Littérature russe








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Carnets.

199 — Dans une longue note sur l’élevage des pigeons (Carnet de 1841-1842), Gogol signale l’adjectif vichnepokromyi, comme désignant des pigeons dont les ailes sont ornées d’une bordure (pokroma) couleur cerise (vichnia). C’est de cet adjectif qu’il a tiré ce bizarre nom de famille : Vichnépokromov.

200 — Cet esthéticien raté désignerait, paraît-il, Biélinski, auquel Gogol n’aurait pu pardonner sa fameuse lettre (Cf. Introduction). On a d’ailleurs mis des noms sur la plupart des personnages de la seconde partie ; il s’agit de gens trop peu connus pour qu’il soit intéressant de les signaler ici.

201 Cette enseigne de cabaret ne figure pas parmi celles que Gogol note dans ses carnets ; mais on en trouve une équivalente : Agachka, autre nom de femme (Agathe).

202 — Chanson nuptiale populaire. Serge Aksakov raconte dans ses Souvenirs que, pendant l’hiver 1848-1849, Gogol lisait à haute voix les chansons russes recueillies par Terestchenko, et qu’il s’en montrait enthousiasmé, particulièrement des chansons nuptiales.

203 — Ce général, un peu caricatural, fait penser à celui de La Calèche.

204 — Il y a ici une forte lacune dans le texte. S’il faut en croire les souvenirs de L.-J. Arnoldi, le récit s’enchaînerait de la manière suivante ;

« ... Autant qu’il m’en souvient, le second chapitre de la deuxième partie des Âmes Mortes débutait autrement et était mieux rédigé, bien qu’en son ensemble le contenu fût identique. Un éclat de rire de Bétristchev le terminait. Le chapitre suivant décrivait une journée dans la maison du général. Tchitchikov restait à dîner. À table apparaissaient deux nouveaux personnages : une Anglaise, institutrice d’Oulineka, et un Espagnol ou un Portugais, qui, depuis un temps immémorial, vivaient, sans qu’on sût pourquoi, sur les terres de Bétristchev. L’Anglaise était une demoiselle d’âge moyen, créature terne, à l’extérieur ingrat, au long nez mince et aux yeux d’une vivacité extraordinaire. Elle se tenait droit, gardait le silence durant des journées entières, et se bornait à tourner sans cesse les yeux de divers côtés, le regard stupidement interrogateur. Le Portugais se nommait Expanton, Xitendon, ou quelque chose dans ce genre ; mais je me souviens que les domestiques l’appelaient simplement Escadron. Lui aussi ne soufflait mot ; sa fonction consistait à jouer, après dîner, aux échecs avec le général. Durant le repas il ne se passait rien de particulier. Le général, fort gai, plaisantait avec Tchitchikov, qui montrait beaucoup d’appétit. Oulineka était pensive, et son visage ne s’animait que lorsqu’on parlait de Tentietnikov. Après dîner, le général jouait aux échecs avec l’Espagnol. Tout en avançant les pions, il ne cessait de répéter : « Aime-nous la peau nette... » — « ... le menton broussailleux, Excellence », l’interrompait Tchitchikov. « Oui, reprenait le général, aime-nous le menton broussailleux, le bon Dieu lui-même nous aimera la peau nette. » — Au bout de cinq minutes, il se trompait de nouveau et recommençait : « Aime-nous la peau nette... ». De nouveau Tchitchikov le reprenait, et le général répétait en riant : « Aime-nous le menton broussailleux, le bon Dieu lui-même nous aimera la peau nette ». Après quelques parties avec l’Espagnol, le général proposait à Tchitchikov d’en faire une ou deux, et ce dernier se montrait, là aussi, d’une habileté consommée. Il jouait très bien, embarrassait son adversaire par sa stratégie, et finissait par perdre. Enchanté d’avoir battu un joueur aussi fort, le général s’éprenait davantage de Tchitchikov ; au moment des adieux, il le priait de revenir bientôt et d’amener Tentietnikov.

De retour chez Tentietnikov, Tchitchikov lui raconte la tristesse d’Oulineka, le regret du général de ne plus le voir, son repentir, son intention, pour mettre fin au malentendu, de venir le premier lut rendre visite et lui demander pardon. Bien entendu, ce sont là pures inventions de Tchitchikov. Mais Tentietnikov, épris d’Oulineka, se réjouit naturellement du prétexte. Il déclare que, dans ces conditions, il est prêt à aller le lendemain chez le général, afin de prévenir sa visite. Tchitchikov approuve cette décision ; ils conviennent de se rendre ensemble le lendemain chez Bétristchev. Le même soir Tchitchikov se risque à un aveu : il a fait croire au général que Tentietnikov écrivait l’histoire des généraux. L’autre ne comprend rien à cette invention ; il craint de se troubler au cas où le général lui en parlerait. Tchitchikov réplique qu’il ignore lui-même comment ces paroles ont pu lui échapper, mais que c’est chose faite ; aussi le conjure-t-il de garder au moins le silence et de ne pas démentir son récit, pour ne pas le compromettre aux yeux du général.

Ensuite venait leur excursion au domaine du général, la rencontre de Tentietnikov avec Bétristchev et Oulineka, et enfin le dîner. La description de ce dîner était, à mon avis, le meilleur passage du second volume. Le général, placé au centre, avait à sa droite Tentietnikov et l’Espagnol, à sa gauche Tchitchikov et Oulineka ; l’Anglaise se trouvait entre cette dernière et l’Espagnol ; tous paraissaient gais et contents. Le général était heureux de s’être réconcilié avec Tentietnikov, et de pouvoir bavarder avec un homme qui écrivait l’histoire des généraux ; Tentietnikov, d’avoir presque en face de lui Oulineka, avec laquelle il échangeait parfois un regard ; la jeune fille, de voir celui qu’elle aimait revenu auprès d’eux et réconcilié avec son père. Tchitchikov enfin se montrait satisfait de jouer, dans cette famille riche et distinguée, un rôle de réconciliateur. L’Anglaise laissait librement errer ses yeux ; l’Espagnol regardait son assiette et ne levait les siens qu’à l’arrivée d’un nouveau plat : il remarquait aussitôt le meilleur morceau, et ne le perdait pas de vue tant que le plat faisait le tour de la table, jusqu’à ce que le dit morceau arrivât sur l’assiette de quelqu’un. Après le second service, le général parlait à Tentietnikov de son ouvrage, et faisait allusion à l’an XII. Tchitchikov prenait peur et attendait anxieusement la réponse. Mais Tentietnikov s’en tirait avec adresse ; il alléguait que ce n’était pas son affaire d’écrire l’histoire de la campagne et des diverses personnalités qui y avaient pris part, cette époque comptant déjà de nombreux historiens. Mais l’an XII n’était pas seulement mémorable par des exploits héroïques ; il fallait le considérer d’un autre point de vue. Ce qui importait, à son avis, c’est qu’alors le peuple entier se leva comme un seul homme pour défendre la patrie ; que tous les calculs, les intrigues, les passions se turent ; que toutes les classes rivalisèrent de patriotisme, chacune s’empressait de donner ses dernières ressources et de tout sacrifier pour le salut commun. Voilà ce qui comptait dans cette guerre, et ce qu’il désirait décrire en mettant en lumière tous les détails de ces exploits ignorés, de ces sacrifices sublimes mais obscurs ! Tentietnikov parlait assez longuement et avec chaleur. Bétristchev l’écoutait, enthousiasmé ; c’était la première fois qu’il entendait des paroles aussi ardentes ; une larme, diamant de la plus belle eau, était suspendue à sa moustache grise. Oulineka couvait des yeux Tentietnikov ; elle était tout oreilles ; elle s’enivrait de ses propos comme d’une musique ; elle l’aimait ; elle était fière de lui ! L’Espagnol se penchait encore davantage sur son assiette ; l’Anglaise regardait tout le monde d’un air stupide, sans comprendre un traître mot. Après le discours de Tentietnikov, tout le monde demeurait silencieux, ému... Tchitchikov voulant placer aussi son mot, rompait le premier le silence. « Oui, disait-il, il faisait un froid terrible en 1812 ! » — « Il ne s’agit pas du froid », répliquait le général en lançant un regard sévère à Tchitchikov, qui perdait contenance. Le général tendit la main à Tentietnikov et le remerciait amicalement ; mais l’approbation qu’André Ivanovitch lisait dans les yeux d’Oulineka suffisait à son bonheur. L’histoire des généraux était oubliée. La journée se passait agréablement pour tous.

Je ne me rappelle pas dans quel ordre se succédaient les autres chapitres ; mais je me souviens qu’après cette journée Oulineka avait résolu de parler sérieusement à son père au sujet de Tentietnikov. Avant cet entretien décisif, elle allait le soir sur la tombe de sa mère, et cherchait par la prière à s’affermir dans sa résolution. Puis elle se jetait aux genoux de son père, le suppliait de lui permettre d’épouser Tentietnikov. Après de longues hésitations, le général finissait par consentir. C’était quelques jours après la réconciliation. La chose décidée, Tentietnikov, au comble du bonheur, quittait pour un moment Oulineka et courait au jardin. Il avait besoin de rester seul avec lui-même. Le bonheur l’étouffait... Il y avait ici dans Gogol deux magnifiques pages lyriques. Par une chaude journée d’été, en plein midi, Tentietnikov se trouvait dans le jardin ombreux, touffu, plongé dans un profond silence. D’un pinceau magistral, Gogol dépeignait chaque branche, l’air brûlant comme une fournaise, les grillons, les insectes dans l’herbe, et enfin tout ce qu’éprouvait Tentietnikov, amoureux et payé de retour. Cette description était si belle, si colorée, si poétique, que — je m’en souviens encore — la respiration me manqua en l’entendant ; Gogol lisait à merveille. Le cœur débordant, Tentietnikov pleure, jure de consacrer sa vie entière à sa fiancée.

C’est alors qu’apparaît, au bout d’une allée, Tchitchikov. André Ivanovitch se jette à son cou, le remercie. « Vous êtes mon bienfaiteur. Je vous dois mon bonheur ; comment puis-je vous témoigner ma gratitude ?... Ma vie entière y suffirait à peine... » Tchitchikov a aussitôt une idée lumineuse : « Mais non, réplique-t-il, c’est le hasard qui a tout fait et j’en suis enchanté ; mais vous pouvez facilement vous acquitter envers moi ! » — « Comment ? de quelle façon ? Dites-le moi vite. » Alors Tchitchikov parle de son oncle imaginaire et de la nécessité pour lui de posséder, au moins sur le papier, trois cents âmes. « Mais pourquoi les voulez-vous mortes ? » dit Tentietnikov, ne comprenant pas bien ce que l’autre désire. « Je vous céderai sur le papier mes trois cents âmes, vous montrerez le contrat à votre oncle, et quand vous aurez reçu de lui le domaine, nous l’annulerons ». Tchitchikov demeure stupéfait. « Eh ! quoi ! Vous ne craignez pas que je puisse vous tromper... abuser de votre confiance ? » Mais Tentietnikov ne le laisse pas achever. « Comment ? s’écrie-t-il, douter de vous, de vous à qui je dois plus que la vie ! » Ils s’étreignent et l’affaire est conclue.

Tchitchikov s’endormait ce soir-là, fort satisfait. Le lendemain, le général tenait un conseil de famille. Comment fallait-il annoncer à la parenté, les fiançailles d’Oulineka ? Devait-on envoyer une lettre, un messager, ou y aller en personne ? Bétristchev semblait fort se soucier de la manière dont la princesse Iouziakine et autres gens huppés prendraient la chose. De nouveau Tchitchikov se montrait fort précieux ; il offrait d’aller voir tous les parents du général, pour leur annoncer la nouvelle. Bien entendu, il avait toujours en vue ses âmes mortes. La proposition était acceptée avec reconnaissance. « Quoi de mieux ? songeait le général. Ce garçon est intelligent, bien élevé, tout le monde sera content. » Pour cette tournée le général mettait à la disposition de Tchitchikov une calèche à deux places et Tentietnikov un quatrième cheval. Tchitchikov devait se mettre en route au bout de quelques jours. Dès lors il était considéré chez Bétristchev comme un familier, un ami de la maison.

Revenu chez Tentietnikov, Pavel Ivanovitch mandait incontinent Sélifane et Pétrouchka, et leur signifiait d’avoir à se préparer au départ. Pendant son séjour à la campagne, Sélifane avait beaucoup changé ; il s’adonnait à la boisson et ne ressemblait plus guère à un cocher ; les chevaux demeuraient sans surveillance. Quant à Pétrouchka, il se montrait fort galant auprès des jeunes paysannes. Cependant, on amenait de chez le général une calèche légère presque neuve... En voyant qu’il trônerait sur un large siège en menant quatre chevaux de front, Sélifane sentait se réveiller son âme d’automédon : il examinait le véhicule minutieusement, en connaisseur, et réclamait aux gens du général diverses vis de rechange et des clefs comme il n’en existe point. Tchitchikov aussi songeait avec satisfaction à sa tournée : il se voyait déjà installé sur les coussins élastiques, dans sa légère calèche que quatre chevaux traîneraient comme une plume.

Voilà tout ce que Gogol a lu en ma présence du second volume des Âmes Mortes. Il en a lu, je crois, neuf chapitres à ma sœur... »
De son côté madame Smirnov raconta plus tard à son frère « qu’un personnage était remarquablement dépeint dans un de ces chapitres ; c’était une beauté émancipée, gâtée par le monde, une coquette, qui avait passé sa jeunesse à la cour et à l’étranger. À trente-cinq ans passés, la destinée l’amène en province ; elle s’ennuie, la vie lui est à charge. C’est alors qu’elle rencontre Platonov, en proie à un perpétuel ennui, et qui s’est lui aussi prodigué, en fréquentant les salons à la mode. Leur rencontre dans un coin perdu, parmi les nullités qui les entourent, leur semble à tous deux un immense bonheur. Ils commencent à s’attacher l’un à l’autre ; ce sentiment, nouveau pour eux, les ranime ; ils s’y abandonnent avec enthousiasme. Mais un mois après le premier aveu, ils constatent que ce n’était qu’une flambée, un caprice, et qu’ils ne peuvent plus éprouver de véritable amour. Puis survient le refroidissement réciproque, et de nouveau l’ennui constant, un ennui naturellement encore pire qu’autrefois. »
Il paraîtrait que, sous les traits de cette « beauté émancipée », Gogol aurait eu l’intention de peindre madame Smirnov elle-même.

205 Voir note 92.

206 — Ce nom — qui, soif dit en passant, a, sous sa forme russe : Iarb, déjoué la perspicacité des traducteurs — est emprunté par Gogol à l’Énéide (ch. VI), où il désigne l’époux de Didon. Il est possible que Gogol ait lu Virgile au moment où il écrivait ce chapitre ; quelques pages plus loin (p. 558), il parle des Géorgiques. Son ami Chévyriov avait écrit sur l’Énéide un long article (1835) qui n’avait pas dû lui échapper.

207 Voir note 33.

208 Voir note 185.

209 Voir note 136.

210 — Ce secret de la cuisine moscovite — qui en est resté un pour les traducteurs — a été noté par Gogol dans un de ses Carnets (1842), où l’on retrouve d’ailleurs la plupart des termes culinaires cités dans les Âmes Mortes.

211 Voir note 123.

212 — Allusion à la première fable originale de Krylov : La Cassette (1807), restée très populaire.

213 — Genèse, III, 19.

214 — Lacune dans le texte.

215 Voir note 34.

216 Voir note 94.

217 — Allusion à une autre fable de Krylov, également très populaire : Le Caftan de Trichka (1815), dirigée contre les propriétaires fonciers qui espéraient remettre leur affaires en état au moyen d’hypothèques.

218 Voir note 41.

219 — Lacune. Selon Chévyriov, Gogol racontait ici l’arrivée de Tchitchikov chez Lénitsyne.

220 — Ébéniste viennois, très en vogue à l’époque.

221 — Petite ville de Volhynie, alors station frontière entre la Russie et l’Autriche.

222 — Gogol note dans ses Carnets (1841-1842) : Tribunal de conscience, indépendant du gouverneur, juge en conscience et sans appel toutes les affaires où la rigueur des lois doit être atténuée (mineurs, aliénés). — Les magistrats qui composaient ce tribunal — un juge et deux assesseurs — étaient nommés par la noblesse.

223 — C’est la coutume dans les églises russes d’inviter les paroissiens influents à lire à haute voix l’Épître, les dimanches et jours de fête.

224 — Pour la description de cette foire, Gogol a utilisé des notes sur celle de Jarovka, prov. de Simbirsk (Carnets de 1841).

225 — Ce brave drapier emploie à tort et à travers des mots dont il ignore le sens ; il suppose que le mot prolétaire vient de proléliet : faire faillite ! — C’est d’ailleurs — avec Samosvistov et l’homme de loi — le seul personnage vivant et bien observé de ce dernier chapitre.

226 — Mathieu, XI, 12.

227 — Cette idée que le Russe, si taré qu’il soit, conserve toujours le sentiment de la justice, n’est pas nouvelle chez Gogol. Il l’avait déjà mise dans la bouche de Tarass Boulba : — La dernière canaille, fût-elle toute souillée de suie et d’infamie, garde toujours, frères, une parcelle de sentiment russe ; un beau jour ce sentiment se réveille, et le pauvre diable se frappe les cuisses, se prend la tête, maudissant sa mauvaise vie, prêt à expier ses crimes dans les tourments... (Tarass Boulba, ch. IX).

228 — C’est ainsi qu’on appelle en Russie la guerre de 1812.

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