Philosophie générale (L1)








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Sartre est un défenseur héroïque de la conscience au vingtième siècle. Il se fâcha avec toutes les philosophies l’entourant car il essaya de démontrer que l’existentialisme poursuit un projet de science, au point de l’appeler à l’humanisme. La valeur de l’Occident réside dans la conscience. Mais ce trésor semble assez fragile et la conscience aurait une tendance à s’évaporer très facilement. Des programmes de recherches actuels visent à augmenter notre part de science, mais laisse la tâche de la conscience dans les ténèbres. Penser en terme de liberté constructive de sa vie, ceci revient à rentrer dans une logique de conscience. Les pages de Hegel sont un éloge vivant de la conscience. Sartre ne maintint pas à la pureté d’une conscience comme celle que réclament Rabelais ou Montaigne ou Descartes (les philosophies de la conscience classique). Pour Sartre, la conscience ne parvient pas à se saisir sans être engagée dans un projet. Elle ne doit pas rester à se contempler comme dans un miroir, mais il faut qu’elle s’engage dans une situation concrète. Elle ne se connaît que dans la situation, ce qui fait que le concept clé chez Sartres est moins l’ego ou la conscience que le projet. Dans ce dernier, il se produit un phénomène de mauvaise foi retardant le moment d’une conscience qui ne sera jamais transparente à elle-même.
 

L’odyssée et la profondeur de la conscience

 
Le grand intérêt du texte de Hegel est qu’il revient sur toutes ces phases. Il explicite les plus grandes difficultés de la philosophie de la liberté et de la conscience. Il ajoute un concept qui nourrit cet éloge du sujet occidental se développant au cœur de ce retour sur soi. Dans tout phénomène de conscience, il y a un aller et un retour. L’aller est quand je pars de ma vie naturelle pour me déplacer ou progresser juste vers l’exigence de conscience. Le second moment est le suivant : dès lors que je me suis découvert comme une conscience, je reviens sur mon point de départ. La liberté n’est pas dans l’élan initial. Celui-ci reste l’élan du désir, et non un acte de la liberté. C’est un désir très travaillé, et non l’élan instinctif. Il va vers la connaissance de soi, mais sans être encore parvenu à son point de maturité. Le moment clé est celui où le désir revient en arrière. Dans l’aller, à force de culture et de cheminement, je bouge de mes positions instinctuelles, je vais vers un projet de culture. Mais il faut ensuite revenir chez moi pour se rendre compte que j’ai bougé ; par exemple que je suis passé d’un désir de philosophie à une première instruction. J’observe alors que ma subjectivité progressa. Alors je découvre véritablement la profondeur de la liberté. Elle n’est pas dans l’aller, mais dans le retour.
Un mythe sous-tend cette valorisation du retour. Hegel présente la philosophie comme L’Odyssée d’Homère. L’aller est le fait de partir guerroyer à Troie. Mais l’homme ne devient homme que quand il revient chez Pénélope. C’est alors que l’humanité existe véritablement. La philosophie est donc le voyage d’un grand retour, ce mouvement par lequel je reviens à mon point de départ – non pas sur un mode instinctif, naturel, propre à un milieu particulier. Mais, avant vécu des épreuves et ayant réfléchi sur celles-ci, je retourne à Pénélope en l’aimant de l’amour du retour. Hegel ajoute que la philosophie est donc possédée des mêmes passions qu’Ulysse – et la grande passion d’Ulysse est la nostalgie (la souffrance – algos et le retour - nostos), c'est-à-dire la souffrance du retour. La véritable liberté, le moment où un être humain devient humain en tant que libre, est quand il est dans l’examen de soi-même, dans le retour à soi, dans l’odyssée de lui-même. La philosophie est l’odyssée, non seulement sur la mer, mais dans des pensées – celle de l’intellectuel qui revient sur lui-même et se connaît lui-même.
Ce moment du retour sur soi nourrit la vie de la conscience. Il s’y déploie ou s’y révèle un instant décisif pour l’histoire de la philosophie : la découverte de la profondeur. Le philosophe brillant joue aisément avec des idées, mais ainsi il manque le retour et la profondeur se déployant dans ce retour. Quand je reviens sur moi, je m’aperçois que je savais déjà des choses d’une façon obscure, voilée ; grâce au retour, elles viennent à l’élucidation. Je découvre que le moi est profond ; autant qu’un puits. Le mouvement de descente et de remontée du sceau dans le puits est le même que celui de la conscience : elle s’enfonce (le moment de science) et revient (moment de la conscience). Je découvre alors que le « moi » est profond, ce qui est la récompense du philosophe de la liberté. Sa réflexion lui concède ce don absolument plein et joyeux de la philosophie : nous sommes des êtres profonds.
    Le moment d’accomplissement est quand Ulysse couche à nouveau avec Pénélope. Concept veut dire : qui conçoit ! Le système accompli est un acte amoureux et fécondant. Parmi les différentes versions de la fin de L’Odyssée, Hegel se tient à la rencontre entre Ulysse et Pénélope. Ulysse a cependant une dette à l’égard de Poséidon, il doit aller lui faire un sacrifice avec une rame sur l’épaule – jusqu’à découvrir un peuple qui ne connaît pas la mer. La seconde version est celle de Dante, qui porte une inquiétude que Hegel ne développe pas : Ulysse ne supportant pas de rester chez lui, il entreprend un nouveau voyage qui lui sera fatal. Il va sortir par les colonnes de Gibraltar, va contourner l’Afrique et se perdre du côté du pôle sud.
     Il n’y a pas de liberté sans totalité. En rencontrant la profondeur, la liberté ne  se réduit pas à celle de l’individu. Mais elle devient celle de l’humanité tout entière. Il y a donc une totalisation. Ma liberté est comme une pierre jetée dans une mare qui, comme le phénomène d’ondes sur l’eau, s’étend au monde entier et devient celle de l’être humain et de l’esprit de l’histoire.
     Pour Dante, le retour et la satisfaction qu’il engendre rejoignent une position liée au paganisme. Ceci est la position des anciens ; or, les chrétiens sont faits pour l’infini, et l’appel de ce dernier les incite lui-même à se sacrifier pour s’ouvrir à un désir d’infini. Tandis que, pour Hegel, même l’infini comprend une couture ou un cercle.
     En valorisant le retour et en supposant qu’il donne accès à la profondeur, Hegel hérite de la religion protestante luthérienne. Cette attitude morale fut établie en Allemagne par Luther. Et, en musique, elle se retrouve chez Bach. Luther et Bach anticipèrent Hegel. Mais la grande force de ce dernier vient de ce que le stade religieux de l’examen de conscience (qui dépasse le stade esthétique ou musical) est dépassé. Je ne reviens pas gratuitement sur moi-même, mais, dans la profondeur du retour, il se construit quelque chose : ce n’est pas une prière, mais un concept. La philosophie doit certes récupérer l’enseignement des religions, mais les porter à cette structure rationnelle qu’est le concept. Le retour sur soi est issu de la culture religieuse et artistique, mais il ne s’effectue qu’en vue de la construction d’une vérité qui n’est énonçable que sous la forme d’un concept. Une religion est un état affectif et non un concept, une œuvre d’art est une manifestation du beau mais pas un concept. Ce dernier possède une autre structure, plus profonde, qui est la profondeur elle-même.
   La vérité n’est pas toute faite, elle est sans cesse à faire par le retour sur soi. Pour Hegel, quand un individu est vraiment ce qu’il est, il s’ouvre à l’universel. Aucun individu n’est digne de l’humanité s’il reste enclos dans ses sentiments individuels. Le véritable individu revient à soi et, en ce retour à soi, il se découvre universel, ainsi, il conçoit les pensées que nous appelons les concepts. Le passage à l’universel caractérise le dépassement de la sphère instinctuelle et l’entrée dans la liberté.
      Après la mort de Hegel, de nombreux intellectuels se mobilisèrent pour essayer de tirer quelque chose de son œuvre. Stirner inventa une résistance à Hegel. Il importe peu de devenir universel, mais il s’agit de devenir pleinement et totalement un individu. De nombreux autres philosophes, dont Bakounine, s’installèrent dans cette ligne. Dans l’ombre, un hégélien veillait et s’empara d’eux : Marx. Dans L’Idéologie allemande, il reprend les tentatives de subjectivation du système pour montrer qu’il s’agit d’illusions bourgeoises. La véritable structure n’est pas l’individu, mais le capital.
    Le processus par lequel l’individu entre dans l’universel est celui de la négativité, qui à la fois fond l’individu dans le tout et le détermine. C’est parce que je suis limité que je suis déterminé. Plus je me sens limité dans le tout, plus je suis moi-même. Il est ainsi faux de dire que Hegel est un panthéiste perdant les individus dans le tout. Car, par la négativité, il sur-individualise les individus. Par la négativité, il fait de l’individualité un site d’universel. Ce problème se pose déjà chez Leibniz, dans le discours de la conformité de la raison et de la foi dans la Théodicée. Il explique qu’une certaine philosophie – qui n’est pas la sienne et qu’il repousse – a tendance à fondre l’individu dans le tout. Cette tendance va recouvrir l’Occident, car elle est marquée par le bouddhisme. Leibniz remarque qu’il se crée en Occident une nouvelle spiritualité, qui progressera grâce à la Chine, à savoir la dissolution progressive des individus dans le tout. Mais, au contraire, le propre de la philosophie allemande consiste à concentrer toute la vérité dans les individualités et de montrer que, cependant, ces individualités participent au tout (tout en restant totalement les individualités). Le concept qui permet penser ceci est le système. L’entrée dans le rapport de l’individu et du tout dans la philosophie allemande suppose une vraie maîtrise du concept de système, car c’est ce dernier qui articule et qui donne à penser que l’Occident a quelque chose à apprendre à la Chine. Et d’ailleurs cette dernière le comprit parfaitement, car elle devint maoïste : elle reprit le dernier système occidental, à savoir le marxisme.
      Et la négativité ne se réduit pas à la rébellion. Bach est absolument un et individuel, mais il ne lance pas des pavés. L’Allemagne enseigne ceci : si tu veux devenir toi-même, tu dois être si profond que tu reconnais ton individualité comme communiquant avec toutes les autres. – Ce qui fait qu’il se trouve des gens qui ne supportent pas la pensée allemande. Mais on ne peut pas reprocher à ces artistes ou philosophes de ne pas avoir pensé à la protection des authentiques individualités à l’intérieur du système.
    Hegel lut Maître Eckhart. Et, de même que Schopenhauer, il le présenta comme le plus grand des philosophes allemands. Il vit tout de suite son importance et que c’est lui qui anticipait Boehme, dont Hegel est l’hériter direct. Boehme conçut la structure du système hégélien trois siècles avant.
Dès lors que nous sommes la profondeur, il émerge une notion liée à la totalité. Un esprit qui entre dans la profondeur découvre que tout est relation. Le texte présente le mot « connexion ». La totalité de la liberté ferait découvrir que tout le monde est connexion et relation.


Tous les aspects et points de vue à mettre en avant dans l'histoire d'un peuple se tiennent les uns aux autres dans la plus étroite connexion.

Hegel, La Philosophie de l’histoire, page 123

Quand je suis dans l’aller, j’exprime mon individualité dans son élan vital, dans sa particularité. J’effectue une percée subjective et individuelle dans le monde. Mais, quand je reviens dans le mouvement de la réflexivité, je découvre que mon « moi » qui me conduit à cette liberté me rend solidaire du « moi » des autres qui, eux aussi, reviennent à leur liberté. Plus j’approfondis ma liberté, plus je découvre la liberté des autres. Plus je deviens libre, plus je reconnais que les autres sont libres. La première dimension de la connexion est donc l’intersubjectivité. La première connexion est la découverte de la subjectivité des autres personnes, de leur propre entrée dans la liberté, de leur approfondissement de la liberté. Mais, une fois que je fais ce retour à moi, que j’entre dans ce puits du « moi », je découvre que cette passion de la liberté occupa les hommes avant moi ; et que d’autres hommes (mes contemporains ou ceux de l’histoire) se posèrent cette question et entrèrent dans le désir de la liberté. Je me relis avec l’histoire humaine. Et, brutalement, un nuage se défait de mon regard et je découvre que tout le sens de la vie des hommes sur la terre fut de désirer cette liberté. Je me mets en relation avec l’humanité cherchant sa liberté. J’entre en connexion avec l’histoire humaine dans sa totalité. Il existe donc une liaison très rigoureuse entre le concept de profondeur, celui de connexion ou de relation, et celui de totalité. Je ne peux pas contraindre ma liberté à rester seulement en moi : par son effet réflexif, elle m’associe aux autres hommes. Elle me conduit au chemin de la totalité. Il n’y a rien qui ne soit marqué par la liberté.
L’idée devient folle : non seulement ma généreuse relation s’étend à toute l’humanité, à toute l’histoire humaine ; mais le goût de la liberté devient tellement le sens du monde dans sa profondeur que je soupçonne que la nature elle-même est habitée d’une façon obscure par la passion profonde de la liberté. Nous entrons alors dans le domaine (discuté) de la philosophie de la nature (Naturphilosophie) où nous pressentons déjà par connexion avec notre propre profondeur que, même dans la pesanteur, même dans le rapport entre les étoiles et le soleil, même dans les lois stellaires, même dans la chimie, l’esprit est déjà travail. Cette thèse fit scandale : s’il est facile d’admettre un horizon moral et politique de la liberté ainsi qu’une relation qui unit tous les hommes dans une discipline de la liberté mais la pensée que les animaux, que les infusoires de la mer quand elle brille dans le soleil du soir, que les plantes, ce sont des aspirations obscures à la liberté, peut sembler excessive. Hegel développe intégralement cette hypothèse dans sa philosophie de la nature. Il est rejoint en ceci par son ami d’enfance, Schelling, mais aussi par d’autres auteurs qui cherchèrent une sorte de traversée universelle du désir de liberté. Lorsque Hegel écrit le mot « totalité », il ne s’arrête pas aux êtres humains, mais prend en considération les bêtes et le règne minéral, jusqu’aux conditions cosmiques de notre existence. Tout l’être est liberté, parce que tout est connexion et profondeur. Ce thème affleure page 138 : Hegel se met en colère et affirme que ceux qui pensent que la nature est morte et que tout est déjà en place une fois pour toutes, qu’il n’y a pas ce travail de la liberté, ne comprennent rien à la philosophie. Ils manquent le concept philosophique : énergie. Hegel affirme que le plus grand des philosophes parmi ceux qui le précédèrent est Aristote, qui pose que le monde est énergie (energeia, terme au cœur de toute philosophie possible). C’est la clé du système d’Aristote : energeia est à Aristote ce que la liberté est à Hegel. Ergon veut dire : l’œuvre, l’acte. Energeia est donc ce qui est mis en œuvre. Hegel s’étonne de ce que personne n’a retenu que la réalité est energeia alors que ceci fut énoncé bien avant lui. Comment, en 1820, postuler un monde immobile, inactif, cristallisé dans sa nature figée ? Hegel invite à être au moins au niveau des Grecs, qui savaient que l’être est energeia. Il est plus que nécessaire d’accepter ce caractère énergétique fondateur de la philosophie de la nature. Lorsque Gœthe dit qu’au commencement de l’action, il rejoint tout un mouvement qui traverse cette époque et qui veut mettre un agir constitutif au cœur de la réalité. L’agir fut le mot d’ordre de la pensée occidentale autour de la révolution française. Mais, au lieu de tomber uniquement dans la célébration de la révolution en disant que l’agir est la liberté, la liberté est la révolution (ce qui marquerait le devenir politique de la philosophie), l’essentiel est d’être profond et de revenir aux Grecs. Ils trouvèrent le nom qui fait vivre la philosophie : energeia. Hegel n’enracine pas la philosophie dans la Révolution française, mais dans l’aristotélisme. Au point que l’Encyclopédie des sciences philosophiques s’achève par la copie manuelle des phrases les plus profondes d’Aristote sur l’energeia. Hegel estime que toute son œuvre peut être résumée par les phrases en Métaphysique Lambda d’Aristote sur l’energeia. Hegel alla jusqu’à cette noblesse, il ratura son œuvre totale et définitive pour lui mettre en lieu et place cette conclusion seule admissible à ses yeux : la centralité de l’energeia aristotélicienne. Cette dernière est libre, au sens où la liberté est acte. La véritable liberté ne s’accomplit que comme actualisation. La liberté étant la plénitude de l’être, nous réconcilions ici liberté et nécessité.
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