience de soi comme lieu du travail fut contestée, à commencer par Marx. Mais, loin de s’en tenir au constat superficiel des disputes entre philosophes, comprendre un philosophe suppose de se concentrer pour rentrer dans son état d’esprit et répéter son geste. Il ne s’agit pas de se soumettre à lui, mais de chercher à comprendre et répéter l’acte mental qu’il propose. La philosophie, contrairement à la fiction, propose un certain nombre d’expériences spirituelles que l’on peut réitérer – faute de quoi nous en restons à la simple histoire des idées. Le but vrai est de refaire pour soi l’acte que propose le philosophe – ce qu’on appelle son « geste ». L’effort consiste à se situer dans la lignée du geste d’un philosophe, et de l’accompagner de toute notre intensité. Ce n’est qu’ensuite que nous pouvons juger que ce geste est incomplet ou qu’il trahit la vérité. Proust donne une belle image, à propos d’une branche de cerisier en fleurs. Je ne puis aimer jusqu’au bout cette branche de cerisier en fleurs (que je vois au printemps et qui me bouleverse tellement) qu’à la condition de refaire en moi le geste de son efflorescence. Je répète en moi l’élan vital, celui de la sève, qui se déploie dans les fleurs de la branche de cerisier. De même, un philosophe est une branche en fleurs qui, pour être saisie, doit être accompagnée et entendue. De plus, s’il me semble que les philosophes ne cessent de se contredire entre eux, c’est que je ne suis pas arrivé à un degré de profondeur suffisante pour me rendre compte qu’ils disent tous la même chose – quoiqu’avec des points de vue différents et avec des insertions dans leur temps qui sont évolutives et variées. Même ceux qui s’opposent le plus terriblement disent la même chose. Mais, pour arriver à ce degré de lucidité et à assumer totalement et adéquatement le geste d’un philosophe (de sorte qu’il n’entre plus en destruction ou en annulation de celui d’un autre), il faut parvenir à l’intégration des vérités – ce qui requiert d’avoir vécu, sans compter que nous n’y arrivons peut-être jamais complètement. Ce dessein final porte un nom : l’esprit. Il est ce mouvement des pensées qui intègre toutes les différences et les harmonise dans un acte unique : energeia. L’esprit doit être énergie, c’est-à-dire une mise en œuvre. Energeia est sans doute le plus grand mot que nous pouvons concevoir en philosophie. Mais il est fort difficile de le faire rentrer dans toutes ces médiations ; de le faire entrer dans le concret. Mais, peu à peu, il s’impose comme l’efflorescence spirituelle concrète de tout le parcours de la philosophie. Tel est le baiser de la mort : la mort philosophique est le moment où je peux affirmer avoir compris qu’il en est ainsi de tout ce que je sais. Cet acquiescement à la totalité de l’esprit est l’idéal de la mort philosophique. Mais rien n’est pressé ! La vie donne le temps d’intégrer de la totalité de ses points de vue pour arriver à la sagesse de leur synthèse dans le centre spirituel. Bref, la philosophie commence toujours par de l’abstrait de l’immédiat, et son but est une énergie concrète médiatisée.
La liberté n’est pas un abstrait, mais elle relève du concret. Elle n’est pas immédiate (contrairement à l’élan ou à l’instant), est suppose de revenir au point de départ et de pratiquer une conscience de soi de ce dernier. Étant concrète et non abstraite, la liberté est un travail de médiation. Je ne suis jamais libre quand je suis immédiat.
Le texte ajoute un nouveau concept : « nier ». C’est un aspect capital de cette philosophie, son aspect noir. Le moment du retour, le point de pivot qui permet le passage de l’immédiat au médiat, est un travail. Mais celui-ci ne s’effectue par facilement. Il suppose un effort. Au point de vue étymologique, le travail ne désigne pas la transformation d’un objet, mais la torture. Ceci se constate encore dans le « travail » de l’accouchement. Le travail a un aspect dur et tragique – il peut conduire à la mort. Hegel porte cette conception tragique et romantique (cf. Victor Hugo et Beethoven). Quand il entre dans le travail de la médiation, l’être humain ne le fait pas sous la modalité de la volupté et de la facilité, mais de la douleur et d’un effort qui le brisent. Ce dernier ne doit pas être déploré, mais cette brisure est constructive. La douleur possède un pouvoir de transformation. Les valeurs de sérieux du protestantisme, de la culture luthérienne, se retrouvent ici. Ceci est sous-tendu par la crucifixion. La Croix de la révélation chrétienne sert de modèle pour nous faire imaginer la difficulté de cette transformation de soi dans la médiation.
Hegel se demande s’il existe un concept pour désigner tout ceci en un seul mot, brutalement. Il le trouve : « négation ». Du verbe « nier », nous passons à la « négation », puis de la « négation » au concept dans sa plénitude ou sa définition maximale : la « négativité ». Elle s’intéresse à la part de négation présente dans l’âme humaine. Hegel se demande quel est le mécanisme psychique entrant en jeu quand je rentre dans la médiation, quand je me construis comme concret. La voie de Thomas d’Aquin est celle d’une philosophie définie comme scientia affirmationis. Notre intellect est forgé pour dire la nature, pour lui donner son droit, et affirmer la réalité de la vie naturelle – laquelle est l’acte du monde en tant qu’il est nature. Cette science d’affirmation de la nature est aussi, pour ce théologien, une science d’affirmation des croyances qui s’y adjoignent. Pour Thomas, le concept organisateur de la philosophie, ce par quoi elle devient conscience de soi, est l’affirmation. C’est une pensée de la puissance et de l’acte, de l’energeia, de la lumière – et l’histoire de la France montre qu’elle engendra ce genre d’objets pour réunir le peuple. L’allemand Hegel ne trouve pas dans ceci le point cardinal de son approche – mais dans le contraire. L’homme n’accède pas à la conscience de soi par sa faculté d’affirmation, mais par la puissance rebelle de dire non, et donc de nier. Cette philosophie est basée sur le non. S’il faut se révolter contre Hegel et s’en détacher, ce point est important. L’acte humain suprême est-il celui qui nous fait dire non ? Est-ce que je m’approfondis en disant non ? Lors d’un salon quelqu’un demanda à Hegel suivante : quel est le moteur le plus profond de son système ? Hegel répond : l’art de vous contredire, la passion de dire non à quelque chose pour stabiliser une opposition à l’énoncé qui est présenté. Cette philosophie est héroïque, car il n’est pas toujours aisé de dire « non ». Le philosophe est celui qui sait dire « non », pour passer d’une abstraction reçue à un propre chemin libre. La vérité est la négation, ce qui peut faire hésiter – par exemple en proposant que la vérité n’est pas la négation, mais la destruction : nous sommes environnés par la destruction, et ainsi notre état spontané, notre vérité essentielle, est notre confrontation permanente à elle. Mais cette pensée de la destruction est une déviation imposée à Hegel. Il n’en reste pas moins que le geste de Hegel demeure dans sa capacité à dire non.
Luther dit « non » de façon fondatrice, exemplaire et pleine d’avenir pour la philosophie allemande. Le tenant du « oui » en face de Luther est un médecin buveur de Lyon : François Rabelais. L’un des enjeux est de faire de Lyon le lieu du « oui » contre le « non » de Luther. La souche lyonnaise et tourangelle se dresse face au « non » de Hegel par la création rabelaisienne. Dans sa noblesse, dans son héroïsme, Luther entre dans le travail de la rébellion et rend la liberté concrète. Hegel est la philosophie qui nait du geste luthérien.
L’autre figure qui reprend le mieux la proposition hégélienne est, en musique, la dissonance. Des sons vont bien ensemble et donnent une impression de grande unité : telle est la consonance. Tandis que la dissonance est l’union de sons qui vont mal ensemble, qui se repoussent pour des questions physiques. C’est le problème des dysharmonies entre leurs chiffres de vibrations. La musique de Beethoven et son caractère déchirant sont fondés sur la dissonance. La grande musique hégélienne de Beethoven est la symphonie héroïque, notamment la marche funèbre. Elle impressionne de pondération, de puissance et de calme. Beethoven, contemporain de Hegel et de Napoléon, veut rendre compte de la terreur des champs de bataille, de la terreur des affrontements militaires et politiques de son temps. Sur cette base impeccable et rythmique, des échelonnements de plus en plus durs de dissonances se construisent peu à peu, jusqu’à un accord basé sur une dissonance horrible des trompettes poussant à la crise de nerfs. Pour Hegel, la dissonance possède cette fonction de la négation : entrer dans une souffrance dont nous avons à subir l’intensité déchirante. Mais les musiciens ne s’arrêtent pas sur cette dissonance et la musique continue pour procéder à une figure musicale classique : la résolution de la dissonance. Une fois que les notes ont fini de déchirer, elles glissent l’une sur l’autre et reviennent à des notes consonantes. Ceci témoigne de ce que les symphonies de Beethoven, et plus généralement toutes musiques, finissent toujours par un apaisement sonore, et une douceur enveloppante. Ceci est notamment sensible dans la musique de film. Pour Hegel, la négativité est la dissonance qui me fait entrer dans l’épreuve de la négation, tandis que la liberté est le retour à la consonance à travers la figure de la résolution de la dissonance. Il en va de même en peinture. Considérons un tableau dans des teintes bleues et vertes, auquel j’ajoute subitement un personnage avec un chapeau rouge, je produis une dissonance dans les couleurs. Mais, ensuite, je dois, selon mon style ou mon art ou ma technique, ramener ce rouge – par exemple par des grenats ou des jaunes clairs, jusqu’à la couleur dominante du tableau, le bleu. Il existe donc de la même façon des dissonances de la couleur, qui sont l’âme du caractère expressif et pathétique, vivant, de la peinture.
1   2   3   4   5   6   7   8   9   ...   15

similaire:

Philosophie générale (L1) iconAux unions departementales
«philosophie générale», à savoir l’inversion de la hiérarchie des normes constitue le fameux article 2

Philosophie générale (L1) iconAtelier de philosophie animé par alexandre schild saison 2 (2016-2017)...

Philosophie générale (L1) iconAtelier de philosophie animé par alexandre schild saison 2 (2016-2017)...

Philosophie générale (L1) iconBibliographie b La constitution d’une philosophie américaine : idéalisme et pragmatisme
«Philosophie» et «américain», pour nous Européens, et surtout Français, semblent deux termes largement incompatibles. Cette séance...

Philosophie générale (L1) iconPolitique d'utilisation de la bibliothèque des Classiques
«La Philosophie dans le monde actuel», Faculté de philosophie, Université Laval, ainsi que des organismes de recherche et de diffusion...

Philosophie générale (L1) iconPhilosophie & Management – 28/05/05
«la philosophie est la recherche de la vérité au sujet du Tout de la réalité, et de la place de l’homme dans le Tout.» Pour André...

Philosophie générale (L1) iconLa philosophie de la nature

Philosophie générale (L1) iconCours de philosophie du droit

Philosophie générale (L1) iconManuel Philosophie Politique

Philosophie générale (L1) iconQue sais-je sur la philosophie du droit?








Tous droits réservés. Copyright © 2016
contacts
l.21-bal.com