Littérature québécoise








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Joseph-Charles Taché

Forestiers et voyageurs



BeQ

Joseph-Charles Taché

(1820-1894)

Forestiers et voyageurs

Mœurs et légendes canadiennes

La Bibliothèque électronique du Québec

Collection Littérature québécoise

Volume 48 : version 2.0

Forestiers et voyageurs

Mœurs et légendes canadiennes


Édition de référence :

1884, Librairie Saint-Joseph,

Cadieux & Derome, Montréal.

Qu’il est doux d’écouter des histoires,

Des histoires du temps passé,

Quand les branches d’arbres sont noires,

Quand la neige est épaisse et charge un sol glacé.

Alfred de Vigny

Au lecteur


Peu de populations présentent, dans leurs caractères typiques, plus d’intérêt que la population française des bords du Saint-Laurent. Elle tire ce fonds de poésie du tempérament de la race qui lui a donné origine, du genre et de la multiplicité des occupations auxquelles elle a dû se livrer dans un pays sauvage, des aventures de voyage, de chasse et de guerre qui lui sont arrivées, dans ses rapports avec des peuplades barbares aux mœurs et aux idées étranges. Notre population tire encore ce fonds de poésie de ses souvenirs de la poétique Bretagne, transportés au sein de cette vaste et grandiose nature de notre sol d’Amérique.

Parmi les types qui se sont ainsi développés, celui du Forestier, à cause même du caractère de nos grands bois canadiens, est nécessairement un des plus curieux à étudier ; mais il en est un autre plus curieux encore, parce qu’il semble résumer tous les autres, c’est celui du Voyageur. Pittoresque entre tous, ce type a plus contribué à faire connaître notre petit peuple que tous les événements de notre histoire. Ce sont ces deux types, et surtout le dernier, que j’essaierai de tracer ici, avec leurs accessoires et dans les conditions où ils se produisent.

Voyageur, dans le sens canadien du mot, ne veut pas dire simplement un homme qui a voyagé ; il ne veut pas même dire toujours un homme qui a vu beaucoup de pays. Ce nom, dans notre vocabulaire, comporte une idée complexe.

Le voyageur canadien est un homme au tempérament aventureux, propre à tout, capable d’être, tantôt, successivement ou tout à la fois, découvreur, interprète, bûcheron, colon, chasseur, pêcheur, marin, guerrier. Il possède toutes ces qualités, en puissance, alors même qu’il n’a pas encore eu l’occasion de les exercer toutes.

Selon les besoins et les exigences des temps et des lieux, il peut confectionner une barque et la conduire au milieu des orages du Golfe, faire un canot d’écorce et le diriger à travers les rapides des rivières, lacer une paire de raquettes et parcourir dix lieues dans sa journée, porté par elles sur les neiges profondes. Il sait comment on prend chaque espèce de poisson dans chaque saison ; il connaît les habitudes de toutes les bêtes des bois qu’il sait ou poursuivre ou trapper. La forêt, les prairies, la mer, les lacs, les rivières, les éléments et lui se connaissent d’instinct.

Le voyageur canadien est l’homme aux expédients, par excellence ; aussi, est-il peu de situations qui le prennent au dépourvu. Les quatre points cardinaux lui sont égaux. Le clocher de sa paroisse est à ses courses, ce qu’est le grand pilier du portique de Notre-Dame de Paris au système milliaire de France, le point central. Il partira aussi volontiers pour le fond de la baie d’Hudson que pour le golfe du Mexique, pour la chasse aux loups-marins dans les glaces de l’Atlantique, que pour la chasse à la baleine dans les eaux du Pacifique. Rarement, cependant, il laissera sa paroisse avec l’intention de n’y pas revenir tôt ou tard ; quand il prend congé de ses proches et de ses amis, son dernier mot est toujours : « la revue ! Que Dieu vous conserve jusqu’à ce que je revienne ! »

Les voyageurs canadiens ont découvert ou parcouru tout le nord de l’Amérique, des bouches du Meschacébé à celles du Mackenzie, de Terre-Neuve à Quadra et Vancouver. Ils ont battu leurs briquets et allumé leurs feux sur tous les points de ce vaste continent, et traversé pendant plus de deux siècles les pays de chasse de toutes les tribus sauvages.

Le Père de Smedt, ce voyageur du Bon Dieu, raconte qu’il était un jour arrivé, d’aventure, dans un des endroits les plus écartés et les plus sauvages des montagnes Rocheuses. À l’aspect des lieux, il se croyait bien le seul homme de race blanche qui eût foulé les rochers et les mousses de ce quartier désolé du nouveau monde, lorsque la fumée d’un campement, apparaissant à peu de distance devant lui, attira ses regards et ses pas. C’était le campement d’un voyageur canadien, qui reçut le missionnaire comme un vrai Canadien reçoit toujours ceux qui sont chargés de porter la Bonne Nouvelle.

Le Père de Smedt, après avoir décrit cet incident de ses voyages, s’écrie : « Et dans quel endroit du désert les Canadiens n’ont-ils pas pénétré ! »

Le voyageur canadien est catholique et français ; la légende est catholique et le conte est français ; c’est assez dire que le récit légendaire et le conte, avec le sens moral comme au bon vieux temps, sont le complément obligé de l’éducation du voyageur parfait.

Je suis, moi aussi, avant tout catholique, un peu voyageur et beaucoup canadien ; j’ai campé sur les bords de nos lacs et de nos rivières ; j’ai vécu avec les hommes de la côte et de la forêt, avec les sauvages ; j’ai recueilli plusieurs de leurs récits, et je les écris pour tâcher de faire qu’on puisse les lire quand on ne pourra pas les entendre raconter.

Ces légendes et ces contes, dans lesquels les peuples ont versé leur âme, avec lesquels ils ont cherché à satisfaire, dans certaines limites, ce besoin du merveilleux qui est le fond de notre nature ; ces souvenirs réels ou fictifs, attachés à tel ou tel endroit de chaque pays habité, constituent une portion notable, le fonds on peut dire, de toute littérature nationale.

Pourquoi cela ? Parce que, d’abord, l’homme a besoin de se souvenir de ce qui a été ou de ce qu’on a cru, et encore parce que l’esprit de l’homme, à le considérer comme intelligence exilée loin de l’essence du vrai, du bon et du beau, ne peut pas plus vivre de réalisme que son âme des vérités naturelles qu’elle perçoit : il faut à l’un voyager dans l’inconnu, à l’autre se reposer dans la foi à des mystères.

De là vient, pour notre imagination, le besoin de se nourrir de conceptions enchantées. La légende et le conte tirent de là leur charme ; l’homme qui n’a pas conservé en lui assez de naïve candeur pour goûter ce charme est, à mon avis, bien malheureux.

Le bon Lafontaine s’écriait, dans un de ces moments de rêveries qui font miroiter devant soi les souvenirs des premières années :

Si Peau d’Âne m’était conté,

J’y prendrais un plaisir extrême !

Je n’ai malheureusement pas le talent admirable de Perrault, l’immortel auteur des Contes de Fées : aussi tâcherai-je de mettre le moins possible de ce qui m’est propre dans ces histoires que je transcris : je voudrais pouvoir leur laisser ce ton de franche gaieté, de naïveté charmante, de philosophie primitive et d’allégorisme souvent profond que prennent, tour à tour, les récits populaires.

C’est, avec tout juste ce qu’il faut de poli à une œuvre du genre, l’homme du peuple que je voudrais peindre dans les lignes suivantes, tel qu’il se montre dans la vie intime, laissé à lui-même dans ses bons instincts, sa bonne humeur, et sa poésie naturelle, tirant de ses erreurs mêmes des leçons de bien, gardant, au milieu de ses faiblesses, le souvenir de ce que la religion et la famille l’ont fait, avant de le laisser affronter les dangers du monde à la grâce de Dieu.

Dans la première partie de ce récit, Les Chantiers, j’ai tâché de retracer quelques scènes de notre grande et belle nature du Canada, avec les mœurs de la forêt.

Dans l’Histoire du Père Michel, j’ai réuni sur la tête d’un seul acteur plusieurs aventures qui sont réellement advenues, à divers personnages que j’ai connus. J’ai encore pris occasion de mentionner quelques noms bénis de nos populations, de narrer quelques légendes et contes populaires, et de rappeler quelques souvenirs qui se rattachent aux endroits parcourus par mon héros.

Beaucoup de mes lecteurs, qui ont déjà entendu parler de ces histoires, qui ont visité les lieux témoins des scènes que je raconte, retrouveront dans ces récits des réminiscences qui, j’en suis bien certain, ne seront pas pour eux sans charmes.

I



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