Philosophie générale (L1)








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Le christianisme est d’abord essentiellement une religion de l’échec : Saint Jean-Baptiste en meurt la tête coupée par une folle de l’érotisme. L’autre figure, tout aussi capitale, est le Christ – qui peut-être ressuscite, mais dans un premier temps. Bref, le rapport du christianisme à l’échec est constitutif. L’échec n’est pas à l’extérieur du christianisme, mais dans ses textes fondateurs, au centre de l’évangile selon Saint Jean, précisément dans le prologue. Cet échec structurant (la tête coupée de Saint Jean-Baptiste puis la crucifixion du Christ) fait du christianisme une religion du désespoir, de la détresse, de la kénose, du vide. Dieu meurt avant de ressusciter. Ceci renvoie à tous les textes où Hegel prétend que l’energeia n’est pas simplement un modèle basé sur la culture du phénix, cycle trop agraire. Mais elle est celle de la transfiguration et de la résurrection. L’évangile selon Saint Jean transforme les délices de Dieu chantés par les Proverbes en douleurs de Dieu manifestées par la crucifixion. Hegel suit à la lettre la religion chrétienne en mettant en avant le moment de la négativité, l’Aufhebung comme saut qualitatif dans la douleur, l’arrachement par le travail. Ce sont des interprétations de ce passage du prologue de l’évangile selon Saint-Jean et de la crucifixion à venir.
De plus, le verbe est lumière (verset 9). Il n’est pas seulement une parole articulée, mais encore un flux lumineux illuminant l’univers. De la même façon, la philosophie de l’esprit est à la fois un verbe (l’écriture du sens de l’histoire) et une lumière éclairant ce sens de l’histoire et qui apporte l’intelligence de l’histoire. Cette lumière éclaire tout homme.
Enfin, au verset 13 et aux suivants, les hommes prennent un nouveau statut. Ils ne sont plus des créatures au sens de la Genèse, mais deviennent des enfants de Dieu. L’Ancien Testament présente Dieu comme une cause créatrice. Dans le Nouveau Testament, il est un père pour les hommes qui sont ses enfants. Ceci marque le passage d’un modèle technique (comme le potier) à un modèle familiale (relation paternelle). La philosophie de l’esprit qui naît de cette religion appelle les hommes à avoir un rapport très intime avec le divin, comme celui d’un père et son fils. Ceci renvoie au passage sur l’initiation dans l’ouvrage de Hegel.
Les chrétiens sont donc initiés aux mystères de Dieu, en ce que, par la religion chrétienne, l’essence de Dieu est révélée.
Hegel, La Philosophie de l’histoire, pages 128 et 129
Il s’agit pas d’un enfantement selon le sang ou selon la chair, par un désir sexuel ou par un projet de fondation d’une famille. Mais il dépend totalement, intégralement, exclusivement, du don divin. Ce n’est plus une famille de sang, mais par le don de l’esprit. Il s’agit de ne pas valoriser le don sans lui donner son contenu effectif, à savoir l’esprit.
Le système hégélien s’identifie-t-il complètement avec la religion chrétienne, de telle façon que tout chrétien devrait devenir hégélien, et inversement ? Ceci reviendrait à faire de Hegel le nouveau baptême, sans lequel notre destinée consisterait à dormir mort dans le carré des enfants. La proximité entre hégélianisme et christianisme est telle qu’il est tout à fait tentant de les identifier. Il reste que les chrétiens se rebiffèrent et considérèrent Hegel comme Satan : il imite le Christ, la religion chrétienne, mais les pervertit d’une façon radicale. Les chrétiens eurent alors une poussée d’humilité – laquelle nous est encore que trop connue : je suis trop humble pour arriver à ces hauteurs, je ne veux que croire. Hegel est Satan car il comprend les desseins de Dieu, l’évangile selon Saint Jean et les Proverbes. Hegel répond à ceux qui sont du parti de l’humilité.
À la question plus précise qui porte sur le plan de la providence, l’humilité répond, comment on le sait, que celui-ci serait insondable, inépuisable, comme la nature de Dieu [elle-même]. À cette humilité, il nous faut opposer en particulier ce qu’est la religion chrétienne, qui révéla aux hommes la nature et l’essence de Dieu, alors qu’auparavant c’était l’inconnu. Le Dieu qui jusqu’alors était voilé à été manifesté. Ainsi, comme les chrétiens, nous savons ce qu’est Dieu. Désormais, Dieu n’est plus un inconnu. Si nous tenons Dieu pour tout dossier inconnu après sa révélation [qu’avant], nous offensons la religion. Nous faisons savoir que ce que nous avons, ce n’est pas une religion chrétienne, car cette religion ne nous assigne qu’un seul devoir, c’est de connaître Dieu. C’est ce bienfait qu’elle a accordé aux hommes. Telle est donc l’humilité que la religion chrétienne exige des hommes : se trouver exalté non pas par soi-même, mais par l’esprit de Dieu, par la connaissance, par le savoir. Dieu ne veut pas des cœurs étroits, il ne veut pas des têtes vides, mais des enfants enrichis par la connaissance de Dieu, qui tirent leur valeur uniquement de cette connaissance. Les chrétiens sont donc initiés aux mystères de Dieu, en ce que, par la religion chrétienne, l’essence de Dieu est révélée.
Hegel, La Philosophie de l’histoire, pages 128 et 129
L’Église ne veut pas connaître Dieu ; mais aimer Dieu. Ce problème est celui de la gnose. Lorsque Saint Irénée de Lyon critique la gnose au nom trompeur, condamne-t-il des sectes hérétiques du troisième siècle ? Ou bien anticipe-t-il déjà les risques de l’hégélianisme ? Car, dans la ligne de Saint Irénée, Hegel est un gnostique : il pense qu’il y a une connaissance et non simplement un amour de Dieu. Les chrétiens veulent donc se séparer de Hegel à cause de ce point de vue gnostique, car ils sont bien plutôt partisans de l’humilité que Hegel combat ici. Pour Hegel, les vrais humbles ne sont pas ceux qui refusent de connaître, mais ceux qui se trouvent exaltés par la connaissance. L’exaltation à la connaissance est très précisément le projet de Hegel. Ce projet semble scandaleux par rapport à celui de foi qui habituellement gouverne la lecture du christianisme. Le terme « enfants » rejoint le même mot que nous avons lu dans le prologue de l’évangile selon Saint Jean. Hegel est parfaitement technique et se présente comme un gnostique. Le risque de la relecture des Proverbes et de l’évangile selon Saint Jean par Hegel est de faire verser le christianisme vers une gnose dont les clés reposeraient dans la philosophie hégélienne. La philosophie de l’esprit serait une interprétation métaphysique reposant sur un système métaphysique de l’alliance entre Dieu et l’homme proposée par le christianisme.
D’où une alternative terrible. Nous n’avons cessé de voir que Hegel se bat contre l’ésotérisme de la pensée du déclin, mais il finit par tomber dans l’ésotérisme de gnosticisme. Ainsi, il est fort complexe de parvenir à une évaluation juste de cette philosophie. Hegel domine très certainement l’ésotérisme du déclin en orientant l’Occident vers la liberté et la manifestation, vers l’ouvert par la haine de l’inconnu et du caché. Mais en ouvrant grand le dessein de connaissance, en faisant du christianisme un projet de connaissance, il en fait un christianisme gnostique, qui là aussi est un ésotérisme, peut-être encore plus dangereux, plus menaçant pour les assises des religions, que celui du déclin. Ce passage de l’ouvrage illustre totalement ce problème.
 
Du gnosticisme au projet de connaissance
 
Comment Hegel se propose-t-il de réaliser son projet de connaissance ? Comment cette rationalité fonctionne-t-elle dans son système ?  Dans le prologue de l’évangile selon Saint Jean, il est dit que le verbe est auprès de Dieu. Ce verbe est le logos. Ceci concentre tout l’effort de Hegel. Le projet de connaissance de Hegel est dans ce prologue. La réponse est le logos, la parole mais aussi la raison (chez Platon par exemple). Donc « au commencement était le verbe » devient « au commencement était la raison », et même « au commencement était la gnose ».
Comment donner son statut à ce logos ? Comment l’interpréter ? Hegel a une idée étonnante, qui laisse songeur. Il cherche dans la philosophie grecque les usages du mot « logos ». Il trouve chez Aristote une science, appelée Organon : un ensemble de règles de logique, une théorie générale de la logique. Hegel se propose de redonner son sens grec au logos de Saint Jean – sans rien perdre de son caractère théologique. Il veut enrichir le logos de Saint Jean de celui des grecs, et tout particulièrement de la logique d’Aristote. Ainsi, Hegel suppose que son système se couronne par une logique nouvelle dépassant celle d’Aristote comme le christianisme dépasse la philosophie des païens. Ce logos est un ensemble de règles formelles du discours. Elles développent tous les contenus de la sagesse des Proverbes. Ce serait une logique de la sagesse – ce que Hegel appelle la « grande logique », ou logique spéculative, ou logique subjective. Elle est cette part la plus innovante de son œuvre, que l’on appelle communément « la dialectique ». Cette dernière est une écriture logique de la parole de Dieu ; la transformation de cette dernière structure formelle donnant son sens à toute proposition formulable.
La première figure de la logique de Hegel est celle qui vient réaliser le dessein d’une logique intégrale de la parole de Dieu. Elle associe l’être, le néant et le devenir. L’être est la première pensée humaine, ce par quoi l’homme saisit l’être en tant qu’être (Aristote). L’être est la première pensée universelle d’un être humain. Mais cet être n’est qu’un immédiat auquel Hegel est en peine de donner un contenu. L’être, première pensée humaine, est totalement indéterminé. C’est l’être en général, ou l’être en tant qu’être. S’il est indéterminé (vide de toute détermination) est donc, comme immédiat, le néant. L’être est le néant. Celui qui était soi-disant plein et riche de déterminations est en réalité vide, immédiat, inconsistant. La première figure de la pensée s’oppose à elle-même : tout être devient un néant, et tout néant devient être. Comment stabiliser cette autodestruction de la pensée humaine, que nous pourrions appeler l’éternel scepticisme de l’homme ? Je veux l’être, je n’ai que le néant. Je veux le néant, je rencontre l’être. Comment stabiliser par une catégorie plus déterminée le face-à-face de l’être et du néant ? Il suffit de comprendre que l’oscillation de l’être et du néant, le rythme des échanges entre l’être et le néant, répondent à un phénomène observable : le devenir. Ce dernier est le mouvement par lequel une chose qui est cesse d’être ; et le mouvement par lequel une chose qui cessait d’être renaît. Ainsi donc la synthèse vivante, créatrice, de l’éternelle destruction de la pensée par elle-même est le devenir. Le devenir est le temps. Ce qui naît ici d’une façon fondamentale, structurée (ce qui rejoint la troisième hypothèse du Parménide), c’est le temps comme synthèse de l’être et du néant. Ceci met la philosophie dans la tâche nouvelle de penser le devenir comme temps. La Science de la logique continue ainsi pendant trois volumes, de catégorie contradictoire en catégorie contradictoire, pour parvenir enfin à ce que Hegel nomme l’« idée absolue »,  ou le « concept ».
Le christianisme donne le concept que Dieu est un verbe. Mais la philosophie permet de transformer cette conviction (qui est une foi) en une logique que je peux écrire. Le christianisme me transmet cette révélation que Dieu est un logos, mais la philosophie est en mesure, par sa logique propre, d’écrire la structure formelle de ce logos. Ainsi donc la philosophie est plus que le christianisme, elle en est la vérité. Elle est le christianisme en tant qu’il devient, par la logique, un savoir (de l’être, du néant et du temps). Par conséquent, Hegel entretient une fidélité totale envers les enseignements de la foi chrétienne. Et il propose une rébellion totale, définitive, et fascinante à l’égard du caractère premier du christianisme (qui en fait une foi). Hegel fait basculer la foi dans le savoir, dans la logique. Il fait basculer la révélation dans une gnose. Voici l’intégralité du problème que pose le système hégélien. – Nous en ferons la contre-épreuve en étudiant la figure du logos chez les présocratiques, dans l’aurore, la naissance de la philosophie grecque.
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