Journal de mon troisième voyage d'exploration dans l'empire chinois








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Panthère, le Loup (qu'on y appelle Ko-Shiong, du nom réservé ailleurs à l'Ours), le Paguna, la Civette, le Muntjac roux (sans doute notre Cervulus lacrymans), et surtout les Sangliers, seraient très abondants dans les montagnes boisées. On m'a cité aussi le Cerf et le Singe, comme vivant dans la partie la plus occidentale de la province.

Ma récolte des insectes du Tché-kiang a été bien pauvre. Je ne pus me procurer que les débris d'un seul Carabe (Carabus cœlestis ?), tant ce genre y est rare. Le grand et beau Bombyx vert du camphrier commençait à être abondant à la fin d'avril. Il est probable que, sans les grandes et fréquentes pluies qui m'ont accompagné dans mon expédition, mes collections entomologiques eussent été moins insignifiantes.

Toutes les parties de cette province que j'ai visitées sont très jolies, souvent bien boisées ou offrant au moins des buissons partout. A l'époque de mon voyage, les montagnes étaient dans toute leur splendeur vernale. Les fleurs rouges et roses de deux espèces d'Azalées et les grappes légèrement violettes de la Glycine ornaient tous les p1.034 coteaux, en compagnie des innombrables bouquets des rosiers blancs. Mais j'ai été étonné de ne point y apercevoir l'Azalea sinensis, aux grandes fleurs jaunes, qui est commune dans certains cantons du Kiang-nan.

Je n'ai point observé d'arbres particuliers, si ce n'est un Scrophulariné, à énormes fleurs pourprées, qui diffère entièrement du Catalpa Bungei du Nord ; Le camphrier atteint les plus grandes proportions auprès des habitations, et j'en ai mesuré dont le tronc avait huit pieds de diamètre, mais il ne se voit jamais à l'état sauvage. Au printemps, ses jeunes feuilles exhalent au matin une délicieuse odeur que le vent porte au loin, et qui n'est pas celle du camphre ordinaire.

Sur les montagnes, les essences les plus communes sont le Pin lancéolé, le Pin chinois, plusieurs chênes, le Liquidambar, le Fortunea, et surtout les bambous. J'ai été surpris de ne pas rencontrer au Tché-kiang l'Alnus sinensis, que jadis j'ai vu si commun près des cours d'eau du Setchuan. Mais le même petit frêne (sorte de Fraxinus ornus) et plusieurs autres plantes foisonnent également dans ces deux provinces, qui se ressemblent d'ailleurs sous bien des rapports et qui, outre les espèces animales citées plus haut, en nourrissent beaucoup d'autres en commun, tels que le Leiothrix lutea, le Psaltria concinna, le Spizixos semitorques, etc.

Je rentrai à Ning-po le 5 mai, tout content de ne pas me trouver fatigué de cette petite campagne p1.035 assez pénible, dans laquelle je faisais l'essai de mes forces, pour la première fois depuis le retour de ma santé. Le 10 du même mois, je m'embarquai pour Changhay, et j'y arrivai après dix-huit heures de navigation. Pendant cette traversée, je vis voler sur la mer le Diomedea albatros, le Sula fiber, le Puffinus leucomelas, le Colymbus septentrionalis, le Larus crassirostris et le Larus canus.

Je fais des vœux pour qu'il me soit donné de revoir et d'explorer en règle ces beaux pays du Tché-kiang, où sans doute il y a encore à faire bien des acquisitions utiles pour notre Muséum.

Pendant les quinze jours que je dus rester encore à Changhay, comme les oiseaux finissaient leur passage du printemps, j'allai visiter journellement le marché au gibier, et j'eus la chance de m'y procurer sans fatigue de fort bonnes espèces aquatiques : Ægialites Geoffroy, Æg. mongolus, Æg. Philippensis, Pseudoscolopax semipalmatus, Numenius minutus, Hœmatopus osculans, Charadrius fulvus, etc. Les Chinois prennent tous ces oiseaux de rivage au filet ou au lacet pour les vendre aux Européens, et le marché de la ville en est abondamment fourni. Mais je ne revis plus alors les Anser cygnoïdes, Cinereus, Segetum, Albifrons et Erythropus, que, deux mois auparavant, on y étalait en compagnie du Cygne sauvage et de nombreux canards, non plus que les petits lièvres chinois, si différents du Lepus tolaï du nord de l'empire, dont nos galeries zoologiques ne possèdent encore aucun exemplaire.

p1.036 Le père Heude n'était plus à Changhay ; il s'était dirigé vers le nord de la province. J'appris qu'il venait d'en envoyer des lettres et des collections, et je demandai à voir ces dernières avec cet empressement, cette avidité, que le naturaliste comprend. Mais, pour une raison quelconque, la clef du cabinet devint introuvable au moment où il fallut y pénétrer...

Je fus plus heureux en faisant la connaissance du célèbre géologue allemand, le baron de Richthofen, qui venait d'arriver du fond du Setchuan. Une altercation survenue entre ses gens et la suite d'un mandarin avait mis en danger la vie de ce savant voyageur, et l'avait fait renoncer à poursuivre sa route vers le Tibet oriental. Il me donna plusieurs utiles renseignements sur les pays qu'il avait traversés, et me dit que, d'après lui, le Chensi ne devait pas être très intéressant pour le zoologiste, mais que cependant la vallée de Han-tchong-fou méritait les honneurs d'une exploration en règle.

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CHAPITRE III

PRÉLIMINAIRE

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Départ pour le Nord de l'empire. — Tiéntsin ; souvenir du massacre des Français ; les établissements chrétiens. — Pékin ; le cabinet du Péy-thang ; observations zoologiques : Cygnus Davidi, le Macaque du Nord etc.

p1.037 Enfin, après avoir expédié ma seconde caisse au Muséum, je m'embarquai pour le nord sur un vapeur anglais, et j'arrivai à Tiéntsin le 31 mai.

Les eaux du Péy-ho, débordées l'an dernier, couvraient encore d'immenses plaines autour de cette ville coupable du massacre de tant d'innocentes victimes ; et l'été, qui s'annonçait pluvieux, devait sans doute ajouter aux souffrances des populations.

C'est un fait remarquable que ces inondations inouïes arrivant coup sur coup, pendant deux ans, vers l'anniversaire du meurtre des Français ! Sans doute le fait s'explique par la coïncidence des pluies de la saison avec la rupture des digues séculaires, mais le peuple y voit une punition du ciel.

p1.038 Il y a vingt-trois mois, à la fin de mon grand voyage au Setchuan, j'arrivai à Tiéntsin, deux jours après les massacres, dont nous avions appris la nouvelle confuse à Tché-fou. Les désordres duraient encore dans la ville ; les flammes qui avaient dévoré le consulat de France, l'église catholique et l'immense établissement des Filles de la Charité, n'étaient pas encore éteintes. On péchait dans le fleuve et dans les égouts les fragments des corps mutilés de nos compatriotes. Les résidents européens, retirés tous dans la Concession et sur les bateaux à vapeur, vivaient sous les armes. La panique était telle que personne ne voulut se charger de me loger provisoirement et que je n'eus aucun moyen de débarquer, pour continuer plus tard mon voyage jusqu'à Pékin. Après avoir donc recueilli le plus de détail qu'il me fut possible sur les tragiques événements, je dus rebrousser chemin avec tous mes bagages, et je retournai à Changhay par le même bateau qui m'avait amené, le cœur brisé de cette immense affliction que la Providence ajoutait aux douleurs corporelles dont je souffrais déjà.

Il est naturel que l'émotion gagnât alors mon âme en revoyant ces lieux pour la première fois depuis cette époque... La carcasse et les tours si belles de l'église gothique incendiée existent toujours. Nos ennemis triomphent à la vue de ces trophées de leur brutalité ; mais les hommes de bon sens (et il y en a aussi parmi les Chinois) doivent rougir au fond de leur âme en voyant p1.039 dressés au ciel ces témoins de la barbarie de leurs compatriotes.

Du consulat français il n'existe plus pierre sur pierre : on en a fait le cimetière des victimes. De la maison des Sœurs de la Charité il ne subsiste non plus que les massives murailles de la chapelle.

Maintenant tous les nouveaux établissements catholiques et français sont sur la Concession européenne. On y a bâti une église, qui va être dédiée à saint Louis, roi de France ; et c'est à son ombre qu'ont été placés l'orphelinat, les écoles et la résidence des missionnaires catholiques.

Ce quartier, nommé Su-tchu-lin, est tout européen. Il est éloigné de la ville et protégé souvent par la présence des canonnières des puissances occidentales : là il n'y a pas à craindre les Chinois.

Mon séjour à Tiéntsin et à Pékin s'est prolongé jusqu'à la fin de septembre. Dans la capitale mon temps a été employé surtout à remettre en bon état le cabinet du Péy-thang et à monter une partie des peaux que j'avais apportées d'Europe, afin de le rendre plus intéressant aux Chinois.

En passant en revue ma collection ornithologique je me suis aperçu que j'ai omis, par distraction, de comprendre dans ma dernière liste que les Archives du Muséum viennent de publier quelques oiseaux que je possédais déjà. J'ai vu aussi avec regret que plusieurs sujets uniques ont, pendant mon absence de quatre ans, disparu du cabinet, pour une cause inconnue...

p1.040 Mon seul échantillon du cygne à pattes rouges, que M. Swinhoe a nommé Cygnus Davidi, est malheureusement en trop mauvais état pour pouvoir être envoyé à Paris. Cette espèce doit être plus rare que je ne le pensais, puisque mes recherches et mes nombreux commissionnaires ne m'en ont pu procurer d'autre exemplaire. Elle est pourtant bien connue des chasseurs chinois du Nord !

Comme le dit l'ornithologiste anglais, mon cygne procuré à Tiéntsin en mauvais état, mais en chair, est une espèce bien distincte et très facile à reconnaître à ses pattes rouges (de même que le bec) et à ses lorums garnis de petites plumes, au lieu d'être nus comme dans nos autres cygnes. Cet oiseau, un peu plus petit que le Cygnus minor, Pall., a toutes les proportions de ses congénères. Quant à son plumage, il est blanc comme celui de nos espèces septentrionales, avec du jaunâtre sur la tête.

Comme je pense ne plus revenir à Pékin, après la grande campagne que je vais entreprendre vers le sud-ouest, j'ai encaissé un certain nombre d'oiseaux, d'insectes et de plantes de ma collection indigène : ils seront plus utiles en Europe qu'ici. Les Chinois ne prennent pas et ne peuvent pas prendre un intérêt scientifique à un cabinet d'histoire naturelle, et les raretés de leur pays, quand elles n'offrent que des couleurs et des formes vulgaires, attirent moins leur attention que quelques brillantes productions des tropiques. Maintenant que j'ai remanié le cabinet, c'est surtout le lion p1.041 qui excite leur curiosité : ce roi des animaux ne leur était connu que de nom et par les grotesques figures qui ornent le devant des pagodes et des demeures princières. Je ne regrette pas les peines que, malgré les horribles chaleurs de l'été pékinois, je m'étais données pour monter d'une façon convenable (à moi seul !) la dépouille dont le Muséum de Paris m'avait fait cadeau l'an dernier.

Je dois confesser ici que, si dans la création de ce cabinet, qui pouvait avec le temps acquérir de l'importance, mes travaux ont été tolérés par mes anciens supérieurs de Pékin, ils sont loin d'être encouragés par les directeurs actuels de la mission... Ont-ils raison ? Je pense que non. Mais je cède, et cela d'autant plus volontiers que l'affaiblissement notable de mes forces ne me permet plus de séjourner longtemps en Chine. D'ailleurs le travail ingrat et matériel des préparations taxidermiques me prenait beaucoup de temps ; je pourrai peut-être mieux l'utiliser autrement et ailleurs.

Je termine ce long préambule en notant quelques autres observations concernant la zoologie de Pékin.

Cette année, comme d'ordinaire, le passage de retour des oiseaux a commencé à la fin d'août ; mais le Cypselus pekinensis, Sw., avait disparu dès juillet, et les Butalis sibirica et latirostris étaient en mouvement pendant tout le mois d'août. En septembre, nous voyons dans notre jardin le Phyllopneuste plumbeitarsus, le Phyll. borealis, le p1.042 Phyll. fuscatus, le Reguloïdes superciliosus, l'Anthus agilis, l'Emberiza pusilla, Turdus obscurus, Gm., T. naumanni, T. fuscatus, etc.

Enfin, cet automne j'ai pu capturer sur les arbres du Péy-thang un exemplaire de cet introuvable Picus poliopsis, décrit par M. Swinhoe : c'est ma seule nouveauté ornithologique de la saison.

En fait de renseignements, j'acquiers la certitude que le Macacus tcheliensis vit effectivement dans les montagnes du Tong-lin, à deux journées au nord-est de la capitale : c'est là sans doute le singe le plus septentrional connu. J'apprends encore qu'un autre animal du Midi, le Canis procyonoïdes habite la partie orientale de notre province, près de la grande muraille, où il est connu sous ie nom de Linkoou.

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CHAPITRE IV

DU 2 AU 18 OCTOBRE 1872

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Départ de Pékin pour Sin-gan-fou, Chef-lieu du Chénsi, à deux mille six cents li 1 de distance de la capitale. — Le capitaine Prjewalski, explorateur russe. — Difficultés pour trouver des moyens de transport à Pékin. — Monotone voyage en charrette à travers la plaine du Tchély. — Rencontre dune ambassade tibétaine ; visite au Bouddha incarné. — Mauvaise réputation de la petite ville de Péy-ho. — La taupe musquée et autres animaux du pays. — Halte chez Mgr Tagliabue ; œuvres des missionnaires à Tching-lin-fou. — Principales plantes cultivées dans la grande plaine. — Les Paétou, ou arcs-de-triomphe sur la grande route.

p1.043 Pékin, 2 octobre 1872. — Mes longs préparatifs sont terminés. En limitant au plus strict nécessaire les objets indispensables pour une campagne qui va durer deux ou trois ans, j'ai pu réduire mes bagages au poids total de trois cents livres.

J'ai, pour me suivre comme chasseur et comme domestique, deux jeunes chrétiens de Pékin qui, p1.044 cette fois-ci, paraissent devoir me satisfaire pleinement.

Par les bons soins de la légation de France, il m'a été remis un passe-port en règle pour la province du Chénsi. On a refusé de m'en donner pour celle du Kansou, où règne toujours la rébellion musulmane. Je verrai plus tard s'il me sera possible de pénétrer, à mes risques et périls, dans cette contrée si peu connue encore, et peut-être même d'aller plus loin vers l'ouest.

M. Vlangali, ministre de Russie, avec qui j'ai eu l'honneur de déjeuner dernièrement, m'a appris qu'un naturaliste de sa nation (le capitaine Prjewalski) est parti de Pékin en mars dernier, avec l'intention de parvenir au Tibet à travers la Mongolie, le Kansou et le Kokonoor, mais que, parvenu au mont Alachan, il y a été dévalisé par les voleurs et obligé de s'arrêter là en attendant qu'on lui envoie les nouveaux secours pécuniaires qu'il a demandés à la légation russe de Pékin.

Dans une précédente tentative, le courageux naturaliste avait déjà éprouvé une semblable disgrâce. Mais il s'était avancé jusqu'aux confins du Kansou et s'y était procuré, dit-on, des exemplaires de p1.045 mon Crossoptilon bleu. Il n'y a donc pas de doute que ce gallinacé, d'un cendré bleuâtre, ne soit le fameux faisan bleu (Lan-ky) dont on m'avait tant parlé lors de mon voyage à l'Ourato. C'est aussi probablement le Phasianus auritus, de Pallas, bien que mon oiseau du Kokonoor possède quelques légères particularités qui ne sont point indiquées dans la description de la
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